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floroHT www
TUE 1NC0ME FflOJH
THE BEQUEST OP
CHARLES MIKOT,
H F 80 M £11 VILLE,
Cias3 of 1828, .
REVUE
DES
LANGUES ROMANES
à
MONTPELLIER, IMPRIMERIE CENTRALE DU MIDI. ~ HAMELIN FRÈRE3
*
#
REVUE
DBS
LANGUES ROMANES
PUBLIÉE
PAR LA SOCIÉTÉ
POUR L'ÉTUDE DES LANGUES ROMANES
Troisième Série
TOME HUITIÈME
TOME XXII DE LA COLLECTION
MONTPELLIER
AU BUREAU DES PUBLICATIONS
DE LA SOCIÉTÉ
POUB i/RTODB DOS LANGUES ROMAXRS
Rue St-Guilhem, n° 17
PARIS
MA1SONNEUVE ET O
LIBRAIRES-ÉDITEURS
25, QUAI VOLTAIRE, 25
M DCCC LXXXI1
REVUE
DES
LANGUES ROMANES
Dialectes Anciens
LE MYSTÈRE DE SAINT EUSTACHE
(Suite)
Capiant filios et vadant ad domum episcopi, et, quando crit juxta
januam, dicat:
Flacidus. — Ou! de Postal, reculhé-nous,
Que nous volen habitar on vous,
He ha mun segnor volen parlai*.
Perrinbtus clericus Episcopi
Non vous chai pas tant cochar.
365 Quai sé que vené tant à vespro ?
Qui demanda? Nostre mestre ?
Ben crey que abie ha afar.
Oure que vous scotar !
Mas, pueys que volé venir,
370 You vous anarey ubrir
Tot-mantenent.
Placidus. — Huebre-nos apertoment ;
Tome vin de la troisième sicniE.— juillet 1882. 1
6
LE MYSTÈRE
Depacho, non parlar tant,
Car you e aquestj enfant
375 E aquesti feno, que eys présent,
De batear nous aven tallent.
Intret et dicat coram episcopo Placidus.
[17] Segnor avesque de valour
Diou vous garde vostre honor,
E vostro bono sanctità.
380 Jhesu Xpist sey nous ha mandà
Que vous nous vulhà batear,
Tôt de présent, sens plus istar.
Ar entendé, segnor, que fo:
L'autre jort, you e d'autres pro,
385 Annen chasar on ung bochage,
Ont vicia * ambé Teymage
De Jesu Xprist al cap d'um cert;
Edic, pertolre nous d'infert,
E per donar nous paradis :
390 « Te apareiso à ton avis. »
E pueis me dis in entieroment,
Senso nengun defalhiment,
Que mi, ma molher e mos enfans
Deguesan esser xpistians.
395 Per que, segnor, tôt de présent,
Aqùel presious sacrament.
Que batisme eys apellà,
Sens plus atendre, nous donà ;
Car désir aven de lo penrre.
Episcopus genibus ftexis:
400 0 Segnor Diou, que voles défendre
Tôt home de dampnation,
A tu laus e benedicion !
Surgat et dicat:
Diou, que eys Santo Trinità,
Garde de mal lo solàs.
405 [18] De vostro vonguo grant joy ay t
DE SAINT BUSTACHB
7
De pueys que à Jhesu Xpist play.
Diou ha comandà, e se deou far,
Que chascun se deo batear
Al nun dal Payre e dal Filh
410 E dal bénit Sant Sperit.
Mas covento primieroment
Que meta vostre entendament,
, Tant vous como vostres enfans,
De creyre en Diou tôt poysànt,
415 E en son Filh, nostre segnor,
Que nos ha mostrà grant amor,
Quar el ha volgu penre mort
Per adure nous à bon port.
Al Sant Sperit vous creyré ;
420 Eysint santqment viouré.
Vené e vous ayanolhà
Al nun de là Santo Trinità.
\ eniant juxta episcopum et dicat idem Episcopus :
Say, Perrinet, vay-me d'aygo quérir
Afim que se puecho complir
425 La dévotion de questi gent.
Perrinetus. — Mun segnor, de bon talent,
Lour entencion saré complio ;
Diou saré en lour compagnio.
E se adurey sanctum crisma ?
430 Episcopus. — Despacho-te, pro eys mena ;
Non sabes-tu de que usen
Quant lo sant babtisme donen
Ni de que aven à mestier ?
[19] Perrinetus. — Ben ho saboc ; mas per Sant Dier,
435 Si non en pensavo miel (?) valer
De Testreno ; mon dever
Apenas e y ou fariou.
Episcopus. — Chaton, layso far à Diou,
Car de cert, ben sarés paya.
440 Perrinetus. — En vous me fiou ; or avisa.
8 LB MYSTERE
Ejsi eys tôt quant fay mestier ;
Tôt ero aparelha dous hier.
Non eysubiié pas de me payar.
Episcopus. — Dous que vous volé batear,
445 Lous nons vous vous changaré.
Placidus^ — Si la vous play, me scotaré,
Segnor avesque et prellà.
You vous direy ma volontà;
Heustaci per nun mon drech non saré ?
Episcopus acipiat aquam et, ipso Heustacio genuflexo, dicat .
450 Pueys que eytal nun aver volé,
Heustaci apellà saré.
Heustaci, creys-tu fermoment,
Como t'ay die primieroment,
En cel que ordeno xpistiandà?
[20] Heustacius. — Payre, you soy ben enformà.
450 Tôt quant que li Gleyso cre, volo creyre ;
E aquesti que me son d'areyre ;
Trestot m'o avé decleyrà 1 .
Episcopus. — E vous, dono, en verità,
460 • Cosint volé que on vous apelle?
Uxor. — Segnor, si Feys lo plazer voste,
Theospita per nun vuelh aver.
Episcopus. — En vostre fach prenoc pl[a]zer,
E tous dous, enfans,vous batearey;
465 Al nun de Jhesu ho farey.
Heustaci et Theospita you vos bateou
In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Amen.
Idem Episcopus. — Di-me, Heustacii, de présent,
Cosint tiou filh voua sarey, saren ;
470 Car en après lous vuelh batear.
Heustacius. — Diou me garde de prevaricar,
* Ce vers a remplacé celui-ci : Entre tous sen ben enferma.
DE SAINT BUSTACHB
Révèrent payre et segnour.
Agapit houré aûnun lo môur,
E al num dal sant 'Sperit,
475 Theospit, lo plus pechit ;
Masque vous ho ayà en gra.
Episcopus. — Pueys que eysi eys vostro voluntà
Eysint saren apellà.
Beous enfans", ayanolhà-vous,
480 E batearey vous ambé dous.
[21] Primus filius. — Très voluntier, mun dous segnour,
Me ayanulharey prumier.
Secundus filius.— Après mun frayre, per entier,
Devotoment you volo penrre
485 Lo sant sagrament de batisme
A lo honor de Nostre Segnor.
Episcopus. — Lo veray Diou de tôt creator
Vous done gracio de so far.
En après volo batear
490 In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti.
Ambo filii. — Amen (alta voce).
Idem episcopus. — Mos amis, or entende,
Bé*n que vous se volgu batear,
VulhaDiou temé e amar
En totas vostras operacious,
495 Car autroment you vous afiou
Que pauc vous valrio lo sagrament.
Heustacius. — Nous vous remarcien charoment,
Car ben nous avé illuminà
Jhesu Xpist, per sa pietà,
500 Vous salve e done quieto vio.
Episcopus. — Jhesus Xpist, filh de Mario,
Sio en la vostro compagnio,
[22] E vous defendo de tout mal,
E vous done la vito eternal.
505 De certan, you ay cognegu
10
LE MYSTÈRE
Que en vous eys lo rey Jhbsu,
E me semblo, à mun avis,
Que habitaré en paradis.
Preouc vous, sovegno-vous de mj ;
510 De vous me sovenré ausi.
A Johan Fapostol vous commant
Dous aquest' horo en avant,
Que li plaso, per sa amor,
Qu'el sio vostre intersessor
515 Davant Diou omnipotent.
Uxor. — Segnor prelà, que se valent,
Vulha-nous à tous perdonar,
Car nous en volen tornar
Segretoment en nostro habitation.
Sillete.
Recédant et pater exeundo dicat:
520 Heustacius. — Certanoment euro vey iou
Que nostres nous venon de Diou,
E dal Filh que nous deylivre x
A consorcio sathane
E al nun de TEsperit Sant,
Como dich ay you de devant,
525 De Diou sen, non douté,
Iou say que non nous falhiré.
Que la sio ver so que vous die
De agios deysent Agapit :
Agios val eytant corne sant.
530 Beneura saré mon enfant.
[23] Theospit que eys grec deysent
Que en nostro lengo puroment
520 Desino eytant como Diou 1 .
i Vers effacés : Per que donc vous batearey you
Disent : you te bateouc, Agapit,
Al nun dal Payre e da[lj Filh '
E dal bénit Sant Sperit,
£ à tu, Theospit, semblabloment
Al nun dal payre omnipotent.
DE SAINT EUSTÀCHE
11
Recédant. Quando fuerit domi, dicat
Heustacius idem. — Say, chavaliers, annen chasar,
535 Car you me voloc deportar; •
En chaso prenoc grant déport.
Primus milles. — Mon segnor, nos sen d'acort;
Mas portarey ma botelho.
Tant Tamoc que eys meravelho:
E quant iou me pousarey,
540 Ben say que you la beourey
E à trasque tous farey crehenso.
Secundus milles. — E you voloc portar ma lanso
En la grant maniero de Franso,
545 E quant venré que lay saren,
Tu e you nous deportaren,
Car lay ha bel esbatiment,
E 'sprovaren nostre jovent.
[ 241 Heustacius. — Anna- vous-en, tôt de présent,
550- Veyre si ren trobaré,
. Sio cert ho lop, non ho doté ;
Mas lous segué fermament.
Primus milles. — Non hi ouré per my falhiment.
Coinpagnun, nonsian paresous,
555 Mas corran fort entre e tous dous,
E mostro ung pauc ton personage.
Secundus milles. — Iou passarey tôt aquest bochage
Si legieroment como tu,
E te deypolhesas tôt nu.
560 Fay pur dever, non te truffar;
Pro saboc corre e trotar,
Non metan lo tens en follio
Currant fortiter ; sed ipsi millites désistant Heustacium, et ten-
dant ad alium locum. — Modo vadat Heustacius ad locum ubi est
Jhesus, et, quando erit prope, dicat :
Hestacius. — Mon dous segnour, you te suplio,j
Non mespreses ton servitor,
12 LE MYSTÈRE
565 Mas te plaso per ta amor
Que eysint quant you ay cognogu
Que tu sios lo veray Jhesu
Filh* de Diou, payre omnipotent;
En après die joiosomerit
570 Que creouc al Payre e al Filh
E al bénit Sant Sperit.
Mantenent soy vengu eysi
Que tu magnifestes à mi
So que as promeys lo jort passa.
[25] Jhbsus per senwm. — Heustacy, tu sies beneyrà,
576 Car davant eras tant mortal,
E mantenent sies immortal.
Lo dyable as sobremontà
Que tant fort t'avio baratà ;
580 L'enemic que ero corrompent
As leysa, e lo omnipotent
As vist ; e te beylaré
Lo reaime que fin non ouré.
Mantenent saren demonstrà.
585 Ftdey tue opéra;
Car lo demoni, per envidio,
Per sa tristor e sa malicio,
Contro tu fort se conmouré,
Grant tribulation te daré
590 Per so, car l'as desamparà ;
Disciparé ta hostalà ;
Pro te conventaré à sufrir
E pro de chausas sostenir,
Afin que tu ayas vitorio.
595 ' De mi toyort ayas memorio.
D'aqui al jort d'uey sies exalta.
Penre te faut humilità :
La te conventaré humiliar
E toto vanità leysar.
600 Non falho donc ta virtu.
Grant glorio al mont as agu ;
Mas eysint quant prenias plaser,
Cosint pogessas far dever
DE SAINT EUSTACHE
13
De complayre à Temperrour;
605 En eysint à mi, que soy amour
Te perforsares de hobeir,
E fort sares de qui à mûrir.
Sapiasben, e non hi dotar,
Que Jop te convento semblar
610 [26] Jamais en ta cogitation,
Queyno que scio li tentation,
Contro Diou non murmurarés.
Eysint lo Diable vensarés ;
E quant te sarés humilias,
615 Per tribulasions fort lasàs,
Venrey et te retornarey;
Ma proprio glorio te darey.
Orme di, Hestasi, en quai temps
Si tu amas mays los temptamens,
620 Euro ou en ta velho ?
Heutacio. — Lo mon segnor, iou te suplio
Que enpossible eys de evitar
So que te play de ordenar;
Mays amoc, segnor, en jovent
Recebre aquesti torment.
Mas te preouc nos dones pasiensiô
E en tôt mal grant resistentio ;
Lo diable, per paraulo vano,
Non nous tollo la ley xpistiano,
Ni tu de nostre entendament.
Jhesus. — Heustaci, cre pur ferm ornent
Car ma gracio en tu saré
Que vostras armas gardaré •
A la fin de vostro vio..
Recédât Jhesus et tendat ad Paradisum, et Heustacius, domum ;
et cum fuerit ubi sunt milites, dicat:
[27] Heustacius 1 . — Mous beous amis, ben me pleyrio
636 Si avià preys qualque salvajuro.
Mas si non eys, per aventuro,
Anen-nous, tôt prestoment.
1 Ici quatre vers effacés, qui sont reproduits plus bas (vers 650 à 653).
625
630
14
LE MYSTÈRE
Primus milles. — Mun char seguor, nos sen content,
640 Pueys que non aven ren pogu penre.
Secundus milles. — Mon dous segnor, vulhàs entende,
Pur ar segueouc ung reynart 1
E non saboc en quai part
Lay per pechit governet.
645 Tronpeta. — E you agro preys ung cert,
Mas si aguso pogu tant chaminar
Que Tagoso pogu arapar,
L'agro donà à Temperour.
Recédant omnes et quando fuerint domi , dica[t\ uotori :
Heustacius. — Jhesu Xprist nostre gouvernour,
650 Dono molher, se vous benio.
E garde vostro compagnio
Dal poyr dal malvàs sathanàs.
Uxor. — Plaso à Diou que d'aquel solàs
Sio tôt xpristiam défendu
655 Mas vous demando de Jhesu.
[28] Queynas novellas dizé-vous ?
Dizé-ho, ami, e a 'questous dous,
• E non nous defalhà en ren.
Heustacius. — De Jhesus vous dizo grant ben,
660 Que en el eys toto leoutà,
Rey dal reys eys apellà.
Dono molher, you vuelh dire
Non faut point chantar ni rire,
Quar, si al sel volen montar,
665 Grant peno chaljsoportar ;
E que grant ruino nos venré
Tantost, et non hi tarzaré,
Prenan tôt lo mal en paciencio,
Beylan à Diou la reverencio,
670 Car s'eys humilia per nous
1 On a effacé : Quar ung senglart avian
Quant sen
DE SAINT BDSTACHB
Sus l'albre de la santo Cros :
Eysint ha fini sa vio.
Uxor flextat genua et dicat:
Jhestj Xprist, filh de Mario,
Defendo aquesto compagnio
675 Dal poir dal demoni malvàs
E estendo sobre nous sous bras,
E sio facia sa voluntà,
En tôt quant as ordenà
Sobre nos tôt de présent.
680 Heustacius. — Visage plazant
E mot deflalhant
Lo mont sol mostrar
Unfert fort brient
E plein de tonnent.
685 Non falho ta fe ;
Cel que nos regitz
Sus en paradis
Nos aiuavaré
Que nengun otroage
690 Ni dengun damage
Fach non nos saré
Per que vos preouveiren
Per lo honor de Diou
Sia fermo en la fe.
[29] Uxor. — Non doté en ren
696 Car ho sarey ben,
Si devo mûrir.
Sufrir volo peno
Afin que avegno
700 Sus aut en paradis.
Car seyt mont si (?) ha servi,
Mon très dous mari,
Non ho fauc dotar.
Dont preouc nostre segnor
705 Que per sa amor,
Paciencio nos done
16
LE MYSTÈRE
En seyt mont.
Infernus. — Ou! diables, et que fazé ?
E ! salué tuch de Postal ;
710 La ! nous eys vengu un grant mal,
E si provi non hi meten,
Nostre reaime deciparen.
Ar entendé per que ho die,
Car Jhesu, nostre eifemic,
715 S' eys alevà, e nos tonben!
Elàs ! dyables, que faren?
Lo prince de chavalario
De Pemperour de Romanio
4 Jhesus a preys e nos ha reneà.
7 20 Oy làs ! Oy las ! la malo jornà !
El tenio nostre drech d'un pes.
Ou ! marri unfert, que farés ?
Ploro, sospiro, non quallar,
Infert dolent, que deves far?
725 Meté hi lo dever que poyré,
Àutroment dolent en saré;
Tôt vostre poyre e vous fazé.
[301 Sathan. — Verità eys so que dizé.
Nostre reaime saré perdu
730 Per aquel propheto Jhesu.
Prenan hi tous bon cosel.
Astarot. — Compagnum, isto en eyvel
E vous autreys que se à Paviron.
Dire vous volo m'entencion :
735 La non eys nengun que fazo ben ;
Si dizo mal, non dizo ren.
Las doas per berho (?) la mour partio
De Pemperour de Romanio
Eys sus nostro dominatiom.
740 Annen tuch en tentatiom
E per lo poble terrenal
Non semenan aire que mal.
Lous princeys nous suvertiren
Tant que lous xpristians tuaren.
DE SAINT EUSTACHE
745 Semblo lo vous que sio de far ?
Infernus. — Marri, ben avé de que plorar !
Sathan, que sies encheynà,
Dono consel à ta meynà
E de temptar tu lour ensegno.
750 Sathan. — Avant, demonis, ar vous sovégno
De las obras que ay ordenà
Davant que fasoc encheynà ;
Adam e Evo prumieroment
Mis en dolour e en tonnent,
755 [31] Dont celas que son d'elos parti
Vengon legieroment hon my.
Abel per Cahin fe ousire ;
Entendé que vous volo dire :
. Tant soy sutil en temptation.
Que per nenguno occasion
Paradis non poan aver.
Balsabuc. — Sathan, de tôt eyso, eys ver.
Char nous eys, car sias catinà
Tant restrech e tant fort lià.
Nostre emperi eys mal tracta
Dous que as lo régiment leysà ;
E se peùro de jort en jort !
Sathan.— D'ey tais conselhours unplen fort,
Vous non meté fim en cosej.
Ar vous meté tùch en eyvel
E entendé so que direy:
Sajomentvous cosselharey,
Per tôt lo mont uni versai,
Se distribuisan l'infernal,
E chascun fazo diligencio
De far nafrar la conciencio
De celousque saren batea.
Tantost tonbaren en pechà,
Dont dengun non los relevaré.
765
770
775
18 LE MYSTÈRE
780 Piffer 4 . — Aquel consel ben nos faré,
Auren al cors dal reys pagan
Que persegan fort lous xpistians.
[32] Li pagam tuch nostre saren
E li cristiam : quar offendren
785 Encontro Diou, en murmurant.
Astarot. — Leviatam, consenteys hi tu?
Leviatam. — You die que annan contro Jhesu ;
E si el se layso trobar,
Non credo hane tastar de sal.
790 Mays non cognoc si mal novel ;
E lo tuearey, nostre ennemie.
Infernus. — Or m'entent, mon bel amie.
You say que tu syes arguolhous,
E non te acordas pas on nous ;
795 Voles ouvir que Jhesus ha dich
Per un siou servitor David ;
El dy qu'el nous diciparé
Ni jamays el non callaré
De qui que nous deffalhiren.
800 Levietam. — Jhesus, iou non temo pas ren.
Mas grans colps de las e nos fazen,
E per davant lui nos los metren ;
E quant non s'en avisaré
Hins al las retengu saré,
805 Qui lous veyre.
Bellim. — El ho sabré,
Eyso non chai eymaginar.
Jhesus non chai menasar.
Parlen de las autras personas
8)0 [33] Que son nostras, à totas horas.
D'aquest propheto, prodome, que eys de far
Guironnet. — You dich que tuch ley dean annar,
E encontro lui fazan guero,
Tant que ung autre Job sio en terro.
» Effacé: Astarot.
DE SAINT BUSTACHE
815 Chascun fazo bon dever :
Li ung li tuaren son aver,
Li autre, vailés et serventas
E vengaren nostas ontas.
Li autre tentaren sa persono.
820 Lo propheto pôyr nous dono
Sovre toto xpristianità.
Compagnons, sia ben avisa :
Tant li donan de afilieion
Que vengno à tentation ;
825 Ben say, non hi resistaré,
Eysint nostre elh saré
Non poyré fuir.
Anima. — L'armo soy, que non po mûrir ;
De mûrir longoment ay désira.
830 En unfert, per tostems, soy logà,
Senso jamays aver repaus,
Car lous diables que van à saus
Ourey per ma consolation.
0 Mar. — Bono compagnio te tenrey iou,
835 Per que non sias tant eybaio.
Forse eys que ayas paciensio
Dal ben que te fan, mameynà.
[34] M agis ter domus anunciando
Elias, segnor, malo jornà !
Jou ay al cor grand desplaser.
840 Mon segnor, vous devé saber :
Vostres chavaus son trastuch mort
En restable, que ero? si fort ;
Car las pareys son tombàs
E sus al chavaus reversas.
845 Elàs ! segnor, quai desconfort !
Car tanto bel chaval son mort !
(A suivre.)
Dialectes Modernes
NOTES DE PHILOLOGIE ROUERGATE
(Suite)
V
Dans la première de ces Notes, il a été commis une erreur
que j'ai reconnue depuis, et je suis d'autant plus pressé de la
réparer qu'elle consiste en une imputation injuste contre mon
compatriote et confrère en philologie rouergate, feu l'abbé
Vayssier.
Contrairement à ce que j'avais avancé, j'ai constaté der-
nièrement que, dans la partie occidentale du département de
l'Aveyron, coela et noet se disent pour coeita etnoeit, ce qui
dès lors autorisait notre lexicographe patois à considérer ces
formes épenthé tiques comme des diminutifs. Cette opinion me
paraît confirmée d'ailleurs par notre mot /bei'f, qui n'est qu'une
épenthèse du mot français fouet. De ces rapprochements il
semble résulter en effet que la diphthongue oet est antipathi-
que au caractère du rouergat central, et qu'elle s'y trans-
forme naturellement en la triphthongue oeil. Tout porte donc
à penser que coeita et noeit sont des équivalents locaux de
coeta et noet, dans lesquels il serait difficile de ne pas voir des
diminutifs.
La souche du premier est évidemment coa; mais la question
se pose pour la dérivation du second. Noet et son épenthèse
noeit peuvent, en effet, ou bien être une syncope de nosel, issu
de nos, ou bien être les dérivés directs d'un primitif syncopé
no, qui n'existe plus, mais que peut faire admettre une forme
fondamentale possible *noûs = nodus. analogue à *nius = ni-
dus, origine démontrée de notre niu, nid. (Voir ci-dessus,
p. 69.)
Nous avons encore reproché à l'abbé Vayssier d'avoir al-
téré torrelhar'en estorrelhar pour en rendre l'étymologie plus
facile. A ce propos, notre excellent collègue M. Roque-Fer-
rier a bien voulu m'apprendre que le patois de Montpellier
PHILOLOGIE ROUERGAJE
21
possède un estarrolhar, lequel se trouve aussi dans Vayssier
comme variante à'estorrelhar*. De tout uela je conclus que
j'avais commis un jugement téméraire, et, pour faire pleine
réparation à qui de droit, je dois reconnaître que notre lexi-
cographe a produit une œuvre parfaitement consciencieuse
et d'une valeur considérable. Cela dit, et après avoir renoncé
à contester l'existence réelle à" estorrelhar et estorrolhar, fré-
quentatifs régulièrement (formés (Vestorrar, lat. extorrere,
dessécher par la chaleur, je maintiens une partie de mes re-
proches contre le dictionnaire rouergat : il a certainement eu
tort d'omettre le verbe se torrelhar, se griller, et de le rem-
placer dans un de nos proverbes par un .mot congénère qui ne
rend pas la pensée du dicton. Voici ce proverbe rétabli dans
sa forme authentique :
Que per Nadal se solelha
Per Pascas se torrelha.
Et cela veut dire : Qui se chauffe au soleil à la Noël se .
chauffe au feu à Pâques.
VI
La Note 11 (voir ci-dessus, XXI,p. 4 71) a été consacrée à la dis-
scnssion d'une des critiques qui ont été formulées par M. Paul
Mejer contre certaines étymologies proposées dans mes Etu-
des de philol. et de ling. aveyronnaùes. Les autres ne sont pas
moins dignes de notre attention, et nous allons reprendre cet
utile examen.
Me fiant trop aveuglément aux renseignements de nos cel-
tistes, j'avais identifié ensemble les racines rouergates cair et
cail, et par là j'avais été conduit à méconnaître la véritable
filiation des .mots cailar et cailus. Le savant romaniste m'a
donc fait très-justement observer (voir Romania, n° de janvier
1880, pp. 152 et 153.) que ces formes provençales répondent
à des formes gallo-romaines castellare, castellucius, et que les
textes latins du moyen âge les reproduisent dans les nuances
intermédiaires et successives decastlare, castlucius, etcaslare,
caslucius. J'ai pu, depuis lors, constater dans les sources
4 Estorrelhar = "extorricalare; estorrolhar = *estorrjtoulare.
2
n
PHILOLOGIE ROUBRÛATE
l'exactitude absolue de ces assertions, notamment dans le
Cartulûire de Conques *.
Quant à la racine cair, M. P. M. en nie l'origine celtique
tout aussi péremptoirement que pour cail ; elle n'est, suivant
lui, que la régulière transformation de la racine latine quadr
fournie par le mot quadhim et ses développements. Sur ce
deuxième point, je ne suis pas disposé à passer condamnation
aussi facilement que sur le premier ; je dirai pourquoi tout à
l'heure. Mais revenons un instant sur cail et ses composés cai-
lar et cailus .
Si l'origine de cet élément n'est pas douteuse, l'histoire de
sa formation, sa genèse, n'en est pas moins un problème qui
offre à la fois beaucoup d'intérêt et de sérieuses difficultés.
Cette formation est certainement anomale, car la formation
régulière correspondante nous eût donné en provençal caste-
lar ou castelier, et castelus, qui se rencontrent d'ailleurs dans
certains pays d'Oc, de même qu'elle a donné effectivement en
français châtelieret chatelus*, sans parler de l'italien et de l'es-
pagnol, sur les domaines géographiques desquels on relèverait
nombre de Castellare, Castelar, Castelluccio, etc.
D'où est née cette anomalie, cette difformité? Sans doute
de quelque accident survenu pour contrarier le développement
normal des mots durant leur évolution, à l'instar de ce qui
s'observe dans la production de tout phénomène tératologique
dans les divers ordres de la nature.
Et quel fut cet accident dans le cas qui nous occupe? Là est
pour ainsi dire le noyau de la question; mais, pour le dégager,
il faut commencer par résoudre quelques difficultés prélimi-
naires qui en forment en quelque sorte les enveloppes.
Ainsi, à la racine latine castell de castellaris et castellucius,
correspond la racine provençale cail de cailar et cailus; et,
secondement, le pseudo-latin ou latin barbare du haut moyen
âge fournit deux termes successifs de transition entre ces
* Cartulaire de l'abbaye de Conques en Rouergue, publié par Gustave
Desjardins. Paris, 1879.
7 Les Châteltts sont sans doute moins nombreux dans les pays de langue
d'oui que les Caylus dans les pays de langue d'oc, mais ils s'y rencontrent;
le département de la Creuse, notamment» en possède plusieurs .
PHILOLOGUE ROUBRGATB
23
deux formes extrêmes, soit les racines castl et casl. Cela
dit, procédons par voie régressive et cherchons d'abord le
passage de casl à cail, puis celui de castl à casl, et enfin
celui de castbll à castl. J'adopte pour mon exposition cette
marche à rebours, parce que c'est celle que j'ai été amené
à suivre dans l'étude qu'ont provoquée les observations de
M. Meyer.
La dernière métamorphose ne présentait rien d'exception-
nel: caslar, caslus, se transformaient en cailar, cailus, comme
vaslet, de vassalet, s'est transformé en vailet, valet; comme Vs
s'est changée également en t devant m dans deime, dixième, et
Maùne, Maxime, remontant par desme etMasme à leurs origi-
naux latins respectifs, decimus et MaœimusK
Rattacher le changement de castl en casl àr une loi connue
était plus difficile. Le vocabulaire provençal ne m'offrit qu'un
seul mot, en dehors de cailar et cailus, qui eût l!élément astl
dans ses origines, et, dans ce cas, la lettre t, au lieu d'avoir
été éliminée, s'était changée en c. Le mot dont il s'agit est
ascla, bûche de bois fendu, procédant du diminutif latin astula
par une forme intermédiaire astla, comme le t de vetlus,
contraction de vetulus, est devenu encore le c de *veclus, d'où
velh, vielh*.
La mutation do castl en casl reste donc un fait isolé, une
exception unique dans la morphologie phonétique du proven-
çal. Pourquoi la loi, pourquoi la cause qui a fait ascla de astla
n'a-t-elle pas fait casclare et casclucius de castlare et castlucius;
ou pourquoi ce qui a produit caslare, caslucius, n'a-t-il pas pro-
duit concurremment asla au lieu de ascla? Contentons-nous
de répondre, pour le moment, que cette différence de deux
effets qu'on s'attendrait à trouver semblables s'explique en ce
que, en réalité, ils relèvent de causes différentes, qu'ils se
sont produits dans des temps et des milieux notablement dis-
tincts, ce qu'il s'agira de démontrer tout à l'heure.
4 La tendance de Ys à fléchir en i devant certaines consonnes ne s'observe
pas seulement dans le conflit des lettres d'un même mot, mais encore entre
les mots contigus d'une phrase; c'est ainsi que Ys des articles los et las se
change volontiers en i devant les mots commençant par une consonne.
*Conf. usclar, v. a., flamber, hâler, du lat. ustulare par un intermédiaire
obligé ustlar.
.24
PHILOLOGIE ROUERGATK
La consonne composée stl est insurmontablement répu-
gnante au tempérament phonétique de la langue latine et de
ses filles les langues romanes; et tl lui-même, qu'elles ont
admis dans quelques mots comme Atlas et Atlantique, y est une
importation du grec et y fait disparate. Cela étant, je crois
pouvoir avancer deux choses :
Premièrement, que le stl de astla, forme transitoire de
astula, n'eut jamais qu'une existence virtuelle, et que, par le
fait, ascla succéda immédiatement à astula lorsque Vu de celui-
ci dut disparaître pour accommoder ce proparoxyton latin à
la tonalité provençale ;
Secondement, que les mots castlare, castlucius, traduisent
une prononciation germanique de castellare, castellucius, qui
fut probablement introduite par les Francs dans les temps
carolingiens, et qui prévalut accidentellement sur les formes
romanes vraies dans une région de notre Midi, par suite de
circonstances particulières à découvrir, mais analogues à
celles qui imposèrent à la population a romaine » de nos pro-
vinces les noms propres d'homme et de femme apportés par
ces Barbares.
Je crois inutile de m'arrêter sur la première de ces deux
propositions ; je vais entrer dans quelques détails touchant la
seconde.
Nos vieux documents, notamment le Cartulaire de Conques
(dont une charte remonte à Tan 801), nous offrent le fait re-
marquable autant que peu remarqué que voici : les noms pro-
pres des Rouergats de l'époque qui s'y trouvent consignés,
et le nombre en est grand, appartiennent tous, ou bien peu
s'en faut, à la langue germanique. Ce n'e3t pas tout: ces noms
germains de personne ne présentent, dans la plupart des cas,
aucune trace de romanisation, alors que la nomenclature to-
pographique contemporaine, toute de source latine ou gau-
loise, porte déjà les signes d'une romanisation très-prononcée.
Ces noms propres germaniques sont sans doute, tant bien que
mal, accommodés aux déclinaisons latines, mais leur lati-
nisation n'est pas autre que ce qu'elle devait être quand les
mêmes noms, au lieu d'être écrits dans le Rouergue, étaient
écrits au sein même de la Germanie.
Évidemment, durant la période carolingienne, deux langues
PHUiOLOÔIB ROUJSRGATE
25
étaient en présence dans notre province et luttaient pour l'em-
pire, celle de la population « romaine » et celle des Francs.
Ces derniers devaient être nombreux dans le pays, et comme
officiers publics placés à la tête des ministeria, des vicariae et
des aïçes, et comme propriétaires terriens, et aussi apparem-
ment à titre de simples colons et de serfs ; et de plus, à en
juger par le chassé-croisé des missi dominict et des mim de
l'abbaye de Conques, entre Aix-la-Chapelle et le Rouergue,
auquel nous font assister certains récits du Cartulaire, les
communications étaient étendues et actives entre notre pays
et les pays germains, ce qui devait contribuer à entretenir la
connaissance de leur langue nationale dans nos familles d'ori-
gine franque. Sans doute, les noms étrangers que faisait adop-
ter par les indigènes la tendance qui, en tout pays et en tout
temps, porte la masse à modeler ses mœurs sur celles de ses
maîtres, ces noms devaient perdre de leurs aspérités tudes-
ques en passant par la bouche des « Remains » ; mais, lors-
qu'ils étaient écrits, si le scribe était d'origine barbare, ces
vocables à lui familiers étaient naturellement orthographiés
par lui comme ils avaient coutume de l'être par delà le
Rhin ; et, si le rédacteur était au contraire de nation « ro-
maine », l'orthographe tudesque lui était imposée en quelque
sorte par la prononciation du déclarant, s'il était Barbare, le-
quel articulait son nom à la façon des gens de sa race ; et
d'ailleurs le scribe, crainte de déplaire, devait s'efforcer d'es-
tropier ce nom le moins possible et d'en rendre de son mieux
les sons exotiques au moyen de son alphabet latin.
Ainsi, tandis que dès la fin du VIII e siècle, date de nos do-
cuments rouergats les plus anciens, l'orthographe des noms
de lieu atteste que la population ce romaine » trouvait déjà trôp
dures pour l'oreille ou pour la voix certains concours de con-
sonnes simples de la latinité pure, et qu'elle altérait ces sons
pour les adoucir, l'orthographe des noms germaniques en res-
pectait toutes les rudesses et s'interdisait jusqu'à ces sobres
atténuations que le latin de l'époque impériale et de l'époque
mérovingienne elle-même se croyait tenu d'apporter aux noms
barbares, en intercalant d'office certaines voyelles entre les
consonnes, pour empêcher celles-ci de se heurter trop fort et
de produire par leur choc des articulations trop difficiles à
*6
PHILOLOGIE ROUEROÀTE
émettre, trop désagréables à entendre. Par exemple, alors que,
dans les écrits latins des deux époques précitées, nous ren-
controns les noms des chefs barbares sous les formes adoucies
de Dagobertus, Gundobaldus, Sigobertus ou Sigibertus, etc.,
pour Dagbertus, Gundbaldus, Sigbertus, etc., nos textes rouer-
gats carolingiens, et jusqu'à ceux de la fin du X e siècle, ou
de plus tard encore, orthographient brutalement : AicFredus,
Aicuarus, BerToaudûs, Berruindus, Gausvredus, Gomrandus,
GutTBaldus, GuÎTBertus, GuhFredus, GuiTMarus, HuQmldus,HuG-
Bertus, Jœvmldus, JaTFredus, JosFredus, LeoDBertus, Leunoar-
dis, LeuTFredus, Leovuindus, MaTFredus, Raroardis, RoTBertus,
BoToarius, Ronhandus, SicFredus, TeuTBertus, TettTGarius, etc. 1
Une autre observation philologique prouve encore d'une
manière décisive que, à l'époque où les textes qui nous occu-
pent étaient rédigés, une partie considérable de notre popu-
lation, considérable par le nombre et non pas seulement par
la situation des personnes, faisait usage des dialectes germa-
niques, et que la rédaction des noms germains, de beaucoup
d'entre eux tout au moins, avait lieu sous la dictée de Ger-
mains qui, bien que jargonnant le latin comme langue offi-
cielle, employaient en famille la langue de leur pays d'origine.
Dans le Cartulaire de Conques déjà cité, on rencontre toute
une catégorie de noms de femme qui, terminés en a au cas no-
minatif, font anœ au génitif, ou plutôt ane. Suivant la remar-
que de Littré (voir Dictionnaire, art. Nonnain), faite à propos
du même phénomène observé ailleurs, par Jules Quicherat
principalement (voir de la Formation française des anciens noms
de lieu, p. 62 et suiv.), cette façon barbare de décliner en latin
était la réminiscence d'une déclinaison germanique, d'où il
est permis de conclure que ceux qui commettaient ce germa-
nisme parlaient le tudesque. Ainsi, dans des actes de donation
que renferme le Cartulaire, Aiga *, Berta, Gisla, Odda, se dé-
1 Voir Cartulaire de l'abbaye de Conques, op. cit., à la table des noms
propres.
* A propos de ce nom, nous devons signaler à M. Gonstans une méprise.
Il a cru voir dans ce 'mot le substantif provençal aiga, employé comme nom
propre de femme. Aiga, n. p., est un nom germain qui se retrouve sous deux
formes masculines et appliqué à des hommes, Aigus et Aigo, et qui entre dans
la formation d'une foule de noms composés, par exemple : Aiybrandus, Aig-
PHILOLOGIE ROUERGA.TE
27
clarent donatrices ; puis au bas de l'acte se lit ; Signum Aî-
gane, Bertane, Gislane, Oddane.
Eh bien ! pareillement, il nous est avis que les formes cast-
lare, castlucius, à l'époque où ces mots s'inscrivaient dans nos
vieilles chartes, étaient des prononciations tudesques de cas-
tellare et castellucius, servilement reproduites par le scribe
telles qu'elles tombaient des bouches barbares, et servilement
adoptées par la population indigène à l'instar des noms pro-
pres de personne.
Nous pensons que ces mots difformes finirent par se substi-
tuer dans le langage commun à leurs équivalents, mais que, le
naturel de la phonétique romane reprenant le dessus, ces
formes barbares se romanisèrent à leur tour, tout en Radou-
cissant successivement encaslar, caslus ; cailar, cailus.
Notons en passant, ces remarques vaudront ce qu'elles
vaudront, que les Anglais ont fait de castellum, castle (en opé-
rant il est vrai sur le primitif et par déplacement de l'accent
tonique, tandis que castlare, castlucius, sont tirés de dérivés et
sans changement d'accent), et qu'ils prononcent aujourd'hui ce
mot comme s'il s'écrivait cassle; et notons, en deuxième lieu,
que castellum a reçu un traitement semblable des Allemands
dans le nom de ville Câssel, en latin Castellum Cattorum.
J'ai dit que les formes castlare, castlucius, sont une anomalie,
une exception, un pur accident dans le langage du, Rouergue
et j'ai cherché à dévoiler les causes de cet accident. Mon
étiologie pourra être contestée, mais le fait de l'accident est
indéniable. Si castlare, castlucius, et leurs transformations ul-
térieures en cailar, cailus, se rattachaient aux lois de notre
phonétique, je prie d'observer que ces mêmes lois ne nous
eussent point donné en rouergat rastelar, ratisser, et rastelier,
râtelier, mais bien railar et railler, parfaitement inconnus.
Et ce qui montre encore que les formes en question sont
entièrement accidentelles, c'est que non-seulement elles sont
isolées, intruses dans le dialecte où elles se rencontrent, mais
qu'elles sont étroitement localisées dans le domaine géogra-
phique des langues romanes, puisqu'on ne les observe que
fredus (d'où nos Ayffre modernes),! Aiglenda, Aigmarus, Aigulf, etc.
(Voirie Cartulaire, loc. cit.)
28
PHILOLOGIE ROCBRGÀTE
dans un petit groupe provençal dont le Rouergue paraît être
le centre (dans le nord de la Lozère, dans le Gantai, la Cor-
rèze, la Haute-Loire, où cà = chà, cailar, cailus, se présentent
modifiés en chailar, chaihts), et que partout ailleurs on trouve
à leur place les formes normales correspondantes.
Finissons sur ce sujet en faisant connaître que castlare est
employé comme appellatif commun dans plusieurs chartes sans
date précise» mais que M. Gustave Desjardins rapporte au
XI e siècle. Une autre charte, dont l'éditeur du Cartulaire place
la date entre 1087 et 1107, donae emtlar, sans flexion latine,
dans une phrase dont la première moitié est en latin et lia
deuxième en vulgaire. La voici : ...... et similiter douamus
totam illam decimam quam habet Geraldus de Castaliaco in
pignora per xn solidos podienses in toto illo vinobre deCastlar
dcl laus e de la foillada e de ioz los frauz. »
La suite sur la racine cair sera pour une prochaine Note.
J.-P. Durand (de Gros).
{A suivre.)
GLOSSAIRE DES COMPARAISONS POPULAIRES
DU NARBONNAIS ET DU CARCASSEZ
(Suite)
Fa. — I fa coumo l'oli al calel ; — coumo la calofano à Parquet.
— S'i fa coumo un ase descabestrat. — Fa de berses
coumo un ase de pets ; — coumo un gabach de tachos. —
Ne fa tant que pot, coumo un gous quand cago. — Fa la
plèjo e lou bèl temps coumo la campano de Sant- Jaques.
PER TRUFARIK :
I fa tant coumo s'un gous i pissabo suslacambo; —
coumo un emplastre sus uno cambo de bouès ; — coumo
las mouscos al fer caud ; — coumo la croux dabant un
mort.
se dits:
Fa coumo lou gous dal dèumaire: ten de guèitat. — Fa
ço que pot, coumo Roubin en danso. — Fa coumo las
p . . . , manjo lou boun pa lou premiè.
Fait.—- Fait à-n-acô coumo un gous d'ana descaus; — coumo
un ase d'ana à pèd. — N'a fait coumo paire e maire. —
N'a tant fait coumo St Peire de miracles ; — coumo lou
diablè abant de se faire armito.
PER TRUFARIK I
Fait ou estilat à-n-acô coumo un ase àjouga dal flajoulet ;
— coumo uno escarpo à jouga dal biuloun. — Fait per •
gagna d'argent coumo lous gousses per canta bèspros.
Fabouris. — De fabouris coumo de lamos de ganibet.
Facille.-— Facille coumo boun jour; — coumo de beure un
beire d'aigo quand on a set ; — coumo de dire : hai i
Facio. — Uno facio coumo un Ecce-Homo.
Fadeja. — Fadeja coumo un mainatjou ; — coumo un gat am'
uno mirgo. — Faire acô coumo qui fadejo.
se dits:
Filho que fadejo,
30 COMPARAISONS POPULAIRES
Mirgo que troutejo,
Pel galant, pel gat,
Faran lèu un plat.
Faissouna. — S'afaissouna coumo un pabou.
Fals ou paus coumo uno epitafo. — Faus e courtés coumo un
Biarnés.
se dits:
Courtés de bouco, e ma al capèl,
Pauc coustous e rés de pus bèl.
Familib ou apribasat coumo un aucèl qu'on nouirits dins la
ma. — Familiè coumo s'èro de l'oustal.
Fantastic. — Fantastic coumo la mulo dal Papo.
Fantesiêrous. — Fantesièrous coumo uno fenno prens.
Farandouleja. — Farandouleja coumo un parpalhol ; —coumo
un bol de mouscalhous.
Fat, — Fat coumo uno coujo; — coumo jiscles.
se dits :
Fat de naissenço guerits pas jamai.— A fat, cal fol. — Cado
fat a soun boun sen.
Fatigo. — En fatigo coumo un ase per bendemios ; — coumo
un bourrèu que bol fa sas pascos ; — coumo un courdouniè
qu'a rés qu'uno formo.
Faugnat. — Faugnat coumo un rasin.
Fautible. — Fautible coumo tout mourtal.
Fedo. — Abé lou sang blanc coumo uno fedo.
Fegnant. — Fegnant coumo un gous bestio; — coumo uno
missarro ; — coumo uno escarpo ; — coumo un Lazaroni.
se dits d'un fegnant:
Ja gagnara sa bido, s'i fournissoun lou pa, lou bi e lou
fricot.
Felhut. — Felhut coumo un amouriè prest à la culido ou cou-
lido.
Fenno. — Rés de brabe, quand es brabe, erés de marrit, quand
es marrit, coumo la fenno.
se dits:
Las fennos manjoun coumo dous, an d'esprit coumo qua-
tre, de maliço coumo sièis e de passiu coumo bèit.
COMPARAISONS POPULAIRES
31
Fa de fennos que bous aimôun coumo la loubo aimo un
moutou.
Ferme. — Fèrme coumo un roc; — coumo de car d'ausino; —
coumo un pecoul; — coumo un gra de cruchenc; —
coumo un bigarrèu ; — coumo un tauliè.
•Ferum. — Anae beni coumo de ferum engabiat.
Ferumeja. — Ferumeja coumo un bouc.
Ferrât. — Ferrât coumo uno porto de prisou.
PER TRUFARIÈ:
Ferrât d'argent coumo un pouli quand nais.
Fi. — Fi coumo un reinard ; — coumo un merle ; — coumo uno
agasso ; — coumo un gat ; — coumo uno arno ; — coumo
un Niçard ; — coumo un Fouissenc. — Fi, rusât coumo lou
coumis d'un banquié ; — fi, plegadis coumo uno amari-
neto.—Fi coumo uno telo d'iragno coumo de dentèlo;
— coumo de moussoulino ; — coumo uno pèlde cebo. —
Fi coumo lou temps; — coumo lou bent; — coumo l'am-
bre.
PER TRUFARIÈ*.
Fi coumo de lano de porc ; — coumo de pa d'ordi.
se dits:
As pus fis, las bragos i toumboun.
Fi ou acabasou. — Ben toujour à la fi coumo lou Gloria Patri.
— Es sans fi finalo coumo Teternitat.
Fial. — De fiai gros coumo de ficèlo.
Fiala. — Fiala coumo uno tatiragno ; — coumo uno courrejolo;
— coumo un macarroni; — coumo de besc; — coumo uno
soupo de fourmatge.
se dits :
Maridats-me, ma maire, que prim fiali.
Fibla . — Fibla coumo un jounc ; — coumo uno gaulo ; — coumo
d'amarino.
Fica. — Fica soun camp coumo se lou diable bous emmenabo.
Fidèl. — Fidèl coumo uno tourtouro ; — coumo un gous ; —
coumo la jiroundèlo à soun nits; — coumo un Jusiou à sa
lé ; — coumo un Espagnol à soun rei; — coumo un Turc
à l'Alcouran.
32
COMPARAISONS POPULAIRES
Fièr.— Fièr coumo un poul que dresso sa cresto; — coumo un
pouli descabestrat. — Fièr coumo Artaban ; — coumo
Berreto ; — coumo Ajac ; — coumo un duc ; — coumo un
Gascou ; — coumo un Ecoussés ; — coumo un papogai. —
Fièr e libre coumo lou rei das aucèls.
Fièro ou fièiral. — S'entendre coumo lairous en fièro. — S'i
parlo coumo dins un fièiral.
Figuro. — Figuro roujo coumo uno rajolo.
Filhol. — L'ei sus brasses coumo moun filhol quand lou ten-
guèri.
Fiula. — Fiula coumo un estourbil ; — coumo un merle ; —
coumo uno baudufo fendudo.
Fiula ou pinta coumo un tambourinaire.
Flac. — Flac coumo un paumouniste à cap de cami; — coumo
unotripo; — coumo uno pelho; — coumo un simoul d'es-
tofo; — coumo un froumatge fresc. — Flac coumo un
ajounc que la dalho a segat.
Flaira.— Flaira ou senti bou coumo d'aigo-ros; — coumo
d'alfazego; — coumo d'erbos dalhados. — Flaira de leng
coumo un alefant.
se dits:
La barialo pla labado
Flairo toujour Tarencado.
Lou saliniè flairo toujour l'alhet. *
Flamba. — Flamba coumo un four de caus ; — coumo un ar-
gelat; — coumo de pelhenc sec; — coumo d'estoupos. —
Flambeja coumo un lausset.
Flambuscat.— Flambuscat coumo un pouletàlaroustidouiro.
Flatous. — Flatous coumo un orne de cour.
Floucat. — Floucat coumo uno miolo limounièro; — coumo
uno mulo espagnolo; — coumo un premiè liam d'egatado;
— coumo lou biôu gras; — coumo uno missarro.
Flourat. — Flourat coumo uno pruno; — coumo un canounge.
Flourit. — Flourit coumo unrousiè de mai;— coumo un par-
terro ; — coumo lou printemps.
Floutkja. — Flouteja coumo un riban al bent.
Foc. — Car ou care coumo lou foc. — Tene coumpagno coumo
lou foc; — rouge coumo lou foc.
COMPARAISONS POPULAIRES
33
se dits:
Qui s'aprocho trop dal fioc, se rumo.
Fol. — Fol coumo un caulet-capus.
se dits :
Fol coumo Taigo que se daisso toumba de naut en bas,
courrits las carrièros e fa benifols lous que l'aimoun.
Fort. — Fort coumo un Turc ; — coumo un arculo ; — coumo
un brau; — coumo un cric; — coumo d'aigo-ardent ; —
coumo trento-sièis chabals. — Pus fort que de pebre. —
Pus fort que lou papiè, que porto tout ço qu'on i met des-
sus ; — coumo un boun ase.
Fouetat. — Fouetat coumo crèmo de pastissiè.
Fouina. — Fouina coumo un gat empouisounat ; — coumo la
lèbre al dabant de la muto. — Fouina coumo un desartou ;
— coumo un cassaire perseguit pes gendarmos.
Foundre. — Se foundre coumo de ciro al four ; — coumo un
cierge ; — coumo de burre ; — coumo un gratèu coumo
un sahi; — coumo de sucre dins Taigo. — Soun cor se
found coumo uno candèlo de séu. — Se foundre en de-
bouciu coumo la nèu al soulel. — Acô se found per las
dents coumo uno pècho farinouso.
PER TRUFARIÈ:
Se foundre en debouciu coumo un frejal al soulel.
Four. — Bouco grando coumo un four. — I fa escur coumo
dins un four. — I roustits coumo dins un four.
se dits:
Es pas per el que lou four caufo. — A fait al four.
Fourpoulha. — Fourfoulha coumo un escarbat merdassiè ; —
coumo la bermino dins la pecugno.
Fourmigo. — Baient, espargnaire coumo la fourmigo. — Se
faire petit coumo uno fourmigo.
PER TRUFARIÈ :
Es de Dounaza coumo la fourmigo.
se dits:
Fai coumo la fourmigo, meti toun gra à l'abric.
34 COMPARAISONS POPULAIRES
Fourteja. — Fourteja coumo de binagre; — coumo de bièlho
rapado.
Fourtuno. — I rajo defourtuno coumo lou qu'abio Tase cago-
diniès ou cago-pessetos.
Foutral. — Foutrai coumo la luno; — coumo Raubo-saumos ;
coumo Bergamoto ; — coumo lou gorp de la fabîo.
Fragille. — Fragille coumo debeire ; — coumo uno carabeno;
— coumo la reputaciu.
Franc. - Franc coumo For. — Bèstio franco coumo un banc.
Fred ou preoh coumo de gibre; — coumo de gèl; — coumo de
tor ; — coumo de tourbil; — coumo de malbre ; — coumo
unfrejal ; — coumo un susari ; — coumo Talé de la mort;
— coumo un aguiè ; — coHmo de cadenos de pouts ; —
coumo uno relho; — coumo un bancal; — coumo Taciè;
— coumo uno pilo de granit ; — coumo un grapaud ; —
coumo un aspic ; — coumo un four arroubinat. — Fred
coumo uno citaciu dabant lou jutge de pax ; — coumo
lou doute. — Quicon que bous fa fred coumo un cop de
bistouri ou d'estilet dins la car bibo.
se dits:
Dius douno la raubo seloun la fred.
Fresc. — Fresc coumo Talbo ; — coumo un barbèu ; — coumo
un alhet; — coumo un espinard ; — coumo un creissilhou;
— coumo uno berdoulaigo ; — coumo Terbeto dal ma-
tis; — coumo un rasin albairat ; — coumo uno roso de
mai ; — coumo las campanetos à Falbo dal jour ; — coumo
las queissos d'uno bugadièro ou ruscadairo.
Blanco, fino, fresqueto,
Coumo es uno mounjeto.
FretilHa. — Fretilha coumo un peissou dins la padeno. —
Fretilhant coumo un aucèl. *
Frèule. — Frèule coumo las fôlhos d'autouno; — coumo un
goubelet de moussoulino.
Frimouso. — Uno frimouso ou uno mino coumo un Barrabas.
Frisât. — Frisât coumo uncaulet; — coumo uno Jaitugoja-
lado; — coumo uno endebio; — coumo un angelou bu-
far èl.
COMPARAISONS POPULAIRES
35
Frounzit ou rafit coumo uno fèlho morto ; — coumo uno figo
seco ; — coumo de pansarilhos ; — coumo un pargam ; —
coumo uno poumo-reineto ; — coumo uno pruno-perdi-
goulo ; — coumo uno bouto de porc ; — coumo lou bisatge
d'uno bièlho cranco.
Fuge ou pugi coumo un reinard batat per un lioun ; — coumo
un papié ou uno fèlho seco que lou bent emporto ; —
coumo un esclaire; — coumo un malfaitous.— Fugit coumo
un gous fol ; — coumo un bièl castèl antat. — Fugi quau-
cun coumo la pesto ; — coumo lou colera ; — como un
bièl rougnous ; — coumo lou diable Taigo-signado ou lou
sinne de la croux. — Fugi lou lum coumo la marrido
counscienço. — Fugi Taigo tebeso coumo un gat escau-
mat.
Fuma. — Fuma coumo uno carbounièro ; ; — coumo uno loco-
motibo; — coumo un fournèl; — coumo un four de caus;
— coumo uno loufo de bosc; — coumo un tisou mal atu-
dat. — Fumo la boufardo coumo un Turc. — Fumant e
restaurant coumo uno croustado que sourtits dal four.
Furious. — Furious coumo un loup. — Furious e regagnât
coumo un tigre blassat .
Fusa. — Fusa coumo uno estèlo al cèl ; — coumo un Jamp ; —
coumo un andialo dins las mas; — coumo un reinard qu'a
lous lebriès sus garrous. — Fusa coumo uno cigalo amé la
palho al tioul ; — coumo uno giroudèlo que porto la becado
al nits.
A* Mir.
(A suivre.)
Poésies
DIES LiETITIiE
Joun clar esiau, ô joun de glorio,
Ount sus terro i a tant de joio
Que del vielh mal se perd memorio !
Ani ! De pertout Tallegretat
S'enlairo en pleno libertat ;
Toutis les cors ferme an patat,
Ausint le cant del jouve Dieus
Que, per aerins e per les rieus,
Ven esperta morts e mai vieus.
L'Amour! F Amour ten la Naturo,
A 'mbelinat la creaturo ;
Adieu, taliino e nueit escuro !
Soun grand libre es toutjoun dubert
Al prat flourit, al bousquet vert.
Coumo s'i cour ! Coumo 'n s'i perd !
Es mai que bel, es mai que clous
Del fuelheja, dM legi dous,
Valents, ardits e pecadous !
JOUR DE JOIE
Jour clair et calme, ô jour de gloire, — où sur terre il y a tant de
joie, — que du vieux mal on perd mémoire !
Allons ! De tous les lieux, l'allégresse — s'élève en pleine liberté ;
— tous les cœurs fermement ont battu, — écoutant le chant du jeune
Dieu — qui, par les sommets et par les ruisseaux, — vient mettre de-
bout morts et vivants.
L'Amour! l'Amour tient la Nature; — il a enchanté la créature. —
Adieu, ennui et nuit obscure !
Son grand livre est toujours ouvert — au pré fleuri, au bosquet vert.
— Comme on y va vite! Comme on s'y égare ! — Il est plus que beau,
il est plus que doux — de le feuilleter, d'y lire à deux. — vaillants,
hardis et pécheurs !
MES UET1TLE 37
Ieu, daissi 'qui moun ergno morto.
'Scarrabilhat, passi la porto
E vau pregant tout naut per orto :
« Mestre de tout, tant pouderous,
Salvats moun cor, qu'es amourous
E de car roso e de pej rous.
Dieus pie de gauch, fount de boun-ur,
Lum de la terro e de l'azur,
Vous brembarets d'ieu, pla sigur.
» Brico auselhè per ma preguiero,
Me tournarets la caro fiero ;
Tirats-me à founs de la pauriero.
» Dieus de vido e de jouventut,
Lèu-lèu, tournats vostro vertut
A moun cor triste e miech agut ;
Fissats-le à travès moun argaut.
Qu'aime, toutjoun superbe e caud,
Coumo F d'Antar e Y d'En Recaud 1 !
» Tournats dins ieu l'afric aimaire,
Aro, sul' cop, aicl, dins l'aire
Reviscoulant e Y boun esclaire.
Moi, je laisse-là mon ennui mort. — Ragaillardi, je passe ma porte
— et je vais priant tout haut, par les champs :
« Maître de tout si puissant, — sauvez mon cœur, qui est amoureux
et de chair rose et de cheveux blonds. — Dieu plein de joie, fontaine
de bonheur, — lumière de la terre et de l'azur,— vous vous souviendrez
de moi sûrement.
» Nullement sourd à ma prière, — vous me rendrez le visage bien
portant; — tirez-moi complètement de la misère.
» Dieu de vie et de jeunesse, — bientôt redonnez votre vigueur — à
mon cœur triste et à moitié exténué ; — percez-le à travers mon sar-
rau. — Qu'il aime, toujours superbe et chaud, — comme celui d'Antar
et celui de Recaud 4 !
» Remettez en moi l'ardent aimeur, — maintenant, sur-le-champ, ici,
dans l'air — rajeunissant et la bonne clarté.
* Jean de Rëcaut, amant de la belle Alamanda, morte au couvent de Prouille.
3
38
DIES UEtmjE
» Àjats pietat d'un gourrimand
Que vous espero en palsemant,
Desfourtunat etrelimant.
Quouro,ô moun Dieus ! me l'arrancats
Demest maldits e mai dannats
Qu'a l'appre azir soun coundannats ?
» Que siogue lèu dambe 's urouses !
Que lèu, proche Uno as poutets blouses,
Rode, embemiat, d'orts audourouses ! »
E cap à-n-ieu vesi que ven
Uno mainado, à-n-qui souvent
Les pelses d'or cantoun al vent. .
Soun uelh es vieu, soun frount es lis,
— E per la ma me coundusls
Tourna '1 caml del Paradis.
Joun clar e siau, ô joun de glorio,
Ount sus terro i a tant de joio
Que del vielh mal se perd memorio 4 !
Auguste Fourès.
21 d'agoust 1879.
:»Ayez pitié d'un vagabond — qui vous attend en haletant, — infor-
tuné et s'impatientant. — Quand, ô mon Dieu ! l'arrachez-vous — du
milieu des maudits et des damnés — qui sont condamnés à l'âpre
haine?
» Qu'il soit bientôt avec les heureux! — Que bientôt, à côté d'Une
aux baisers purs, — il aille, enjôlé, tournant les jardins odorants ! »
Et vis-à-vis de moi je vois venir — une jeune fille à qui souvent —
les cheveux d'or chantent dans le vent. — Son œil est vif, son front
est lisse, — et par la main elle me conduit — de nouveau dans le che-
min du Paradis.
Jour clair et suave, ô jour de gloire, — où sur terre il y a tant de
joie' — que du vieux mal on perd mémoire !
A. Fourès.
21 août 1879.
* Languedocien (Castelnaudary et ses environs). Orthographe montpellié-
raine.
L'AUTA
Quand mai d'un acrin blanc de nèu
De las Piraneos dentelo
L'aire dous que se desestelo,
A l'albo, — es que vas bufa lèu.
Coumo un sou laugiè de flavuto,
Te levaras dins le temps siau,
£ puei, terrible, per la luto,
T'ausirè brama coumo un brau ;
Rounflaras 'travès le campestre,
Per serros e cieutats, plegant garric e fau,
Mèstre d'aici e d'a-naut mèstre.
0 grand courrent atmousferic
De Tequatou ! 0 buf de braso !
Vai, secoutis, acato, arraso,
Pouderous et toutjoun afric;
Mountos des ouceans de sable,
0 fier vent de la nauto mar,
Aie del Miechjoun indoumdable,
Auta blanc de l'espàci clar !
Fas calha lecers que nous torro,
L'AUTAN
Quand plus d'un sommet blanc de neige — des Pyrénées dentelle —
l'air doux qui perd ses étoiles, — à l'aube, c'est que tu vas souffler
bientôt. — Comme un son léger de flûte, — tu te lèveras dans le temps
calme, — et puis, terrible, pour la lutte, — je t'ouïrai bramer comme
un taureau ; — tu ronfleras à travers les champs, — par sierras et cités »
ployant chêne et hêtre, — maître d'ici et d'en haut maître.
0 grand courant atmosphérique — dePéquateur! souffle de braise!
— va, ébranle, abaisse, rase, — puissant et toujours ardent;— tu t'élè-
ves des océans de sable, — ô fier vent de la haute mer, — haleine du
Midi, indomptable, — autan blanc (sec) de l'espace clair ! — tu fais
40
l'auta
Mai que nous cal, l'eime e la car,
£ que mascaro F cel d'uno rauso tant orro!
Brave espassaire de nivouls
Et brandisseire de teulados,
Ja que sarion dechalatados
Las agios, e 's grandis tremouls
Pus lèu roumputs que de carbenos,
Se te tenion cap un moument ;
Tu que sens relais desemplenos
Tas ouiros tempestousoment,
Tu que de vueit jouns nou t'acieusos,
Que passejos pertout un inmense tourment,
Debranlaire de peiros sieusos !
0 tu qu'alertarios les morts,
Sens que calguesse mai atendre,
Que des sants calfarios la cendre
Per la semena, vent des forts !
Al miei d'un bruch de cent armados,
Soun mai brandits, nostris oustals,
Que 's bastiments per las trumados;
Tout pato, finestros, pourtals ;
Dirionque tout s'esparrabisso.
Que soun costo tu les aials,
La biso e le fouissenc, quand nous prenes en tisso?
taire le cers qui nous glace, — plus qu'il ne faut, — l'esprit et la chair,
— et qui barbouille le ciel de nuages si affreux!
Bon disperseur de nues — et secoueur de toitures, — certes, ils
auraient leurs ailes coupées, — les aigles, et les grands peupliers-
trembles — (seraient) plus vite rompus que des roseaux, — s'ils te te-
naient tête un moment; — toi qui sans relâche désemplis— tes outres
tempêtueusement ; — toi qui de huit jours ne t'apaises, — qui promènes
partout un immense tourment, — ébranleur de pierres solides !
0 toi qui secouerais les morts , — sans qu'il fallût attendre davan-
tage, — qui des saints réchaufferais les cendres — pour la semer, vent
des forts ! — Au milieu d'un bruit de cent armées, — elles sont plus se-
couées, nos maisons, — que vaisseaux par les orages; — tout frappe,
fenêtres, portails; — on dirait que tout s'écroule. — Que sont à côté de
toi les aquilons, — la bise et le vent de Foix, quand tu prends la ma-
nie de nous tracasser?
l'auta <1
/
Mentre que trounos pF azimat,
M'asemblos uno voux giganto
Que vous espanto e vous aganto,
E del désert triste e rumat
Ount ' En Sant Jan-Batist clamabo,
Tenes le rugi des liouns,
E, descabelhat, franc de trabo,
Dins Fazur blanquinous e founs,
Tescalabros e restountisses,
Viroulejos, toumbant per les canvalhs prigounds,
M'embaurios e m'estrementisses.
Ai ! te sentissi m'estroupa
Goumo d'uno cabeladuro,
Estranjo e loungo vestiduro
A-n-qui podi pas descapa.
Caudo e toutjoun boulegadisso,
M'encatelant e me fiblant,
Sarro, se desnouso, s'airisso;
Ven, proumpto, bourdesco, en rounfiant ;
S'en va brusîssent coumo uno arpo;
Lèu m'embadago, tremoulant :
Talo joubs Fesparviè se pot vese uno carpo.
Portos Fembriaigant perfum,
La sentou del païs estrange
^Tandis que tu grondes, bien animé, — il semble que tu es une voix
de géant — qui vous épouvante et vous empoigne, — et du désert triste
et brûlé, — où saint Jean-Baptiste clamait, — tu tiens le rugissement
des lions, — et, échevelé, libre, de toute entrave, — dans l'azur blan-
châtre et profond, — tu te cabres et retentis, — tu tournoies en tom-
bant dans les précipices profonds, — tu m'assourdis et tu m'effrayes.
Ah! je te sens m'envelopper — comme d'une chevelure, — étrange
et long vêtement — auquel je ne puis échapper. — Chaude et toujours
en mouvement, — me tournant en écheveau et me fouettant, — elle
serre, se dénoue, se hérisse ; — vient, prompte, capricieuse en confiant;
— elle s'en va en bruissant comme une harpe ; — bientôt elle me
prend dans ses mailles, tremblant: — telle sous Fépervier on peut voir
une carpe.
Tu portes l'enivrant parfum, — la senteur du pays étranger— où il
42
l'auta
Ount i a la dato e mai Tirange
E l'ouasis al linge albrum,
I mesclos la flairo salado
Que des engoulidous maris
Enlairo en mounnoulant Tounzado ;
As coumo de baises d'ouris
E d'abrassados de Maurescos :
Atal dins ta perturbo un raive me flouris
D'un bel manat de rosos frescos.
Lenh de tu, desempantenat,
Un tros, poulssi 'spes e bulhissi ;
Gôfi de susou, te maldissi.
Vai-t'en ; fas le peis autanat,
E fer, sens relambi, nous balhos
De foc al miei del calimas.
Ai! trop de tems nous destrantalhos
Per nous daissa le cos pla las,
E puei, nous menos la plejasso.
0 ! que t'aziri, quand es gras !
Vai-t'en, auster limpous! am ! am ! vitoment passo.
Alavès, n'es pas des darniès
A nous tourn' ambe latahino,
La ramascado ou la brouzino,
y a la datte et l'orange — et l'oasis aux sveltes arbres; — tu y mêles
l'odeur salée — que des gouffres marins — élève en murmurant la va-
gue ; — tu as comme des baisers de houris — et des embrassades de
Mauresques : — ainsi, dans ta perturbation, un rêve me fleurit— d'une
belle poignée de roses fraîches.
Loin de toi, hors de ton filet, — un moment je respire avec effort
et je sens bouillir (mon sang) ; — ruisselant de sueur, je te maudis. —
Va-t'en ; tu fais que le poisson n'est plus bientôt frais, — et sauvage,
sans relâche, tu nous jettes — du feu au milieu de la canicule. — Ah'
trop de temps tu nous ébranles, — pour nous laisser le corps bien las,
— et puis, tu nous amènes la pluie. — Oh! que je te hais, quand tu es
gras ! — Va-t'en, auster baveux ! allons ! allons ! passe vite.
Alors, tu n'es pas le dernier — à nous ramener, avec l'ennui, — la
bourrasque ou la bruine, — les amas (de nuages) à barbe blanche ou
l'auta
43
Les barbos blancs ou les tempiès.
Mais t'aimi, quand pr' uno vesprado
D'abrilh, t'alargos, magnifie,
Coumo uno nacieu delibrado
Per qualque traval herouic.
Mountos, clamos, tenes Fespàci :
Salut ! Bufo , autanas, sus Tescur tirannic,
Per le naut Miècbjoun, sens restràssi.
Fcbriè 1880.
Auguste Fourbs.
les nuages lourds. — Mais je t'aime quand, par une vêprée — d'avril,
tu prends le large, magnifique, — comme une nation délivrée — pour
quelque héroïque travail. — Tu t'élèves, tu clames, tu tiens l'espace :
— salut ! Souffle, grand autan, sur l'obscurité tyrannique, — pour le
haut Midi, complètement.
Février 1880.
A. F.
VARIÉTÉS
DE L'EMPLOI DE L'ARTICLE DANS LA COMPARAISON
ES POULIDA COUMA UN SÔU
M. Boucherie veut bien me faire remarquer que le sens de soleil,
donné par M. Donnadieu et par moi au mot sbu, de la comparaison
populaire : Es poulida couma un sbu, lui paraît encore discutable.
Quand il s'agit d'un objet ou d'un être unique, objecte-t-il, on emploie
l'article le, la, et non l'article uw, une, observation que semble justi-
fier l'habitude de dire beau, propre, net comme un sou, et non comme
le sou :
Bête comme la lune, et non comme une lune ;
Grand comme le monde, et non comme un monde ;
Eclatant comme le soleil, et non comme un soleil.
Telle est la difficulté à laquelle je vais essayer de répondre.
Et, tout d'abord, ne pourrais-je alléguer en ma faveur et en faveur
de M. Donnadieu une autorité qui égale souvent celle des plus émi-
nents philologues, — il faut même cette circonstance pour me décider
àcontredire un des romanisants que j'aime et j'estime le plus, — celle
des paysans du bas Languedoc, qui, employant l'article un, una,
aussi fréquemment que l'article lou, la, disent : bèu couma un sourel,
poulit couma un jour, couvris couma un vent, grand couma un
mounde; et même, si mes souvenirs sont exacts, poulit couma una
luna, aussi bien que bèu couma lou sourel, poulit couma lou jour,
couvris couma lou vent, grand couma lou mounde et poulit couma
la luna 1
M. Boucherie a sans doute raison de dire que le soleil, la lune et
le monde sont des objets uniques ; mais il ne tient peut-être pas suf-
fisamment compte de cette tendance à la personnification, ou, si Ton
peut s'exprimer ainsi, à la spécialisation des détails, qui a toujours été
chère à la pensée populaire.
« Est-ce que le soleil d'aujourd'hui est le même que celui d'hier?
pourrait objecter un habitant de la campagne, et n'y a-t-il pas de dif-
* J'ai signalé cette particularité (l'emploi de l'article un) à mes lecteurs (Voyez
Revue, 3« série, VI, 193, note 2); mais, comme la note qui lui était consacrée
est probablement restée inaperçue, on ne trouvera pas inutile que le présent
appendice y revienne avec plus de développement.
VARIÉTÉS
45
férence entre celui du matin et celui du soir, celui de l'été de la Saint-
Martin et celui du mois de juillet? La pleine lune est-elle la même
que la lune à son demi-quartier, le jour du printemps que celui de
l'automne, le vent qui souffle du nord que celui qui souffle de Test,
etc.?»
Cette tendance particularisatrice ne ressort-elle pas des substantifs
sourelhàs, sourelhet, lunassa, luneta, magistrau, tramountana,
aguialàs, qui sont appliqués si souvent, dans les campagnes, aux
faces diverses des objets uniques qu'ils désignent.
Le citadin, peu fertile en vocables, se sert communément des mots :
lou sourel, la luna ; la lunassa et la luneta lui sont aussi ignorés
que le souUcouc et le soureUsourelhant . Les villageois, qui les em-
ploient, pourront désigner par leurs noms spéciaux presque tous les
vents énumérés sur « la roso coumpassado pèr lou Capitàni Negrèu,
de Ceiresto » (Frédéric Mistral) 1 ; tandis que l'habitant des villes no
connaît guère que lou vent, et tout au plus lou marin, la tramoun-
tanaet lou grec. De là à dire un vent, lorsque celui qui souffle ne ré-
pond plus à la direction des trois qui viennent d'être indiqués, il n'y a
pas loin. La transition est naturelle, presque forcée.
L'emploi de l'article un, à propos du soleil, n'es>t pas inconnu aux
poètes méridionaux.
Sage dit dans un sonnet au trésorier G refeuille :
S'ez questioun de parla d'un home noun parél,
Cau parla de Mr. lou tresaurié Greffeuillo :
El ten de la vertut et lou greffe et la feuillo ;
Et la flou et lou fruch noun se trobo qu'emb' el.
Tout rayounat d'hounou lusis coumo un souleil*.
On trouve encore le même article dans les formules populaires
roussillonnaises publiées par M. Justin Pépratx 3 : Mes bonich que
un sol (plus beau que le soleil) et pur com un sol (pur comme le
soleil), où, d'ailleurs, le choix de cet astre comme point de compa-
raison justifie le sens proposé par M. Donnadieu en faveur de la for-
mule languedocienne : es poulida couma un sou.
Le Glossaire des Comparaisons populaires du Narbonnais et du
Carcasses, par M. Achille Mir, renferme (Revue, 3e série, VI, 36 et
42) les formules suivantes, où l'article un se montre une troisième fois:
Ebloui coumo un soulel de jun et esclaira coumo un soulel.
1 Voyez Armana yrotivençau de 1879, p. 3.
î Les Folies du sieur Lesage, de Montpellier. Amsterdam, Pain, 1700; in- 12,
p. 183.
» Revue, 3e série, VI, 287 et 289.
46
VARIETES
UIbu de Pascas per Vannada 1882 (Montpellier, Imprimerie cen-
trale du Midi, 1882, in-12) contient, p. 58-62, nn conte en languedo-
cien de Samt-Jean-de-SeiTe8(Gard): jFWcassa Vabrasaire, par M. M a-
rius Dumas, et j'y rencontre la phrase que voici, p. 60:
« Lous mobles èrou manefics; portas e fenetras èrou mascadas
emb de tapissariés ; enfin un lustre couma un sourel esclairava la
sala de niech e de jour 4 . »
De même que le soleil, le jour et le vent prennent souvent un arti-
cle semblable dans les formules populaires du languedocien et du
provençal :
L'Espagniol que nous controcarro,
En son esprit fayt per becarro,
Joust un méchant bonnet grayssous,
Setruffo de nostres fayssous,
Et dis per tout que lous Franceses
Sou pus mobiles que de pesés,
Inconstans, laugés comm' un ven *.
Saouprés doun qu'aquésta princèssa,
Néta é poulida couma un jour,
Tan pèr réspèc qué pèr amour,
Espouzèt lou conte Sichèa 3 . . . .
Sies bello coume un jour, Nanoun*. . .
A l'âge de vint an epoulido coume un jour*. . .
E veiren lou frejau freni, bèu coumo un jour «.
L'emploi de l'article lou dans les mêmes comparaisons n'est pas
moins fréquent que celui de l'article un :
* Au moment même où l'imprimeur m'adresse les épreuves de cette étude,
je lis dans une revue portugaise, o lnstituto de Coïmbre (décembre 1881,
p. 382), un sonnet de M. A. Horta qui accole le même article à la même com-
paraison :
Esplendida mulher, estranha creatura,
Que encerras o meu céo n'um teu sorriso vago,
Tu es a estrella d'alva, a perota do lago
E brilhas como um sol na minha noite escura!
2 Le Théâtre de Béziers, ou Recueil des plus belles pectorales et autres
pièces historiées représentées au jour de l'Ascension en ladite ville, dans
le Bulletin de la Société archéologique de Bèziws, t. V, p. 295-296.
3 Obras patouèzas de Moussu Favre (l'abbé Favre). Montpellier, Virenque,
1839; IV, 32.
*Tavan, dans YArmana prouv . de 1859, p. 28.
* Mistral, dans YArmana prouv. de 1863, p. 105.
« Gaut, dans YArmana prouv. de 1873, p. 14.
VARIÉTÉS
47
Andromaqua triata é pléntiva,
Mais pus poulida qué loujour,
Pus engajanta qué l'Amour,
En mé vézén déssus la porta,
Dins mous bras toumbèt mièja-morta 1 .
Sa femo, à quaranto ans, bello coume lou jour*. \
Madamo de Vento, bello coume lou jour 3 .
Parton coume lou vènt en tirassant la carreto *.
Em' uno raubo resplendento coume lou jour b.
Emé lou tambour que fai si freto
Vous passo davans coume lou vènt 6 .
Qu'il y ait à cela une raison particulière ou qu'il s'agisse purement
et simplement d'un emploi facultatif des articles un et lou, le monde
ne fait pas exception à la règle. On dit grand couma lou mounde et
viel couma lou mounde; mais on dit aussi es grand couma un mounde
en parlant d'une chose dont il n'est pas facile de déterminer l'étendue.
Ces divers exemples me paraissent, enfin, de nature à justifier le
maintien, jusqu'à meilleur examen, de la traduction proposée par
M. Donnadieu et par moi en ce qui touche la comparaison populaire
es poulida couma un sbu 1 . À. Roque-Ferrier.
P. S. — En citant le passage de Foucaud où se trouve la compa-
raison : Reveliado coumo un cinq-sô, et en parlant des remarques
faites à propos du cinq-sô par le comte Jaubert et le glossaire de
Laisnelde la Salle, j'ai dit que le terme en question, loin de se ratta-
cher à la pièce de cinq sous du système monétaire de Napoléon 1 er ,
devait représenter un vocable local mal compris.
Mon collègue et ami M. l'abbé Joseph Roux me signale, dans sa
« Obras deTavre, IV, 198.
2 A. Dumas, dans YArmana prouv. de 1861, p. 34.
3 Mistral, dans YArmana prouv. de 1862, p. 42.
* Charles David, dans YArmana prouv. de 1862, p. 31.
5 Armana prouv. de 1867, p. 35.
« Sorbier, dans YArmana prouv. de 1873, p. 32.
7 En m' écrivant, les 21 novembre et 2 décembre derniers, mon collègue et
ami M. de Berluc-Perussis me fait remarquer que la date extrême assignée à
l'emploi du mot sol dans la langue monétaire (1546) peut être reportée à une
époque plus récente en ce qui touche le Forcalquiérois. M. de B.-P. a ren-
contré dans le plus ancien livre de raison de ses archives personnelles la
désignation de Yécu sol en 1579, 1584, 1585, 1589 et 1593. 11 le trouve une
dernière fois dans le second, sous la date du 17 août 1620.
Vécu oVorau soleil est employé à la même époque en 1542, et une dernière
fois (écu au soleil) en 1615.
48
VARIÉTÉS
lettre du 14 avril 1882 le terme catalan sinsont (sansonnet), qu'a em-
ployé M. l'abbé Verdaguer dans son Atlantida, ce poëme où, pour la
première fois depuis le Paradis perdu, de Milton, et la Chute d'un
Ange, de Lamartine, les traditions primordiales du monde ont été ren-
dues avec une grandeur et une puissance dignes d'elles 4 :
Oushi glosar joyosos sinsonts y esquives merles s.
(On entend glousser les joyeux sansonnets et les merles craintifs . )
Comme l'indique le qualificatif de ce vers, le sansonnet est un oi-
seau joyeux, allègre et pimpant. Il se peut donc que le terme méri-
dional qui sert à le désigner : sinsol, sinsbu, sinsb (diminutif sin-
sounet, en provençal. Cf. Honnorat, Dict. prov.-fr., II, 1180), soit
appliqué à la jardinière (Carabus auratus des naturalistes), qui a
les mêmes qualités de légèreté et de vivacité. La langue populaire est
coutumière de ces appellations par analogie.
L&jûpt sinsol, sinsbu, s'y prête mieux que tout autre, car il a été,
en Languedoc et en Provence, presque toujours délaissé au profit
d'cstournèu, tournèu, qui désigne également le sansonnet.
Le terme lui-même de jardinière est, d'autre part, aussi flottant et
aussi vague : « On donne ce nom à Y Hélix aspersa, à un carabe fort
commun à Paris, le Carabus auratus, à la courtilière et à un grand
nombre d'autres insectes, soit à l'état parfait, soit à celui de larve,
qui attaquent les racines potagères 3 . »
S'aidant de la comparaison es poulit couma un sou, l'étymologie
rustique aurait fait le reste en étendant la comparaison : revelhat,
prope, net, ou poulit couma un sinsbu, à la moderne pièce de cinq
sous.
Si l'explication que M. Roux veut bien me communiquer n'est pas
absolument certaine, elle démontre, au moins, que celle du comte
Jaubert est tout à fait inadmissible. C'est à ce titre surtout que j'ai
cru devoir en faire bénéficier les lecteurs de la Revue .
A. R.-F.
1 Telle est l'opinion qu'exprimait M. Mistral dans une lettre adressée à l'au-
teur de VAtlantida: « Despièi Miltoun (dins soun Paradise lost) e despièi
Lamartine (dins sa Chute d'un ange), degun avié trata li tradicioun primour-
dialo dôu mounde emé tant de grandour e de puissanço. » Cette lettre a été
reproduite en tête de l'édition dont nous donnons ci-après le titre.
2 La Atlantida, poëma de Mossen Jascinto Verdaguer, ab la traducciô
castellana per Melcior de Palau. Barcelona, Jaume Jepus, 1878; in-8°, p. 86
(Chant II, YHort de les Hesperides).
* Dictionnaire pittoresque d'Histoire naturelle et des phénomènes de la
nature, rédigé par une Société de naturalistes, sous la direction de M. F.-E ,
Guérin Paris, 1836, IV, 265.
VARIETES
SUB LE ROMAN FRANÇAIS DE JOUPROI
J'ai exprimé dernièrement 4 l'opinion que le héros de ce roman n'é-
tait autre que le troubadour Guillaume VII, comte de Poitou, auquel
l'auteur avait attribué l'un des noms du père et prédécesseur de ce der-
nier, et j'ai donné les raisons qui me paraissent militer en faveur de
cette opinion. Ces raisons, si l'on s'en souvient, sont assez nombreuses
et ont toutes un certain poids. En voici un autre qui n'en a pas moi us
et que j'avais omise.
L'auteur fait épouser par son Joufroi une fille du comte de Toulouse,
qu'il appelle Amauberjon. J'ai fait remarquer que Guillaume VII
avait épousé en effet une fille d'un comte de Toulouse, mais que celle-
ci s'appelait Philippa. J'aurais dû ajouter que le nom d'Amauberjon
avait été porté par une autre épouse (qui ne le fut à la vérité que de la
main gauche) de Guillaume VII*. Il n'y aurait donc là, outre l'ana-
chronisme, qu'une nouvelle confusion de noms, et la rareté de celui
d'Amauberjon (ou Amauberjain) 3 paraît une raison de plus d'admettre
l'identification que j'ai proposée.
C. C.
i Revue, XIX, 88.
3 Raoul de Dicetla nomme Amalbwgun (lis. Amalbei % gam?)\ Orderic Vital,
Malbergionem. Guillaume l'avait enlevée au vicomte de Chatellerault, et on
suppose que c'était la même qu'il avait fait peindre sur son bouclier « perinde
dictitans (pçut-être dans quelque chanson que nous n'avons plus) se illam velle
ferre in praelio sicutilla portabat eum in triclinio. » (G. de Malmesbury, dans
Bouquet, xni, 19.)
3 Je n'ai trouvé, outre la maîtresse de Guillaume, qu'une seule personne qui
l'ait porté. C'est une religieuse: Amalberga virgo (Bouquet, xiv, 19 A).
BIBLIOGRAPHIE
Franioesische Studien herausgegeben von G. Korting und E. Koschwitz.
Heilbronn, Verlag von Gebr. Henninger, 1888. — III. Band. 1 Heft. Uber
Metrum und Assonanz der Chanson de geste Amis et Amiles, von Joseph
Schoppe. 39 pages.
Dépouillement fait avec eoin. Voici quelques rectifications de détail.
P. 11, 1. 3, merveillant (mirabiliantem), lisez miribiliantem (voir A.
Darmesteter). P . 13, avant-dernière ligne, atarja (adtardicavit), lisez
adlurdiavit. Ce n'est pas la première fois que j'ai appelé l'attention sur
ces doublets à i intercalaire, qu'on est en droit de supposer pour les
noms et pour les adjectifs, et qui permettent de résoudre très-facile-
ment certaines difficultés d'étymologie. V . Revue des l. rom., avril
1882, p. 201 . P. 14, 1. Yè,paraige {par + adium) lisez paraticum. Ibid.,
1. 31, faites (factae) lisez/actaa. P. 24,1. 12, aaisier (adaptiare) :éty-
mologie douteuse, le groupe^ + voyelle donnant régulièrement 88 en
français, cf. chaaser = * capfo'are, adaptiare aurait donné aasser ou
aa88ier. P. 24, au bas de la page, effraer (exfrigidare) . Exfrigidare
aurait donné effroidier. V. Revue des L rom., avril 1882, p. 200. P. 27,
1. 12, lascatum, pour laxatum, a produit lasché et non laissié, qui ne
peut venir que de *laadatum (*laanare de *laxius pour laxus, encore un
doublet à i intercalaire). P. 36, 1. 21, donst (doniat), lisez doniet. Ibid.
dont (tune) : comment le t initial latin aurait-il pu passer au d fran-
çais? P. 38, 1.2, quernu (cornutum), lisez *crinutum pour crinitum :
il s'agit d'un cheval et non d'un bœuf. Ibid., 1. 28, Laissiez les fols,
certes n'ont mieus seuz. Cette correction, proposée pour les besoins de
l'assonance, est admissible; mais pourquoi seuz au lieu de seut
III. Band. 2 Heft.— Die sùdwestlichen Dialecte der Langue d'oïl. Poitou,
Aunis, Saintonge und Angoumois, von Ewald Gorlich. 135 pages.
Publication tout à fait méritante et supérieure à celle dont il vient
d'être rendu compte. L'auteur a consulté tous les textes anciens et mo-
dernes originaires du Poitou, de F Aunis et de la Saintonge qui sont
venus à sa connaissance, et la liste en est longue. Il n'y manque que
les six chartes rochelaises (de 1229 à 1276) insérées par M. L. de
Richemond dans la Revue de V Aunis, de la Saintonge et du Poitou
(octobre-novembre 1869). Mais c'est là une lacune imperceptible, qui
n'enlève rien au mérite de M. Gorlich, dont le travail a été fait avec
beaucoup .d'intelligence et d'exactitude et qui est aussi complet qu'on
puisse le désirer. Tous les faits de phonétique et de morphologie s'y
CHRONIQUE 51
trouvent relevés èt comparés de manière à ce que le lecteur, même
sans grand effort d'attention, se fasse une idée nette de la physiologie
de ce grand groupe dialectal du sud-ouest de la langue d'oïl. Une petite
chicane pour finir. J'aurais voulu que M. G. citât des exemples de l'em-
ploi de a atone en saintongeo-poitevin correspondant à une voyelle
autre que a atone latin, comme dans Lazra = Lazarum (sermon),
Roina, ocira = Rhodanum,occidere (Gesta Francorum) . Particularités
qu'on retrouve dans le Saint Alexis, dans les Serments (fradra= fra-
trem), et qui, rencontrées dans d'autres textes, peuvent donner lieu à
des rapprochements utiles. A. B.
CHRONIQUE
Communications faites dans les séances de la Société. —
7 juin 1882. — Suite du travail de M. Durand (de Gros) sur la philo-
logie rouergate. — Première partie d'un article de critique littéraire de
M. Fr. Donnadieu sur le félibre William-C. Bonaparte-Wyse.
21 juin. — M. Chabaneau communique des poésies inédites des
troubadours Giraut de Borneil et Gausbertde Puycibot. — M. Emile
Lévy communique la chanson, également inédite, qui nous a été con-
servée sous le nom de lo Vesque de Bazas.
PROGRAMME
du Concours philologique et littéraire qui doit avoir lieu à Montpelliei %
au mois de mai 1883
Philologie
Des prix seront décernés :
1° A la meilleure étude sur le patois, ou langage populaire, d'une
localité déterminée du midi de la France (collection de chansons, con-
tes, proverbes, devinettes, comparaisons populaires). Ces textes de-
vront être reproduits exactement, c'est-à-dire sans rien changer à la
langue du peuple, et tous traduits en français. On y joindra la conju-
gaison des verbes chanter, finir, mourir, prendre, avoir, être, aller, pou-
voir. Indiquer les autres localités, connues de l'auteur, où se parlerait
le même idiome populaire.
Observation. — Ce prix est exclusivement réservé aux institutrices
ou instituteurs primaires.
2° Au meilleur travail de philologie romane ayant pour base des
textes qui soient antérieurs au XV* siècle, et qui appartiennent à la
langue d'oc ou à la langue d'oïl. Rentrent dans cette catégorie les pu-
blications de textes et les études d histoire littéraire.
3o Au meilleur travail philologique ayant pour objet un idiome po-
pulaire néo-latin : Belgique, Suisse, France, Espagne, Portugal, Italie,
Roumanie, Amérique. Cette étude devra s'appuyer sur un choix de
textes (chants, contes, proverbes, légendes, etc.). Y joindre la géo-
graphie du dialecte étudié.
£2 CHRONIQUE
Littérature
Des prix seront décernés :
4° et 5° Aux deux meilleures poésies, à quelque genre qu'elles ap-
partiennent ;
6° Au meilleur ouvrage en prose (contes, nouvelles, romans) ;
7° A la meilleure composition scénique en vers ou en prose.
Avis aux concurrents, — Tous les ouvrages qui concourront pour le
second ou le troisième prix de philologie devront être écrits dans une
langue néo-latine ; tous ceux qui concourront pour l'un des quatre
prix purement littéraires (n 08 4, 5, 6, 7) devront être écrits dans un des
dialectes, soit du midi de la France, soit de la Catalogne ou des îles
Baléares ou des provinces de Valence et d'Alicante.
Les travaux envoyés devront être inédits. Toutefois le deuxième et
le troisième prix de philologie pourront être accordés à des ouvrages
ayant paru depuis le 1 er janvier 1882 et n'ayant concouru nulle part.
Les manuscrits ne seront pas rendus.
Les ouvrages destinés au concours doivent être adressés franco à
M. A. Boucherie, secrétaire de la Société des langues romanes, avant le
1 er février 1883, dernier délai, et en triple exemplaire, s'ils sont im-
primés.
Un avis ultérieur complétera les indications qui précèdent.
Livres adressés a la Revue des langues romanes. — Pierre
Goudelin, par le docteur J.-B. Noulet. Toulouse, Edouard Privât, 45,
rue des Tourneurs. 1882; in-8o, 37 pages.
Discours de M. Jules Ferry, ministre de l'instruction publique, pro-
noncé à la Sorbonne le 15 avril 1882; in-8°, 27 pages;
Menu, en languedocien de Montpellier, du banquet offert au poëte
Alecsandri le 7 mai 1882 (offert par la maintenance de Languedoc).
• ♦
Dons faits a la bibliothèque de la Société. — Par M. Clair
Gleizes :
Le baron de la Crasse. Comédie représentée sur le théâtre royal de
THostel de Bourgogne. Seconde édition, 1662. (Plusieurs feuilles
manquent.)
Les Rentrons de Tarentaise et de Belgique, par l'abbé Pont. 1864;
in- 12, 25 pages.
Nouvelles Lectures pour tous. 1876, 9 e livraison (contenant un goig
roussillonnais à N.-Dame-de-Font-Romeu).
Lou Galoi Prouvençau. No 27, 12 pages.
Par M. Roumieux :
Lou Capelet nouviau de la felibresso d'Areno; in-8°, 115 pages.
" (N'est pas dans le commerce.)
Par divers :
Seize journaux renfermant des textes ou des indications utiles pour
les études delà Société des langues romanes : MM. Roque-Ferrier (14),
, Arnavielhe (1), Melchior Barthès (1).
Le Gérant responsable : Ernest Hamelin.
Montpellier, Imprimerie centrale du Midi.— Hamelin Frères.
Dialectes Anciens
LE MYSTÈRE DE SAINT EUSTACHE
(Suite)
Bobulcus anunciando
Elias ! prince, grant desconfort
En vostre stable ! Son tuch cremà
En restable que eran lojà !
850 Qualque mavaso gent dal luoc
En vostre hostal an mey lo fuoc !
Elias! ellàs! malo jornà!
Que tanto bel buou son cremà !
Non say quanto buou à l'arayre
855 An cremà, aquesti malvas layre,
Dont en soy très mal content.
Pastor anunciando
Segnor prince, que se valent,
De dolour soy tant que à la mort!
Elias ! quant malvas de3confort !
Lo foze eys deycendu dal cel,
Que ha tuà tôt vostre tropel,
Las feas e trestous lous moutous ;
Tous ha cremà lo agnelous,
Ni bestio non [eys] eychapà.
Ma mi ha aygroment cremà ;
Per que pacienso non vous defalho.
[35] Heustacius
non se mostret aliquali in trtstitia
So'non eys que uno batalho;
En eytal guiso nostre segnor
Exprovo son servitor,
Dont el vol que nous ayan
Tribulatious, ho autre dan ;
860
865
870
Tome vui de la troisième série.— août 1882.
54 LE MYSTÈRE
Per que parté-vous-en de mi,
Vous non fazé plus ren eyci,
E anna-vous en.
875 Magister domus. — Mon segnour, nos nous en parten,
E regardaren de affannar
De que vous puchan sustentar;
Chauso que sio non vous reman ;
Non crèy que vous sia viou deman.
880 Si corage ferm non avé.
Heustacius, sine tristiiia
You vous direy que so saré.
Ana-vous-en, vous autre, provir
De que viva tant que à mûrir.
De mi tristicia non aià ;
885 Diou m'o toi, Diou m'o avio donà.
Recédant omne s, videlicet magister domus etalii servitores. Genibus
flexis, dicat
Hbustacius. — Segnor, que de verge sias na,
Tu sies beneysi e louvà.
La te play de me visitar
E ma paciencio exprovar.
890 [36] So que you perdoc m'as donà,
Et de la terro m'as formà ; ,
Lo tiou sant num sio beneysi
Et de la verge Mario atrecy.
Surgat et alta voce dicat idem :
0 bono gent, e vous e you,
895 Aven trastous lous bens de Diou ;
Perso non deven murmurar
Quant la li play de lous ostar.
Pénre nous chai qualque parti.
Uxor. — Elias ! mon mestre e mari,
900 You vous preouc que partan d'eyci.
La non nous eys plus remas ren.
Prenan l'argent que nous aven e nous n'anen
DE SAÏNT EUSTACHE 55
En qualque pays habitar.
Si poian passar outre lo mar,
905 Nostres enfans nos menaren
E faren al miey que poyren.
Jhesus de nous auré pietà,
Quant nous veyré tant tribullà.
Heustaci, que dizé-vous?
910 Heustacius. — You soy en mon cor tôt joyous
Dal concel que m'avé donà.
Ar sus ! prené vostro meynà,
Et you penrey l'argent que aven
E de Taire so que poyren,
915 E metren nos en tuch en vio.
Latrones audiant; uxor dicat Eustacio :
[37] Uxor. — Jhbsu Xpist, filh de Mario,
. Nous don' de bono horo partir,
E nos garde dal enemis.
Sillete.
Tune accipiant ea que voluerint; e quando vadatur ad locum ubi
est nemus, et dicat
Primus lator.— 0 filh de puto, o Johanin !
920 Annen prestoment sus al chamin
E fruniren nostro jacheto.
Sbcundus latro
acipiat primum in pectore, et dicat :
You non fui jamays fil de puto,
Mas soy di tresque bon lignage
E me pareys ben al visage,
925 Meychent refuan, que pensas-tu ?
Primus latro. — Eilàs ! you me rendoc à tu ;
Non t 1 ay dich per mal que te vuelho,
Mas ben per uno grant despuelho
Que nos venré ; non poyré fuir.
930
Secundus latro.— Ben ay envéo de lo tenir.
Qui eys aquel home ?
56
LE MYSTÈRE
Primus latro. — Lo eys ung prodome.
[38] Secundus latro. — Cosint ha à nun aquel segnour ?
Primus latro. — Lo eys lo prince de l'emperour.
935 E sapies que hay ouvi dire,
(E se gardano ben de rire)
Que dal pais partir volio,
Anoy d'argent que el avio.
Secundus latro. — Anen Tatendre en lavio,
940 E non ayan pas pour de ci;
Mas pensen d'eser à ben, à di.
Isto près, tenen-nos de près.
Variant Hestacius et uxor, et quando erunt in itinere cum filiis
suis,
Primus latro. — Isto preys!
L'argent leysarés,
945 Et la vito dal tôt perdrés.
Davant que te laysan annar,
• Ta robo te faut aleysar ;
E la robo e mays lo gipon.
Non porta bas, malvas gletom,
950 E si tu te remagnas ren
La vito dal cors te hotaren {idem expoliant).
Accipiant eum et fitiifugant, et Heustacius al iqu aliter se defentlat,
et uxor flendo :
955 Uxor. — Elàs ! Elàs ! Segnor, non far !
Per argent non vous meta via,
E! ribaudalho sens pietà,
Ben en saré reguirdona
Al jort dal jugament. . .
900 Secundus latro. — Que dises-tu, falso pudent?
Bailo say des milio ducas
[39] Out you te romprey lous dous bras,
E layso ta robo istar.
Heustacius. — Treytour sacrilège, non far !
965 Pro avé fach de mal ha mi.
DE SAINT BÎJSTACHE
57
Layso tenir nostre chamin,
E non fazà damage als enfans.
Primus latro. — Nous lous faren gantelsgallans !
Avant ! despolha-vous, garsons ;
970 Las robas saren à nous dous.
Vous aurià perilh d'eychalfar
Quant vous venriàs à chaminar.
Euro annà, e à vostre ayse !
Captant que voluerint, et primus latro et alius recédant dimitenclo
Agapit puer major.
0 Diou, que de toutsias governayre,
975 Gracias e lousors 1 you te rent,
Benque aquesti malo gent
Nous ayan trastous dérobas.
E gardo solament nostras armas
Que non tomben en defalhiment.
980 [40] Primus latro.— 0 bom compagnun, que, d'argent
Jamays pauro gent non saren.
Secundus latro. — Gardo, car nous lo partiren,
Cant nous saren al bochage ;
E pueys vendren lo forrage
985 A qualcun, masque ayam d'argent.
Recédant latrones ad nemus et Extacius :
Heustacius.— Eiropoyen nous, bono gent,
Dire que nos sen mal trattà ;
De tôt en tôt Diou sio louvà.
Genibus flexis dicat Heustacius :
0 beni bayre 2 Jhesu Xpist,
990 Regardo ton servitor trist ;
E regardo sa compagnio.
0 gloriouso Verge Mario,
Preà vostre beneurà filh
4 Effacé : mardis.
* Payre. '
LE MYSTÈRE
Que nos garde de perilh,
E nous done al mal resistencio,
Que per tôt aiam paciensio.
Surgat, et dicat aliqualiter :
Elas ! bon confort, you non say
Si nous annan ho say ho lay,
Ni quai chamin deian tenir.
Uxor genibus flexis :
Jhesus, rey de paradis,
Gardo hug chascum de falhir,
E, quant nous ourés prova al mont,
Nous défend d'unfert pergont!
Surgat.
[41] * [Secundus latro].— Parten lo botim, compagnun,
1005 Car voloc aver ma part.
Primus latro. — Que dises- tu, meychent palhart?
Voles-tu donquo que partan ?
Secundus latro. — Non eys rason que nos fazan
Dal pilhage duas partias?
1010 Primus latro. — Queso, chaton que tu sias,
Car si me fas gayre corrasar
Te darey sus ton testai,
Talmen que de partio
Jamays non ourés memorio.
1015 Queso-te, se tu sias sage,
Taï te darey sus ton visage
Que tu en sarés dolent.
Secundus latro. — Payàs-tu eysint la gent !
Donquo lo plus fort la gagne.
Verberent se interea, et idem :
1020 Villan treytor, si you t'enpigne,
4 Ce qui suit jusqu'à la page 43 est sur un feuillet oblong, séparé et ajouté
après coup, probablement par le curé Ghancel.
58
995
1000
DB SAINT EUSTACHE
59
Tu en sares mal content !
Primus latro. ~-Elas! compagnun, te! l'argent,
E part-lo à ton plazer,
Non [eys] rason qu'en deo aver
1025 Plus que tu perverità.
Dividant etdicat Secundus latro :
Te ! donquo ; pren ta meytà,
E non nous volham hotragar.
Primus latro. — Anen-nous en donquo serchar
Nostro adventore, en quai part 1 .
1030 [43] [Eustacius.] — Elàs ! ma dozo compagnio,
Li nostro vito eys finio
En nostre hostal non chai tornar,
Car nous chalrio desamparar.
Li duy enfant son pur remas
1035 Mon dous enfans, in 'quelas mas !
E louvà lo Diou eternal !
[Uxor.] — Heustacy, vous semblo lo mal
Que eysayesan de desanparar?
, Al pays que eys entro la mar
1040 Nengum non ley nous cognoysario.
Hestacius. — O Teouspita, molher mio,
i Les vers ci-dessous se lisent sur le feuillet séparé, mais à rebours du reste.
Ils sont effacés.
1 [42] Secundus latro. — Partan nostre pylhage, compagnun,
Car volo-aver ma part. '
Primus. — Que dizes tu, meychent palhart?
Voles tu dooco que partan?
5 Si plus m'en parlas, fares tun dan.
Jamays non âges tal
Partio quant you te farey.
Taloment you te darey
Sus ta testo que ho sentirés.
10 Secundus latro. — Dizes tu donco que farés
A mi eytal rason.
En tôt nos saren compagnun ;
L'un de nos dous ho lase fare
Rasonabloment per chascun .
60 LE MYSTÈRE
So que avé dich me sembio bon ;
May s huey non trobaren leyron.
* Sillete.
Vadant et cum f'uerint propre mare (lient
Heustacius. — Louvàsio lo rey eternal!
Vadant ad nautham.
1045 Idem. — Diou gart lo prodome de mal !
Nautha. — E vous, si fazo per al tal.
Voje-vous ren?
Hestacius. — Oy l que nous fassa pro de ben ;
E, segnor, si la vous playo,
1050 [44] Que nos passesas en Asio,
Car, si ho fas segretoment, -
De Diou ourés bon payament
Ni en nous non houré falho.
Nautha. — Masque payé de qui uno mealho
1055 You vous pasarey volonter
Mas you vous die de qui ung denier
E you volo que vous payé.
Hestacius. — Segnor patron, ren non doté,
Car vous faren bona rason ;
1060 Non perdré on nous ni pauc ni pro :
Ben saré de nous tôt content.
Nautha. — Mas que ayan pro de vostre argent,
Entra dedins e passarey vous.
Patronus. — Ey ! sia certas de beous garsons.
1065 Défendu sya vous tueb de mal !
lntrent et vadant per mare et quando erit ultra dicat
Nautha. — Ar avant, gent, la faut paiar,
Car d'eyci me volo tornar,
Mi e toto ma peounalho.
Heustacius. — Segnor patron, senso falho,
1070 Nous non portan denier ni mealho.
DE SAINT HUSTACHB
Mas de mi non vos chai dotar
Et vous payaren al tornar,
Car l'eys rason.
[45] Patronus. — Eys justo causo, compagnum,
1075 Que pays eysint lo patrom ?
Ta molher sey remanré
E per vous autre peyaré,
Vuelhas honun.
Heustacius. — Elas ! non sio, segnor patron ;
1080 La sario motgrant villanio,
Si me ostavà ma compagnio.
Mous enfans vous leysarey,
E al tornar vous payerey,
Non en doté.
1085 Nauta. — Malvàs ribaudom, queso-te,
Car si tu me parlas plus gayre
Dedins la mar te farey trayre.
Voles tu que t'ayo passa
A mous despens e governà ?
1090 Tu as fach mal en ton pays,
Per que, ribaut, t'en sias fuys.
Sus! que donnas? à luy, à luy,
Car de certamlo triaule s'enfui.
Prené-lo, lo malvàs palhart.
1095 Primus armiger. — La te pareys ben al regart,
Car tu as miel visage de layre,
Que non as d'un bon prodome.
Aquesti dono as robà;
Per que t'en sias desamparà.
1100 [46] Mas, per ma fe, si qui me creyré
La mar s'en estrenaré :
Plus non se parlaré de ty.
Hbstacius. — Elias! Segnor padron, marci.
Ma molher eys, senso mentir ;
il 05 Non la me vulhà si détenir.
Non ostant que pauro gent son,
68
LB MYSTÈRE
Nos sen parti de gént de ben :
Non nos vulhà far nengun damage.
Secundus armiger. — E vilam de malvàs visage,
Say, compagnons, meté-lo à mort,
El di que non li fazen tort;
E li dono nous remanré
E qualque enfant il nos faré ;
So n'eys conclus.
Uxor. — Houtreage non lui fazà plus,
Segnor patron, aya marci
À mum tresque char segnor mari
Ni li vulhà far vilanio.
Nautha. — Ma damo, volé que vous dio,
1120 Per aver vostro amistà:
De certan el'chaperà ;
Mas fazé pur joious visage
En governant ben lo meynage.
Idem dicat servitoribus :
Sus, deforo aquel treytour
[47J On grant vergas e on grant bastous;
E meté deforo la meynà
Que mays non sian vist ne trobà
En luoc que nous autre sian.
Primus armiger. — Passo deforo, mal vas pagan,
Ni davant nous non te trobar
Car si te laysar, encapar
La mar s'en estrenaré.
Secundus armiger. — Autro chauso non s'en faré.
E vous autre, pechit garson,
1135 Segué aquel malvàs chaton
Que payo eysint lo noutonier.
Uxor. — 0 bom Jhesus que sies al cel,
En qui eys toto poysanso,
Gardo mun cor de vioulanso
1140 O Jhesu, quanto malo jornà
Per lo paure ! per lo paure desolà !
1110
1115
1125
1130
DE SAINT EUSTACHB
63
Dona-li bon confort, si vous play à vous.
Secundus filïus (Thyospit)
E payre ! ont ana vous?
Vous plora! Que avé vous?
1145 Elas ! payre, non plore pas !
Per que se vous desconfortàs ?
Dizé ho à mi.
[48] Heustacius. — Maledicion à vous e à mi !
Vostro mayre ha strange mari !
1150 Elàs! mous enfans, que faren?
Quai vio, ni quai chamim tenren !
Tomba sen en grant tristour.
Agapit, primus filius.
0 mun bon payre et segnour,
Jhesu Xpist, per la sio dosor,
1155 Nos done qualque bon confort,
E nous garde de laydo mort,
En aquest mont.
Silete.
Vadant et quando erunt propre ripam, dicat
Hestacius. — Say vené, mon petit enfant
Aquesti aygo eys mot grant.
1160 Ven say, petit, e passarey te ;
E tu, set-te eyci, e atent-me.
Transeat illum: quo transa[c]to dicat;
Set-te eyci, mon pechit enfant,
Car you vauc qu[e]rre lo plus grant.
Et cum erit cirqua médium, lupus veniat àd unum, et leo versus
relicum. Heustacius evelendo crines capitis, in medio aque et
flendo, dicat:
Oy, Oy, Oy! dolent! que farey?
1165 Quai vio, ni quai chamin tenrey ?
Oy, Oy ! laset! Que devo far?
[49] Aso soy de desperar,
E quasi à toetre me à mort.
64
LE MYSTERE
Ar soy iou ben vengu al trot
1170 Que Jhesu Xpist me dis de Jop.
Enquaro soy you pies tracta,
Quar ma molher non nVeys resta!
0 veray Diou de paradis!
Jop avio dentort sous amis,
1175 E li aleovyavan sous mais;
E you ay aquestous animais
Que mons enfans me an tolgu!
Jhesu! You me rendo à tu ;
Ny non me vuelhas condempnar
1180 Per mun foloment parlar,
Pone custodiam ori meo
Et de tôt pechà me neteo ;
Que quant venré à mun finir
Que tu me vuelhas reculhir.
1185 Done-me, si te play, repaus
Contro aquestas tribulations ;
Non me vuelhas desanparar.
Vadat supra rippam et stet quasi mortuus usquequo vadat ad
bubulcum. Pastores videntes leonem tolla[ri]t puerum eu m ca-
nibus, et dicat.
Pastor. — Que po aquelo veso portar ?. . .
A la veso ! que porta l'enfant!
1190 Te ! tuo mun bon chim gardant;
Pilho e mango-lo ;
Tol-loh, stranglo-lo ...
Léo dimittat puerum et pastor accipiat eum.
[50] Idem Pastor. — E! mun enfant, quant malie vay !
Aquisti bestio sens ballay
1195 Te ouré fach ung grand damage
E crey que so eys pyes que diable,
Jamays non sentero tant ! , . . .
Bubulcus qui videt lupum dicat, seu quidam arator,
Arator. — ^ay, compagnons, sia valent !
Ve ! ung lop que mango la gent.
1200 You voloc perdre de qui ung franc
DE SAINT EUSTACHE
Si so que porto non eys ung enfant.
Say, Garrion, sono los chins ;
Nous l'auren ben ou los mastins.
Insequantur, et lupus dimittat puerum ; et idem accipiat pueru
et dicat idem :
Ve eysi grant deffortuno
1205 Que à seyt enfant eys venuo !
Ni non pueys en ren conoyse
De cuy seyt enfant poyrio ese.
Ver la villo lo veulh portar.
Pastor
Idem pastor dicat primo homini.
Bon prodome, Diou vous sal !
1210 Ve eysi ung enfant que ay hostà
Al leon que Tagrô dévora.
Sabriame dire de cuyeis?
Primus homo. — Di, mon amie que sias corteys,
Si al leon tu Tas tolgu ?
1215 Pastor. — Lo ver vous die, si Diou nTaju ;
Pur you ero lay bas en champ,
[51] On mon aver pâturant.
Tantuest eys vengu seyt beytiol
Que l'enfant tenio per lo col,
1220 E si non me fozoe avansà
De tôt en tôt Fagrô stranglà.
Avisa eysi, per vostre cayre,
Si li 3abrià donar payre,
Autroment lo farey governar.
1225 Primus homo. — Amie, la faut avisar
Si sario de seyto borgà.
Autroment, en verità,
Lo nurirey como li miou.
Arator. — Mon bel amie, li nostre Diou
1230 Vous donon joy e salu.
Ve eysi un enfant que ay tolgu
Al lop que lo volio mangar.
66 LE MYSTÈRE
Secundus homo. — Prodome, non te meyffar;
A penas you lo pueys creyre.
1235 Di-me lo veray, car de rire
Non sario, per mun sagrament.
Arator. — Lo ver vous ay dich verament.
Ades eroc en lavorant.
Vist ay lo lop que tenio l'enfant
1240 Dedins sa goryo tant oriblo ;
Cria ay tant fort que mereviho.
Adonc l'enfant ha leysa annar.
[52] Secundus homo. — Per cert, la nous faut parlar
Eyci dentort à nostres vesis
1245 Si illi n' onrian perdu gis ;
Autroment l'a aportà
D'autre luoc ; e l'an outà
A qualcun per lo chamim :
Non crey que you ayo vesim
1250 De cui el sio. Mas, tôt al fort,
Si non troboc, iou soy d'acort
De lo servir, como un miou filh,
Depueys que d'aquel perilh
Diou l'a volgu défendre.
1 255 Léo, pergem ad infernum :
Ou ! Infert, lo nostre mestre,
You te adusoc malo novello,
Liqualo non eys bono ni bello,
Car, per ren que ayo pogu far,
Lous filhs non aven pogu tuar.
1260 Mas nos sen tuch echapà.
Lupus. — Sabes-tu ? Car eran bateà.
Dious lous gardo, que eys desus :
Custodù parvullos Dominus,
Non ho dotar.
1265 Infernus. — You soy aso de desperar.
Pensa d'aver autre govern,
Autroment paure saré Infern.
Prené autre governament.
DE SAINT EUSTACHE
Heustàcius vadatper plateam et, invento bubulco, dicat
Segnor prodome et valent,
1270 Poyriou iou si nengun trobar
On qui pogues' mon pan gagnar
Àvia-me à qualcun, amie dous.
[53] Bubulcus. — Qué sabes-tu ? Gardar montous ?
Ho que hobrage sabes far?
1275 Heustàcius. — ^ You saboc foyre e pallar,
E feas ho montons gardar.
You fare 1 tôt so que sabrey
Ni en ren non me stolbiearey 1 .
Mas, si vous play, me vestiré.
1280 Bubulcus. — Quar me semblas homme de fe,
E te meteys à la rason.
Tu ourés robas et gipom 2 .
Tradat tunicam et indumenta, et vestiot.
D'argent, tu ourés sine floris ;
E diligentoment tu me servis.
Passà un an, mais te darey,
Quant iou cognegu te ourey.
Hon mi, tu non perdres ren.
Heustàcius. — Car me semblà home de ben.
Iou sarey bon en tal maniero,
Que content saré à la dariero,
Si play à Diou omnipotent.
Nàutha. — A ! mûrir me faut mantenent.
Compagnuons, sia avisàs ;
Puni soy de mous pechàs.
D'aquesto dono que eys présent,
Ay grant pechà, à mon entent,
Mas de ma meyson e de mon ost
Nengum non lui faso tort.
4 Effacé: Mas se vc, en bono fe you ho farey.
2 Effacé: chapeyron.
1285
1290
1295
es
LE MYSTERE
[54] Ambe ejtant me faut mûrir.
1300 0 Diou ! vulhà-me reculhir,
Anoy vous, si la vous play.
Balsabut. — Non te dotar, car, sens balay,
Te portarey en nostre pays,
Ont li dyable e li enemis
1305 Te donaren tostens grant peno.
Idem. — 0 Infert, en malo estreno
Mando-me, se te play, secors.
Infernus. — Anna, diables, à grant cors.
En ajutori à Balsabut
1310 Loqual a gagna grant tribut
Carhadus lo noutoni[e]r.
Astarot — You ley vauc, car soy legier.
Idem. — Baylo Tome e lo portarey.
Balsabut. — Te, vay-t'en, car tornarey ,
1315 Veyre si poyuoc far,
En guiso que pogueso guagnar
Qualcun autre per ma sutillità.
Astarot*. — You te prometoc, per maleoutà,
Que mal saré vengu on nos.
(Loquatur hic uxor.)
[55-56] Uxor Heustacii exeat nacem et dicat * .
1320 Elias ! bon veray Jhesu,
Grant gracio ay iou agu
Al jort d'encuey quant soy eychapà.
Genibus flexis:
Oy, veray Diou omnipotent,
You te requeroc charament
1325 Que ayas en memoro ta serve nto,
E me gardo de tenptation,
* Effacé: Barulh.
* Les vers suivants (1320-1402) sont sur deux feuillets oblongs, ajoutés
après coup.
DE SAINT BUSTACHE 69
E de toto laydo vision,
Car en tu metoc ma ententio.
Surgat.
Elàs ! Theospita, que farés ?
1330 Quai vio, ni quai chamin tenrcs?
Mantenent as de que plorar,
Sospirar pueys ben e languir,
E, en languisent, finir,
N'i a vio, si Diou non hi espiro.
1335 Elàs! Hostaci, mun marin,
Queno vio, ni quai chamin,
As tengu, ni tion enfant?
Jhesu Xpist, per sa gracio,
Vuelho que .vous veyo en facio,
1340 Quant saren en paradis.
De ceyt munt non faut parlar ;
Non crey jamays de vous trobar ;
Diou en fazo son plazer.
Elàs ! you non sày quen parti
1345 Devo penre. Mas per eyci
Penrey un pauc d'abitation 1 .
[57] Bubulcus hospes. — Vay say, valet, à ma opunion.
La sario ben convenent,
Vous dous anessà ensens
1350 Al laborage vous affanar.
En après te volo/ben prear -
Que tu mostres à'quest eyci
Cosint deou far lo servici ;
Car Pesé de la meyson
1355 J non po saber aquel garson.
Prené dais viores, à vostre plaser,
E pueys après bon dever
Fasà, si Diou vous garde mal.
Famulus. — Mestre, non vous chai dotar,
1360 Car faren ben en tal maniero
• La page 53 du ms. est en blanc.
6
LE MYSTÈRE DE SAINT EUSTACHE
Que saré content à la dariero.
E sobre eyso non leysaren
La provision, mas portaren
Pan e vin per nous gostar.
Capiat et dicat :
Frayre, annen-nos afanar
E aquest fesor tu portarés,
Car ben crey, quant ley sarés,
Que tu e mi faren bon de ver.
Heustacius. — D'aquo far ay bon voler ;
1370 Met-te davant, que y ou te se grey.
Vadant.
D'eyci en lay non passarey
De qui que ayo beysà mun barlet 1 .
Bibat.
Bulbulcus. — Eyci chai far lo bon valet.
[58] E chai foyre en bono fe.
1375 Pertant, gallant, deypolho-te,
E meDarés aquest fesor.
Per ma leal fe, you ay grant pour
Que tu sias pechit obrier.
70
1365
i Pour barilet.
(A suivre.)
Dialectes Modernes
MEMOIRE OU RECIT GENERAL
DES MALHEURS ARRIVATS ONGAN (1709) ET DEL RAVATGE
QUE l'aIGAT
DE LA NEIT DEL 26 AL 27 DE SEPTEMBRE A FAIT A SANT-POUS,
per GUIRAUD dit SAQUET.
Le manuscrit du petit poëme publié ici pour la première fois se
compose de trois feuillets in-4°. Le papier est vergé, assez épais, ré-
sistant, roussi, usé principalement sur le pli du feuillet extérieur.
L'écriture est ancienne, bâtarde plutôt qu'anglaise. Les caractères,
d'environ 4 millimètres, sont très-bien conservés et très-lisibles. Point
d'alinéa, aucun signe de ponctuation ; % tous les vers sont suivis de
points qui complètent la ligne jusqu'au bord delà page. Est-ce un
autographe de l'auteur? une copie? Le manuscrit ne porte ni date, ni
siguature. Les fautes orthographiques et grammaticales qu'il présente
autorisent à penser que nous avons affaire à une copie. Je donne le
texte tel qu'il est. La seule modification par moi faite consiste dans
l'addition des cédilles aux c qui en manquaient et de la ponctuation .
Une copie plus récente, un peu différente pour le texte, mais qui.l'est
beaucoup sous le rapport orthographique, accompagne le manuscrit.
Elle a été faite par un de mes parents, né en 1775. La date du manu-
scrit se place donc entre 1709 et 1775. Le v et Vu se remplacent mu-
tuellement; Y y au lieu de Yi dans ny , senty, vj; le z pour le s dans
plazé, sazous, bizo, etc.; le j pour Yi dans infernal. Cette orthographe
permet de croire que ce manuscrit, s'il n'est contemporain de 1709, a
été du moins fait peu d'années après.
Quant à la pièce, la partie de son titre « oungan, 1709 », aquesVan
tout es bou »,et « lou27 après, lou bel jour de Sant Cornes », prou-
vent qu'elle a été sinon composée, au moins terminée dans l'intervalle
du 28 septembre au 31 décembre 1709. On sait par tradition que l'au-
teur, nommé Guiraud, dit Saquet,la composa en 1709, sous l'inspira-
tion des événements dont il avait été le témoin.
Qui n'a pas entendu parler de 1709, cette année calamiteuse, si tris-
tement célèbre dans nos annales? Les malheurs, conséquence iné-
luctable des rigueurs excessives du froid et de l'inconstance des sai-
sons, joints aux ravages que causa à Saint-Pons, au mois de sep-
aÙIRÂtil) 8AQUBf
tembre de la même année, une inondation à la suite d'un orage épou-
vantable, font le sujet de la chronique rimée de Guiraud.
Les vers en sont faciles, harmonieux, quelquefois d'une énergie qui
va jusqu'au pathétique. On y trouve des figures hardies et beaucoup
de détails ; mais ceux-ci, toujours utiles, jamais superflus, n'en ex-
cluent pas la précision. La vérité historique y brille surtout dans un
dialecte qui n'a guère varié depuis un siècle et demi.
Ce petit poëme était enseveli dans l'oubli . J 'ai cru faire plaisir aux
personnes que la poésie ne trouve pas indifférentes et à celles qui ai-
ment tout ce qui se rattache à l'histoire locale, en secouant la pous-
sière qui le recouvrait et en le livrant à la publicité.
Melchior Barthks.
Hurous ! qui sourtira d'aqueste mal' annado !
Hurous ! qui pouira veire un autro coumençado !
Quun plaze sera aquo, per lous que va veiroou,
De conta lous malheurs # de milo sepst sens noou !
La terro a rafusat de dounna de récolte,
Toutis lous elemens aou fait vne révolte.
La guerre embe la fan, tout nous vol castia:
Se Dieu ny met la ma, aquos fait del chrestia.
•De toutes la sazous nou n'auen pas vist vne
Que nous nous âge fait soufri cauque infourtune.
L'hiuer, tout lou premié, nous a moustrat las dens
Et nous a fait senty la rigou de sous vens.
La jalado, la neu, lous brouillars et la bizo
Nous aou, en gênerai, réduits à la camizo ;
Après abe tuat lous blats e lous riouyez,
Encaro nous aou fait mouri lous ouliviez.
Lous cavals aou courrit vne même aventure :
Après abé curât des pailles la pasture,
Toutis se sons plegats, moutous, fedos, aignels,
Et na ré demourat quun grand nombre de pels.
Que faire après aquo? cousi paga la taille,
Naven pas vn mouyen per poudé fa vne maille?
Coussi amusaren aro lous coulletous,
Se naven pas lespoir de fa de toundezous?
GUIRAUD SAQTTET
Lou grand frech, que duret vn mes dins savioulence
Coume se nous voulié fa faire abstinence,
Nous abio interdit toutis lous alimens,
Car lou pa e lou vi nous glaçabo las dens.
Lou printems, que succedo al temps de la frescure
Es vengut lantomen, sans ramos nj verdure,
Triste, tout mal carat, sanso sabo nj flous ;
A grand peno aben vist brouta cauques bouissous.
Lous ausels, quand loou vist dins un tal equipatge,
Tristes commo lou temps, oou cessât lour ramatge ;
Et saben cauquos fes ausit lou roussignol,
Aquo nés pas estât que cauquaire de dol.
Lestiu es arriuat courounat an dourtigos,
Al loc destre parât de meissous et despigos ;
Las eyros sans garbies, per un malheur nouuel,
Naou pas gaire sentit la forço del flagel.
Lous marechals noou pas amasat grand reillatge ;
Lous boulans nou sou pas estadis en uzatge ;
Lous mountagnols noou pas desendut lou soumal,
Per ana al pais bas gaigna cap de journal.
Jamai pus nou ses vist une pus grand misère :
Lous paures vau crusa, pes termes, lafalguiere
Per ne faire de pa ques nègre que fa poou,
Et encaro grand gauch per aquelis que noou !
Aquestan tout es bou jusques à las aledos,
Las costes das caules, las racines de bledos ;
Et lou gra, cautres fes nero pas regardât,
Jusqua quatorze frans ses vendut al mercat.
Tout lou pa, quaquestan coumunomen se mango (sic),
Es coupousat, helas ! dune barejo estrango
De paumouie, de mil, cauques autre menuts,
De geissos, de sial et de pesés becuts.
Certes, per lou froument, a taloment près vios
Qua grand peno sen pot trouua per la outios.
Lous riches sou réduits al pa de la sial,
Amai se gardou be de dire qui fa mal.
Ij2l darnière sasou a trompât lesperanço
OUÏRA UD SAQUBT
Des paures vignerous que deja eroun danço,
An lous paniès al bras et la serpo à la ma,
Atenden Sant Miquel per poude vendemia,
Quand, lou sexe del mes, vne cruelo grello,
Dont lous gros erou be pus grosses quno amello,
A fondut lous rasins dan ban precipisat
Et nou ya laisat (sic) re que quaque gro pisat.
Tout es en mouuemen après un tal desastre :
L'un regarde lou cel per examina lastre
Qu'a pougut dins ta pauc nous causa tant de mal,
Lautre dis ambe dreit que dious ou vol aytal.
Alaro bes estât, sans atendre la cridos,
Fermes de vendemia las vignos, quoy q'humidos,
Et un cadun a dit ambe grando rasou
Que valmay de vy verd que de cap de coulou.
Enfin tout es bandât contre lous paures homes :
Lou vingtosept après, lou bel jour de Sant Cornes,
Lou cel tout en couroux, virou la miejoneit,
Per son bruch jnfernal nous sourtiguet del leit.
Lous rest, en debourdan, faguerou un tal rauage
Que nou laiserou re dentié sus lour pasatge,
Et per précipita lou cours de lours fouilles
Nemenerou lou vi qu'ero dins lous seillez.
Lous moulis en tramblçit, lous pons en fait naufratge ;
Lous arbres, en seguen lou tourren de louratge,
N'an enmenat lous prats, d'un impetous esfort,
Empourtat lous camis, las vignos et lous hors.
Las aiguës, que courion per toutes las carrieros,
Erou be, sans menti, tout autant de reuieros ;
Enfin, per coupa court à toutes nostres fleux,
Sant Pous ero un estan,lous oustals, de bateux.
Quno desoulatiu ! qu'un desordre terrible !
Hormis dou aue vist, on va crerie impousible ;
Car qui a vist et vey Sant Pous dins tal estât,
Nou crey pas que sio el, tant es el desondrat.
Aquo nou serio res, c Ja perte es réparable,
Mes per la de las jens es pus considérable,
GUIRA.UD SAQOBT
Car on pot retrouua un be, quand ez perdut,
Mes une ame pot pas retrouva son salut.
0 malheurs surprenent! vnparel dp famillos,
Très maires, dous efans et un parel de fillos,
Sans secours de degus, per un estrange sort,
Dins Tabime des flots oou rancontrat la mort.
Seigneur! ajas pietat daquelos pauros amos
Et nou permetas pas que brulon dins las flamos,
Pendent Teternitat, ambe lous reprouvats,
Mes plaçats lous al cel, ambe lous predestinats ;
Et per lous que viuen, fases que las semences
Gardou jusqu'à Sant Jean sas belles apparences
Et que las culigan en pax et en santat,
Afique nous pousquan refaire dal pasat (sic).
Aytal sio be.
ANTAN, UJAN ET ENDEÏNAN
Er : Hommes noirs, d'où sortez-vous ?
N'i'a que soun toujour fruncits,
Que qu'ei pas prou de zou dire :
Lous coupariàs à boucis
Pus lèu que de lous fà rire.
Diriàs qu'ad un entarrament
An preis lur figuro
D'orne maucountent.
Qu'ei be vrai que la vito ei duro ;
Mas, iou, sei risent e fau pas semblant.
Ero entau antan,
Sei entau ujan,
E sirai queraque entau endeinan.
NYa que l'aigo lur plas tant
Que fan aumentà las selhas,
E qu'aipien d'un ei meichant
Lou ventre de las boutelhas.
An tous pou de s'empoueisounà,
L'AN PASSÉ, CETTE ANNÉE-CI ET L'ANNÉE
PROCHAINE
Air: Hommes noirs, d'où sortez-vous?
Il y a des hommes qui ont toujours le sourcil froncé; — ce n'est
pas assez de le dire : — vous les couperiez à petits morceaux — plutôt
que de les faire rire. — Vous diriez qu'à un enterrement — ils ont pris
leur mine — d'homme mécontent. — Il est bien vrai que l'existence
est dure ;— mais, moi, j'aime à rire et je ne fais pas semblant. — J'étais
ainsi Tan passé, — je suis ainsi cette année-ci, — et je serai sans doute
ainsi Tannée prochaine.
Il y en a à qui l'eau plaît tellement — qu'ils font augmenter le prix
cjes seaux, — et qu'ils regardent d'un œil méchant — le ventre des bon-
ANTAN, UJAN ET HNDEINAN
77
Qu'ei pas per quéu mounde
Que fau vendegnà.
Iou, pamens, ta pau que n'en bounde,
Lampe lou boun vi, que sio rouge ou blanc.
Fasio entau antan,
Fau entau ujan,
E farie queraque entau endeinan.
NTa que co lur fai coussier
De segre uno drolo gento ;
Mas d'autreis, eitiu-iver,
An Timour entreprenento.
A la Jano, à la Margoutou
Quand passen la pauto
Jous lou babignou,
Las pouletas paren lur jauto.
Qu'ei quelas à'aqui que me plasen tant.
Me plasian antan,
Me plasen ujan,
Me pleiran queraque enquero endeinan.
NTa qu'em-d'un cbaucho-grapan
Troulhen l'argent de lur caisso ;
Mai fendrian en quatre un piau
Per n'en tira de la graisso.
Au paubre mounde, quelo gent
teilles. — Ils ont tous peur de s'empoisonner: — ce n'est pas pour ce
monde qu'il faut vendanger. — Moi, pourtant, aussi peu que j en
bonde, — je bois le bon vin, qu'il soit rouge ou blanc. — Je faisais
ainsi l'an passé, — je fais ainsi cette année-ci, — et je'ferai sans doute
ainsi l'année prochaine .
Il y en a qui ont de la répugnance — à suivre une fillette gentille ;
mais d'autres, été comme hiver, — ont l'humeur entreprenante. — A
Jeanne, àMargoton, — quand ils passent la main — sous le menton,
— les poulettes présentent leur joue. — Ce sont celles-là qui me plai-
sent tant. — Elles me plaisaient l'an passé, — elles me plaisent cette
année-ci, — elles me plairont sans doute encore l'année prochaine.
Il y en a qui avec un pressoir — mettent en presse l'argent de leur
caisse; — ils fendraient même en quatre un cheveu — pour en retirer
de la graisse. — Au pauvre monde, ces personnes -^prêtent sur hypo-
78
ANTAN, UJAN BT ENDEINAN
Praiten sur la terro
A quinze per cent;
Mai fau lur rendre ôunour enquero
Quand quis famgalits beven notre sang.
M'an toundut antan,
Me tounden ujan;
Si me toundian pas enquero endeinan !
NTa que dins un viei chàtèu,
Eilugnant touto visito,
Passen sur un cartipèu
Lou pus bèu tems de la vito.
Soun nobleis dempei si loungtems
Que n'en trôben gaire
Que zou sian pas mens.
Moun pus viei pai, sans lur deiplaire,
Tout coumo lou lur s'apelavo Adam.
N'en surtian antan,
N'en seurten ujan;
Sirô lou grand pai enquero endeinan.
NTa, mai soun de mous amis,
Que me disen qu'à moun âge,
Dèuriô prene un daus chamis
Que menen au maridage.
Au jour d'anet, i'a tant d'asards,
thèque — à quinze pour cent ; — encore faut-il leur rendre honneur, —
quand ces affamés — boivent notre sang. — Ils m'ont tondu Tan passé,
— ils me tondent cette année-ci; — si encore ils ne me tondaient pas
Tannée prochaine!
II. y en a qui, dans un vieux château, — éloignant toute visite, —
passent sur un parchemin — le plus beau temps de la vie. — Ils sont
nobles depuis si longtemps — qu'ils n'en trouvent guère — qui ne le
soient pas moins. — Mon plus ancien aïeul, sans leur déplaire, — tout
comme le leur s'appelait Adam, — Nous descendions de lui l'an passé,
— nous en descendrons cette année-ci; — il sera encore le grand-père
l'année prochaine.
Il y en a, et ils sont de mes amis, — qui me disent qu'à mon âge,
— je devrais prendre un des chemins — qui mènent au mariage . —
Au jour présentai y a tant de hasards, — il va tant de femmes légères,
A NT AN 9 TJJAN ET BNDBINAN 70
Fa tant d'auselieras,
Ta tant de cournards,
Qu'un ne véu re pus dins las fieras.
Me maridariô, si n'i avio pas tant.
N'ero ahnado an tan,
N'ei annado ujan ;
Nen sirô, n'ai pôu, annado endeinan.
NYa que sirian trop countents,
Si n'i avio pas sur la terro
Tant de meitiés mauplasents-
Qu'entretenen la misero :
Jugeis, grafiés e percurours,
Uchiés, rats-de-cavo,
Mouniés, percetours;
E lous avoucats, qu'ôubludavo!
Tant d'autreis ! . . .Dijàs couma iou pertant :
Qu'ero entau antan,
Qu'ei entau ujan;
Co sirô queraque entau endeinan 1 .
A. Chastanbt.
Sarlat, abrieu 1881.
— il y a tant de maris trompés, — qu'on ne voit plus que cela dans les
foires. — Je me marierais, s'il n'y en avait pas autant. — Mais il en
était année l'an passé, — il en est année présentement; — il en sera
année, je le crains, Tannée prochaine.
Il y en a qui seraient trop contents, — s'il n'y en avait pas sur la
terre — tant de professions malplaisantes — qui entretiennent la mi-
sère: — juges, greffiers et procureurs, — huissiers, rats-de-cave, —
meuniers, percepteurs ; — et les avocats, qne j'oubliais ! — Tant d'au-
tres ! . . . Dites avec moi pourtant : — c'était ainsi l'an passé, — c'est
ainsi cette année-ci; — ce sera, sans doute, ainsi l'année prochaine.
A. Chastanet.
Sarlat, avril 1881 .
i Périgourdin (Mussidanet ses environs).
POÉSIES LANGUEDOCIENNES DE GUIRALDENG
(Suite)
LA BLANDA
OBRA TERNENCA
I
— « Paire! paire! vesès lapoulida bestiola
Qu'aven presa aiçaval dins l'aigage dau prat ;
De jaune amai de nègre a lou cors mascarat :
Digàs-nous s'acô 's una angrola? »
Dau founs d'un camp, pourtats dau vent,
Aqueles crids ressoundissien.
E dous pichots enfants, venguts d'una escourrida
(L'ainat aviè siei[s] ans* e lou pus jouine très),
Moustravoun en souscantce quetenien as dets, %
E tenien la blanda marrida *•
Dau founs dau camp 3 , pourtats dau vent,
Aqueles crids ressoundissien.
Lou paire, que fouchava au mitan de la terra,
Tout traguent sous cops d'iols à sous travaihadous,
N'aguet lagui 4 dau bruch que fasien toutes dous,
E se destourbet pas d'ounte era.
Dau founs dau camp 3 , pourtats dau vent,
Toujour lous crids ressoundissien.
Mais lous enfants voloun tout saupre ; soun tissouses,
Fins que d'un caire ou d'autre i'agués respoundegut 5 .
Aquestes que vesien soun paire encara mut,
Tournamai crideroun plourouses.
E dins lou camp*, pourtats dau vent,
Antau lous crids ressoundissien :
— « Paire ! paire ! vesès la poulida bestiola
Qu'aven presa aiçaval dins l'aigage dau prat ;
De jaune amai de nègre a lou cors mascarat :
Digàs-nous s'acô's una angrola? »
POÉSIES LANGUEDOCIENNES
E dins lou camp 3 , pourtats dau vent,
Lous memas crids ressoundissien.
Degus mai quinquet pas, car l'obra lous butava.
Mais acô das enfants noun an a va à l'agrat :
Un s'abraquet au paire, e l'autre, emboutignat,
Per lou goùrdou lou peltirava.
E mai que mai, pourtats dau vent,
Àqueles crids ressoundissien.
Pamens, prou alassat de sous rebaladisses 6 ,
Lou fouchaire enmarguet dins lou camp soun bigot
E pioi, las mans en crous, vouguet plaçà soun mot,
Per i' empachà sous desaguisses 7 .
E mai que mai, au bruch dau vent,
Mesclavoun sous crids en plourent 8 .
— « Manits, de que voulès e quante vent vous manda? »
— « Paire, digàs un pau de qu'aven dins la man?
Pas vrai, qu'es un lasert?» — « Vejan veire, vejan :
Jésus Dieu! me portou'na blanda.»
E lous drolles, qu'el cberissiè 9 ,
Bevien 10 lous mots que ie disiè.
Pas pus lèu dire acô, d'un tal de man i' escampa
La blanda qu'alisavou e 11 dau ped l'esclafis;
Pioi as pichots mouquets : — « Prengués pas pus, s'ou dis,
Quanta bestia que siè que lampa 1 **
Tout ausiguent ce que disiè,
Lou crid" das manits finissiè.
La que m'avès pourtat es fossa dangeirousa :
Pas pus léu que vous mord, mourtala 14 n'es sa dent;
Mounte vous a toucat, vite de mau ie ven;
Yieu pas que dins l'aiga fangousa.
Tout ausiguent ce que disiè,
Lou crid das manits finissiè.
La blanda n'a pas d'iols, lou vipera 1B , d'ausidas :
Se l'una 16 ie vesiè, se l'autra i'entendiè,
L'orne, de sa mountura, adoun davalariè,
Tant ne soun de vérin roumplidas 17 . »
POESIES LANGUEDOCIENNES
Tout ausiguent ce que disiè,
Lou crid das manits finissiè.
Se taiset. Lou sourel marcava la beveta.
Lous ornes, per manjà, s'eroun déjà 'ssetats.
Lous enfants, que soun paire aviè araassoulats 1 *,
Pensavoun pus 19 à la bestieta.
E dins lou camp 3 , pourtats dau vent,
Lous crids pus 20 noun ressoundissien.
II
Entramens, dins lou round, s'auboura un de la banda
— « Ieu, tant ben, vau,s'ou dis, vousparlà d'unabland
Era au tems de la oaud,
Era au tems dau segage ;
Segaires de tout âge
S'enanavou au terrau.
Lou mes de jun daurava
Lous blads qu'amadurava.
NTa qu'au mas de Souliès 11
Venguerou 'mbé sas dalhas,
En capel, bloda, bralhas,
Senglats de sous coudiès 22 .
Lou mes de jun daurava
Lous blads qu'amadurava.
Tant lèu s'estre gandits 28 ,
Pausoun tout,chafre, aire ta,
Ourchôu, per la beveta 84 , .
Au fres d'oumès flourits.
Lou mes de jun daurava
Lous blads qu'amadurava.
Pioi d'uns marchoun davans,
La dalha vai, Tespiga
* Tomba, chacun se triga 25
D'entajnjchà* 6 ce que fan.
Lou mes de jun daurava
Lous blads qu'amadurava.
DB GUIRALDENC
Lous autres/per darriès,
Ginouls contra sas barbas,
Soun à ligà 27 las garbas
Que revalou à sous peds ,8 .
Lou mes de jun daurava
Lous blads qu'amadurava.
Pan 49 ges de galibôus,
Tant la man es segura;
Pioi la frucha es madura
E an de voulams nôus.
Lou mes de jun daurava
Lous blads qu'amadurava.
Cade 80 orne es roussegat :
Lou sourel lousrabina;
L'aiga, de per Tesquina,
Raja couma un valat.
Lou mes de jun daurava
Lous blads qu'amadurava.
An segat atant ben
Mai d'una sesteirada ;
An fach la matinada
E acampat talent.
Lou mes de jun daurava
Lous blads qu'amadurava.
Antau pas ges d'emboul
E lous blads n'an pas mola ;
Lèu, dins lou camp, la cola
Quitaràlou rastoul.
Lou mes de jun daurava
Lous blads qu'amadurava.
Es tems de reveni
E d'anà à la rauba 11 ,
Car n'an, desempioi Tauba,
Tastat qu'un cop de vi.
84 POÉSIES LANGUEDOCIENNES
Lou mes de jun daurava
Lous blads qu'amadurava.
E, galois e cantant,
Van manjà sa pitança,
Faire trista drilhança,
Mais campejà la fam.
Lou mes de jun daurava
Lous blads qu'amadurava.
Lous segaires an vist
Que lou mouli s'engrana
E,dau vi que l'assana,
Au ûàscou soun courrits.
Lou mes de jun daurava
Lous blads qu'amadurava.
III
Ges van pas s'avisà
Que Ta lou tap que manca ;
Prenoun l'ourchôu per Tança,
Bevoun sans s'alassà.
Seguet lou derniè cop qu'ensen toutes begueroun;
Lou derniè, car d'aquel toutes n'enmourigueroun.
Vint-e-tres, dins lou round,
S'amourrou 32 à-m'aquel ûàscou
E dau plesl s'enmascou
A lou gimblà d'à founs.
Seguet lou derniè cop qu'ensen 33 toutes begueroun;
Lou derniè, car d'aquel toutes n'en mourigueroun.
Entre avedre begut,
La mort lous acousseja
E, lesta, lous carreja
Dessus soun col ossut.
Seguet lou derniè cop qu'ensen toutes begueroun ;
Lou derniè, car d'aquel toutes n'en mourigueroun.
DE GUIRA.LDENC
Caliè 34 tournà as blads,
La rauba 31 era linida ;
Mai, quand per lor se crida,
Degus s'aubouret pas.
Seguet lou derniè cop qu'ensen toutes begueroun;
Lou derniè, car d'aquel toutes n'en mourigueroun.
Lou mestre, à l'escabour 35 ,
Vegent pas un segaire
Querre soun près, pecaire !
Au camp faguet un tour.
Seguet lou derniè cop qu'ensen toutes begueroun ;
Lou derniè, car d'aquel toutes n'en mourigueroun.
Mais, d'oumbra de crestian 36 ,
N'atroubet dins sa terra !
La mitât das blads era
Drecha couma davans.
Seguet lou derniè, cop qu'ensen toutes begueroun ;
Lou derniè, car d'aquel toutes n'en mourigueroun.
Adoun s'espauruguet
De savana requisla.
Oh ! per el, quanta 37 vista !
Oh ! soun cor se barret !
Seguet lou derniè cop qu'ensen 31 toutes begueroun;
Lou derniè, car d'aquel toutes n'en mourigueroun.
Jout lous oumes flourits,
Jasien sus la verdura
De frech, de jaladura,
D'ornes engrepesits !
Seguet lou derniè cop qu'ensen toutes begueroun ;
Lou derniè, car d'aquel toutes n'en mourigueroun.
Lou flàscou destapat
le dounet la pensada
Que la mala emparada
Yeniè d'aquel coustat.
7
ftrèsïËS ULNGTJBDOCItBNNES
Seguet lou derniè cop qu'ensen toutes, begueroun;
Lou derniè, car d'aquel toutes n'en mourigueroun.
Lou chapla e vei dedins,
Ben longa amai ben granda,
Au founs, aquela blanda
Qu'aviè trach soun vérin.
Seguet lou derniè cop qu'ensen toutes begueroun;
Lou derniè, car d'aquel toutes n'en mourigueroun.
Faviè vint-e-tres cors,
Tant ben, dins la countrada ;
La terra n'es noumada
Lou marrit* camp das morts.
Seguet lou derniè cop qu'ensen toutes begueroun ;
Lou derniè, car d'aquel toutes n'en mourigueroun. »
Ara lous enfantous,
D'esfrai,de pôu calavoun 38 ;
Lous fouchaires plouravoun
Lous paures malurous 39 .
E Tome qu'ausissien s'assetet dins la banda ;
Aviè, ara, acabat de parla de la blanda.
OBSERVATIONS
1. Ms. siei ans. Distraction de Fauteur, car 1'* de sieis se prononce
toujours' devant la voyelle initiale dn mot suivant.
2. Marrit,marrida, provençalisme. L'adjectif michant, michanta,
tient lieu de marrit, marrida, à Montpellier.
3 Ms cant et can, quoiqu'il y ait plus haut camp.
4.' Le montpelliérain populaire dirait plutôt aget pas lagui.
5 Respoundegut, provençalisme pour respoundut.
Taguès, pour i'aguesse, et plus communément ïagesse, est une
forme que'je n'ai jamais entendue à Montpellier.
6 Ms. rebalarisses .
7. Le g de desaguis,desaguisse, tombe presque toujours à la pro-
nonciation. » . -i
Il en est de même dans agoust, laguià, hgà et messourgmè, qui
sont dévenus presque partout aoust, laià, lià et messouriè.
m GUIRALDRNC
8. Il faudrait plourant. Voyez la note 55 du Souvent d'una jour-
nada de mai.
9. Le verbe chéri est un gallicisme presque absolument inconnu à
Montpellier.
10. Ms. Bubièn. La notation en u est conforme à la prononciation
d'une partie delà population montpelliéraine . On dit, par exemple,
premiè et prumiè, medicî et mudici, lendeman et lundeman, etc .
Aux environs d'Aspiran (Hérault), le mot terra (terre) devient turra.
Renseignement donné par M. le docteur Espagne.
1 1 . Èlision désagréable à l'oreille et très-peu commune à Mont-
pellier. Elle existe dans quelques rares variétés dialectales du bas
Languedoc, à Saint-Pons notamment. Jourdan en a des exemples
dans la traduction qu'on lui doit du deuxième chant de V Enéide {Re-
vue, l 16 série, t. V).
12. Lampà, courir, s'enfuir aussi vite que l'éclair. C'est un verbe
très-peu usité.
La forme abrégée siè, très-répandue encore pendant les deux der-
niers siècles, a cédé aujourd'hui la place à siegue.
13. Ms.. Lous cris, distraction que rend bien évidente le verbe qui
termine le vers-: finissiè (finissait).
14. Forme purement littéraire. On ne dit aujourd'hui que mourtela.
15. Et plus communément la vipera.
16. Mai se Vuna te vesiè, dit le ms. de l'auteur, qui ne répugne
pas à l'élision de te avec la voyelle terminale du mot précédent. Le
montpelliérain est si peu coutumier de ces élisions, que j'ai préféré,
peut-être à tort, voir ici une distraction et supprimer mai.
17. On dit aussi ramplidas.
18. Assoulà est inconnu à la langue populaire. Guiraldenc a dû
l'emprunter aux félibres avignonnais .
19. Provençalisme pour pensavoun pas pus.
20. Nouveau provençalisme, doublé cette fois d'une inversion aussi
désagréable qu'inusitée.
On dirait généralement : Lous crids ressoundissien pas pus, ou
bien lous crids noun ressoundissien pus, mais cet emploi de noun
est assez rare .
21. Mas aux environs de Montpellier.
22. Le coudiè est un « cofûnou étui à queux, petit vase de bois dans
lequel les faucheurs portent de l'eau pour mouiller la pierre à aiguiser:
il estjpourvu d'un crochet, souvent pris dans le bois, qui sert à le sus-
pendre à la ceinture du faucheur.» (Honnorat, Dict.-prov. fr. t I,
554.)
23. On dit plus couramment agandits,
24. Ms. bubeta. Voyez la note 10,
88
POÉSIES LANGUEDOCIENNES
25. Se trigà, se hâter, verbe assez rare .
26. Ms. entacha (dépêcher), qui, à la rigueur, pourrait être main-
tenu .
On dit, aux environs de Montpellier, coufessà, efant et tabonrx (con-
fesser, enfant et tambourin), pour counfessà, enfant et tambouri.
27. Et plus communément Uà. (Voyez la note 7.)
28. Provençalisme motivé par la rime. Il faudrait sous pesés.
29. Provençalisme . On dit communément : Fan pas ges.
30. Forme lodévoise. Voyez la note 1 de la pièce Souveni dhma
journada de mai.
31. Rauba (butin, bagage, provision de bouche). Vieux mot sur le
point de disparaître.
« Les bergers d'Arles, dit Honnorat (Dict. prov.-fr., II, 1019),
donnent encore aujourd'hui le nom de rauba dans leurs voyages à la
réunion des objets qu'ils transportent avec eux. A la rauba, crient-
ils à leur chien, quand ils s'écartent de leur équipage
» Les vignerons donnent aussi ce nom à la partie du champ où ils
déposent leurs vêtements, souquenilles et vestes. »>
32. Voyez la note 11.
33. Provençalisme. On ne connaît qu'ensemble.
34. La génération actuelle dit plus communément coliè, que l'on
prononce coiè.
35. Mot emprunté au vocabulaire des félibres . Le jour escabour
est le déclin du jour.
36. Je suppose, sans en être pourtant bien sûr, qvLOumbra de cres-
tian est une formule qui signifie corps mort, cadavre .
Crestian est très-souvent synonyme d'homme, dans la langue popu-
laire.
37. Ms, quanle. Quinte et qitinta, que l'on rencontre dans les poè-
tes des XVII e et X Ville siècles, n'ont pas encore disparu du langage
courant.
38. Calà, taire. Ce verbe est employé ici à la provençale. On aurait
dit en véritable montpelliérain : Ara lous enfantons, de Vesfrai e de
la pou s'acalavoun.
39. Provençalisme motivé par les exigences de la rime. On dit
malurouses, plus souvent malerouses et parfois malirouscs.
A. R.-F.
DE GUIRALDBNC 89
A MADOUMAISELA
Vai ! li caresso de la fremo
Soun bono que pèr lis enfant ;
Quand sias ome, que mau vous fau !
Dins si poutoun. que de iagremo !
(Aubanel . )
Aima es una douça causa
Per lous que soun pa 'stats de son goust esearnits ;
Doumai ne soun embriais, doumai lou cor ie dis N
D'encara s'engourgà sans ges de fin ni pausa.
Mai ieu, dins lou flàscou n'ai vist,
Quand i'ai vougut pintà, que la ligae la rausa.
Souveni, amar souveni,
De qu'es que te fai revenl?
Pamens, moun cor àl'amistança,
Amadurat que n'era, un jour se doubriguet;
Fera necit 1 d'aimà, leste s'encourriguet,
Per querre un autre cor ount dounà sa fisança;
E, lou paure d'el*! creseguet
' D'atrouvà pas jamai de tems de malurança.
Souveni, amar souveni,
De qu'es que te fai reveni ?
Galoi, dins ma cresença bela,
Couma fan au sourel aquelas jaunas flous
Que ie viroun sous grels, sas fiolhas; sous granous,
Me virere subran * ves una^doumaisela
E ne devenguere amourous.
N'aviei sauve: aquel jour aimere una cruela.
Souveni, amar souveni,
De qu'es que te fai revenl ?
Mais adoun, vegentpas en reire,
N'ere qu'embalausit de sa granda bèutat,
De soun er amistous ; amai auriei raubat
S'aviei pouscut 4 , soun cor, — acô poudès ou creire ! —
POESIES LANGUEDOCIENNES
Qu'auriei sus lou mieu mignoutat,
E la beviei dasiols pas mai que de la veire !
Souvenl, ô dous souvenl,
Per[de] qu'auses me revenl?
Aviè des-ioch 5 ans ; sa car blanca
Crusejava à la man milhou que de satin.
D[o]ubert 6 era soun front e soun cors era prim ;
Soun long pèu, couma un rec, davalava sus Tança,
[E] soun iol traucava, era fin ;
Sa bouca risoulieira aviè Ter d'estre franca.
/ Souvenl, ô dous souvenl,
Per [de] qu'ausesme revenl?
Ieu, per délice, la badere.
Dins sa prestença aviè quicon de mai que sieu,
Quicom de bon, de grand, enfin, quicom d'un Dieu.
Acô m'afourtiguet e, tout crentous que n'ere,
Coupere à ma crenta lou fieu
E, per lou premiè cop, antau ieu ie parlere:
Souvenl, ô dous souvenl,
Per [de] qu'auses me reveni ?
« T'aime, jouventa, e soui sincera T ,
E, despart lou bon Dieu, pode pas t'aima mai.
Es tus, es pas que tus, que pantaise en pantai';
Es tus, es pas que tus à quau pense sus terra.
T'aproumete que parle vrai,
E que n'es pas de ioi que ieu soui à l'espéra.
Souvenl, ô dous souvenl,
Per [de] qu'auses mé reveni?
Filhà, per ieu sieja l'estela
Que lusls as pastours 9 de nioch dins lou dralhôu 10
La couloumba respond au couloumb que se dôu ;
Ieu me plagne 11 tant ben : sieja ma tourtourela ;
Mais, [ô] moun Dieu, n'ai pas que pou
Que siège pas ves ieu que toun ama t'apela 1
Souvenl, ô dous souvenl,
Per [de] qu'ause? me revenl ?
DE GUIRALDENC
Ve[ja] 12 , la mieuna es aganida.
Soui la soufra-doulou 48 t d'aquel abourriment ;
Veni, veni adouba 44 un pau moun languiment,
Mostra-te pietadousa as laguis de ; ma vida. »
Ela, sans creire à mous tourments,
Se trufet 45 de ma voues e me plantet d'ausida.
Sou veni, amar souvenl,
De qu'es que te fai reveni?
Quau auriè dich d'aquel[a] filha
Tant genta, tant douceta, embé soun biai tant bèu,
Que~me deguesse antau fa veni lou soullèu.
Per soun marrit cop d'iol que tua entre que brilha 46
Ah! quau m' auriè dich que tant lèu
Moun cor, roumplitde mau, seriè sus la grasilha?
Sou veni, amar souvenl,
De qu'es que te fai reveni?
0 bèutat, bèutat despichousa 47 ,
Lou coutel que m'as trach s'es aplantat-ben founs !
Fa de tems peracô : amai encà 48 me poun 19 .
Mais tus, t'enchautes pas se ma plaga es sannousa.
Dempioi tout moun bonur s'escound 20 ,
Dempioi que m'as rendut la vida fastigousa!
Souvenl, amar souvenl,
De qu'es que te fai reveni?
No, per ieu i'apus 21 de plasença;
Per ieu pas pus de cant, per ieu pas pus de gaud;
De la jouvent de ioi lou rire fouligaud
Fai vessà de per tout ma doulou, ma soufrença,
E sa joia enfioca moun mau,
Car es morta d'à founs ma poulida jouvença I
Souveni, amar souvenl,
De qu'es que te fai reveni?
Me parloun pas 22 d'una brassada,
D'un poutou, d'una femnae das dous 23 paraulis.
N'es ren 24 que varga 25 acô: espeta e s'av;ills
Couma dins un tems cla un pau de nivoulada.
92
POESIES LANGUEDOCIENNES
Ieu, m'an quitat que desaguis i6 ;
Atant 27 ben, en souscant, moun ama es brigoulada.
Souveni, amar souvenl,
De qu'es que te fai reveni?
Aima 28 es una douça causa
Per lous que soun pa 'stats de soun goust escarnits ;
Doumai ne soun embriais, doumai lou cor ie dis
D'encara s'engourgà sans ges de fin ni pausa.
Ieu, [de]dins lou flàscou n'ai vist,
Quand fai vougut pintà, que laliga e la rausa !
Souvenl, amar souveni,
Vai-t'en per pas pus reveni 29 !
OBSERVATIONS
1 . Necit est un emprunt à la langue des félibres avignonnais.
2. On dit plus communément lou paure et.
3. Et plus généralement vers (prononcé ber et parfois bers devant
la voyelle initiale de quelques mots) .
4. Forme montpelliéraine à peu près disparue au profit de pougut .
5 La nécessité de trouver un vers de huit pieds a fait écrire des-
ioch à Guiraldenc, au lieu de des-e-ioch, qui est d'un usage courant.
On dit assez souvent des-a-ioch.
6. Le ms. porte dubert, qui est peut-être un provençalisme, peut-
être une distraction de copie .
7. Gallicisme peu répandu. On dirait très-couramment : soui franc,
pour exprimer la même idée.
8. Mot presque entièrement délaissé aujourd'hui. Il se maintien):
dans les villages qui avoisinent Montpellier.
9. Pastour est une forme provençale pour pastou. Guiraldenc au-
rait mieux fait d'employer le diminutif paslrou, qui est encore d'un
usage commun.
10. On dit aussi dralhau.
11. Meplanisse est plus couramment employé, Plagne n'est usuel
que dans une phrase toute faite : Es de plagne, et dans quelques au-
tres de même genre .
12. La forme impérative féminine veja étant aussi commune que la
DE GUIRALDENC
93
forme masculine ve, j'ai cru devoir l'adopter pour rendre à ce vers sa
mesure normale.
13. Soufra-doulou prend aussi bien l'article masculin que le fé-
minin .
14. Quelques personnes disent adougà
15. Ce verbe, qui était encore d'un usage courant il y a une qua-
rantaine d'années, est aujourd'hui classé dans le vocabulaire grossier.
Il existe en provençal, en lodevois et dans le languedocien que l'on
parle aux environs de Montpellier
16. Gallicisme qui n'a pas le moins du monde détrôné le verbe
lusi. Il est employé surtout au sens figuré.
17. Despichous, dédaigneux, dépiteux.
18. Forme abrégée et très-peu répandue.
19. On dit plus communément pounis .
20. Provençalisme nécessité par la rime. On dit se rescond.
L'avant- dernier vers du Souvent d'una journada de mai contient
déjà un exemple de cette irrégularité.
21. Phrase provençale pour Va pas pus.
22 . Pour que me parloun pas .
23. Provençalisme pour doitces.
24. Provençalisme pour res ou re.
25. Voyez la note 10 de la Gloriousa, en la rapprochant de la
deuxième partie de la note 21 du Souvent d'una journada de mai.
26. Desahisse est plus répandu que desaguts.
27. A tant ben, dont laBlanda renferme déjà l'exemple, est aujour-
d'hui presque entièrement banni de l'usage courant
28. Voyez la note 52 du Souvent oVuna journada de mai.
29. Rêvent est dans ce cas un gallicisme que l'on commet rarement.
Guiraldenc aurait dû employer le verbe tourna.
A. R.-F.
CORRESPONDANCE
Monsieur le Rédacteur,
Du temps que j'étais écolier dans mon village de Pech-
Luquet, en Quercy, il y a belles années* nous avions pour insti-
tuteur un savant homme fort lettré, fort intelligent j'ima-
gine, mais franc-comtois de naissance, récemment fourvojé
dans notre Midi, et hors d'état d'entendre un traître mot du
patois local. Aussi ce patois, notre langue maternelle, ne nous
servait-il à rien, mais à rien du tout, pour l'étude du français.
Mes anciens camarades d'école peuvent se souvenir des cris
d'horreur qu'arrachaient au maître les barbarismes sans nom-
bre dont nous émaillions nos phrases françaises, sous Fin- i
fluence de ce jargon grossier, comme il disait, sans règles,
sans grammaire.
Un peu plus tard, la chance nous amena un autre maître,
né dans le pays celui-là, et parlant avec une égale facilité et
le français et le patois. Il avait la faiblesse d'aimer son idiome
maternel ; il faisait mieux, il l'étudiait, et, appliquant à cette ,
étude les procédés qu'on lui avait enseignés pour le français, i
il tirait de la comparaison des deux langues une foule de
règles qu'il ne dédaignait pas de nous exposer. Dès lors, la
pratique antérieure du patois, loin de nuire à nos progrès en
français, contribuait singulièrement à nous en faciliter l'étude,
à nous en atténuer les difficultés.
Ce sont de lointains souvenirs. J'ai oublié les détails de sa
méthode, mais je me rappelle encore le plaisir que nous
éprouvions à constater, guidés par lui, les analogies de pro-
cédés dans les deux langages, les ressemblances et les diffé-
rences dans les mots, dans les conjugaisons, dans la construc-
tion des phrases. C'est ainsi, j'imagine (car je ne sais, pour
moi, ni grec, ni latin, ni beaucoup de français), c'est ainsi
sans doute qu'on procède dans les collèges pour enseigner aux
jeunes écoliers les langues classiques et les langues étran-
gères.
En y songeant, il me souvient d'un petit point particulier
des leçons de ce maître. C'est le secours qu'il cherchait et
CORRESPONDANCE
95
savait trouver pour nous inculquer l'orthographe de bien des
mots français, dans la comparaison de ces mots avec leurs
correspondants patois. Il nous apprenait, par exemple, à dis-
tinguer o de au et de eau, an de en, ain de in, les voyelles mu-
nies d'un accent circonflexe de celles qui ne Font point, etc.
La diversité notable des patois est cause que les règles don-
nées pour un d'entre eux ne peuvent convenir sans modifica-
tion aux autres. Celles qu'on nous exposait ne sont peut-être
applicables qu'à notre idiome local ; mais il doit être facile
d'en trouver et d'en formuler d'analogues pour les autres dia-
lectes méridionaux. C'est pourquoi je me hasarde à vous don-
ner comme spécimen les trois ou quatre qui me reviennent en
mémoire.
1° Les organes méridionaux distinguent mal le son au ou 6
de Yo ouvert ; pour eux, paume et pomme sonnent de la même
façon. La prononciation française même ne distingue pas net-
tement ô de au et point du toutaw de eau. Grâce à l'équivalent
étymologique patois (lorsqu'il existe), le jeune écolier de
Pech-Luquet peut se faire, pour établir ces distinctions, une
règle dont l'application est presque sûre.
0 français, qui figure une simple voyelle, est en patois o ou
bien ou: ô est os ou ows;mais au, qui représente une ancienne
combinaison de deux sons est en patois al, au (prononc. aou)
ou ou (oou), et eau est eî ou eu (eoi*). Exemples :
1. Au = al, au, ou.
2° A français correspond à a. ou à o patois ; de sorte que an
est en patois an, ou plus généralement on, tandis que en (même
prononcé an) reste én en patois et garde le son de IV. Exem-
ples:
Travaux, trobals,
Animaux, onimals,
Crapaud, gropal,
Chaux, eau,
Saut, sâu,
épaule, espallo,
paume, pahno,
chauffer, coufa,
sauter, souta.
sauce, salço,
2. Eau = el ou èu.
Peau, pel,
Agneau, ognel,
Nouveau, noubel,
chapeau, copel,
bateau, botèu.
beauté, béutat.
96
CORRESPONDANCE
Banc, bon,
vent, ben,
Sang, son.
cent, cen,
Manteau, montel,
mentir, menti,
Changer, contza,
vénérer, benaa.
Planter, plonta,
tenter, tenta,
Tante, tonto,
tente, tendo
An, on,
en. en
Ancien, oncien,
encens, encew,
Antan, onton,
en temps, en tews,
Enfant, efon 9
défend, ûfe/en,
Lavande, lobondro,
vende, bendo,
Vanter, bonta,
venter, ôewfa,
Danser, donsa,
penser, pensa.
3° Am français correspond à on (ou o sans n, à la fin des
mots), tandis que ein correspond à en (ou e), et que in corres-
pond à in (ou i), gardant le son de l't. Exemples :
Sain, so, sein, se, coussin, couyssi,
Faim, fon, fin, fi,
Plaine, plono, pleine, pleno,
Plaindre, plontze, teindre, tentze, il tinte, tindo,
Pain, po, peine, peno, pin, pi.
4° On nous apprend que l'accent circonflexe en français
indique généralement la disparition d'un ancien s. Or cet s ne
s'est point éteint dans le patois. Sa présence dans les mots
correspondants à des mots français marquera donc en général
qu'il faut donner à ceux-ci l'accent circonflexe. Exemples :
Pâques, Pascos, bâtir, bosti,
Fête, festo, prêter, presta,
Côte, costo, rôtir, rousti,
Croûte, crousto, coûter, cousta.
Il faut bien dire que ces règles et autres pareilles ne sont
pas absolues; on y peut découvrir maintes exceptions, sur-
tout depuis que nos patois mêlent à leur vocabulaire tant de
mots directement empruntés au français. Néanmoins, je ne
saurais oublier combien elles furent utiles à moi et à mes ca-
marades d'école pour nous aplanir les difficultés de l'ortho-
graphe.
VARIÉTÉS
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Ne fût-ce qu'à ce point de vue, peut-être jugerez- vous,
Monsieur le Rédacteur, qu'il ne messiérait pas d'éveiller l'at-
tention de nos instituteurs sut* un sujet qui n'est pas indigne
de leurs réflexions. Mais sans doute cela est à peine néces-
saire. Après les progrès qu'ont faits en notre pays les mé-
thodes d'enseignement grammatical, il semble que la plupart
de nos maîtres méridionaux doivent savoir tirer bon parti de
la langue maternelle de leurs écoliers. Priez-les, Monsieur le
Rédacteur, d'exposer leurs méthodes dans la Revue. J'ai idée
qu'il en résulterait un grand bien, non pas seulement pour
faciliter l'étude du français, mais aussi pour développer dans
l'esprit de nos écoliers les habitudes de comparaison qui, seu-
les, conduisent à juger droitement et sainement.
Veuillez agréer, etc.
Jean-Pierre Breu,
de Pech-Luquet, canton de Cajarc (Lot) .'
VARIÉTÉS
LE NOM PROVENÇAL DE l' AUBEPINE
En rééditant 1 une poésie provençale déjà publiée par M. Paul
Meyer à la page 112 des Derniers Troubadours de la Provence, et en
améliorant largement son texte, notre savant collègue, M. Émile Lévy,
a introduit une correction dans le troisième vers de la .première stro-
phe de cette pièce, où il propose de lire à V ombra d'un albespi, tandis
que le manuscrit (Bibl. nat. 12472, fol. 42) donne à Vonbreta d'un
e8pin.
M. L. ne croit pas que ce dernier mot existe en provençal, et il
suppose «c que nous avons affaire ici, comme tant de fois ailleurs, à
l'aubépine », l'arbre préféré de la pastourelle méridionale.
La correction signalée plus haut ne me semblerait pas nécessaire ;
aussi maintiendrais-je volontiers le mot espin, dont le sens resterait à
déterminer.
Si le provençal moderne devait toujours être allégué pour expli-
quer les difficultés de la langue des troubadours, on pourrait recourir
à la signification de hallier, bois fourré, buisson plus ou moins épineux,
* Revue des langues romane*, 3* série, VIL 57-01.
8
VÀRtBTBâ
par laquelle Honnorat rend les termes espinalh, espinàs et espinassa,
Caucaso t'engendrec demest calque espinas
a dit Bergoing de Narbonne, au XVII e siècle, dans un vers que cite
avec raison le savant médecin de Digne . La date de la publication
(1847) du grand travail de ce dernier ne permettait pas de mention-
ner un passage de Mirèio qui renferme le même mot :
— 0 Magali, se tu te fas
Luno sereno,
Iéu bello nèblo me farai,
T'acatarai.
— Mai se la nèblo m'enmantello,
Tu pèr acô no un me tendras.
Iéu, bello roso vierginello
M'espandirai dins Y espinas 1 .
Mistral traduit espinas par buisson, qui serait acceptable, à raison
du diminutif onbreta, qu'emploie Fauteur inconnu de la pastourelle (à
Vonbreta d'un espin, à l'ombre chétive d'un buisson).
L'augmentatif espinas donne, jusqu'à un certain point, le droit de
supposer un espm (buisson) que nous allons voir apparaître dans le
nom provençal de l'aubépine.
M. Gabriel Azaïs signale, en effet (Dictionnaire des idiomes romans
du midi de la France, II, 163), le gascon espin, qu'il rend par épine et
qu'il fait suivre de espin-blanc, aubépine. Honnorat (Dictionnaire pro-
vençal-français, II, 149) enregistre, de son côté, une forme féminine
espina blanca qui, aux environs de Brignoles, désigne le même ar-
brisseau.
Ces formes existant aux deux extrémités dialectales de la langue
d'oc, verrait-on inconvénient à supposer que le besoin de simplifica-
tion, qui joue un si grand rôle dans les idiomes populaires, ait réduit
espin-blanc et espina-blanca à espin et espina, et que Ton ait parfois
désigné ainsi un arbrisseau si généralement connu dans tout le midi
de la France* ? Je ne serais pas loin de le croire, et je considérerais
1 Mirèio, pouèmo prouvençau de F. Mistral. Avignon, Roumanille, 1859,
in-8% p. 116. .
* II est très-souvent associé aux réjouissances populaires dans le Midi.
« C'est de guirlandes d'aubépine, dit le Dictionnaire pittoresque d'hist. nat.
et des phénom. de la nature, de Guérin (Paris, 1833. io-4o, I, 98), que sont
faites ces grandes couronnes qu'on suspend, à Bordeaux, au-dessus des rues,
comme pour couronner le roi des mois du printemps ; couronnes qu'on illu-
mine le soir de verres de diverses couleurs et sous lesquelles voisins et voi-
sines se réunissent pour former de joyeuses rondes Dans les Hautes et
Basses-Pyrénées, un bouquet d'aubépine fleurie accompagne toujours la petite
VARIETES
Vespin de la pastôurelle, rééditée par M. L., comme le plus ancien
exemple de cette forme abréviative .
Autre considération qui peut n'avoir pas été sans influence sur la
fraction du terme dont il s'agit. Raynouard, Honnorat et M. Gabriel
Azaïs, disent que l'étymologie du nom de l'aubépine est alba spina,
origine que justifient Yeçpin-blanc et Yespina-blanca du béarnais et du
langage de Brignoles. A cette même étymologie se rattachent albespin
et aubespi ; mais les formes différentes de aubrespin et aubrespi exis-
tent aussi, et le peuple a pu les décomposer plus facilement qu'on ne
croit en aubre-espin et aubre-espi, l'arbre, l'arbrisseau par excellence
de l'épine*.'
A. Roquë-Febrier.
SUR UN DICTON AUXERROIS DU XIII* SIECLE
Dans la partie de sa chronique où il raconte son voyage en France,
Salimbene, arrivé à Auxerre, nous dit d'abord tout le bien qu'il pense
du vin de Chablis, et nous transmet ensuite un dicton auxerrois que
croix qu'on plante, en mai, dans les champs, et qu'on attache aux arbres aux-
quels se marie la vigne, pour attirer d'abondantes moissons et de riches ven-
danges. »
* L'adjectif aube ou albe (blanc) ne se rencontre aujourd'hui que dans cert
tains noms de lieux, d'oiseaux ou de plantes. Comme dans l'aubépine, il est
tantôt plaeé devant le mot et tantôt après: aubaliguiè (alisier blanc), auba-
peira (blanche pierre. Cf. Albespeyres, nom de lieu), aubicau (cul-blanc), au-
bavit (clématite), Peirauba (Cf. Peyraube (Hautes-Pyrénées), etc.
2 Le français épine de mai, ou simplement mai, ou encore épine blanche,
existent (voyez Dict. pitt, d'hist. nat., de Guérin,I, 98). Le deuxième de ces
noms montre qu'une séparation s'est faite entre les deux éléments qui l'ont
constitué.
N.-B. — M. Paul Meyer a modifié en ombraje, dans le quarante-sixième
vers de cette pastourelle, b mot ambrages du manuscrit. 11 a eu raison, au
point de vue de la correction de la langue; mais il aurait dû voir dans la forme
écrite par le scribe l'indice déjà très-ancien d'une prononciation qui substitue
l'a à You y et vice-versa, sur une assez grande partie du domaine de la langue
d'oc. Les formes Bartoumieu et Bourtoumieu (Barthélémy), Salamoun et
Saloumoun (Salomon), acupà et oucupà (occuper), anteet ou?ite(où), caca-
luchael coucoulucha (coqueluche), espelhandrat et espelhoundrat (déchiré,
en haillons), farfoulhà et fourfoulhà (fouiller ça et là), rampli et roumpli
(remplir), trampassà et troumpassà (dépasser), qui existent simultanément à
Montpellier et dans son rayon immédiat, en témoigneraient au besoin.
100
VARIETES
l'édition de Parme 4 a complètement défiguré. Voici le passage 2 réta-
bli d'après le manuscrit de Salimbene (Vatican, 7260, fol. 301, r°):
€ Nota etiam quod Gàllici ludendo dicere consueverunt quod bonum
» vinum débet habere triplex b et septem / ad hoc ut sit optimum et
p laude dignum. Dicunt enim hoc modo ludendo :
» E ôons e 6els e ôlance
» Forte e /er, fin et /rauble
» Fredo e /ras e /[rejmiiant. »
Salimbene a noté comme il a pu une prononciation qui ne lui était
pas familière, et il a introduit parmi les mots français un certain nom-
bre âe formes italiennes! Il y a donc lieu de corriger le texte qu'il
nous donne, de changer blance en blans,forte en forz,feren fiers, fredo
en Jroiz,fras en fres (frais.) Quant au mot frauble, on ne peut l'ex-
pliquer que par un souvenir inexact ou une note effacée que Salim-
bene a mal lue plus tard. Il y a là trois vers populaires assonancés,
et le seul mot, commençant par fr, qui convienne à la fin du second,
est frans . Le dernier mot est en partie peu lisible ; j'y vois le participe
présent du verbe fremiier = gratter (ici gratter le gosier), qui paraît
être une autre forme de fourmiller.
4 Chvonica Fr. Salimbene, Parme, 1857, dans la collection des Monu-
menta historica ad provincias Parmensem et Placentinam pertinentia. —
On trouvera Je passage en question p. 91 .
a [Comme l'unique édition de la Chronique du frère Salimbene est assez rare
en France, nos lecteurs nous sauront gré de reprendre la citation d'un peu
plus haut :
P. 91. « Nota quod très terras suutquœ dant abundantiam viai in Francia,
scilicet Rupella, Belna et Altisiodorum. Nota insuper quod vina rubea in Alti-
siodoro minime reputantur, quia non sunt ita bona sicut vina italica rubea.
Nota similiter quod vina Altisiodori sunt alba et aliquando aurea, et odorifera
et confortativa et magni et boni saporis, et omnem bibentem in securitatem et
jocunditatem inducunt atque convertunt, ita ut merito de vino Altisiodorensi
dici possit illud Proverb. xxxi : « Date siceram mœrentibus et vinum his qui
amaro sunt animo. Bibant et obliviscantur egestatis suœ, et doloris non recor-
dentur amplius.t Et nota quod ita sunt fortia vina Altisiodori quod quando
aliquantulum stant in urceo, lacrymantur exterius. Nota etiam quod Gallici,
e'c. (Comme ci-dessus, sauf que l'éditeur imprime comme suit le dicton cité :
El vin bon et bel sel dance
Forte et fer et fin et france
Freits et fras et fromijant) .
« Neminem umquam credo tam effuse de vino nostro Cabliacensi locutum
esse », dit, à propos de ce passage, M. L. Clédat, dans sa savante et spirituelle
thèse latine De fratre Salimbene. On ne le contredira pas. — C. C]
VARIÉTÉS
101
En rétablissant partout Vs du. cas sujet, et la forme française et pour
la conjonction, et en supprimant un et qui fait une syllabe de trop,
on obtient les trois vers suivants :
Et bons et bels et blans
Forz et fiers, fins et frans
Froiz, fres et fremiianz.
Ainsi le vin, pour être louable, doit avoir trois qualités commençant
par b et sept par /. Il doit être bon, beau, blanc, fort, fier, fin, franc,
froid, frais et frottant. Ce dernier mot est le seul de la langue actuelle
qui commence par / et dont le sens se rapproche de celui de fremiianz»
Si l'on ne savait pas que ce dicton appartint à la région de Chablis,
on devinerait qu'il tire son origine d'un pays de vin blanc 1 .
L. Cuêdat.
1 [Il n'est pas inutile de rapprocher du dicton cité par Salimbene les vers
suivants, tirés de deux poëmes différents :
1. Lors li firent le vin maintenant aporter,
Fort et fier, fres et fin, franc, ferme, fort et cler.
(Doon de Maience,v. 9670.)
Probablement:
Fort et fier, fres et fin, franc ef ferm, fort et cler.
2. De boire, après tel pain, tel vin
Si fort, si franc, si fres, si fin,
Si sade, si souef, si flairant,
Si froit, si cler, si fresillant
Que tout en fumes embasmé.
(Huon de Mery, le Tornoiement de l'Antéchrist, p. 97.)
On voit que, malgré l'apparent pléonasme qui en résulte, il faut, dans le dic-
,ton ci-dessus, conserver froid à côté de frais, et que fresillant, substitué à
formiant, donne le sens de pétillant, différent de celui que M . Clédat a pré-
féré . Formier (Toz li sans li formie) signifiait en effet s* agiter et non gratter. ,
Cf. Littré, sous frétille?*, au premier exemple donné dans Yhistorique. —
A. B.] — Il y a dans la Chrestomathie de Bartsch (419, 36) un exemple où
fremier paraît bien avoir le sens de gratter, que Bartsch lui attribue dans son
glossaire. Un vin « frémiiant » serait un vin qui met des fourmis dans le gosier.
Toutefois le vers de Huon de Mery, rapproché de l'exemple de Littré, appuie
fortement le sens proposé par M. Boucherie. — L. C.
CHRONIQUE
Communications faites dans les séances de la Société. —
5 juillet 1882.— Note de M. Léon Glédat sur un passage de Fra Sa-
limbone. Enigmes populaires recueillies par M. A. Fourès. Lous Fau-
cheurs, poésie en patois marchoisde M. Mettoux, instituteur àSaint-
Etienne-de-Fursac (CreuseJ. Marsiko, fantasié felibrenco, poésie de
M. Bonaparte- Wyse.
19 juillet 1882. — Lou Ifauvellun, poésie de M.Théodore Aubanel.
La Fenestriero, sonnet de M . Barban . Glossaire des termes maritimes
usités à Palavas, par M. Westpbal-Castelnau. La Bacio de Pierre
Aimable, poésie de M. Ferraud, instituteur à Lanuéjols (Lozère).
Notre ami et collaborateur, M. Victor Smith, est décédé à Lan-
gogne le 30 juillet 1882. C'est un deuil pour nous tous, qui avions pu,
dans les relations que son séjour à Montpellier nous avait permis
d'entretenir avec lui, apprécier toutes les qualités de cœur et d'esprit
qui rendaient son commerce si attrayant. C'est une perte pour la lit-
térature populaire, à laquelle il consacrait tous ses instants, même ceux
que lui disputait une incurable et douloureuse maladie . On sait avec
quel soin et quelle intelligence il recueillait et publiait les chants
populaires du Forez et du Velay.
L'Académie des inscriptions et belles-lettres, dans sa séance du 9
juin dernier, a décerné un prix de 1,500 fr.à notre confrère M. Marcel-
Devic, pour un mémoire sur les géographes arabes.
On lit dans le Journal de Toulouse du 17 juillet 1882 :
<l Samedi a eu lieu, dans la salle du Conseil général, une réunion de
la Commission nommée pour l'érection d'une statue à Goudelin et la
publication d'une édition populaire de ses œuvres. La séance était
La sous-commission chargée de préparer l'édition nouvelle des
œuvres du poëte toulousain, et composée de personnes spéciales que
les membres du Conseil général se sont adjointes, sera présidée par
M. le docteur Noulet, dont la compétence incontestable répond du
succès de l'œuvre et du soin scrupuleux qui sera apporté à la révision
et à la publication des textes. »
L'édition annoncée sera digne du poëte qu'on veut glorifier. Per-
sonne ne l'a tant et si bien étudié que M. Noulet ; personne ne l'a si
bien connu, ne l'a apprécié avec tant de goût et de justesse. Qu'on
lise seulement, dans Y Histoire littéraire des patois du Midi de notre
savant collaborateur, le. chapitre qui lui est consacré. C'est un travail
achevé, et qui, grâce à l'heureuse idée qu'on a eue de le reproduire à
CHRONIQUE
103
part dans le Journal de Toulouse et ensuite en brochure 4 , éclairera le
grand public , en attendant l'édition populaire qui nous est promise,
sur le haut mérite littéraire et sur la valeur morale du poète distingué,
dont une tradition fausse a si prof ondément altéré les traits.
PROGRAMME
du Concours philologique et littéraire qui doit avoir lieu à Montpellier
au mois de mai 1883
Philologie
Des prix seront décernes :
1° A la meilleure étude sur le patois, ou langage populaire, d'une
* localité déterminée du midi de la France (collection de chansons, con-
tes, proverbes, devinettes, comparaisons populaires). Ces textes de-
vront être reproduits exactement, c'est-à-dire sans rien changer à la
langue du peuple, et tous traduits en français. On y joindra la conju-
gaison des verbes chanter, finir, mourir, prendre, avoir, être, aller, pou-
voir. Indiquer les autres localités, connues de l'auteur, où se parlerait
le même idiome populaire.
Observation. — Ce prix est exclusivement réservé aux institutrices
ou instituteurs primaires.
2° Au meilleur travail de philologie romane ayant pour base des
textes qui soient antérieurs au XVe siècle, et qui appartiennent à la
langue d'oc ou à la langue d'oil. Rentrent dans cette catégorie les pu-
blications de textes et les études d'histoire littéraire.
3° Au meilleur travail philologique ayant pour objet un idiome po-
pulaire néo-latin: Belgique, Suisse, France, Espagne, Portugal, Italie,
Roumanie, Amérique. Cette étude devra s'appuyer sur un choix de
textes (chants, contes, proverbes, légendes, etc . ). Y joindre la géo-
graphie du dialecte étudié .
Littérature
Des prix seront décernés :
4° et 5° Aux deux meilleures poésies, à quelque genre qu'elles ap-
partiennent;
6° Au meilleur ouvrage en prose (contes, nouvelles, romans) ;
7° A la meilleure composition scénique en vers ou en prose.
Avis aux concurrents. — Tous les ouvrages qui concourront pour le
second ou le troisième prix de philologie devront être écrits dans une
langue néo-latine ; tous ceux qui concourront pour l'un des quatre
prix purement littéraires (n 08 ^ 5, 6, 7) devront être écrits dans un des
dialectes, soit du midi de la France, soit de la Catalogne ou des îles
Baléares ou des provinces de Valence et d'Alicante.
Les travaux envoyés devront être inédits. Toutefois le deuxième et
le troisième prix de philologie pourront être accordés à des ouvrages
* Pierre Goudelin, par le docteur J.-B. Noulet. Toulouse, Edouard Privât,
1882; in-12de38 pages.
404
ERRATA.
ayant paru depuis le le r janvier 1882 et n'ayant concouru nulle part.
Les manuscrits ne seront pas rendus.
Les ouvrages destinés au concours doivent être adressés franco à
M. A. Boucherie, secrétaire de la Société des langues romanes, avant le
1 er février 1883, dernier délai, et en triple exemplaire, s'ils sont im-
primés.
Un avis ultérieur complétera les indications qui précèdent.
Livres envoyés à la Revue des langues romanes :
Agna deVallaura. Ridolta, aplech de poesias. Barcelona, 1882;
in-12. '
Mary-Lafon. Histoire littéraire du midi de la France, 1 vol. in-8°,
xui-421 pages. Paris, Reinwald, 7 f.. 50.
Hora Dobrogei. Poesia de V. Alecsandri; musica de Obedenaru.
Bucuresci.
Li Verbo di Dio. Discorso di Giuseppe Spera. 1882, in -8°, 12 pag.
La Suora délia Carità (Emilio Castelar). Versione dallo spagnuolo,
per Nicola Semmola. Vol. 1, parte 1 (1882), 174 pages.
Lou Ventour, 1882. Sonnet de T. Aubanel.
Obras de Antoni Jofre : Las bruxas de Carança, etc. visuradas, an-
notadas y aumentadas per lo pastorellet de la vall d'Arles. Perpinya,
1882; gr. in-8° de vin-104 p.
Académie Jasmin, à Agen (Lot-et-Gar.). — Grand Concours poétique
le 25 octobre 188*2 . — Sept médailles. — Demander les conditions du
Concours au secrétaire général de l'Académie.
Errata du numéro de mai 1882
Paulet e Gourgas. — P. 228, 1. 36, après surchargé de rameaux, ajou-
tez le chiffre 14. — 229, 1. 22, après mon foyer, ajoutez le
chiffre 15. — Mas peiras eût peut-être été mieux rendu par
mes propriétés . — z32, 1. 10, la toca, lisez sa toca; — 233,
1. 3, qui tira, lisez que tira ; — 1. 6, galino, lisez galina ; — 24,
le couple, lisez l'attelage ; — 235, 1. 3, la souliéra en grande
fé, lisez la soulieira en grandafe; — 1. 2, bresihà, lisez bre-
silhà.
Le Gérant responsable : Ernest Hamsun.
Dialectes Anciens
FRAGMENTS D'UNE TRADUCTION PROVENÇALE
DU ROMAN VEJÊgBLIN
Notre savant confrère, M. l'abbé Guillaume, archiviste des Hautes-
Alpes, à qui nous devons déjà la découverte de trois mystères pro-
vençaux, vient de faire aux archives de la commune de l'Epine une
nouvelle trouvaille, des plus intéressantes pour l'histoire de la litté-
rature provençale.
Elle consiste en un double feuillet de parchemin, détaché, vers la
fin du XVI e siècle au plus tard, d'un beau manuscrit du XIII e siècle,
qui contenait la traduction du roman français de Merlin, et peut-être
de quelques autres du même cycle, en langue provençale.
M. l'abbé Guillaume, qui a décrit 4 et publié lui-même, avec grand
soin, dans le Bulletin de la Société d'études des Hautes- Alpes, n° 2,
p. 92, ce précieux fragment, a bien voulu autoriser la Revue à le
reproduire, et il a mis à cet effet le ms. à notre disposition. Ce ms.,
en plusieurs endroits, est devenu à peu près ou tout à fait illisible;
aussi y a-t-il bien moins lieu d'être surpris des quelques méprises
qu'a commises çà et là M. l'abbé Guillaume dans sa transcription que
de l'habileté et de la sûreté avec lesquelles il a su lire certains pas-
sages que, livré à nous-méme, nous aurions désespéré de déchiffrer.
Le feuillet double découvert par M. l'abbé Guillaume n'occupait
pas le milieu d'un cahier. Aussi y a-t-il une lacune entre la première
partie de ce feuillet et la seconde. La première (f° 1) renferme le
1 « Selon toutes probabilités, le fragment provenant de l'Epine date du
commencement du XIII* siècle. C'est un double feuillet in-4°, à deux colonnes,
qui devait appartenir à un ms. de luxe, ainsi que le prouvent, non-seulement
la beauté de l'écriture, mais encore les cinq larges espaces laissés en blanc
par le copiste, afin de pouvoir ensuite y placer des miniatures en harmonie
avec le texte. Les lettres initiales des alinéas devaient également être miniées
ou enluminées ; elles sont à peine indiquées par la lettre correspondante, et
tout à fait microscopique, au milieu d'un large vide. Les lignes sont tracées à
la pointe sèche. Chaque colonne contient en moyenne cinquante lignes d'écri-
ture. »
Tome viii de la troisième série. — septembre 1882.
8
106 TRADUCTION PROVENÇALE
récit des amours du roi Uter-Pendragon et d'Ygierne, presque dès le
début de cet épisode, jusqu'au moment où le roi se prépare à aller
assiéger le duc de Tintagel, mari. d'Ygierne. Elle correspond, dans
l'abrégé de M. Paulin Paris (les Romans de la Table Ronde mis en
nouveau langage, t. II), à ce qui remplit les pages 69 (depuis la li-
gne 9) et suivantes jusqu'à la ligne 11 de la page 72. La seconde
partie (£• 2) reprend le récit immédiatement après la mort d' Uter-
Pendragon et le conduit jusqu'à l'épisode du Perron à l'enclume
(Paulin Paris, p. 85, 1. 8 ; '—p. 87, 1. 3) 1 .
Le roman de Merlin 8 n'était-sans doute pas le seul, parmi les ro-
mans en prose de la Table Ronde, que l'on eût traduit du français en
provençal . Le ms . d'où provient le fragment découvert par M. l'abbé
Guillaume étant de grand format, à deux colonnes par page, en con-
tenait peut-être, comme je l'ai déjà conjecturé, plusieurs de ce cycle.
Quoi qu'il en soit, on a lieu de croire, d'après un article, que je vais
rapporter, de l'inventaire fait en 1361 des meubles du château d'Ozon
en Vivarais, qu'il a dû exister aussi une version provençale de Lan-
celot du Lac. On peut lire cet inventaire au t. II, p. 165-167, de la
septième série de la Revue des Sociétés savantes . Voici l'article qui
nous intéresse:
« 34. Item unum effusier, unum resposser, unum messal et unum
romans de Lancelot del Lac, unum alium romans de Lancelot de la
reyna Ginnievra, et unum alium romans de Florimont, item unum
romans deus Oysseus. »
Les formes del, reyna Ginnievra ne laissent guère douter que les
deux livres en question ne fussent provençaux. Même conséquence à
tirer, pour le quatrième roman, du titre qui lui est donné : deus oys-
seus (= deus ousseus? = dels aucelst Serait-ce le poëme de Daude
de Pradas ?). Quant au romans de Florimont, la forme française
étant la même que la forme provençale, c'est seulement par analogie
et en raisonnant d'après les trois autres qu'on peut conjecturer que
c'était une traduction, et non pas l'original, du roman français de ce
nom.
Mais revenons à notre fragment. Le ms., avons-nous dit, est du
1 Nous renverrions volontiers en même temps à l'original ; mais on sait que
le roman de Merlin, dans son texte du XII* siècle, n'a pas encore trouvé
d'éditeur ; ou au texte rajeuni des éditions du XV e et du XVI e siècles, mais
il n'en existe aucun exemplaire à notre portée.
2 Les allusions à Merlin sont assez rares dans la poésie provençale. M.Birch-
Hirschfeld (Ueber die den provenzalischen Troubadours bekannten epischen
Stoffe, p. 55) n'en relève que trois. Je ne me rappelle pas en avoir vu d'au-
tre?.
DU ROMAN DE MERLIN
107
XIII e siècle. La langue en est claire et assez correcte ; les princi-
paux traits dialectaux qu'on y remarque indiquent un auteur de le
Provence. D'un autre côté, certaines particularités donneraient lieu
de supposer que le copiste était gascon. Nous reviendrons plus loin
sur ces deux points en étudiant notre texte au point de vue philolo-
gique. Mettons-le d'abord sous les yeux de nos lecteurs.
« «
[F 0 1 r% col. 1] -bia 1 , lo t'en covenria a morir ; e sapias ben
no te selarai mais aquesta vegada. » Et Ulfins respon : a Aisso
séria mot a mi grans honors 2 que hieu moris permon senhor.
Ni anc mais dona non si defendet d'aital causa, que vos soa-
natz lo rei az amie, qu'el vos ama mais que totas las causzas
que puscon viure ni morir. Mais per aventura vos migabatz.
Dona, per Dieu, aias merce, en ver sapiatz que vos en veires
enquaras gran mal avenir e far. Ni vos, ni lo dux, vostre
senher, non vos pot défendre contra la volontat del rei. » Et
Ygerna respon e plora : « Si Dieu plas, hieu m'en defenderai
ben, que hieu non serai jamais en luec on el mi sapia ni mi
veia. » Àissi son départit entre Ygerna et Ulfin. Et Ulfins
venc al rei, si li comta tôt quan Ygerna li ac dig. El reis dis
que aissi deu bona.dona respondre. « Ni ja per aisso non la
laisses a pregar, que bona dona non fon anc tan tost en-
quista. » So fon a Tonzen jorn après Pantacosta, quel reis
sezia al manjar el ducx de Tintanoilh sezia ab el, el reis ténia
.1. copa denant si mot bella d'aur. Et Ulfins s'agenoilha denant
el e li dieis: a Enviatz aquella copa a Ygerna, e digas al duc
que el li mande 3 que la prenga. » El reis respon : « Mot aves
ben dig. » Et Ulfins si dreisset. El reis en fo molt alegres, e
dreissa la testa, si dis : « Yezes aissi una mot bella copa ;
mandatz asz Ygerna, vostra * moilher, que la prenga, e qu'en
beva per amor de mi; et hieu lai enviarei, tot[a] plena de bon
vin, per a. de vostres messatges. » El ducx li respon, com
aquelque negun mal non i entendia, e dieis: « Senher, grans
merces; ella la penramotvolontiera,que hieu ho li mandarai.»
4 Dernière syllabe de sabia (Si lo ducx mos senher o sabia).
* Ms. honoris. — 3 Ms". manda. — * Ms. vostre,
108 TRADUCTION PROVENÇALE
El dux apella .1. de sos cavaliers, que , mot era ben d'el, e
dieis : « Bretel, prenes aquella copa 4 , si la portaftz] a vostra
donna de part lo rei, e si li digas que hieu li mande 2 qu'ella
en beva per amor d'el. » Bretels près la copa, e venc en la
cambra ont Ygerna manjava, e s'agenoilha denant ella, e li
dieis : « Dona, lo reis vos envia aquesta copa, et vos manda
mo[s] senher que vos la prengatz e que vos en bevas per amor
del rei. » Quan ella ho enten, si n'ac mot gran virgonia, et
tornet vermelha, e non auzet 3 soanar lo commandamen del
duc son senhor. E près la copa e bec, é la vole enviar areire,
per aquel mezeis que la portet. E Bretels dis : « Mo[s] senher ha
comandat que vos la retengatz ; quel reis mezeis l'en pre-
guet. » Cant ho auzi, si saup ben que a penre lailh covenc. E
Bretels s'en torna, si fes grassias al rei de part Ygerna, que
anc ren non ac dig. El reis fon mot alegres de so que Ygerna
ac la copa retenguda. Et Ulfins anet en la cambra ont Ygerna
manjava, si la trobet mot pensiva et mot hirada per sem-
blanssa; si lo 4 apellet [col. 2] quant las taulas foron levadas,
e si li dieis: « Ulfin, per gran trassion m'a voster senher una
copa enviada; mais aitant sapiatz vos ben qu'el non i gaza-
nharajaren; que hieu l'en farai deman anctaenans lo jorn,e
dirai a mon senhor 6 la traission que entre vos e lo reis pensa -
vatz e percassavas. » Ulfin[s] respon :« Vos non es pas tan folla
que vos non sapias ben que, pos femena dira a son senhor
aital paraula, que ja pueis non la creira. E, per aisso, hieu
sai que vos es tan savia que vos vos en gardaretz bën. » Et
ella respon : « Mal aia qui s'en gardara.» Ab aitant si p[ar]ti
Ulfins et Ygerna. El reis ac manjat e sas mans lavadas, Si
fon mot alegres, e près lo duc per la man, e dieis : « Anem
vezer aquellas donas. » El ducx dieis: a Volontiers. » Adoncx
van en la cambra ont Ygerna ac manjat, e totas las autras
donas ab ella. Si anet 6 lo reis per vezer, e tug li autre cava-
lier. Mais Ygerna saup ben quel reis non es vengutz mais per
ella. Aissi sufri Ygerna tôt lo jorn entro la nueg, e la nueg
s'en anet a son ostal. Et quant lo ducx venc, si la trobet plo-
rant- e gran dol fazent en sa cambra. Quant lo ducx la(n) vi
1 Ms. colpa. — 2 Ms. manda, — 3 Ms. auzit.— * Ms. /«.— s ^s. senher
— s Lecture incertaine; mot en partie effacé.
DU ROMAN DE MERLIN 109
s'en meravilhet molt ; et la près entre sos brases, aissi com
aquel que mot la amava, et li demandet que ella avia. Et ella
li dieis que 4 volria esser morta. El ducx s'en meravilhet molt
e li dieis : « Per que? » Et ella respon : «Hieu non vos ho se-
larai ja, quar non es ren en lo segle que] hieu am tan com
vos. Lo reis dieis qu'el mi ama, et totas aquestas cortz que
vos vezes qu'el fa, e totas aquestas donas qu'el fa venir, dis
qu'el non fa si per mi oc et per aver occaiszon que vos mi
amenés. E de l'autra 2 ves ho sai hieu ben, et hieu m'en dis-
tornava ben d'el, et de sos dons m'era ben distornada tro
aoras e gardada, ni ancrennon avia près ni volia penre; et
aras vos m'aves fag pénre sa copa ; e mi mandes per Bretel
que hieu ne bègues per amor d'el ; e, per aisso, volria esser
morta, que hieu non pusc ab el guérir ni ab Ulfin, son con-
seilher. Aras si sai ben, pueis que hieu vos ai dig, que non
pot mais remaner sens mal far, et hieu vos prec et requere,
aissi com al mieu senhor 3 , que vos m'en menés à Tintanoilh,
que non vueilh plus estar en aquesta vila. » Quant lo ducx ac
aisso auzit et entendut, que mot amava sa moiller, sin fon tant
hiratlz] com neguns hom . . .* plus esser ; si mandet sos cava-
liers privadamen per )a vila; e quant ilh foron vengut à son
conseilh, si conoisseron ben que el era hiratz. Et el lor dieis :
« Apareilhatz vos tôt privadamen, com per cavalgar ; que ne-
guns hom non o sapia, quan seram mogut, [v% col. 1] e non
mi demandes per que, tro que hieu vos ho diga. » Et il res-
pondon: « Al voster comandamen. » El ducx dieis: « Laisas
totz vostresarnes 3 ,estiers vostras armas 6 e vostres 7 cavals, et
ilh nos seguiran ben deman ; que hieu non voilh pas quel reis
ho sapia, ni neguns hom a cui selar ho pusca, que hieu m'en
an. » Aissi com lo ducx ac comandat asz amenar son caval(s)
per cavalgar et aquel d'Ygerna, si montet al plus seladamen
qu'el p<*c, e s'en anet en sa terra, e amenet sa moilher. Al
matin que hom vi que s'en fon anatz, fon grans lo brutz en
la vila de sas gens que foron remazudas et el s'en fon aissi
anatz 8 .
Lo reis saup al matin que el fon aissi anatz. Si n'ac mot
1 Ms. quel. — 3 Ms. lautre. — * Ms. senhei\ — * Lettres effacées : no
pot? — • Ms. armes. — « Ms. aimes. — 7 Ms. vostras. — 8 Ms. anadas.
110 TRADUCTION PROVENÇALE
gran dol e mot li grevet de s.o que ac menada Ygerna. Si
raandet sos barons, si lor dis a conseilh e lor mostret l'ancta
el despieg quel ducx li avia fag. Et ilh respondon que ilh se
meravilhon mot e que el ha fag gran follia, e que neguns d'els
non saubon con si ho puscfa] 1 [es]mendar. Et ilh li dieisson :
« Vos ho esmendares tôt aissi con a vosplazera. » Elreifs] lor
comda so que ilh avion vist, quel avia plus onrat e fag sem-
blan d'amor que a negun de sos baros. Et ilh dieisson que
ben es vers, et que mot se meravilhon per que elauria ho fag 2
tan gran outrage. El reis lor dieis : « Si vos ho conseilhatz,
hieu li mandarei qu'el venga esmendar lo forfag qu'el ha ves
mi e tôt aissi con el anet, revenga areire per far dreg. » E tot[z]
lo conseillas] s'i acorda que ben ha dig lo reis.
En aquel ferm messatge aneron dui proszome de part lo rei
e cavalgueron tan per lor jornadas que ilh vengron a Tinta-
noilh, e lai troberon lo duc. E quant ilh [l]'agron trobat, si li
dieisseron lor messatge, aisi con lor fon enquargat. E quant
lo ducx ho auzi que aissi Ion convenia a tornar areire com el
s'en era vengut[z], si saup ben que lo 'li convenria a menar
Ygerna. Si respondet als 3 messatges : « Hieu non hirai pas
areire en sa cort ni en sa mercen, ni hieu nonparlarai autra-
men ; mais hieu en trac Dieu a guiren, qu'el sap ben qu'el m'a
tant fag a son poder con aissel que hieu non deg [col. 2]
plus creire.
Aissi s'en partiron li messatge qu'ilh non hi (non) pogron
aire trobar. Quant li messatgier s'en son anat de Tintanoilh(s),
si amenet los proszomes de son privât conseilh, si lor comdet
e dieis per que el s'en era vengutz* de Carduilh, e la desleial-
tat 5 ela ancta quel reis li percassava, que li volia far de sa
moilher. Quant aquilh ho auziron, si s'en meravilheron mot, e
dieisseron que aisso 8 séria ja fag, e que ben deuria aquell mal
aver que aisso percassava ves son 7 home liège. Adoiïcx dieis
lo ducx: <i Hieu vos prec totz e requere, per Dieu merce e
per vostras honors, e per aquo que vos deves far, que vos
m'ajudes ma terra a défendre, si el m'asailha de guerra. » Et
1 Ou pusc[o?i] ? — 2 Sic. Corr. avia fag? ou lacune après auria? —
3 Ms. a las. -r- * Ms. vendutz. — 5 Ms. desleialtz. — 6 Suppl. ici no? —
i Ms. som,
DU ROMAN DE MERLIN 111
ilh respondon que si far^n ilh, e tôt quant ilh pogron mètre
entro la testa perdre. Aissi s'en conseilhet lo ducx ab sos
hom[e]s. E li messagier s'en torneron a Carduilh, on ilh trobe-
ron a Carduilh lo rei e sos barons ; si comderon al rei et a son
conseilh so quel ducx lor avia respost. Adoncx dieisseron tug
ensems que mot se meravilhavon de la follia del duc, que ilh
cujavon que el fos savishom. El reis parla ab [e]ls a conseilh ;
si lor prega e requer con a sos homes et a sos amix que ilh li
ajudon la ancta de sa cort el forfag esmendar quel ducx li ha
fag. Et ilh dizon que aisso non li podon ilh pas vedar. Mais
ilh li pregon tug ensems, per salialtat l , que el lo fassa enans
desfizar a .xl. jorns. El reis ho fes e lor prega que, a cap de
.xl. jorns, sion tug appareilhat con per osteiar, la on el sera.
Et ilh respondon que ho faran mot volontier. E quant lo duc[x]
(lo) auzi lo disâzamen a .xl. jorns, si respon se defendria, si
el podia. Aquilh que l'agron disâzat s'en aneron. El ducx man-
det sos homes, si lor dis la defixsansfa] quel reis li avia fag,
e lor preguet que ilh li ajudesson, quel avia granmestier. Et
ilh dieisseron que ilh li ajuderon mot volontier. Adoncx si
conseilhet lo reis e die[i]s qu'el non a mais aquels do(a)s
[F 0 2 r°, col. 1] L'endeman quel reis fon sonterratz s'asem-
bleron li baron e tug li ministre de sancta Gleisza e proszome *
de la Cristiandat. E prezeron conseilh con si lo règnes sia go-
vernatz. E non si pogron acordar a negun. E adoncx dieisse-
ron per cominal conseilh que ilhs'aconsei[lhe]sson ab Merlin,
quar mot era savis e de bon conseilh, ni anc non avion au-
zit qu'el agues mal conseilhat lo rei neguns tems, mais ben
totz jorns. Aissi s'acordon tug a 3 Merlin, e adoncx Tenvion
querre. E quant el fon vengutfz], si li dieisseron : « Merlin,
nos sabem ben que tu hies mot savis, e tu as totz jorns amat lo
rei d'aquest règne ; e tu vezes ben que la terra es sens ères,
et que terra sens senhor non val gaire. Per so ti pregam nos,
per Dieu, etirequirem que tu nos ajudes asz elegir tal hom[e]
quel règne pusca governar, asz onor de Dieu et a profieg de
sancta Gl[e]isza et a la salut del pobol. » E Merlins respon :
1 Ms. liait z. — * Conjecture. Le mot est effacé. M. Guillaume a lu probes,
— 3 Lecture incertaine, M. Guillaume a lu de.
%
112 TRADUCTION PROVENÇALE
« Hieu non son tais que deia aital. afar aconseilhar, ni hieu
eliege * rei ni governador ; mais si vos acordavatz, hieu vos ho
dirai ; e non vos hi acordes pas, si hieu non ho diszia hen. »
Et ilh respondon : « Al ben et al profieg de la terra et al sal-
vamen del pobol nés don Dieus totz acordar. » E Merlins res-
pon : « Hieu ai mot amat aquest règne e totas las gens d'aquest
règne, e si hieu diszia que fezeses de Tun rei, hieu ne faria
ben a creire, e dreitz séria ; mais lo vos es mot bella aventura
avenguda, si vos ho voles conoisser. Lo reis es mortz a la
quinzena de sant Martin, e d'aqui non a gaires tro a Nadal,
e si vos mon conseilh crezes, hieu lo vos don[ar]ai bon e liai,
segon Dieu e segon lo segle. » Et ilh respondon tug asz un
mot: « Digas ben so que tu voiras, que nos 2 t'en creirem. »
Et el dis : « Vos sabetz (que) ben que la festa ven, on lo reis
nasquet que es senher sobre totz los rei [s], governaires de to-
tas las bonas cauzas, e sosteneires de totas causzas, e gover-
naires de totz bens ; et hieu vos soi tengut fz], si vos ho faitz au-
treiar ail pobol cominalmens, si com cascuns ha mestier de
bon governador, que el, per sa piatat e per sa gran bontat. e
per sa gran humilitat, az aquella festa que Nadal es appellâda,
on li pla[c] a na[i]sser, que aissi veramen con el nasquet 3 reis
e senhor de totas bonas causzas, que el az aquel jorn nos
elieja tal home a rei et a senhor, del pobol governar a son
plazer et a sa voluntat far, et aissi veramen con el sap que
mestiers es e que el conois meilhs las gens qu'ilh non si co-
noisson, nos fassa el veramens demonstranssa, az aquel jorn
dejoi, a son plazer et a sa voluntat, en tal maneira quel pobols
veia e conoiscà que per sa elexion sia [col. 2] reise ses ele-
xion d'autre. Et hieu vos die veramen que, si vos ho faitz far
al comun del pobol e vos hi assemblatz aissi los proszom[e]s
e las bonas gens del regisme, hieu vos die que, si vos ho faitz
aissi, vos veires de la elexion de Jhesu Crist significanssa. »
Adoncx respondon tug asz un mot :a Aisso es lo plus bels con-
seilhs el meilheirs que neguns homs, fors Dieu, hi pogues mè-
tre. » Adoncx dieisseron li un als autres : « Acordas vos tug
asz aquest conseilh. » Et ilh respondon tug ensems : a Non es
1 Corr. eliega? — * Ms, non.— 3 La fin du mot est effacée. M. Guillaume a
lu nasque a.
DU ROMAN DE MERLIN 113
homs terrenals que Dieu cresza que acordar non s'i deia. »
Adoncx pregon tug ensems li baron als arsivesques et als
avesques que « ilh al comundel pobol fasson far orassion e pre-
guieiras, e per totas las gleiszas sia comandat que li preveire
fasson, e fasson segurtat li un als autres que nos entenrem lo
comandamen de sancta Gleisza e la significanssa que Dieus
nos en mostrara. » Aissi son tug acordat al conseil de Merlin.
E Merlins pren comiat d'els, et ilh li pregueron, si li platz,
que el hi venga a Nadal, vezer si aisso sera vers qu'el lor ha
ensenhat. E Merlins respon :a Hieu non hi hirai pas, ni no mi
veires pas tro après la elexion. »
Aissi s'en anet Merlins a Blazi, e li dis aquestas causzas,
so que el saup que a venir n'era ; e per aquo qu'el dieis a
Blazi en sabem nos enquara so que nos en sabem. E li pros-
zome del règne e li maystre de sancta Gleisza feiron aquesta
causza pertot saber, et aquesta pre[g]ueira fair[e]; e feiron
saber que tug li proszome del règne venguesson, a Nadal, a
Logres, per vezer la elexion. Aissi fon aquesta causza fâcha e
saubuda et entenduda. Et adoncx atenderon tro a Nadal.
[Vo col. 1] Et Antor { que avia l'enfant 2 noirit vi que el era
bels e grans 3 , ni anc non avia tetat si del lag de sa moilher
oc, e son filh avia alachat deJ lag d'un[a] garsa, et Antor non
sabia gaire quai 4 amava plus, ni ella non l'avia apellat anc si
son filh oc, et aquel ho cujava ben esser sens failha. A la
Totz Sains avenc, denant la Nadal, que Antor fes de son filh(s)
cavalier, et a Nadal venc a Logres, aissi com li autre cavalier
de la terra, et amenet ab se sos do(a)s filhs. La vigila de Na-
dal, foron assemblât tug li clergue e tug li baron de laencon-
trada que ren vallion e del règne, et agron mot ben fag far so
que Merlins lor ac comandat. Et quant ilh foron tug vengut,
si meneron mot simpla vida e mot honesta et -atenderon la
vegilia de la festa, aissi con dreg fon. E foron a la messa de la
* Conjecture. Le mot est illisible ou à peu près. M. Guillaume a lu un
cavalier. Il semble qu'il y ait quelque chose comme tasstor. L'indication de
la lettre qui devait être peinte en tête n'est plus lisible.
* Artus, dont Antor était le père nourricier.
3 Conjecture. M. G. a lu gailhars. Lp mot est effacé On ne distingue
sûrement que le g initial.
* Mb. quel»
H1 TRADUCTION PROVENÇALE
miejanueg, e feiron mot simplament lor orazons e lors pre-
guieiras a Noster Segnor que el lor clones tal home que pro-
fechables fos a la Cristiandat mantener. Aissi foron (pre) 1 à la
premeira messa. Si sen aneron tais n'i ac ha 2 lor ostals, e
tais n'i ac que remasseron al moster. Aissi atenderon la messa
del jorn. E si hi hao motz homes qui dieisseron que mot eron
fol que ilh cujavon e crezion que Noster Senhor messes en-
tension de lor rei elegir. Aissi con ilh parlavon, si avenc que
la messa del jorn sonet, e si aneron tug al servisze 3 . E quant
ilh foron tug ajostat(z) per la messa auzir, si fon avalatz .1.
dels plus savis home[s] de la terra per cantar la messa. Et
enans que el cantes, parlet al pobol, e lor dis : a Vos es aissi
ajostat(z), e deves hi esser per très causzas de vostre profieg,
e hieu las vos dirai : per lo salvamen de vostras armas, e per
la honor de vostras vidas, e per lo meracle vezer e la bella
vertut que Noster Segnor fara entre nos, si li platz. Hieu
[cug ?] en aquest jorn que nos donara rei e captan, per man-
tener saneta Gleisza.e sancta Cristiandat 4 , e per gardar e per
défendre la sustenenssa de tôt l'autre pobol; nos em contrast 5
d'elegir .1. de nos autres, ni nos non em tan savi(s) que saubes-
sem quais séria plus profechans de tôt aquest pobol. Per aquo
que nos no sabem, si devem pregar al rei que es appellatz
Jhesu Crist, noster Salvador, que vera demonstranssa nos en
fassa huei- en aquest jorn, per son plazer e per sa eleccion
mezeissa" aissi veramen con el nasquet al jorn dehuei. Et en
diga cascuns .v. Pater noster, qui mieilhs non sabra dir. »
[Col. 2] Aissi ho feiro o pro
et el anet cant
tat tro a Tavangeli, et
que s'en issiron denant lo mostier, et hi a[via una gran] 6
plassa vueja,*e quant ilh s'en issiron denant lo mostier, si
fon ajornada. Et adoncx viron denant la porta .i. peiron tôt
1 Ces trois lettres, que le copiste a probablement oublié d'exponctuer, ter-
minent une ligne,
2 Ms. ho. — 3 Ms. servisza. — 4 Ms. cristinanclat . — 5 Sic. Corr. con-
trait?
6 Les lettres entre crochets, rétablies par conjecture, sont effacées dans le
ms., comme la seconde moitié des trois lignes précédentes.
DU ROMAN DE MERLIN
115
cairaft], e non saubron anc conoisser de quai peira el fos*; e
dieisseron que el era de marme. E sobre aquel peiro avia en
mieg loc .1. encluge de ferre, largament d'un pe d'aut, eper
mei aquella encluge, una espaza ferida tro al peiron. E quant
aquilh ho viron que premier yssiron del mostier, si agron mot
gran meravilha, e vengron areire enlo mostier, si o dieisseron*.
E quant lo proszom(e) que cantava la messa ho auzit, que era
arsivesques de Logres, prezet Taïga benezecha els autres san-
tiaris de la gleisza, si venc la tôt denant el, e tug li altre cler-
gue après si vengron al peiron, e totz lo pobols, e Tesgarderon
e viron respasza,e dieisseron de Noster Senhor so qu'ilh cuje-
ron que mais valgues, e giteron desos 8 de Taïga benezecha.
Et adoncx si b[a]isset Tarsivesques e vi las letras d'azur que
eron en Tespasza ; si las legi, e dieiss(i)on aquestas letras que
aquel que ostaria aquella espasza ni que tais séria qued'aquela
p[art] la poiria moure ni treire, séria reis de la terra per la
eleccion de Jhesu Crist. »
Quant el 3 ac legidas las letras d'una part e d'autra \ si ho
dis al pobol. Adoncx fon lo peirons bailhatz a gardar a .x.
proszomes et ,v. clergues e a .v. laicx. Et adoncx dieisseron
que gran significanssa lur avia Jhesu Cristz fâcha. Si s'en tor-
neron al mostier per dir la messa e rendre grassias e merces
a Noster Senhor, e canteron Te Deum laudamus. E quant lo
proszom fon vengut[z] a Tautar, si se tornet deves lo pobol e
dis: « Belssenhors, aras podes saber e vezer et entendre que
calque .1. de vos hi a que es bons, can per nostra 5 preguieira
e per nostras orasions a 6 faig Nostre Senhor aital demos-
transsa. Et hieu vos prec e requère, e coman, sobre totas las
vertutz que Dieus, Noster Senhor, ha establida[s]
C. C.
1 Ms. quai cl(?) peire en foss (ou fors?) — 2 Sic. Corr. desus? — 3 Ms. ilh.
— 4 Ms. autre. — 3 Ms. nostre.— 6 Ms. ai. Corr. ai[a]1
{A suivre.)
Dialectes Modernes
GLOSSAIRE DES COMPARAISONS POPULAIRES
DU NARBONNAIS ET DU CARCASSEZ
{Suite)
Gagna. — Gagna d'argent coumo un pourcatiè. — Gagna dal
pèd coumo un amoulaire. — Gagna lou large coumo un
malfaitous.
Gai. — Gai coumo un Gascou ; — coumo un pèis dins Taigo ;
— coumo un perdigal ; — coumo un aucèl desgabiat ; —
coumo un pinsard ; — coumo uno cuculhado ; — coumo
uno lauseto à l'albo. — Gai coumo un chot que ba crouca
*no mirgo ; — coumo un foc de St-Jean ; — coumo un beire
de bi blanc ; — coumo lou champagno ; — coumo un allé-
luia. — Gaiet coumo un orne entre dous bis. — Gai ou
galoi coumo un dindin de campano.
Galaupa. — Gaulaupa coumo un escabot de diables. — Ga-
laupa as quatre-pèds-junts coumo un gat escaudat. —
Galaupa coumo uno eguetado.
Galounat. — Galounat coumo un marquis de Gascougno.
Gand. — Souple. . . dous. . . aisit coumo un gand.
SE dits :
Acô ba coumo un gant à la ma.
Ganida. — Ganida coumo un cagnot darriè un pourtanèl bar-
rat.
Garea. — Garda quicon coumo uno bièlho relico ;— coumo
un cors-sant. — Se garda de fa 'cô coumo de c. . . al lèit.
Garnit. — Garnit coumo un ram de Semano santo ; — coumo
uno capèlo; — coumo un auta; — coumo Tarcho de Noué;
— coumo uno milgrano.
Gat. — Fi et groumand coumo un gat. — Rebelhat coumo un
gat qu'on sàno ou que beu de binagre. — Cal qu'i passe
coumo un gat per la braso. — Amourouso coumo uno
gato.
COMPARAISONS POPULAIRES 117
se dits:
La gato fa pas toujour miau.
— Aro sion pla s'afasio 'n gat,
Sus un gros cambajou quilhat.
Gaugno. — Abé la gaugno fresco coumo un catèt de quinze
ans.
Gausat. — Gausat coumo un coupaire de boursos ; — coumo
uno pensiounario de bourdèl.
Gautos. — Un parel de gautos coumo un troumpetaire ; —
coumo d'e3caufo-lèits ; — coumo dous pas al palhassou ;
— coumo dos boutos de porc couflos à peta. — De gautos
frescos coumo uno poumo roso ; — roujos coumo de tou-
matat ; — rafidos coumo un bièl pargam.
PEU TRUFARIÈ:
De gautos moufudos ou espoumpados coumo de tampos
d'armanat ou d'alfabet, ou coumo los d'uno fedo.
Gautut ou galhoupard coumo lou dius das ouires ; — coumo
un tioul de paure ou las pernos d'un paure ome.
Gazetiès. — Cal dits bi, cal dits ba coume lous gazetiès, que
soun pagats per dire de messourgos.
Gemi. — Gemi coumo uno gato- prens.
Generous. — Generous coumo un prince.
PER TRUFARIÈ:
* Generous coumo un cago-racet.
Gesticula. —Gesticula coumo unaboucat qu'a perdut lou fiai;
— coumo un quèque embèstiat.
Gingoula. — Gingoula coumo louscadèls abant d'èstre batuts.
Glati. — Glati de las dents coumo un cardaire.
Glissa. — Glissa coumo uno andialo ; — coumo uno barro sa-
bounado; — coumo uno letro à la posto; — coumo un
sant bès lou Paradis.
Glourious.— Glourious coumo un pabou ; — coumo uno nobio
* que ben de carga Tanel ; — coumo un pet ; — coumo s'èro
sourtit de la cougo dal rei ou de la quèisso de Jupiter.
se dits:
Quand ben la glôrio
11S
COMPARAISONS POPULAIRES
S'en ba la memôrio.
Gnaprad. — Gnafrad ooumo un bièl beteran de la premièro
republico.
Gnarrous. — Gnarrous coumo uno bruto-bèstio. — Gnar-
rouses ou gnarruts coumo dous dogouls atissats.
Gnio-gnac. — Estre en gnic-gnac coumo dous pouls.
Gorjo — La gorjo i fumo coumo uno carbounièro. — Gorjo-
badat coumo un pouts.
Gorp.— Bestit de dol coumo un gorp ou nègre coumoungorp.
— Manja de car coumo un gorp. — Bièl e dur coumo lou
gorp qu'èro dins l'areho, s'es pas mort.
se dits :
Gorps amé gorps, se crèboun pas lous èls.
Goubiat. — Goubiat coumo uno bièlho cournudo.
Goulut. — Goulut coumo un cabeire.
Gounflejat. — Gounflejat coumo unobèlo debarco.
Gourdilha. — Se gourdilha coumo de gousses fols.
Gourgoulha. — Loubentre i gourgoulho coumo lous tirous.
se dits:
Un cop dal jour las tripos gourgoulhoun.
Gourgouta. — Gourgouta coumo un pairoulat de cairado ; —
coumo la caus quand s'atudo.
Gourrineja. — Gourrineja coumo l'aigueto trabaSo per l'èrbo
flourido ; — coumo un porc, en parlant per respect.
Gous. — Fidèl . .fegnant coumo un gous. — Ana à pèd descaus
coumo un gous.
se dits:
Es coumo lou gous.d'Ourtala:
Bol pas faire ni daissafa.
— Per manja lèbre, cal senti loufo de gous.
— Gous pigre a pas jamai rouzegat boun os.
Goutièro. — A toujour soun nas coumo uno goutièro.
Gra. — Es coumo un gra de mil dins la gulo d'un ase.
Gracious. — Gracious coumo un jour de fèsto; — coumo lou
mes de mai.
COMPARAISONS POPULAIRES 119
PER TRUFARIÈ:
Gracious coumo uno porto de jaulo; — coumo un gous
que se bei prene l'os que rouzègo ; — coumo un mourre
de porc ; — coumo un fais d'espignos.
Grafigna. — Grafigna coumo uno gato en coulèro. — Grafi-
gnat ou mal escrit coumo uno ourdounanço de medeci.
Granat. — Granat coumo de sal ; — coumo d'ordi.
Granilhat. — Granilhat coumo de car trichinado ; — coumo
de patos d'un bièl poulet.
Grand (naut). — Grand coumo un gigant; — uno caisso de
pandulo; — uno furgo ; — uû piboul d'Italio ; — un tam-
bour-major ; — un despenjo-figos. — Grand coumo paire
et maire.
se dits :
Fa pas grand diable que nou trobe soun Sant-Miquel.
— Dins un cos grand, pla raromen,
Sagesso fa soun lotjomen.
— Acô 's lous petits coumo de botos de gendarmo qu'an
fait aquelo reflecciu.
Grand (espacious). — Grand coumo la mar; — coumo lou
mounde ; — coumo l'eternitat; — coumo uno caserno ; —
, coumo un basacle ; — coumo uno coundoumino.
Grano. — Creisse ou creissi coumo la michanto grano.
Grapaud. — Cargat d'argent coumo un grapaud de plumos ; —
d'èls rouges coumo un grapaud ; — couflat coumo un gra-
paud ; — bouès de grapaud.
Gras. — Gras coumo un mounge ; — coumo un coucut ; —
coumo un bèco-figo ; — coumo un meiou ; — coumo un
lard ;— coumo uno talpo ; — coumo un taissou ; — coumo
un porc ; — coumo un budèl de dèume ; — coumo l'anquiè
d'un tais.
PER TRUFARIÈ !
Gras coumo uno grilho ; — coumo un clabèl d'un sou ; —
coumo un rastèl; — coumo uno penche ; — coumo un
estèlou coumo uno langousto de rastoul ; — coumo
un pigassou amoulat de fresc.
120
COMPARAISONS POPULAIRES
Grata. — Grata coumorat en caisso. — Grata-papiè coumo
un noutari. — Grata-tèrme coumo an gous qu'on foueto.
— Grata-pinedo coumo se Ton abio un gous fol à las
troussos.
Grèc. — Traite coumo un Grèc. — Filoutejaire coumo un
Grèc.
sb dits:
• Parla coumo lous Grècs amé lous pots, e coumo lous
Roumans amé lou cor.
Grellat. — Grellat ou paure coumo Job. — Grellat de pi-
coto coumo un dedal ; — coumo uno escumadouiro ; —
coumo uno poumo d'azagadou ; — coumo uno tourièro
ou padeno-castagnèro.
Grello. — Michant coumo la grello. — Toumba drut coumo
la grello sus paures.
Griboulho. — Fa coumo Griboulho, que se jitèt dins l'aigo
per fugi la plèjo.
Grifos. — A de grifos coumo un arpiu; — coumo un falquet;
— coumo un gat.
Grifouneja ou escribassa coumo un noutari : d'escrituro de
mièch pam de loung.
Grilha. — Se grilha coumo uno pèl de merlusso ; — coumo
uno carbounado.
Grimaça ou grimaceja coumo un singe.
Grimpa. — Grimpa coumo un gat-faï ; — coumo un gabro ; —
coumo un esquirol ; — coumo un singe.
Gris. — Gris coumo un rat; — coumo uno paret ; — coumo un
courdeliè; — coumo uno cougo de fialado ; — coumo lou
mes de febriè. — Gris (ibrougno) coumo unPoulounés.
Griula. — Griula coumo un gat qu'a la guèlo ; — coumo un
courliu ;— coumo un balandran de pouts; — coumo uno
girouleto roubilhado ; — coumo uno rodo de carri mal
ensabinado.
Gros. — G,ros coumo un ase; — coumo un pipot ; — coumo
uno tressairolo ; — coumo uno tambouro. — coumo uno
balo de minot ; — Fiai gros coumo de ficèlo. — Gagna
gros coumo lou bras.
COMPARAISONS POPULAIRES 121
se dits:
Dins lous grosses gourgs, lous grosses peisses.
Groumand. — Groumand coumo uno mito ; — coumo un calel
sans oli.
se dits :
La groumandiso n'enterro
• Pla mai que lou sabre en guerro.
— Sus la terro Ta fosso gens
Que fan soun clot amé las dents.
Groussié. — Groussiè coumo de pa d'ordi ; — coumo de lano
de porc ; — coumo une cordo d'esparrou ; — coumo de
pel de crabo.
Guerro. — Toujour en guerro coumo la goussariè e la ga-
tagno.
Guimba. — Guimba coumo un esquirol ; — coumo un crabit
sus Terbo ; — coumo lous escoulans en bacanços.
Guingoi.— Marcha de guingoi coumo un derrentat.
Gula ou brama coumo un ase ; — coumo un loup.
Gulard. — Gulard coumo uno gribo ; — coumo uno autru-
cho.
Gulo-badanto coumo uno escarpo que se nègo.
Gus. — Gus coumo un pintre ; — coumo un rat de gieiso.
Ibèr. — Mena Tibèr coumo Sant-Marti. — Sang-glaçat coumo
Tibèr. — Triste coumo Tibèr.
Ibrougno. — Ibrougno coumo un Poulounés; — coumo un
Souisso ; — coumo un sapur ; — coumo uno soupo ; —
coumo un tourge ; — coumo trento-sieis milo ornes.
se dits :
A 'n feble per la fiolo coumo Tibrougno.
— L'ibrougno s'endourmits coumo un tessou.
— Injurio de bi, s'oublido.
Ignoura. — Ignoura quaucun coumo un bièl deute.
Impalpable. — Impalpable coumo Taire.
Impourtun. — Impourfcun coumo un creanciè; — coumo las
cidoulos.
9
122 COMPARAISONS POPULAIRES
Imprudent. — Imprudent coumo Tameliè ; — coumo la jou-
bentut.
Inabitable. — Inabitable coumo un oustal desteulissat.
Inatendut. — Inatendut coumo la mort.
Inbesible. — Imbesible coumo Dius sus terro.
se dits d'un ibrougno:
A bits Nostre-Segne pel dousil.
Inbbandable. — Inbrandable coumo un cairou.
Incoumode. — Incoumode coumo la gouto que l'ase la f . . .
Incoustent. — Incoustent coumo lou parpalhol coumo lou
temps.
Industrious — Industrious coumo l'abelho ; — coumo lou
castor.
Inebitable. — Inebitable coumo la mort.
Influent. — Influent coumo un coufessou de rèino.
Ignourent. — Ignourent coumo un toupi. — Ignourent à se
saupre pas signa.
se dits :
D'èstre ignourent d'uno besougno
Qu'es pas la bostro, es pas bergougno.
înoucent. — Inoucent coumo l'agnèl qu'es encaro dins lou
bentre de sa maire ; — cotfmo l'enfant que teto, ou qu'es
à la bourrasso, ou que soujrtits de la cauquilho.
PER TRUFÀRIÈ :
Inoucent coumo un diable de quatre ans.
Impalpable. — Impalpable coumo l'aire ; — coumo la pen-
sado.
Insoulent. — Insoulent coumo un bailet de bourrèu ;— coumo
bièl marquis sans gredo; — coumo uno poutencio; —
coumo uno porto de prisou ; — coumo uno porto-cou-
chèro.
PER TRUPARIÈ:
Intelligent. — Intelligent coumo uno souco ; — coumo uno
banco.
Interdit. — Interdit coumo un budèl abandounat.
Iôu. — Blancjcoumo un iôu. — Poulit . . . , lis, . . , estanc coumo
un iôu. — Pie ou claufit coumo un iôu.
COMPARAISONS POPULAIRES
123
se dits:
Es fait coumo quatre iôus (michanto gracio).
— D'iôu cougat, aucèl pudent.
— Un iôu n'es re;
Dous fan grand be ;
Très es fa fèsto ;
Quatre, un de rèsto ;
Cinq, al pus fort
Dounoun la mort.
Jalat. — Jalat coumo uno canilho ; — coumo un mourre de
gous ; — coumo un nas de gabach ; — coumo un ginoul
de bièlho ; — coumo un tioul de gat; - coumo un aguiè;
— coumo un crouch ou tanoc de caulet; — coumo un
quèr ; — coumo un pal-fer ; — coumo de tor ; — coumo
uno pèiro de talho.
Jalous. — Jalous coumo uno pantèro ; — coumo uno mouno;
— coumo un gus de sa biasso ; — coumo un gous ; —
coumo unbièl rouard qu'a prés joube dono.
Jaune. — Jaune coumo de. safra; — coumo uno bresco; —
coumo un citroun ou limouno ; — coumo un coudoun ; —
coumo de ciro ; — coumo un canari ; — coumo un arenc ;
— coumo un fouissoulou ; *— coumo un pèd de capou ou
d'auqueto. — Jaune e sec coumo un bièl pargam. — Jau-
nit coumo las fèlhosd'un bièl libre.— Jaunastre coumo de
palho de mil; — coumo de flour d'esquilhou.
Jaupa. — Jaupa de lèng coumo lou gous d'un paure orne, ou
coumo lous gousses magres, ou coumo un gous de bôrio.
se dits:
Gous que jaupo, mourdits pas.
— Quicon Ta quand lou gous jaupo.
Jauta. — Se jauta de quicon coumo d'uno pipo de tabat. —
Se jauta d'acô coumo de Tan cranto ; — coumo d'un es-
coupit ; — coumo d'un biètaze boulit ; — coumo das pre-
mièris souliès qu'on se carguèt.
Jimbla ou fibla coumo un bim ; — coumo uno lio.
Jiscla. — Jiscla coumo un fol; — coumo un perdut.
1?4
COMPARAISONS POPULAIRES
Jitat. — Jitat en-la coumo uno bièlho groulho ; — coumo un
croustet de pa mousit ; — coumo un paquet de rougnos
ou bourdufalhos.
Joube. — Joube coumo l'Amour; — coumo l'aigo d'un nais-
sent. — Joube e bèl coumo la noubèloluno.
Jouga. — Jouga dal pifre coumo un abugle. — Jouga d'un es-
turmen coumo uno saumo d'uno clarineto à tretse claus;
— de l'arpo coumo Dàbid (filouta). — Jouga de las quilhos
coumo un lebriè (courre bentre à terro).
Jouious. — Jouious coumo r alléluia de Pascos; — coumo un
jour d'espousalhos ; — coumo la lauseto que canto dins
lou cèl ; — coumo l'ase qu'estreno lou bast.
se dits:
Joio al cor fa bèl bisatge.
Jousiou. — Riche aimable coumo un jusiou. — Fa 'no
mino ou caro de jusiou.
PER TRUPARIÈ:
Amistous coumo un jusiou per lou qu'a pas de gatges.
Juntat. — Juntat coumo uno pantouflo nobo. — Juntats do us
per dous coumo lous galerièns.
Jura. — Jura coumo un Turc ; — coumo un enratjat; — coumo
un carretiè ; — coumo un Ecoussés ; — coumo un uga-
naut; — coumo un perdut.
Just. — Just coumo un trabuehet; — coumo un papiè de mu-
sico; — coumo lou det à l'anèl ou al t. . .
PER TRUPARlè:
Jutja. — Jutja pla d'uno causo coumo l'abugle de las coulous.
A. Mir.
{A suivre.)
ÉTUDE DE MŒURS PROVENÇALES
PAR LES PROVERBES ET DICTONS
Dédiée à M. A. Roque-Ferrier
PROUVERBI E REFRIN
LI JOIO
Li Sautaire. — Li Luchaire
I
Aquest-an, noste drôle se rejouis.
« Cette année, notre jeune fils entre dans la confrérie de
la jeunesse. »
Es countènt coume se proumenavo lijoio, ou sembla fier
coume aquèu que porto li joio.
L'heure approche:
Van proumena lijoio.
« Ils sont deux. Un enfant tout ravi les précède
Et marche à pas comptés, fier de porter sans aide
Un bâton que couronne un cercle horizontal
Où l'on a suspendu des choses en métal,
Montre et couvert, et puis des écharpes de soie,
Le prix des jeux, ces prix qu'on appelle « les joies »,
Parmi lesquels souvent reluit, fort engageant,
Un saucisson à l'ail dans son papier d'argent.
Et Ton entend alors
Décroître à travers champs la charmante dispute
Du tambourin qu'on sait l'amoureux de la flûte. »
(Poèmes de Provence, par J. Aicard.)
Sies bèn pressa? S emblo que vas courre li joio.
Comme tu es pressé ! On dirait que tu vas concourir pour le
prix de la fête.
Es que li proumié an li joio.
C ? est que les premiers obtiennent le prix. — Les premiers
sont les mieux placés. — Par contre,
Li darniê ri an pas li joio,
Les derniers venus sont mal partagés.
126
ETUDE
II
On va commencer les sauts, rangez-vous; faites place, car
Pèr bèn sauta
Fau requiéula.
« Il faut reculer pour mieux sauter. »
Les Anglais disent: Celui qui ne regarde pas avant de sau-
ter tombera avant d'avoir le temps de songer à lui.
Aussi disons-nous :
Quau vôu bèn sauta prengue bèn courso,
« Celui qui veut bien sauter doit reculer assez pour bien
prendre son élan. » Cependant « Tel qui prend bien son élan
n'arrive pas toujours »:
Tau prènd bèn courso
Que resto court.
Sauto, migau.
Se tu noun sautes, iéu tant pàu.
Sautenà ped-couguet.
« On va sauter à cloche-pied », c'est- à-dire en se tenant
sur une seule jambe. — Mais on est vite fatigué à ce jeu-là,
et on ne va pas longtemps; ce qui fait dire :
A ped-couquet se fat pas grand-journado.
« Sur un seul pied, on ne fait une grande journée. » (On ne
va pas loin.)
Puisqu'il en est ainsi :
Fau sauta d'à ped joun,
«11 faut sauter à pieds joints » et faire un seul saut de plain
pied en largeur.
An! zôu! daut
I très saut !
« Allons! courage! vite aux trois sauts! »
Après avoir pris élan, sauter trois fois en longueur sur un
seul pied. On a vu des sauteurs franchir ainsi une distance de
14 et 15 mètres.
Aquéu a gagna lis escarsoun.
Le vainqueur aux trois sauts gagne ordinairement une
paire de caleçons courts, ornés de passementeries d'or et d'ar-
gent,
DE MŒURS PROVENÇALES 127
On a vu des sauteurs habiles paraître dans l'arène portant
des caleçons garnis « d'esquierlo » , de petites clochettes ou de
grelots, prix de leur habileté sans égale dans cet exercice.
Ou bien : A gagna la chèrpo.
« Il a gagné l'écharpe.»
Le prix de la course ou du saut* était une riche pièce
d'étoffe, le palio des Italiens. On donne encore au vainqueur
des jeux une écharpe de soie à franges d'or.
Pour remercier l'assemblée et par galanterie, l'heureux vain-
queur
Fasié lou saut di damo,
« Faisait le saut en l'honneur des dames. »
Celui qui a dépassé la distance parcourue par ses con-
currents exécute immédiatement un saut, soit le « saut supé-
rieur » ou «subre-saut »,le sopra-salto des Italiens, le somerset
des Anglais, soit
Lou saut don dam.
Saut léger, « saut de daim. »
On dit : Aco 's lou saut dôu dam.
C'est par-dessus le marché.
III
Alors tôuti lijouvèn sautarelejon e cambarelejon coume li dia-
ble-à-quatre en fasèn lis uni de saut de Basquo.
« La danse des Basques, dit Pierre de Lancre, n'est point
la danse reposée et grave, ainsi découpée et turbulente ; celle
qui plus leur tourmente et agite le corps, et la plus pénible
leur semble la plus noble et la plus séante. » Les autres, ainsi
que des malades échappés,
Fan un saut sus l'èrbo, ou : lou saut dôu bacèu, autramen dit:
lou sau de Fescarpo.
D'autri fan la rodo f en virouiant li cambo en Ver e U man au
sou. Pièi touti à la longuo d'Arle, en fasen lou saut dbu Turc>
le jeu du coupe-tête, à saute-mouton, et cridant :
Vase fiche lou damé.
« Le diable emporte celui qui est le dernier à la course. »
Coume li cabro s'en van au bout
m
ETUDE
Es pas lou tout de courre,
Fau arriba à l'ouire.
E li vaqui sautan sus l'outre boudenfla.
0 coumo se dis : Sauta sus lou bouc (ou bàchi)
« Et les voilà sautant sur l'outre », uter unctus : peau de
bouc graissée à l'extérieur et gonflée d'air.
Les Romains l'appelaient cernulta.
IV
Mais écoutez :
Escouta ço que dis lou tambour dou routnavage.
« Ecoutez ce que dit le tambour du roumavage. » (Fête de
pèlerinage.)
Le rythme produit semble dire :
Quau voudra lucha
Que se presènte ;
Quau voudra lucha
Que vôugue au prad.
Qui voudra lutter, qu'il se présente; qui voudra lutter, qu'il
vienne au pré.
Moussu l'abat de la joumesso fai assaupre que la lucho vai
acoumença: Quau voudra rintra, que sorte!
C'est-à-dire : Qui veut entrer en lice doit sortir des rangs de
la foule.
J'ai entendu, il y a une trentaine d'années, le tambour d'un
village, remplissant l'office du héraut antique, annoncer de
cette façon à la foule assemblée autour du rond que les luttes
allaient commencer .
Lucho n'es pas batèsto. Estrassamen de viando es défendu l
Sachez que « lutte n'est pas batterie. » Déchirement de chair
est défendu. »
Luen es lucho
D'espelucho.
1 Manière de jeu champêtre eu usage chez les paysans de l'Attique, le se-
cond jour des ascolia ou fêtes de Bacchus. *
Ce jeu s'est conservé. On saute sur le bouc dans presque toutes les fêtes de
village. Pour obtenir le prix, il faut se maintenir en équilibre sur l'outre le
temps de frapper trois fois des mains.
DE MŒURS PROVENÇALES 189
« Il y a loin de lutte à déchirure. »
Ce sont des principes de lutteurs, qu'ils se rappellent mu-
tuellement en se donnant une poignée de main.
La lutte provençale diffère peu de la lutte grecque, un des
jeux de la palestre. — Les deul combattants y cherchaient à
se renverser l'un l'autre à terre par toute espèce d'efforts
physiques, excepté les coups, qui étaient défendus ; il leur était
même permis d'employer toutes les ruses que pouvait imaginer
leur malice. On n'attachait pas moins, dans la lutte, une ex-
trême importance à la grâce, à l'élégance des attitudes et des
mouvements.
Nous avons comme les Grecs deux espèces de lutte : la lutte
debout, — lucho dis orne, « lutte des hommes », dans laquelle
les adversaires peuvent se saisir de la tête à la ceinture ; et
la lucho libro ou lucho de miéchome, « lutte libre ou lutte des
demi-hommes », pour les enfants et les jeunes gens, où tout
est permis excepté les coups. Il y en a bien une troisième,
qu'on appelle, comme dans l'antiquité, lutto à terro ; mais elle
n'est pas en faveur. Cette lutte continuait à terre après que
l'un des combattants ou tous les deux étaient tombés.
Il y a cette différence dans tous les genres, que, chez les
Grecs, la lutte se terminait lorsque l'un des deux lutteurs, ne
pouvant parvenir à se relever, s'avouait vaincu ; et que, dans
nos usages,^le vaincu est celui qui en tombant sur le dos touche
des deux épaules à la fois.
V
Et maintenant :
Quau vôu lucha quitte la vèsto.
« Celui qui veut lutter, qu'il mette bas la veste. » Qu'il s'ap-
prête ; un champion digne de lui l'attend !
En gèns de toun bras
Fai toun pèrcas.
« A gens de ta force fais ta mesure. »
Jeune lutteur, souviens-toi des maximes de nos anciens
Dieu saup ounte es la forço.
« Dieu donne à chacun un travail digne de lui. »
130 ETUDE
Quau noun sara proun fort, siègue proun fin
« Si tu n'es pas assez fort, sois adroit. »
Vau mai adresso que forço.
« L'àdresse surpasse la force. »
Vau mai un pichot desgourdi
Qu'un grand tout esbalausi.
Pèire es grand, mai Tôni lou lùcho.
C'est-à-dire : courage I un petit homme vif et alerte vient à
bout d'un grand déhanché.
Exemple : « Pierre est grand, mais le petit Antoine le ren-
verse. »
Quau tèn fai pèr dous.
« Tiens bien ton homme. »
A bonis espalo t cargo noun peso.
« La charge ne fais pas fléchir l'homme aux bonnes épau-
les. »
Fort quau toumbo, mai plus fort quau s'aubouro.
« Fort est celui qui renverse, mais plus fort est celui qui se
relève. »
S'il est plus adroit et s'il n'a pas touché:
Luchaire amarinous
A lou vèire i' a de goust.
c II y a plaisir à voir un lutteur souple. »
Quau trop s'arredis petof
« Qui ne sait pas ménager ses forces succombe ! »
VI
An! daut e doli!
« Allons-y gaiement. »
Li luchtàre se prenon à la tasto, coume lis ami e coume H me-
loun.
« Les lutteurs s'observent, se tâtent avant l'attaque. »
(On ne doit pas se livrer sans connaître son ami ou son ad-
versaire ; de même qu'on n'achète un melon qu'après l'avoir
goûté.) Ils pourront alors employer divers stratagèmes, selon
la taille, la force ou la souplesse de celui qui leur est opposé.
ê
DE MŒURS PROVENÇALES 131
Voici les plus connus :
Prendre à la brasseto.
« Prendre à bras-le-corps. »
Enlacer le buste de l'adversaire et faire fléchir ses reins en
arrière, afin qu'il tombe sur les deux omoplates.
Auboura enpes.
« Soulever de tout son poids. »
Saisir l'homme par les flancs ou sous les aisselles, le sou-
lever et le renverser sur le dos.
Faire lou tour de tèsto.
« Faire le tour ou le coup de la tête. » »
Ce coup se fait en tournant vivement le dos au lutteur ad-
verse et le saisissant par le cou ; puis, par un mouvement très-
prompt des bras et des reins, on le force à quitter terre, la
tête reste 'comme centre à l'épaule de l'attaquant, pendant
que les pieds décrivent un grand cercle dans l'espace. Ce cer-
cle décrit, le vaincu se trouve couché sur le dos aux pieds de
son vainqueur.
Faire lou tour dôu bras.
« Faire le coup du bras. »
Ce coup ressemble au tour de la tête. Seulement, au lieu de
prendre la tête de l'homme, on le saisit par le bras en passant
sous son aisselle. On lui fait accomplir par les mêmes moyens
une culbute complète, qui l'amène les deux épaules à terre.
Faire lou cop d'ànco, o lou tour de Vanco.
« Donner le coup de hanche. »
Saisir le lutteur par le cou ou par le torse, le placer sur la
hanche droite et le renverser.
Lou tour de laelàu.
Qui consiste à saisir son adversaire à deux mains et par la
nuque.
Lou tour de fartèu. '
a Le coup de l'orteil. »
Lequel consiste, je crois, à peser du pied sur celui de son
partner, à le fixer, pour ainsi dire au sol, tandis qu'on attaque
fortement la partie supérieure du corps de l'homme. Ce tour,
comme lou tour dôu Bàsco, croc -en-jambe, ou Faire la cam-
132
ETUDE
beto f est mis au titre des malices qui ne sont pas admises dans
la lutte des hommes, mais seulement dans la lutte libre.
Les Basques sont très -habiles à faire ce croc-en-jambe, en
portant rapidement un pied sur le jarret d'un adversaire à
qui ils appliquent en même temps un coup dans l'estomac,
ce qui le jétte aussitôt à la renverse.
En Provence, dans la lutte libre, le croc -en-jambe est per-
mis, mais non le coup dans l'estomac.
VII
Que signifient les cris qui semblent provenir d'un des
rayons du rond?
Proumena! Proumenaf
a Promenez ! Promenez ! » — Changez de place !
Cette sorte d'invitation à ne pas rester à la même place
s'adresse aux porteurs des joies, au tambour et au fifre, et
aussi quelquefois aux anciens lutteurs qui, placés en vertu de
leurs prérogatives dans ^intérieur du rond, en suivant les
péripéties de Ja lutte, gênent quelque peu les simples specta-
teurs.
11 arrive parfois, l'invitation de circuler restant sans ré-
ponse, qu'une pluie de mottes de gazon vient, en manière d'ar-
gument nouveau, appuyer la demande des intéressés et amène
immédiatement le résultat demandé.
VIII
Les lutteurs ont pris un moment de repos, et amicalement
turta lou go, trinqué ensemble : l'un a avalé le contenu du
verre, l'autre n'a fait que se rincer la bouche avec quelques
gouttes d'un vin généreux, — remplacé aujourd'hui, hélas !
par l'affreuse et envahissante boisson germanique, la bière.
Les spectateurs échangent leurs impressions, discutent sur
le mérite ou le défaut des lutteurs.
Aco 's un orne double.
« Celui-ci, c'est un homme double », parce qu'il est doué
d'une puissante musculature. — Le vulgaire croit que cer-
tains hommes très-forts ont un double jeu de tendons.
DE MOEURS PROVENÇALES 133
A de bras coume oVessiéu de carreto.
« II a des bras de fer, très-forts, très-vigoureux, »
Et d'un autre plus faible :
Saup pas se leva de dessouto.
« Il est accablé ; il ne peut pas se décharger. »
N'a g es d'enavans.
« Il est sans énergie. »
On rappelle les noms des lutteurs d'autre temps.
Te souvènes. . . (te souviens-t-il) de Fabi oYEntraiguo, de Ra-
bassoun, de Titoun, de Kiquino, dou Pastre, de Pàto, dôu Ter-
raie, dou Courtaud, e de Meissoume, que pourtavo sa carreto
quand li miàu vouien pas tira ?
Et combien d'autres !!!...
IX
Cependant la lutte a recommencé. Un* des lutteurs a été
renversé par un coup douteux ou déloyal :
A pas touca! «
« 11 n'a pas touché )>,s'écrie-t-on de toutes parts.
Ou : A touca que d'uno espalo.
« Il n'a touché que d'une épaule. »
La lutte est à recommencer. Il n'est vaincu qu'à moitié.
Fôro lou round!
« Hors le cirque ! »
Ce cri se fait entendre lorsqu'on voit un lutteur brutal ou
un incapable. C'est dire: Chassez-le, il est indigne de lutter
en public,
Dans le cas actuel, tout s'est passé suivant les règles. L'un
des deux lutteurs a été déjà renversé deux fois sans avoir été
déclaré vaincu ; il persiste à vouloir continuer le combat.
L'abattu veut toujours continuer :
Lou toumba
Vôu toujour lucha.
Ainsi Péricïès, renversé par Thucydide à la lutte, prouvait
aux spectateurs que c'était lui qui avait terrassé Thucydide.
A ires fes wun lucho..
134
ETUDE
Trois chutes finissent la lutte, lui dit-on.
Très cop fan lucho. Tertia salvet.
Il est d'usage que, lorsqu'un adversaire a été renversé trois
fois sans toucher cependant, mais que la force de l'autre lut-
teur est reconnue bien supérieure à la sienne, il est considéré
comme vaincu.
A la dernière passe, le plus faible, ou le moins adroit, est
définitivement lucha. Ses deux épaules sont marquées; elles
portent l'empreinte de l'arène, c'est concluant.
A touca! A bèn toucaf
a II a touché complètement. »
Le fifre et le tambour jouent l'air de la victoire.
Se n'en toumbo très!
« S'il tombe trois hommes »,
A gagna li jpio.
Il reçoit le prix de sa vaillance. C'est ici une bourse conte-
nant 30 ou 50 écus; là, c'est un bœuf vivant, ailleurs un che-
val, etc., etc.
X *
Mais le jour fait place à la nuit. Le soleil a baissé. Les an-
ciens du village s'en vont philosophant. Eux aussi, jadis, ils
pratiquaient le salutaire exercice de la lutte ; plusieurs même
ont brillé dans le rond, dont témoignent encore les tasso d'ar-
gent, lis chèrpo e lis escarsoun, coupes d'argent, écharpes bro-
dées et caleçons d'honneur. Précieux trophées qui attestent
leur vigueur passée.
Maislnoun fa tant fort, que noun trove soun mèstre !
« Il n'y a pas de lutteur, si fort soit-il, qui n'ait trouvé son
maître. »
La vieillesse est venue, traînant avec elle son cortège d'in-
firmités ; ils luttent encore, mais cette fois sans espoir de
vaincre, car:
Res de proun fort
Pèr lucha contro la mort.
a II n'est homme assez fort pour lutter contre la mort. »
On ne peut pas la fuir :
DE MŒURS PROVENÇALES
1S5
Noun i' a tan fort
Que posque fugi la mort.
Es pas de dire, coume Meùsounié: 0 Mort I s' ères un orne!
C'est en vain qu'apostrophant la mort, on peut lui dire
comme le fameux lutteur avignonnais Meissonnier. — Victime
de son dévouement, il mourut des suites d'un refroidissement
contracté en sauvant une petite fille qui s'était laissée choir
dans un fossé rempli d'eau. — A l'instant suprême, face à
face avec la mort, il s'écriait, comme vers elle, tendant ses
bras formidables : 0 Mort! s'ères un orne! 0 mort! si tu
étais un homme, je ne succomberais pas dans cette lutte.
Jean Brunet.
Avignon, 20 février 1882.
I
A LAS TRES-N0U1RIÇ0S
DEDICAT A i/AMIC CHARLES GERMAN
« Testes tuanim Parisii artium,
Testisque Narbo Martius atque Atax,
Et dite Lugdunum, pénates
.Sunt tibi ubi placido eque sedes. »
(S. Macrin, Odarum libri vi .
Lugd., Seb. Gryphius, 1537.)
Salut! En remirant vostro caro poutouno,
* Vôli fa re-ped vès quinze cent trento-dous.
Em joub8 Francés prumiè. Un maiti clar e dous,
Alcoufribas Naziè landrejo per Narbouno.
Rabelais, qu'es vengut vese Jan del Bêlai,
L'abesque, e puei Macrin, soun letrut secretàri,
Rodo darrè Sant-Paul, en sourtint d'un vielh barri ;
Agacho las mouliès e 's oustals, — tout i plai.
AUX TROIS-NOURRICES
DÉDIÉ A L'AMI CHARLES GERMAIN
« Paris, Narbonne, les rivages de l'Aude, ont
été témoins de tes cures merveilleuses, ainsi que
l'opulente cité de Lyon, où sont tes pénates et ta
paisible résidence. »
(S. Macrin, Odes, livre vu Lyon, Séb.
Gryphe, 1537.)
Salut ! En admirant votre visage que je baiserais, — je veux aller (par
la pensée) en arrière, vers 1532 4 . — Nous sommes sous François 1 er .
Par un matin clair et doux, — Alcofribas Nasier rôde à travers Nar-
bonne.
Rabelais, qui est venu visiter Jean du Bellay, — l'évêque, et ensuite
Macrin, son secrétaire lettré, — erre derrière (l'église) Saint-Paul, en
sortant d'un vieux faubourg; — il regarde les femmes, les maisons :
tout lui plaît.
A LAS TRES-NOUIRIÇOS
137
Lèu s'arresto davant la carriero Sant-Peire,
Saludo vostro auberjo, e le guignats que ven,
Dapassiè, cap à l'us que se buto souvent,
Manja qualque boun mos e vuda mai d'un ■ veire.
L'oustesso le receu. Es bruno; a l'uelh ardit.
Porto la cofo roundo ambe larjo flandreso
Qu'ai frount s'i recauquilho. E nostro Narbouneso,
Bouqueto sourrisento, Adessiats ! t'i a dit.
E suF cop v' adouba pichoulino e verdalo,
Qu'en netejant las dents fan l'apetis dubert.
El, gaujous, i a cridat: « Boute nappe et couvert! »
' E s'entaulo, cap nud, dins un cantou de salo.
S'i quilho joubs le nas flascous de picarda.
A, per escoumensa, sens coumta las oulivos,
De bezourdos e mai de grussanotos vivos,
Qu'an fresco audou de mar e que soun pr' ajuda.
Qu'i balharan? De tripo al safra? De tenilhos
Dins un brouit al joulvert? Un loup ou de vairat?
Bientôt il s'arrête devant la rue Saint-Pierre, — il salue votre au-
berge, et vous k le guignez : il vient, — pas à pas, tête (tournée) vers
l'huis qui se pousse souvent, — manger quelque bon morceau et vider
plus d'un verre.
L'hôtesse le reçoit. Elle est brune ; elle a l'œil hardi. — Elle porte
la coiffe ronde 2 avec la large dentelle de Flandres — qui sur son front
se recroqueville. Et notre Narbonnaise, — bouchette souriante, lui dit :
Bonjour!
Et, sur-le-champ, elle va mettre (dans un plat) olives picholines et
verdoies* — qui, en nettoyant les dents, ouvrent l'appétit.^- Lui, joyeux,
lui.a crié : « Boute (mets) nappe et couvert 4 ! » et il s'attable, tête nue,
dans un coin de la salle.
On lui dresse sous le nez flacons (pleins) de picardent 5 . — Il a, pour
commencer, sans compter les olives, — des bucardes et des clovisses
de Gruissan 6 vives — qui ont fraîche senteur de mer et excitent (à
manger).
Que lui servira- t-on ? Du gras-double au safran? Des tenilles 7 —
dans un b rouet au persil? Un loup ou des maquereaux? — Un canard
10
A LAS TRBS-NOtJIRlÇOS
Un culheret roustit à punt d'un rous daurat?
Qualque counilh? Anem, astes, fournels egrilhos!
Es que mèstre Francés aura d'escarragots
En salço ount s'esmesclat d'amellos estrissados?
Chapo. Qui dounc a vist sas maissos alassados?
Pinto à de vernissa qui sap quantis de gods.
Ce qu' es filh d'aubergiste, — e ne fa de begudos !
« Vietzdazes, escoutaz, clamo, bebets à-n-ieu,
Etja vous pleigerai, cregats, arometeu!»
Le vi n'es pas poulsat, e se n-en vei de rudos !
Coumo Gargantua t'avalo, Rabelai3,
. Pas à la lurro, peis, couquilhages e viando,
Mel e coufiment nègre; — o ! sa bouco s'alando !
Moustilho sensé pauso, engoulis sens relais.
• Quand a prou caquetât, qu'a la panso redoundo,
Qu' a 'scourrit les boutelhs, que 's plats soun netejats,
Pago e va dreit Roubino agaita les goujats
De Bourg e de Cieutat fa batalho à la froundo.
siffleurrôti à point, d'un roux doré? — Quelque connin* (lapin)? —
Allez, broches, fourneaux et grils!
Maître François aura-t-il des escargots— en sauce où l'on a mêlé
des amandes pilées 9 ? — Il bâfre. Qui donc a vu ses mâchoires fati-
guées? 11 boit à dévernisser qui sait combien de godets (à deux ailes).
C'est qu'il est fils d'aubergiste, et il en fait des véguades 10 (il boit
souvent)! — a Vietzdazes, escoutaz, clame-t-il, buvez à mi, et certes,
je vous pleigerai, croyez, ares métis". » — Le vin n'est pas^owke 1 *
(éventé), et il lui fait subir de rudes (attaques) !
Comme Gargantua, Rabelais avale pains de leurre (qui serrent
d'appât aux vitrines du boulanger?), poisson, coquillages et viandes,
— miel et raisiné ; oh! la bouche s'ouvre toute grande î— Il mâche sans
repos, il engloutit sans relâche.
Lorsqu'il a assez caqueté, que sa panse est pleine, - que jusqu'à la
dernière goutte il a vidé les grosses bouteilles, que les plats sont net-
toyés, —il paye et va droit à la Robine 43 regarder les jeunes gens —
du Bourg et de la Cité se livrer bataille à la fronde 14 .
A LAS TRES-NOUIRIÇOS
139
Vous tiri le capèl, Tres-Nouiriços ! (Se dits
Très, mais vous vesi cinq : dos grandos, très pichounos.)
De Renaissenço, n'ets, poupardieros tant bounos;
Soun engenh fort e gai dins vous aus s'esplandis.
Gardats Feterne esclat de sa jouventut sano.
Vostris ses bçiudufats soun de poulidis bues
Ount abelhan de Clapo estremariô les chues
Amassats per las flous de mountagno e de piano.
Ets couflos de vertut, belos sens grand fioun,
Ja vous bebi des uelhs, aquital, à moun lèse.
Ets de divessos, ets de Dianos d'Efese
Que pourtats subre F cap mourrasses de lioun.
Costo aquel fier gâtas, se moustrèt vostro caro
Escultado à la pro de Fantic bastiment
Qu'an seguitFouceans, le joun del fugiment,
E subre mai d'un sou d'Ate s'es visto encaro.
La finestro qu'oundrats, superbos, se durbis
De vès Bages, païs de valentis pescaires.
Je vous tire (un coup) de chapeau, Trois-Nourrices ! (On dit — trois,
mais je vois bien que vous êtes cinq: deux grandes, trois petites.) —
De la Renaissance 45 vous êtes, ô porte-mamelles si bonnes ! — Son
génie fort et joyeux en vous s'épanouit.
Vous gardez Féternel éclat delà saine jeunesse. — Vos seins gonflés
(litt., ayant l'apparence piriforme des toupies) sont de jolies ruches —
où quelque essaim de la Clape 16 enfermerait les sucs — butinés à tra-
vers les fleurs de la montagne et de la plaine.
Vous êtes remplies de vigueur, belles sans fanfreluches. — Certes,,
je vous bois des yeux, ici même, à loisir. — Vous êtes des déesses, vous
représentez Diane d'Ephèse, — et vous portez sur la tête des muffles
de lion.
A côté de ce robuste félin, s'est montré votre visage — sculpté à la
proue de l'antique navire 47 — que suivirent les Phocéens, quand ils
s'enfuirent (de leur patrie), — çt sur plus d'un sou d'Agde on le vit
encore 48 .
La fenêtre que vous ornez, superbes, s'ouvre — du côté de Bages 49 ,
pays de vaillants pêcheurs. — Et, du front au nombril nues, vous vous
140
A LAS TRES-NOUIRIÇOS
E, delfrount al mounilh nudos, risets des aires
E vous assoulelhats per les belis maitis.
Dins vous que retipats Diano, vierge aurivo,
Le pople veitoutjoun nouiriços, sé coumoul.
Qui vous poupo? Digus! Fèbus-Apollo soul,
Frairaloment, vous frègo ambe sa clarou vivo.
Vostro auberjo es tampado. Ai ! se mèstre Francés,
Qu'i sabiô pla manja, heure ferme e pla rire,
Tournavo, cridariô: aMau de terre vous birel
Ici les bons buveurs plus ne trouvent accès I »
Ieu, de vostro beutat qu'es sensé cicatriços
Me repaissi, depeds, nas en sus e rimant,
Dins la carriero, costo en Charles de German,
E tourni dire ambe el: « Salut, ô Tres-Nouiriços ! »
Auguste Fourés.
Narbouno, 15 de nouvembre 1881 .
riez des vents, — et vous vous chauffez au soleil parles beaux matins.
En vous qui conservez le type de Diane, la vierge sauvage, — le
peuple voit toujours des nourrices, le sein comble (de lait). — Qui vous
tette? Personne! — Phœbus-Apollo seul, — fraternellement, vous ca-
resse de sa vive clarté.
Votre auberge est fermée. Ah ! si maître François, — qui savait si
bien y manger, y boire et y rire, — revenait, il crierait :« Mau de terre
vous bire^î Ici, les bons buveurs ne trouvent plus accès!»
Moi, de votre beauté qui n'a pas de cicatrice — je me repais, debout,
nez en l'air et rimant — dans la rue, à côté de Charles Germain 21 , —
et de nouveau avec lui je vous dis : «Salut, ô Trois-Nourrices ! »
A. F.
Narbonne, 15 novembre 1881 .
7 •
A LAS TRES-NOUIRIÇOS
141
NOTES
(1) En 1532, Jean du Bellay passa de Tévôché de Narbonne à celui de
Paris.
(2) La coiffe narbonnaise.
(3) Olives de conserve à la picholine, venant de Provence, et olives vertes
du pays.
(4) « Boute la nappe. » Pantagruel, ch. m.
(5) Picardent. Id., ch. xxxiv.
(6) Clovisses venues des parcs en renom qui sont situés entre Gruissan et
Vieille-Nouvelle .
(7) Tenilles (tellinx), genre moule.
(8) Conil, conniiis, connils. Gargantua, ch. xxu, ch. xl. Pantagruel,
ch. ir.
(9) Les gens aisés du Narbonnais préparent ainsi les escargots .
(10) Ve.guade. Gargantua, ch. vi.
(11) « Mais, escoutaz, vietzdazes, que le maulubec vous trousse: vous
soubvienne de boire à mi pour la pareille, et je vous pleigerai tout ares
métis. » Gargantua, Prologue de l'auteur.
(12) Vin poulsé. Pantagruel \ ch. xxx.
(13) La Robine, canal qui sépare Narbonne en deux parties: Bourg et
Cité.
(14) Autrefois les jeunes gens de Narbonne s'amusaient à l'exercice de la
fronde, qu'ils appelaient la batalho. V. Dép.de VAude, liv. îv, ch. vi Baron
Trouvé.
(15) La maison et les figures sont du temps de François I -r .
(16) Montagnes de la Clape, à 3 kilomètres sud est de Narbonne, où ion
récolte le meilleur miel du Narbonnais.
(17) « Nous avons dit que le culte de Diane était venu d'Ephèse, ville io-
nienne. Strabon nous apprend que les Massalioles avaient élevé dans leur
ville, en l'honneur de cette divinité, un temple nommé Ephesium. La statue de
la déesse avait été apportée de la colonie, dans ces circonstances : lorsque les
Phocéens fuyaient leur patrie, une femme nommée Aristarcha dit à ses com-
patriotes de suivre un navire sur lequel était placée une statue de Diane
d'Ephèse. Le temple de Diane à Marseille, en souvenir de cet événement, était
desservi par une prêtresse que l'on faisait venir d'Asie. » Numismatique an-
cienne, p. 92, par J.-B.-A.-A. Barthélémy.
(18) « Agatha (Agde). Types: Tête de Diane ; lion. Légendes: AT» Métal:
argent. » Id., id., p. 93.
(19) Bages (Baise), village du canton de Narbonne.
(20) « Mau de ten*e bous bire. » Mal de terre vous tourne. Pantagruel, Pro-
logue de l'auteur. '
(21) Charles Germain, un mien camarade, cousin de mon ami regretté Albaa
Germain, qui m'accompagnait à Narbonne.
UN GRAND INCOUNESCUT
Lenh del nids azoundant de rosos e d'esclaire,
Es mort sus un grapis. Encroucat e tout nud,
Couma quand sourtisquèt del ventre de sa maire,
Dins un trauc nègre e lins aro Tan reboundut.
Nasquèt al boun soulelh e fousquèt un troubaire
Que dins la Libertat inmenso abiô crescut.
Cantèt fosso cansous sus mai d'un poulit aire ;
Aimèt e remirèt ; a sufert, a viscut.
Per tabut, per lançol a de terro tourrado,
Sens jamai cap d'aucel e cap de flou 'mbaumado.
Pauro desfardo ! Eh bé ! de soun cloutas escur
Vesi s'alata coumo uno iroundo gaujouso,
Sa muso touto d'or e de lux amourouso
Que, traucant las nivouls, fa raia Y clar azur.
Auguste Fourès.
i de janviè 1879.
UN GRAND INCONNU
Loin du nid débordant de roses et de clarté, — il est mort sur un
grabat. Tout raccorni et tout nu. — comme lorsqu'il sortit du ventre
de sa mère, — dans un trou noir et profond maintenant on Ta enterré.
Il naquit au bon soleil, et il fut un poëte — qui dans la Liberté im-
mense avait grandi. — Il chanta force chansons sur plus d'un air char-
mant; — il aima, il admira; il a souffert, il a vécu.
Pour cercueil, pour linceul il a de la terre glacée, — sans jamais
aucun oiseau et aucune fleur embaumée. — Pauvre dépouille ! Eh bien !
de sa fosse obscure
Je vois s'envoler, comme une hirondelle joyeuse, — sa Muse toute
d'or et amoureuse de lumière, — qui, trouant les nuages, fait rayonner
le clair azur.
A. F.
1 er janvier 18*79.
LE BOULET DE PEIRO
SOUNET
Dejoubs Vilo-novo, un fouchaire,
En refasènt un bessairou,
Dambe Tutis a més à Taire
Un vielh boulhôu que peso prou.
Entecat e moufut, n'a gaire
De formo. Fousquèt laterrou
Des Uguenauts, aquel tuaire !
Semblo uno clusco ; porto ourrou !
Del tems d'En Jan de Bernui dato.
Dins le valhat Tome s'acato ;
Puei, adreitat, ten le boulet.
Parés un d'aques reboundeires
Que parloun, gravis ou riseires,
As caps de mort, dedins Amlet.
Auguste Fourès.
Décembre de 1881 .
LE BOULET DE PIERRE
SONNET
Sous Villeneuve (la Comtal), un travailleur de terre, — en recreusant
un fossé (au pied des coteaux), — de son outil a déterré (litt.,a. mis à
l'air)— un vieux boulet qui pèse assez lourd.
Couvert de tares et moussu, il n'a guère — de forme . 11 fut la ter-
reur — des Huguenots, ce tueur! — Il a l'apparence d'un crâne ; il fait
horreur !
Du temps de Jean de Bernuy 4 il date. — Dans le fossé, l'homme se
baisse ; — puis, redressé, il tient le boulet.
Il semble un de ces fossoyeurs — qui parlent, graves ou rieurs, —
aux têtes de mort, dans H amlet * .
A. F.
Décembre 1881 .
1 Jean de Bernuy, seigneur de VilleDeuve-la-Comtal, partisan des religion-
naires, 1570-1573.
«Acte V.
LA FENESTRIERO
Toun côu blanc, toan péu fouligaud
A Tauro larga sèns resiho,
Ti gauto en flour, tis iue tant caud
Lusejant sout ti longui ciho,
Toun galant rire que bresiho,
Ti bouco roujo que fan gau
E ti sen pur que la sesiho
De ta fino raubo escound mau,
Soun moun tourmen e ma regalo.
Ta bèuta douno la famgalo ;
LTamire sèmpre, jamai l'ai :
Pèr venl fenat n'i' a de rèsto K . .
Et siéu coume un paure que rèsto
Nèc à la porto d'un palais.
Barban.
LA JEUNE FILLE A LA FENÊTRE
Ton cou blanc, ta chevelure folâtre — au vent flottant sans résille,
— tes joues en fleur, tes yeux si chauds — scintillant sous tes longs
cils,
Ton joli rire qui gazouille, — tes lèvres rouges qui font envie — et
tes seins purs que l'étreinte — de ta fine robe cache mal,
Sont mon tourment et mes délices. — Ta beauté donne la fringale ;
— toujours je l'admire, je ne l'ai jamais:
Pour devenir fou, c'en est de reste ! . . . — Et je suis comme un pau-
vre qui demeure — penaud à la porte d'un palais !
Barban.
VARIÉTÉS
ELOGHER = EX-LUXARE
Le verbe élocher, très-ancien dans la langue, a été perdu au dix-sep-
tième siècle par la langue littéraire, mais il est resté dans la langue
technique avec le sens de : enlever, arracher. Littré le dérive de ex-lo-
care, étymologie impossible, comme on Ta fait observer, car ex-locare
aurait donné élouer. Au mot locher, qui est bien évidemment le sim-
ple de élocker, Littré adopte au contraire l'étymologie proposée par
Diez, le m. h.-allemand liicke, branlant. Celle-ci, à la rigueur, serait
acceptable ; mais, sans avoir recours au germanique, ne saurait-on
trouver un mot latin aussi rapproché du mot français par la forme,
plus rapproché encore par le sens ? Luxare, disloquer, démettre, donne
naturellement *luscare et loscher, comme taxa = *tasca = tasche,
comme laxare = * lascar e = lascher. Vu devient o comme dans *mut-
tum = mot, crupta = grotte, etc.
La seule difficulté est qu'il n'y a pas d's dans élocher ou dans locher.
Mais ces formes sont modernes. L's primitive est tombée comme dans
louche, mèche, et autres mots pareils. Voici un exemple de la forme
pleine. C'est Joinville qui nous le fournit: « Les clous de quoy les
planches de la neif estoient atacheiz estoient touz eloschez. j> V. éd. Fr.
Michel, p. 4 (éd. Natalis de Wailly, § 14: eloschiè.)
Il est inutile d'insister sur la conformité de sens entre le mot fran-
çais et le mot latin. Mais il peut être curieux de comparer, à ce poiiît
de vue, notre mot savant luxer avec le verbe qu'emploie Rabelais
(Gargantua, I, 27) : « Ez aultres deslochoyt les spondyles du col 1 . »
E. Rigal.
1 On trouve pour le mot élocher la forme exceptionnelle esloichier, qu'il
semble aussi plus facile de rattacher à luxare qu'au germanique lùcke.
BIBLIOGRAPHIE
Vint Sonnet prouvençau et franc és, tira de: lou Libre de ma Vido (en
preparacioun), par M. E. Jouvbao. Ais, Empremarié prouvençalo, 1882; in-12,
24 pages.
Ainsi qu'il le déclare lui-même dans un sonnet en tête duquel se
lit le nom de M . Roumanille, M. Elzéar Jouveau est un humble pe -
doun (pédon, facteur des postes), qui charme ses rares loisirs en com-
posant des vers :
Siéu pauro. Pèr. nourri ma pichoto famiho,
Ma femo e moun enfant, — tout lou franc jour de Diéu
Siéu pèr draio e camin, moun brave Roumaniho,
E pamens i'a degun de mai urous que iéu.
Gai coumo un perdigau, tre que l'aubo chauriho,
Parte en causounejan. I maire, de si fiéu,
I chato, di jouvènt, — i fringaire, di fiho,
Aduse de nouvello e lou bèn-vengu siéu.
Siéu paure e siéu galoi. Li peno de la vido,
Lou lassige, la som, li soucit.. . tout s'ôublido,
Quand, de vespre, au fougau atrobe en arrivant,
— Orne dos fes urous, coume espous, coume paire, —
Lou pan assesouua di poutoun de la maire,
Lou bajan, di caresso e di bais de l'enfant.
Ce sonnet, qui montre bien, d'ailleurs, que le talent de M. J. est loin
d'être méprisable 4 , renferme un exemple de l'association, assez com-
mune dans le midi de la France 2 , de l'idée de Dieu et de celle du jour
(tout lou franc jour de Diéu). Je me demande cependant si l'auteur n'a
1 Non moins que l'exemple de Reboul, d'Autràn et de M. de Bornier, le
souffle élevé des vers qui suivent montre encore que la poésie française est
plus accessible qu'on ne croit au tempérament littéraire des Méridionaux :
0 paix! toi dont le nom est cher au cœur des mères
Dont les fils généreux sont devant l'ennemi. (Sonnet xiv.)
Le printemps suit l'hiver, et le rayon les ombres ;
Le calme, la tempête aux mugissantes voix ;
Les plus beaux jours souvent succèdent aux plus sombres ;
Les contrastes divins ont d'éternelles lois. (Sonnet xii.)
* Jç ne crois pas qu'elle ait été signalée.
BIBLIOGRAPHIE
147
pas modifié, sans s'en douter, cette formule traditionnelle ; je lui trou-
verais, en effet, une couleur plus ancienne dans les vers suivants:
Lou simple parpailhoun que, dins nouestre terraire,
Vesias voulastregear tout lou franc-dieou doou jour *.
Une poésie volante de la première manière littéraire de M. Marius
Bourre! ly: la Galino* , donne, p. 2 : lou franc-dieu de la journado.
Les deux formules identifient, en quelque sorte, le jour complet à
un dieu qui lui serait particulier. Une idée religieuse moins directe,
mais qui, néanmoins, vaut la peine d'être relevée, s'attache à la même
période de temps dans la phrase populaire, très-usitée à Montpellier,
lou sent clame daujour ou de la journada Ha sainte étendue (?) ou la
sainte durée (?) du jour ou de la journée). Elle est connue en Provence,
car le Dictionnaire d 'Honnorat la mentionne (t. II, 1128, art. Sant),
après l'avoir reproduite à son rang alphabétique (I, 502), où elle est
appuyée de l'exemple : a plourat tout lou sont clame doou jour , et de
la citation de deux vers de Saboly:
An begut touta la pluia
Tout lou sant clame doou jour*.
Le Dictionnaire de M. Azaïs (1,467, art. Clame) mentionne la formule
qui nous occupe en la qualifiant de cévenole, ce qui agrandit considéra-
blement le domaine de sa région linguistique. Il signale aussi lou santé
bâtent del jour, qu'il fait suivre (1, 214) de quatre jolis vers toulousains
de Goudelin :
Tout lou sante-baten del jour,
Davau sa finestro jou rodi
Per li guigna de Tel, se podi,
Que lou sieu m'aluco d'amour*.
Dans certaines parties de la Provence et du Languedoc, manne rem-
place clame et bâtent. Il en résulte alors : lou sant manne daujour*.
1 Pieme Bellot, poëte provençal. Épitaphes. Marseille, Boy, 1861; in-12,
p . 49. L'épitaphe à laquelle j'emprunte ces deux vers est de M. Payen.
Le Dictionnaire des idiomes romans du midi de la France, de M. G.
Azaïs, contient, f, 467, art. Clame, une variante provençale de cette formule
dans tout-lou-sant-Diéu-dôu~jour,dèih mentionnée, d'ailleurs, par Honnorat,
II, 1129. -
* La Galino, historiette provençale. Marseille, Arnaud etC' [1856]; in-8°,
4 pages.
3 - 4 Nous respectons l'orthographe donnée par MM. Honnorat et Azaïs à ces
deux citations.
5 Honnorat l'enregistre, II, 586, mais sans expliquer la signification de
manne.
Le glossaire de la Bourrido agatenco (Montpellier, Gras, 1866 l in-12) ren-
148
BIBLIOGRAPHIE
La nuit n'échappe pas à cette épithète, car on lit dans lou Lutrin
de Lader, de M. Achille Mir :
« Sa pauro fenno roudèt coumo 'n' amo en peno tout lou santé
manne de la nèit, sans ne poudé trouba la traço 1 . ï
Les Dictionnaires de MM. Honnorat (II, 1129) et Azaïs (III, 420,
art. Sant) mentionnent: touta la santadela neyt.
On dit à Montpellier touta la senta journada, et, ce qui est plus gé-
néral, touta la senta semana.
Et, puisque ce compte rendu a pour objet un recueil de poésies avi-
gnonnaises, ajoutons, pour terminer, le souhait provençal : lou sant
toustems vous avengue* ! (Honnorat, II, 1130, et G. Azaïs, III, 422.;
A. Eoque-Ferriee.
Lou Cacho-fio, Annuàri prouvençau pèr l'an de gràci 1881. Avignon, Du-
rand, 1880; in-12, 112 pages. — An 1882, même éditeur, 120 pages.
Comme l'indique son titre, le Cacho-fib est l'almanach de la Noël,
qui était et qui reste encore, pour les Provençaux, l'époque préférée
des réunions de famille. Pausa lou cacho-fib, c'était, dit M. Mistral
(Trésor dôu Felibrige, I, 409), « déposer la bûche de Noël dans le
foyer, après Favoir aspergée de trois libations de vin cuit, en pronon-
çant des paroles sacramentelles Sous les comtes de Provence, les
magistrats municipaux de la ville d'Aix portaient solennellement, la
veille de Noël, un cacho-fib au palais du souverain.et faisaient la col-
lation à la table de ce dernier, ou en son absence à celle du grand
sénéchal. » L'almanach dont nous venons de transcrire le titre con-
tient, à sa p. 97, une description fort agréable de cette ancienne cou-
tume, et les vers populaires qu'il rapporte diffèrent à peine de ceux
que M. Mistral a insérés dans le Trésor:
« Au lindau de la demouranco, jasié lou pu bèu pege d'aubre fru-
chaudela bouscatiero. L'anavon querre soulennamen en proucessioun .
ferme, p.*337, tout lou manne dau jour, sans adjonction de l'adjectif sant.
1 Paris, Maisonneuve [1876]; in-8°, p.63.
, On nous permettra de signaler ici quelques desiderata : sonnet 3, vers 14,
bello-sorre; nous préférerions cougnado. — S. 6, v. 4, ventarau devrait être
orthographié vent-tarrau; v. 9, manlevo vaudrait mieux qiïemprunto. —
S. 7, v.5, lou vènt de Vimpieta est une formule qui, au tort d'être trop fran-
çaise, joint celui d'être déjà bien démodée ; v. 10, devise la lumiero ; vege
soun lume serait meilleur. — S. 8, v. 8 ; s'aprocho, corrigez: se sarro. Il fau-
drait raubo et non rauba, au même vers, pour rester eu accord avec la graphie
des félibres avignonnais.
BIBLIOGRAPHIE
149
Un enfant pourtant lou Criste de la famiho marchavo premié ; touti lou
seguiBsien arrengueira. Lou darrié pourtavo lou got emé la fiolo de
vin eue pèr la benedicioun . Lou pu vièi de Toustalado emé lou jouine
agantavon lou trounc de peirastre d'un brout chascun, e très cop la
prouçessioun fasié lou tour de la taulo. Au cop tresen, s'arrestavon
davans lou fougau e i' empuravon lou pege de pouncho. Lou pi-
choun pourtaire recebié lou got, e, après que s'èro signa, benesissié lou
cacho-fid en ie vejant la bevento perlejanto en formo de crous, e di-
sent:
Alègre ! Alègre î
Que Noste-Segne nous alègre !
Cacho-fiô vèn; tout bèa vèn.
Diéu nous fague la gràci de vèire l'an que vèn ;
Se sian pas mai, siguen pas menï
Cacho-fiô ! bouto-fiô !
» Piei, lèu, lou pichot, de sa voues elarinello, o lou grand à soun
desfaut, emé soun parla tremoulet, disié lou Benedicite e lou repas
s'entamenavo .... 1 »
Le sous-titre du Cacho-fiô est formulé comme il suit : publicacioun
d'uno tiero de felibre, ce qui est vrai, mais à la condition de réserver
la part entière de l'initiative au Frère Savinien (des Écoles chrétien-
nes), le même qui,, par sa méthode d'enseignement du français au
moyen du provençal, rend de si utiles services au premier. Le Cacho-
fib est généralement rédigé en avignonnais, mais il contient aussi
diverses parties languedociennes, et, p. 96-97, une pièce béarnaise de
M. Jean Solirene : la Capèro de Gaîhan. En écartant un certain nom-
bre de pseudonymes difficiles à expliquer, on reconnaîtra que le Frère
1 On trouve dans une étude provençale de M. Mistral : li Grand Diéu de
VOulimpe (Armana prouvençau de 1858, p. 40-42) le passage suivant, qui ne
serait pas sans donner une couleur mythologique aux habitudes calendaires
de la Provence :
« Apolon, pecairel es lou mai rabala de tôuti.
» Dins la Gaulo embraiado (Gallia braccata, noum encian de la Prouvènço),
l'apelavon Belenus.
» Dins li natevita que se fan pèr Calèndo, i'a toujours un persounage, un
espèci de nèsci, qu'es la risèio dis enfant, e ie dison. . . Belèno! Paure Apo-
lon ! » ê
Si le nom de Bethléem n'était pas Detelèn dans le provençal populaire, on
pourrait peut-être voir ici une transformation bizarre du nom du village où
naquit Jésus-Christ.
Quoi qu'il en soit, comme ce détail mérite une étude particulière, je prends
la liberté de le signaler à l'attention des lecteurs de la Revue.
150
BIBLIOGRAPHIE!
S. compte parmi ses collaborateurs provençaux MM. l'abbé Anxion-
nax, Bagnol, Bard, Bonaparte- Wyse, Bouvet, Marius Bourrely, l'abbé
Bresson, Brun eau, Delille, Descosse, Estre, de Gagnaud, Marius Gi-
rard, Antonin Glaize, Imbert, Jouveau, Lieutaud, l'abbé Malignon,
Louis Maure!, Monné, Milon, l'abbé Pascal, Eugène Plauchud, Ko-
chetin, Louis Roumieux, le chanoine Émile Savy, Auguste Verdot,
M 1U Léontine Goirand, et, enfin, une religieuse de la Visitation qui
signe la FeUbresso de la Travesso des vers en langage d'Apt (Vau-
cluse), où M. Marcel Devic trouverait un argument en faveur de sa
théorie sur l'intercalation de Yi devant l'a quercinois 4 . Diverses nuan-
ces du languedocien sont représentées par des pièces de MM. l'abbé
Aberlenc, Arnavielle, Junior Sans, V. Rettner et du signataire de ces
lignes (Clarens).
Le Cacko-fib a été fondé surtout pour développer l'enseignement du
français par le provençal dans les écoles du département de Vaucluse.
1 II s'agit de la troisième personne de l'indicatif présent du verbe être, que
Ton prononce ordinairement ei ou es, et qui, eu égard à la voyelle initiale du
mot suivant, est ici en eis:
Tei cant, o Felibrige, enfestant la jouvènço,
Fan tresana lou couar d'un sublime plesi,
E vuei sies counvida pèr l'antico Valenço
De li prendre uno flour que vèn de s'espeli.
Plen d'ourguei cuèio-la: Eis uno dei plus bello!
Cette forme, extrêmement rare parmi les textes de provenance félibrique, se
montre dans la variété de proveuçal en usage sur la rive languedocienne du
Rhône, et nommément à Bagnols (Gard).
M. Placide Cappeau l'a employée deux fois dans un volume qu'il a publié
en 1876 et qui a pour titre : le Siège de Caderousse, •poème languedocien de
l'abbè Favre, traduit en français, vers pour vers (texte en regard), et Poé-
sies languedociennes-françaises (Paris, Jouaust, in-12):
Qu'm esta sa lengo d'escolo (246).
Eis un di rài qué sis obro requisto
Fant coum' un souléu pertout trélusi (401).
Les intéressantes Notes de Philologie rouergate de M. Durand (de Gros)
ont signalé la chute du d et de Ys entre deux voyelles, dans l'idiome du dé-
partement de l'Aveyron (gleisa et gleia, trida et tria, etc.) Le Cacho~fiô de
1881 lui aurait fourni, p. 15, un exemple de la seconde dans l'adjectif féminin
galoiso (Sa Grandour pareiguè au mitan d'uno galoiso egalanto acampado),
au lieu de galoio, plus communément employé, quoique Honnorat ait admis
l'un et l'autre dans son Dictionnaire.
Le languedocien des environs de Montpellier pourrait alléguer, à titre com-
plémentaire, les formes pantaisà et pantaià (rêver).
BIBLIOGRAPHIE
151
Le choix de ses pièces est donc fait à un point de vue religieux et
moral, pédagogique même, pour nous servir d'un terme que la signi-
fication, légèrement ridicule, du substantif pédagogue ne semblait pas
destiner à la fortune linguistique qui lui est échue depuis quelque
temps.
La littérature populaire de la Provence n'a pas été trop mal par-
tagée dans le Cacho-fib. On y trouve huit énigmes sur le lapin, le
gland, l'escargot (deux) 4 , l'aiguille, le semblable du paysan, du roi et
de Dieu, le meunier et l'honneur; divers contes, entre autres celui par
lequel on explique le surnom de lesert donné aux habitants de Ville-
neuve-lez- Avignon (Gard) (1881, p. 77); la tradition de Notre-Dame-
des- Vignes de Visan (1882, p. 33), qui a son équivalent dans celle de
Notre-Dame-du-Suc (Hérault) 2 ; un récit sur le loup et le renard dont
le début s'apparente de très-près à deux versions déjà publiées dans la
Revue des langues romanes, la première par MK Mon tel et Lambert en
1873, la seconde par M. Maurice Rivière en 1878, mais qui les fait suivre
de trois nouvelles tromperies de maître renard (le loup est brûlé vivant
à la fin de la dernière); une tradition où se montre sous un jour fort
curieux le dieu lithobole étudié par M. Cerquand, dans son Taranis,et
enfin une note sur trois f ormules de salutation provençale que nous
aurons l'occasion d'examiner ultérieurement.
*La seconde de ces deux énigmes est d'un tour fort agréable:
Qu'es aco,
Qu'es acô?
Escalo-bàri,
N'es pa' 'n gàri ; •
A. dos bano coum' un biôu
N'es pa' 'n biôu ;
A la bardo coum' un ase
N'es pa' 'n ase?
{CachO'fio de 1881, p. 83.)
Quau es aquelo damisello
Que quand plôu sort de soun oustau
E que, quand lou tèms es bèn siau,
Dedinssoun castôu se pestello?
(Cacho-fià de 1882, p. 88.)
i L'abbé Léon Vinas, dans sa Notice historique sur la dévotion de Notre-
Dame-du-Suc (Montpellier, Seguin, 1856; in-12, p. 13-15), raconte ainsi la
version du Suc : « Le bouvier d'une métairie voisine, menant paître ses bœufs
sur les flancs de la montagne. . .observa qu'un des animaux confiés à sa garde
allait toujours s'accroupir devant un roc que couvrait une touffe de buis; là
pliant ses jambes de devant, il se tenait à genoux dans la posture de Padora-
152
BIBLIOGRAPHIE
Mais la prose des contes et des traditions populaires n'est pas la seule
admise dans le Cacho-fib, car on y trouve aussi des fragments des li-
vres de Job et de Tobic, du Château intérieur de sainte Thérèse, du na-
turaliste avignonnais Hector Nicolas, traduits en provençal, et enfin un
extrait d'une lettre écrite d'Uzèsîe 13* juin 1662 par Jean Racine, qui
l'adressait à M. Vitart. La moisson, telle qu'on la faisait alors en
Languedoc, et le chant des cigales, fort désagréable, paraît-il, au
doux poëte d'Jphigênie en Aulide, y sont dépeints avec une pittoresque
vérité :
cl Souvete que agués uno autant bello recordo à vôsli dous tena-
menque n'avèn en aqueste païs. La meissoun esdejaforço avançailo
e se fai gaiamen eici au près de la coustumo de Franço ; car ligon li
garbo à mesuro que li segon ; leisson pas seca lou blad sus lou ter-
raire, car es déjà que trop se, e juste lou même jour lou porton à
l'iero, mounte se bat autant lèu. Ansin lou blat es autant lèu sega,
liga e batu. Veirias uno bando de meilsounié rousti dôu soulèu, que
travaion coume de demôni, e quand soun foro d'alen se trason au sôu,
à la rajo dôu soulèu, dormon un miserere e se levon subran. Pèr iéu,
vese acô que de mi fenestro ; poudriéu pas resta un moumen deforo
sènso n'en mouri ; Taire es autant caud que dins un four atuba, e
aquelo calour countunio autant la niue que lou jour; enfin faudrié se
résoudre à foundre coume de bure, sènso uno aureto fresco qu'a la
carita de boufa de tèms en tèms ; e, pèr m'acaba, siéu tout lou jour
estourdi de quau saup quant de cigalo que fan que canteja de tôuti li
cousta, mai dun cant lou mai brusissènt dôu mounde, e que vous vèn
lou mai en ôdi. S'aviéu autant dautorita sus éli que n'avié lou bon
tioa et de la prière. Le bœuf chassé ne s'éloignait de cet endroit qu'avec re-
gret et y revenait bientôt. Frappé de la singularité du fait, le berger veut
l'examiner de près, et, écartant l'arbuste toujours vert qui entoure le roc, il y
trouve cachée une petite statue de la Vierge, blanche comme le lait.
» Le bruit s'en répandit les Bénédictins voulurent faire bâtir une
chapelle destinée à recevoir là statue miraculeuse mais la.. .. Vierge ne
voulait être invoquée qu'au lieu où avait élé trouvée son image On essaya
plusieurs fois de l'y placer, elle disparut toujours, et on la retrouvait chaque
fois à sa première place, sur Je roc où elle s'était montrée au bouvier.
» Dès lors, sur ce roc fut bâti un autel qu'entoura une enceinte. . .»
A Visau, c'est un laboureur qui, en charruant sa vigne, découvre l'image
miraculeuse. A cela prés, les deux traditions paraissent identiques.
1 Et non le 15 juin, comme l'indique par erreur le Cacho-fio.
On pourrait glaner dans les lettres que le futur auteur d Andromaque
écrivit d'Uzès à La Fontaine, à MM. Vitart et Le Vasseur,les éléments de deux
ou trois pages sur les provençalismes de sa très-agréable, mais trop brève cor-
respondance.
BIBLIOGRAPHIE I53
sant Ftancés, ié diriéu pas coumo fasié : Cantas, ma soiro la ciealo •
mai h pregariéu bèn fort de s'enana faire un tour en jusqu'à Paris o à
la Ferte-Mdon, se ié siaa encaro, pér vous regala d'uno tant bollo ar-
moumo. » (Cacho-fib de 1881, p. 50-51.)
Parmi les pièces de poésie que renferment ces deux recueils je ne
fera, qu une citation, celle d'un sonnet provençal adressé en lo78 à
M. Louis Falies, vice-président du Comité des Fêtes latines afin de
le remercier de la part considérable qu'il avait prise à l'organisation
de ces solennités, qui s'inspirèrent pour la première fois du sentiment
qnede communes affinités linguistiques établissent entre les peuples
En transcrivant ici cette pièce, je ne cède pas au vain plaisir d'infli
ger aux membres de la Société la lecture de quatorze vers fort médio-
cres, e , qui plus est, signés de mon nom. Je tiens, au contraire, àrap-
peler 1 appui donne auxfêtes de l'année 1878 par l'homme persistent et
modeste qu aucun obstacle, qu'aucune critique ne purent décourager
Cinq mois s écoulèrent entre la préparation et la fin des huit journées
que la ville de Montpellier consacra à célébrer le concours du aï
du La*n e la pensée confédéré de M. de Quintana. Cette long"
période de tâtonnements et d'essais trouva toujours M. F. prêt à payer
de sa personne et de son exemple. Ceux - et ils sont encore nom-
breux -qui n ont pas perdu le souvenir de tant d'efforts, ont été
heureux de voir ie gouvernement espagnol reconnaître, par une nom !
nation dans l'ordre royal d'Isabelle-la-CathoIiq„ e <, les doubles mériTe 8
du lettré* et du vice-président des Fêtes latines :
Dempièi lou jour qu'avèn entamena
Lou dur travai de la fèsto latino
Fin qu'au jour d'uei, nous avès capdela
Couentro mau sort fènt sèmpre boueno mino.
Lei raarrit tèms qu'aguerian à passa,
Quand de gandard ei pensado mesquino
Tr'ou quatre côup vougueron ensabla
Nouesto barqueto à velo mistoulino,
second, celui de grand'croix du même ordre ' commandeur, et Je
11
154
BIBLIOGRAPHIE
Valentamen sias deraoura 'u gouvèr,
E jamai rèn vous a da 'spaurugàuci,
E jamai rèn vous a leva l'espèr ;
Ei dounc necit qu'au jour de separàoci,
Tôutei lei got s'ausson em' alegrànci
Pèr vous souita longo vido e sauver !
Le sonnet qui précède fut lu au banquet où le Comité des Fêtes
latines prononça sa dissolution. Approprions-nous une seconde fois
le trait qui le termine et souhaitons la même longo vido et le même
sauver au recueil qui ne lui a pas refusé le secours de sa publicité .
A. Roque-Ferrier.
Franzoesische Studien, herausgegeben von G. Koerting und E. Kosch-
witz. Heiibronn, Verlag von Gebr. Henninger, 1881-1882.
Les deux premiers volumes ont paru et les cinq premiers fascicules
du troisième. L'activité des collaborateurs, recrutés et dirigés par
MM. Koerting et Koschwitz, mérite d'être encouragée, soit par une
mention détaillée, soit par les comptes rendus des ouvrages parus .
Elle s'exerce, comme on va le voir, sur l'ensemble de la littérature
française.
I. Band. I. Heft. — P. 1. Byntahtische Studien ueber Voiture (W.
List). — P. 41. Der Versbau bei Philippe Desportes und François de
Malherbe (P. Groebedinkel). Très-utile contribution à l'histoire de
notre versification française. M. P. G. a relevé avec soin toutes les
particularités relatives au rhythme, au nombre des syl^bes, à la cé-
sure, à la rime, à l'hiatus, etc .
l.Band. 2. Heft. — P. 127. Der Stil Crestien's von Trous (R.
Grosse) . L'auteur a recueilli dans ChreBtien de Troyes les passages
qui peuvent être considérés comme autant d'exemples de ce que nous
appelons des figures de rhétorique. Cette statistique, avec pièces à
l'appui, permet d'étudier facilement les procédés de style du célèbre
trouvère. M. R. G. a laissé échapper des erreurs de transcription
qu'une révision un peu plus attentive lui aurait fait éviter. En voici
quelques-unes.— P. 129. yC est pas igaux cist ieus, lisez n'est pas igaux
1 2wrtiz] cist ieus. — P. 130. Erec moult cher li vaut, lisez Erec niolt
chierement li vaut. — Se tu vez auvoir, lisez Se tu vez avoir, — P. 133.
Bien sot par sa parole enyvrer, supprimez sa. — P. 141. Les espees bien
i avevrent, lisez aeuvrent. — ne li haubers rien ne li naut, lisez vaut. —
P. 142. que rien n'est si isnele, lisez que rien nule. — P. 144. L'eve
benoite et les croiz t lisez beneoite. — P. 153. que sor estiez xx et sept,
lisez que s 1 or. — P. 154. Dernière ligne, ou[de]sis. — P. 155. Et passé
BIBLIOGRAPHIE
155
a sept anzj lisez set. —P. 163. Si com girfanz grue randone, lisez
girfauz. Etc.
I. Band. 3. Heft.— F. 261. Poetih Alain chartiers (M. Hannap- .
pel). Travail analogue à celui de M. R. Grosse sur le style de Chres-
tien de Troyes — P. 315. Ueber die Vortstellung beiJoinville (G.
Marx). — P. 361-468. Der Infinitiv mit der Praeposition à im Alt-
franzbsischen bis zum Ende des 12. Jahrhunderts. (H. Soltmann). Étude
soignée, facile à consulter, grâce au double index qui la termine . —
P. 433. Corneille 's Médée(E. Heine).
II. Band. — P. 1-398. Molière' s Leben und Werke vom Stand-
punkteder heutigen Forschung (R. Mahrenholtz) .
III. Band. 1. Heft.— P. 1. Ueber Metrum und Assonanz der Chan-
son de geste Amis et Amiles (Joseph Schoppe) .
III. Band. 1. Heft. — 2. Heft. — Nous avons déjà rendu compte
de ces deux fascicules. Voy. le n° de juillet, p. 50.
III. Band. 3. Heft. — Die Worstellung in der altfranzbsischen Dich-
tung «Aucassin et Nicolete», von Julius Schlickum, 45 pages. —
Utile contribution à l'historique de notre ancienne syntaxe.
III. Band. 4. Heft. — Historische Entwichelung der syntaktischen
Verhaltnisse der Bedingungssâtze in Altfranzdsischen von Joseph Klap-
perich. — Utile contribution à l'histoire de la syntaxe française.
III. Band. 5. Heft. — Die Assonanzen im Girart von Rossillon. . .
yon Konrad Mùller, 68 pages. — M. K. Mûller a relevé très-conscien-
cieusement et classé les assonances du Girart de Roussillon, en les
comparant, pour leurs particularités les plus saillantes, avec celles de
quelques autres poëmes provençaux ou semi-provençaux. A la fin
même, il donne le relevé des assonances du fragment de l'Alexandre
d'Albéric de Besançon .
A. B.
CHRONIQUE
PROGRAMME
du Concours philologique et littéraire qui doit avoir lieu à Montpellier
au mois de mai 1883
Philologie
Des prix seront décernes:
1° A la meilleure étude sur le patois, ou langage populaire, d'une
localité déterminée du midi de la France (collection de chansons, con-
tes, proverbes, devinettes, comparaisons populaires). Ces textes de-
v ront être reproduits exactement, c'est-à-dire sans rien changer à la
langue du peuple, et tous traduits en français. On y joindra la conju-
gaison des verbes chanter, finir, mourir, prendre, avoir, être, aller, pou-
voir. Indiquer les autres localités, connues de l'auteur, où se parlerait
le même idiome populaire.
Observation. — Ce prix est exclusivement réservé aux institutrices
ou instituteurs primaires.
2° Au meilleur travail de philologie romane ayant pour base des
textes qui soient antérieurs au XVe siècle, et qui appartiennent à la
langue d'oc ou à la langue d'oil. Rentrent dans cette catégorie les pu-
blications de textes et les études d'histoire littéraire.
3° Au meilleur travail philologique ayant pour objet un idiome po-
pulaire néo-latin : Belgique, Suisse, France, Espagne, Portugal, Italie,
Roumanie, Amérique. Cette étude devra s'appuyer sur un choix de
textes (chants, contes, proverbes, légendes, etc . ). Y joindre la géo-
graphie du dialecte étudié.
Littérature
Des prix 6eront décernés :
4° et 5° Aux deux meilleures poésies, à quelque genre qu'elles ap-
partiennent ;
6° Au meilleur ouvrage en prose (conteB, nouvelles, romans) ;
7° A la meilleure composition scénique en vers ou en prose.
Avis aux concurrents. — Tous les ouvrages qui concourront pour le
second ou le troisième prix de philologie devront être écrits dans une
langue néo-latine ; tous ceux qui concourront pour l'un des quatre
prix purement littéraires (n 08 4, 5, 6, 7) devront être écrits dans un des
dialectes, soit du midi de la France, soit de la Catalogne ou des îles
Baléares ou des provinces de Valence et d'Alicante .
Les travaux envoyés devront être inédits. Toutefois le deuxième et
le troisième prix de philologie pourront être accordés à des ouvrages
ayant paru depuis le 1 er janvier. 1882 et n'ayant concouru nulle part.
Les manuscrits ne seront pas rendus.
Les ouvrages destinés au concours doivent être adressés franco à
M. A. Boucherie, secrétaire de la Société des langues romanes, avant le
1 er février 1883, dernier délai, et en triple exemplaire, s'ils sont im-
primés.
Un avis ultérieur complétera les indications qui précèdent .
Le Gérant responsable: Ernest Hamelin.
Dialectes Anciens
SERMONS ET PRÉCEPTES RELIGIEUX
EN LANGUE D'OC DU XII e SIÈCLE
(Suite 1 )
NOTES
A. — Sermons. — Première série
1 2 . — 1-3. Joan. xiv, 23 (évangile de la Pentecôte).
5. « lo paire. »Ms. io p. — « Tarna. » L'auteur, par syllepse, passe
du pluriel au singulier.
7-8. Cf. Cant. v, 1 : « bibi vinum meum cum lacté meo : comedite,
amici, et bibite. »
9-11 . Psalm. lvii, 5. — Sur cette fable de l'aspic et son interpréta-
tion mystique, on peut voir les divers bestiaires du moyen âge, et
entre autres le Physiologus latin publié par le père Cahier (Mélanges
d'archéologie, II, 149); le Bestiaire de Philippe de Thaon (Wright,
Popular Treatises on science, etc., p. 102) ; le Bestiaire divin de
Guillaume, publié par M. Hippeau (Mémoires de la Soc. des anti-
quaires de Normandie, XIX, 454); le Bestiaire de Gervaise (Roma-
nia, I, 441); le Bestiaire d'amour de Richard de Fournival (édit. Hip-
peau, p. 17). Voy. aussi le Trésor de Brunetto Latini, p. 191, Isi-
dore de Séville, Origines, 1. XII, cap. 4; Hugue de Saint- Victor, de
Bestiis, II, 18, et le Spicilegium Solesmense, III, 92-93, où sont
réunis d'anciens témoignages sur la symbolique de ce reptile. Tous
les bestiaires ne sont pas d'accord avec notre sermon sur le motif
qui porte le chasseur à l'endormir. Plusieurs, au lieu de lui faire por-
ter dans la tête une pierre précieuse, lui font garder Y arbre à baume.
Tel est le cas, par exemple, du Bestiaire d'amour et du petit traiié
provençal intitulé Aiso son las naluras d'alcus auzels e d'alcunas
bestias (Bartsch, Provenz. Lesebuch, p. 162). Ni le Physiologus, ni
Hugue de Saint- Victor, ni Ph. de Thaon, ni Guillaume, ni Gervaise,
ne parlent d'arbre à baume non plus que pierre précieuse. Mais Bru-
1 Voir le n° de septembre 1880 (xviii, 105).
2 Cf. B VI. Déjà publié par M. Paul Meyer (Ja/irbuch, VII, 78).
Tome viu de la troisième série. — octobre 1882.
12
158
SERMONS ET PRECEPTES RELIGIEUX
netto Latini, et, comme hû, Albert le Grand et Vincent de Beauvais
sont d'accord avec notre auteur pour mettre dans la tête de l'aspic
une pierre précieuse (une escarboucle, dit Brune tto), objet de la con-
voitise des chasseurs. Cf. Pline (XXXVII, 10), Solin(33), IsidorefXVI,
13), où la même fable est racontée du dragon. Voy. aussi Bochart,
Hierozoicon, 2 e partie, liv. III, chap.6, où il est longuement disserté
sur l'épithête surdos du texte biblique et sur les serpents qu'on en-
chante .
16. Ms. luma. — 17. Ms. etelala tra, avec un tilde sur IV.
19. « quais. » Ms. qlz, avec un tilde sur le q, c'est-à-dire quelz,
où le z serait correct.
19-21. Psalm. xxxvi, 35-36. Voy. dans la Chaire française au
XIII 6 siècle de M. Lecoy de la Marche, pp. 286-7, un fragment d'un
sermon anonyme en vieux français où ces mêmes paroles sont déve-
loppées avec une véritable éloquence.
23. Il y a ici une interpolation dans le ms. Le copiste, après lonc
el, a intercalé le passage suivant, qui appartient au xviii 6 sermon :
« granz merces e quan granz vertuz es que anc li doi disciple N.-S.,
per predicacio ni per re que lor disset (sic; corr. disses), nol pogro
cononoisser(sic)entro quel covidero e quelforcero de remaner e cari-
tat, et adonc il conogro quan lor benedis lo pa e lo lor frais a la taula.
E sapiat be per vertat que majer vertuz non es ni esser no pod » ;
ensuite, il a répété « e passei (ici avec deux s) lonc el », pour conti-
tinuer comme ci-dessus.
22. « Sobre essalzaz sos banz. » C'est là une espèce d'ablatif ab-
solu, où il faut voir d'ailleurs très-probablement une bévue de notre
auteur, ainsi que nous l'avons déjà observé dans l'introduction, p. 112.
Quant à l'emploi de cette métaphore, comme figure de l'orgueil ou du
triomphe, on sait qu'elle est commune dans le style de la Bible. Voy.,
par exemple, le psaume lxxiv, vers. 5, 6, 11. Cf. le passage suivant
d'un sermon français du XIII e siècle, où le prédicateur fait en même
temps allusion à la coiffure des femmes de son temps (il s'agit de
sainte Magdeleine avant sa conversion ) : « Nam ele s'en aloit le col
tout estendut, les cornes levées, et sembloit a sa manière et a son
port que non criast autre chose : Ves ci une foie, ves me ci, qui habet
mestier de moi et de mon cors ? » (Histoire littéraire de la France,
XXI, 317).
26. Psalm, xxxvni, 7. — 26-27. Matth. vi, 20.
29. Ms. aitendero. — « lo do. » Suppr. ces deux mots devant en
Galilea ? Le copiste aura peut-être oublié de les effacer.
32-33. Act. apost. n, 4.-34. Cf. Luc. x, 1. — 36. Act. apost.,
n, 13. — 37. «[que trameta], » Cf. B VI, 26.
SERMONS ET PRECEPTES RELIGIEUX
159
II 1 .— 1-2. Office de la Saint- Jean, dernière antienne des premières
vêpres. Cf. Luc. i, 9 et 11.
4. Ms. covene.— -7. Ms. namntat. — 9. « altar.» Ma.altri ou altrr.
12. Ms. amix.
16-17. Ms. prophecizet. — 17-18. Luc. i, 68. —21. Matth. xi, 11.
— Ms. Johannes.
25-26- « e prediquet lainz. » Voy. là-dessus les Gesta Pilati {Évan-
gile de Nicodème), 2 e partie (Tischendorf, Evangelia kqpocrypha,
2* édit., p. 392-393 et p. 426).
26. Ms. greiiem.
III*. — 1-2. Ce texte est tiré, comme tout .le récit suivant, des
« Cf. B VII.
* Cf. B VIII. Les deux auteurs ont dû puiser, sinon à la même source, du
moins à des sources peu différentes ; mais ce n'est pas la même partie de la
légende de saint Pierre que chacun d'eux a prise pour sujet principal. Dans
l'hypothèse d'un modèle latin commun, B VIII correspondrait, sauf les sept
dernières ligues, à la l r3 partie de ce modèle, A III à la seconde.
On a publié à la suite des sermons de Bède (pp. 339-369 du t. VII de l'édi-
tion de Cologne, 1612) un certain nombre de sermons très-simples qui s'in-
spirent volontiers, comme les nôtres, de la légende et des apocryphes, parmi
lesquels s'en trouve un (desancto Petro et Paulo, p. 357) qui paraît être l'ori-
ginal, médiat tout au moins, d'où notre sermon provençal A III a été extrait.
J'en reproduis ici en entier les passages auxquels celui-ci correspond. On
verra qu'il les traduit (ou à bien peu près) littéralement, et qu'il n'y ajoute rien
Le même rapport étroit n'existe pas entre ce même sermon latin et le sermon
provençal B VIII, en ce qui leur est commun.
«... Imperator autem promisit illi (se. Simoni Mago), si ascenderet, illa
hora occideret apostolos. , . . Nocte vero illa, viri ac mulieres qui erant Chris-
tiani in civitate venerunt ad sanctum, rogantes ut pro amore Dei clam exiret
de civitate et fugeret alibi Sanctus Petrus propter amorum illorum, non
propter metum exivit clam de civitate solus et dum venit ad portam, obviavit
Domino' et ait: « Domine quo vadis ?» — « Vado iterum crucifigi. » Hoc dixit
Doinmus quia Judœi prius eum crucifixerunt, sed modo veniebat Romam ut
secundo cum Petro crucifigeretur : quia quantam pœnam sustinuit Petrus in
cruce tautam sensit Jésus Christus. Postquam Petrus hoc audivit, intellexit
quod non de se ipso dicebal, sed propter hoc quia ille exivit de Roma volens
fugere ad locum ubi vero (sic ; lis. Nero) eum invenire nonpossit : et ideo re_
diit in civitatem nuncians Christianis, quomodo obviavit Christo ad portas.
(Suit l'histoire de Simon le Magicien s'envolant du haut d'une tour et
tombant écrasé sur le sol, qui fait le sujet principal de B VIII)
Imperator autem videns Simonem mortuum, ira commotus, jussit Petrum et
Paulum legari, Paulumque decollari, et Petrum crucifigi. Itaque dum Petrus du_
ceretur ad crucem. .... Et postquam venit ad crucem rogavit ministros quod
non crucifigerent eum sicut Judtei crucifixerunt [Dominum], sed converterent ill 1
160 SERMONS ET PRÉCEPTES RELIGIEUX
•
actes apocryphes des saints Pierre et Paul. Voy. le pseudo-Marcellus,
deActibus Pétri et Pauli, dans Fabricius, Codex apocr. Novi Test.,
II, 552 (texte grec dans Tischendorf, Acta apost. apocrypha, p. 34
sq.), le pseudo-Linus (B. Lini, Romanorum pontificis, de Passione
Pétri et Pauli ad ecclesias orientales) dans la Bibl. patrum ma-
xima, t. II, l re partie, p. 67, et encore le pseudo-Abdias, Historiée
apostolicœ lib. J, cap. xet ix, dans Fabricius, I, 437.
4. Ms. sanz. — 6. Ms. fugit. — 9. « essia. » On préférerait essi.
lOseq. Ce récit de la rencontre de Jésus et de Pierre et les paroles
qu'ils échangent sont aussi rapportés, en termes peu différents de
ceux des apocryphes plus haut ciiés, par saint Ambroise, in Auxen-
tium de Basilicis tradendis oratio, t. II, p. 867 de l'éd. des Bé-
nédictins. On sait qu'il existe à Rome une église appelée Domine quo
vadis, et l'on montre, à ce qu'il paraît, dans une autre église de Ja
même ville une pierre où s'est conservée l'empreinte des pieds de
Jésus (Fabricius, I, 438; Tischendorf, prolegom, xvm).
12. « vi a se corre. » Ms. vai secorre. Corr. vi a se [e]corre 9 qui
serait pour ocorre, comme secorre pour socorret — 14.Ms, rama. —
17. Ms. tota eisement. — 23. Ms. mes sesos.
25. «red a te las animas. » Notre auteur traduit ici, non pas le texte
qu'il vient de citer et qui est celui du pseudo-Linus et des Acta, mais
ce que son modèle y a ajouté :«.... animas. . . . reddo tibi. »
27. « Li sant angel. » Ms. sanz. Ce détail ne se trouve dans aucun
des apocryphes.
IV 4 . — 1-2. Antienne de l'office de l'Assomption et en général de
l'office de la Sainte Vierge. Le mot hodie a été ajouté par le sermon-
naire. — «ethereum. » Ms. hthereû.
pedes sursum et caput deorsum, « quia non est dignum me peccatorem et ser-
vum ad similitudinem ejus fuisse erucifixum qui totum mundum fecit de nihilo.»
llii vero secundum rogationem ejus feceruot. Beatus Petrus in cruce expansus
oravit ad Deum et dixit: « Domine Jesu Christe, gratias nunc reddo tibi qui
es pastor omnium animarum christianarum : oves quas mihi tradidisti, id est,
animas, tibi commendo et illas reddo tibi, ut custodias eas ab omni malo, ne
noceat illis diabolus, sed partem habeant mecum de tua gloria, in qua vivîs et
régnas sine fine. » Et post orationem emisit spiritum, animamque sancti an-
geli portantes ante Deum in cœlum cantaverunt : Gloria in excelsis Deo,
etc Propterea quia taies non sumus ut Deum digne lau-
dare possimus, mundemur a vitiis et precemur Deum ut per suam misericordiam
et preces apostolorum Pétri et Pauli, det nobis ita in hoc seculo vivere ut
dum animœ de corporibus exierint, ad illam possint venire gloriam, per Domi"
num nostrum Jesum Christum. Amen. »
1 Cf. B IX.
SERMONS ET PRECEPTES RELIGIEUX
161
6-7. Voy. Transitus Mariœ, dans Tischendorf, Apocalypses apo-
cryphes , item Mariœ dormitio, p. 120. La leçon, rejetée en
note, d'un ms. auxiliaire (le ms. principal dit seulement: « corpus
non invenerunt 1 ») porte ceci : « Et respicientes in monumentum, et ni-
hil viderunt nisi solummodo lapidem qui erat plenus manna . » C'est
aussi de manne que nous voyons, dans le sermon correspondant de la
2 e série (B IX), ce sépulcre rempli. Mais il s'agit ici de terre blan-
che, et je ne connais pas de texte qui concorde en ceci avec notre
sermon. D'après Juvenal, évêque de Jérusalem, cité par Nicephore,
« sepulcralia tantum lintea rite composita loco suo manebant , iti-
dein ut filii quoque ejus in sepulcro relicta. » (Migne, Dictionnaire
des apocryphes, II, 533).
10. Ms. scripturas. — 10-11. Antienne de l'office de la Sainte
Vierge. — 13. id. Il y a portœ dans le bréviaire romain, au lieu de
januœ. — 17. Psalm. xuv, 10. — 19. Ms. varietate.
>
V«. — 1-2. C'est une des antiennes de l'office de la Nativité de la
Vierge, ou plutôt la réunion de deux répons ou versets du même office.
4. Tout ce récit est tiré, parfois un peu librement, du pseudo-Mat-
thœi evangelium, chap. i-viii (Tischendorf, Evangelia apocr., 2 e édit.,
pp. 54-70). Cf. dans le même recueil, VEvang. de nativitate Mariœ,
cap . i-viii, et le Protevangelium Jacobi, i-vm.
5. « et. » Cette conjonction est exprimée deux fois, au moyen de
deux abréviations différentes .
7. « Abiaatar. » Le pseudo-Matthieu donne, en effet, plus loin (ch. vu,
vin, xn) ce nom au grand prêtre. Mais c'est par un personnage appelé,
Ruben, désigné par quelques mss. comme « sacerdos », par d'autres
comme « scriba templi », qu'il fait (chap. n) repousser l'offrande de
Joachim. Dans le de Nativitate Mariœ, c'est le grand prêtre lui-
même (pontifex) qui repousse Joachim, mais il est nommé Issachar.
Fabricius (I, 68 et 91) observe qu'il n'est fait, dans Josèphe, aucune
mention de prêtres ou d'individus attachés au temple ayant, à l'épo-
que dont il s'agit, porté ces noms, non plus que ceux de Zaçharie et
de Samuel, que le Protévangile de Jacques donne aux grands prêtres
associés un peu plus tard à l'histoire légendaire de Marie.
9. Suppl. et après bestias ?
1 C'est à quoi se borne aussi St Jean Damascène, dont le récit a été admis
au Bréviaire romain (Quarta die intra octavam Assumptionis Beats Mariœ,
lectio quinta): « Apostoli.... tumulum aperuerunt. Sed ex omni parte sacrum
ejus corpus nequaquam invenire potuerunt. »
» Cf. B X. — Déjà publié par M. Paul Meyer (Jahrbuch, VII, 81) et par
M. Bartsch (Chrestomathie provençale, 23).
162 SERMONS ET PRECEPTES RELIGIEUX
15-17. Pseudo-Matth., cap. n. Ceci ne reproduit littéralement la
version d'aucun des mss. consultés par Tischendorf. Notre sermno-
naire citait peut-être de mémoire et en abrégeant. — 16. Ms. casture...
miserere.
19. Cf. ibid.: « jactavit se in lecto quasi mortua. » Mais, dans le
Pseudo-Matth., cette circonstance suit, au lieu de la précéder, comme
ici, l'apparition de l'ange.
20. Ms. mêler.
26-28. Pseudo-Matth., cap. iv; — de Nativ. Mariœ, vi. Nulle part
le grand prêtre n'est nommé à cet endroit du récit.
31. « coseil. » Je ne trouve ce détail dans aucun des apocryphes.
Serait-il de l'invention de notre sermonnaire? Le Pseudo-Matth. dit
seulement (chap. vi): « Denique cum senioribus virginibus in Dei lau-
dibus ita docebatur, ut jam nulla ei in vigiliis prior inveniretur, in
sapientia legis Dei eruditior »; et plus loin (xn), en mettant ces
mots dans la bouche du grand prêtre : « quse in lege Dei eruditionem
optimam habuit. »
31-32. Ms. abelas. — 34. « angel. » Cf. Pseudo-Matlh., vin (Tis-
chendorf, p. 68).
VI. — Ce morceau, comme on l'a déjà observé dans l'Introduction,
n'a aucunement le caractère d'un sermon. Ce doit être un extrait, et
un extrait très-sommaire, de quelque manuel liturgique . Le lecteur
retrouvera du reste toutes, ou peu s'en faut, les explications de notre
auteur, au milieu d'une infinité d'autres, dans le livre IV du Rationale
divinorum officiorum, composé vers la fin du XIII e siècle par Du-
rand, évêque de Mende, ouvrage qu'on peut considérer, selon la juste
remarque de dom Guéranger, « comme le dernier mot du moyen âge
sur la mystique du culte divin. » Parmi les ouvrages sur le même
sujet, qui sont du même temps ou à peu près que notre sermon, ceux
avec lesquels il concorde le plus exactement sont le poëme d'Hilde-
bert, évêque du Mans, puis archevêque de Tours (f 1134), intitulé
Versus de mysterio Missœ* et le Spéculum de mysteriis Ecoles iœ
attribué à Hug*ue de Saint- Victor. Voir particulièrement le chap. vu,
de Celebratione Missœ*. Transcrire ici tout ce qui, dans ces deux
ouvrages, correspond aux divers détails de notre sermon serait trop
long. Il suffit, en général, d'y renvoyer le lecteur k Je me bornerai,
dans le détail, à quelques rapprochements .
6. « Li vestiment. . . charnal. » Cf. Hildebert :
Sécréta si quidem procedit ab aede minister,
Ortu secreto veuit ad ima Deus.
! Col. 1177-1194 de l'édition Migne.
* T. III, pp. 345-353 de l'édition de Rouen, 1648
SERMONS ET PRÉCEPTES RELIGIEUX
163
Vestibus ille sacris tegitur, texit caro verbum i.
6-7. Ms. demostro. — 11. « dobla. » Il faudrait tripla. Le Kyrie
eleison se dit en effet neuf fois. Spéculum: « Kyrie eleyson ter tripli-
catum significat preces patrum veteris Testamenti multiplicatas ad
hoc ut gratia summae Trinitatis per adventum Christi eos consociaret
novem agminibus angelorum. » — 13. Cf. Luc. n, 10. — 15. Marc.
xiv, 41.
18. «[eelz]. » La lacune n'est peut-être qu'incomplètement rem-
plie par ce mot. Le passage correspondant du Spéculum (Alléluia. . .
exprimit gaudium et amorem credentium et quanta laus secuta sit
fidem, audita prsedicatione) suggère [lo gaug de celz e d]e celas. —
Ibid. « que . » Corr . quan t
19-24. « Lo preire. . .pagas. »Cf. Spéculum: « Quod autem sacer-
dos prius dexteram petit altaris innuit quod Emanuel in lege pro/nis-
sus prius venit ad Judaeos quam ad gentes. Judsei enim propter legem in
dextera parte tune fuerunt, gentes vero quasi in sinistra Hinc au-
tem ad aliud transeuntes, intueamur transitum Apostolorum de Judseis
ad gentes, quem per hoc commémorât Ecclesia quod evangelium a
dextra parte adsinistram transfertur, et ibi legitur. Judsea enim res-
puente verbum Dei, Apostoli transierunt ad gentes. »
24. « La offerenda. . . » Cf. id.: « Possumus etiam per oblata mu-
nera commemorare copiosam victimam quae oblata est a populo cum
rex Salomon templum et altare domino sacraret. Exemplo illius plebs
fidelis offert se et sua dona Domino . »
27. «la ostia, lo cors de Crist. » Les Grecs, qui font leurs hosties
de pain fermenté, et non de pain azyme, comme les catholiques romains,
prétendent, paraît-il, figurer par là plus exactement que ceux-ci le
corps du Sauveur. Durand (liv. IV, chap.41) en rapporte une raison
singulière : « Dicunt enim quod, cum beata Virgo Maria praegnans
fuerit de Spiritu Sancto, recte per fermentatum significatur Domini
incarnatio, propter virginei uteri tumorem. Sed responderi potest »,
ajoute judicieusement Duraud, « quod non offerimus in sacrificium
virginis uterum ; nec ille est ad transubstantiandum necessarius, sed
fides et Dei verbum. »
27. Ms. laltar la s. — Cette explication mystique de l'autel, ainsi
que celle du calice, qui suit immédiatement, n'est pas dans le Spécu-
lum. Mais Hildebertla donne:
Ipse calix tumulum dénotât, ara crucem.
1 Sur la signification mystique de chacune des parties du vêtement sacer-
dotal, voy. Durand, ouvrage cité, liv. III, Innocent III, de Sacro altaris Mys-
terio, liv. 1; le Spéculum de mysteriis Ecclesix, chap. vi. Cf. aussi le Spici-
legium solesmense,t. II, p. 37, et t. III, p. 150.
164 SERMONS ET PRECEPTE» RELIGIEUX
28. « Lo vis e l'aiga. » Cf. Hildebert:
c Cum rimaretur pendentis viscera Christi
Lancea, maoavit sauguis et unda simul :
Sicut utrumque simul fluxit, simul ofler utrumque:
Unum deme, crucis non imitaris opus . »
Le Spéculum : « Aqua mixta vino significat hominem Christo uni-
tum. . . . Qui séparât «aquam negat union em Christi et Ecclesiœ. Rur-
sus haec ideo conjungi debent : quia nihil prodest fons baptismi sine
sanguine Christi nec sanguis sine baptismo. Utrumque de latere Christi
manavit. Qui unum démit non imitatur mysteriura passionis. » Selon
le rit ambrosien, le prêtre doit dire, en mettant le vin et l'eau dans le
calice : « De latere Christi exivit sanguis et aqua. »
29. Ms. per lo sanx. — 30. Ms. regeneraz. Ms. deven en toutes
lettres. — 30-31. Notre auteur abrège ici singulièrement le symbole.
Il aurait dû au moins ne pas oublier la résurrection.
31. « oblata. » Ms. oblatas. Le copiste aura confondu oblata (les
offrandes) avec oblatas (les hosties). Il s'agit de l'oraison autrement
appelée secrète . « C'étoit, ditBossuet (Explications de la Messe), la
prière qu'on faisoit sur Toblation après qu'on avoit séparé d'avec le
reste ce qu'on en avoit réservé pour le sacrifice, ou après la sépara-
tion des catéchumènes, et après aussi que le peuple qui s'étoit avancé
vers le sanctuaire ou vers l'autel, pour y porter son oblation, s'étoit
retiré à sa place. Ce qui fait que cette oraison, appelée super oblata
dans quelques vieux sacramentaires, est appelée post sécréta dans les
autres. » Hildebert:
« His ista prœmissis, secreto presbyter orat,
Sécrétas memorans assimilansque preces
Quas egit Christus, cum te, Juda, remoto,
Abscessit modicum, terque precatus, ait :
Aime parens, a me transeat iste calyx ! »
33. « Lo te igitur.» C'est-à-dire le canon de la Messe, qui commence
par ces deux mots. Notre auteur est bien bref sur ce point. Hildebert,
aussi bien que l'auteur du Spéculum, s'y étend, au contraire, très-
longuement, en expliquant successivement les diverses parties du
canon. C'est à la sixième de ces parties, selon la division de Durand,
c'est-à-dire à la consécration, que se rapportent plus spécialement les
quelques mots de notre sermon.
35. « Lafenizos de la Messa. >»Cf. Spéculum : « His completis, sa-
cerdos redit ad dexteram partem altaris, significans quod in fine
mundi* Christus rediturus est ad Judseos quos jam reprobavit, donec
• Durand, qui dit la même chose dans les mêmes termes, ajoute ici: « post
SERMONS BT PRECEPTES RELIGIEUX
165
plenitudo gentium intraret. Tune enim reliquiœ Israël secundum Scrip-
turas salvse fient. »
36. « Quant Elias. . . » Cf. Evangile de Nicodème, 2 e partie, ch. ix
(Tischendorf, p. 404): v Ego sum Enoch, qui verbo Domini translatus
sum hue ; iste autem qui mecum est Elias Thesbites est, qui curru
igneo assumptus est. Hic et usque nunc non gustavimus mortem, sed
in adventum Antichristi reservati sumus, divinis signis et prodigiis
praeliaturi cum eo, et ab eo occisi in Jérusalem, post triduum et di-
midium diei iterum vivi in nubibus assumendi. » Cf. Apocal., xi>
3 seq., particulièrement 7, 11, 12. C'est une tradition très-ancienne
dans l'Eglise que les deux personnages dont il est question dans ce
passage de l'Apocalypse sont en effet les patriarches Enoch et Elie 4 .
Saint Augustin dit à ce sujet (Serm. 9 299, t. V, 217 de l'édition
des Bénédictins): « Vivunt Enoch et Elias, translati sunt, ubicumque
sunt, vivunt. Et si non fallitur quœdam ex scriptura Dei conjectura
fidei, morituri sunt. Commémorât enim Apocalypsis (xi, 7) quosdam
duos mirabiles prophetas eosdemque morituros, et in conspectu ho-
minum resurrecturos et adscensuros ad Dominum. Et intelliguntur
ipsi Enoch et Elias, quamvis illic nomina eorum tacentur. » Citons
encore saint Grégoire le Grand {Moralia, lib. xiv, cap. 22) : « Ipse
[diabolus] in ultimis temporibus, illud vas perditionis ingressus, Anti-
christus vocabitur, qui nomen suum longe lateque diffundere conatur. . .
tune vero contra eum certamen justitise et novissimi electi hafcere
narrantur et primi : quia scilicet et hi qui in fine mundi electi repe-
rientur,,in morte carnis prosternendi sunt, et illi etiam qui a prioribus
mundi partibus processerunt, Enoch scilicet et Elias ad médium revo-
cabunturet crudelitatis ejus ssevitiam in suaadhuc mortali carne pas-
suri sunt. » Pour plus de détails sur ce sujet, on peut voir le grand
ouvrage du dominicain Malvenda, de Antichristo.
37. « lté, miss a est. » Cf. Hildebert :
Subditur lté, quia nostra est dev otio missa
Angelicis manibus sedibus œthereis ;
et le Spéculum :« Deinde salutato populo, admonet ire. Non est enim
sedendum, vel jacendum in hoc exilio, sed hinc transeundum est ad
Antichristi mortem », ce qui est un trait de ressemblance de plus avec notre
sermon.
1 D'après Durand (liv . IV, chap. 24), ces deux patriarches soot figurés par
les deux cierges qui, aux jours de fête, précèdent le diacre portant l'évangile:
« In diebus vero festivis duo cerei prœcedunt, quia in secundo adventu,
qui solenuis erit et manifestus, duo prœmittentur prœcones, scilicet Helias et
Henoch, qui interficientur ab Antichristo in Hierusalem, quod significatur per
extinctionem cereorum, »
166 SBRMONS BT PRECEPTES RELIGIEUX
patriam quia missa digna est hostia, per quam fracta sunt tartara . »
L'auteur d'une Expositio de celebratione Missœ, qui a été publiée
sous le nom d'Alcuin et sous celui de Remy d'Auxerre, avait déjà dit,
trois ou quatre cents ans auparavant: « Missa autem dicitur quasi
transmissa, vel quasi transmissio, eo quod populus fidelis, de suis me-
ntis non praesumens, preces et oblationes quasdam Deo omnipotenti
offerre desiderat, ut per ministerium et orationem sacerdotis ad Deum
transmittat. » Même explication dans le traité d'Innocent III, de sa-
cro altnris *nysterio(\. VI, cap. 12) et dans le Rationale de Durand.
Pour les autres étymologies du mot messe, voy. Littré, qui n'indique
pas celle que je viens de rapporter 4 .
VII. — Ce court fragment, non plus que le morceau précédent, ne
peut être considéré comme un sermon. C'était peut-être un canevas à
développer pour le jour des morts.
1. Ces paroles sont tirées, non de l'Écriture, mais de saint Grégoire
le Grand, s'il faut du moins s'en rapporter à la Légende dorée et à
saint Pierre Cèles tin, car je ne les ai pas trouvées dans les œuvres
imprimées de ce père. Voici ce que dit saint Pierre Célestin (Bibl.
maxima patrum, XXV, 863): « Animœ defunctorum quomodo juven
tur. — Quatuor modis,utait Gregorius, animae defunctorum solvuntur
apeccatis, oblationibus sacerdotum, orationibusjustorum, eleemosynis
charorum, et jejuniis cognatorum, unde versus
.Functis missa, preces, pietas, jejunia prosunt. »
La Légende dorée fait la citation à très-peu près dans les mêmes
termes . Cf. l'extrait suivant d'un sermon anonyme que l'on a attribué
à saint Augustin (t. V de l'édition des Bénédictins, appendix., 319) et
qui se rapporte à la fête de la Chaire de saint Pierre :
« Et quia increduli homines videntur ad superstitionemhanc2specie
esse pietatis adtracti, ostendam eis qua ratione animas defunctorum
suorum juvare utilius possint.
y> Orent quotidie pro caris suis, interpellent Dominum voce flebili,
1 A l'appui de l'une de celles que rapporte Littré {missa = missio, c'est-à-
dire renvoi [de l'assistance]), Polydore Virgile (de Inventoribus rerum, V, xr),
alléguait eu son temps une autorité qu'où ne s'attendrait guère à voir invo-
quer en pareille matière: celle d'Apulée, dans sou Ane d'or, liv. XI.
* Sur la pratique superstitieuse dont il s'agit ici, et qui est expliquée quel-
ques lignes plus bas, voy. Durand, Rationale divinorum officiorum, lib. VII,
cap. 8. C'est pour l'abolir que, suivant cet auteur, Ton fixa au même jour où
elle avait lieu la célébration de la fête de la Chaire de saint Pierre, qui, en
raisou dé .cette circonstance, était appelée autrefois « festum beati Pétri epu-
larum. »
SERMONS ET PRECEPTES RELIGIEUX 167
precentur eis errorum veniam, lapsuum remissionem,- pascant esu-
rientes, vestiant nudos, ut si quid defunctorum negligentia minus
factum est, fide viventium impleatur. Adhibeat quoque unusquisque
pro caris suis sanctorum preces, sacrificia ofïerat et sacerdotali eos
prosecutione Domino commendet hsec sunt qua? caros vestros ju-
vare possunt; hsec sunt refrigeria quiescentium, hsec remédia defunc-
torum. Gibi autem et pocula quse sepulcris superponuntur, si qua su-
perstitionis istius cura ad defunctos pertinet, kedi his m agis quam
delectari possunt Illud unusquisque vestrum agat quod superius
diximus ut per orationes, per eleemosynas, per sacrificia, per oblatio-
nes et defunctis suis prosit et ipse sibi.»
VIII.— 1-3. Ceci n'est pas dans l'Évangile, comme le prétend notre
auteur, mais dans Zacharie, i, 3 : « Convertimini ad me, ait Dominus
exercituum, et convertar ad vos. » (Première leçon de l'office du ven-
dredi après le cinquième dimanche de novembre.)
7. « quant. » Il semble^gu'il y ait quantç dans le ms. — 8. « con-
cre. » Contre-sens de notre auteur, qui s'est mépris sur la signification
de committit [commet et non confie) en ..ce passage . Je ne sais d'ail-
leurs d'où provient la citation*. 'L'auteur semble la donner comme de
l'évangile; mais on vient de vofrV et j'ai déjà. observé dans l'introduc-
tion, qu'il est peu versé, dans la connaissance de&.Écritures.
10. « e d'aquel. » Ms, ad aquelz. — 12. Ms. angeli. — 13. « et el.. .
a vos. » Ces mots paraissent interpolés. Peut-être faudrait-il corriger
trastorne. Ce serait un souhait exprimé en passant par le prédica-
teur, sous forme de parenthèse.
15-27. Cf. : « Ter in vitam edimur: primum ex utero. Alter et tertius
natalis nos e terra in cselum deducunt: divinus baptismus, quem et
alterum in vitam reditum sive Tra^eyysveiav appellamus quasi alteram
nativitatem, et tertiam quae ex paenitentia existit. » (Syncletica? scho-
lion ad S. Johannis Climaci Scalam Paradisi. (Bibl. max. patrum,
X, 421).
21. « ve tu. » Ms. vatu, ou peut-être vaiu. — 24. « meeis. » Ms.
melz.
27. Ce sermon finit si brusquement, sans prière ni invocation, qu'on
est porté à le croire incomplet. Le copiste aura peut-être oublié d'en
transcrire les dernières lignes .
IX*. — 1. Luc, il, 21 (évangile de la Circoncision)* — Ms. usque
conciperetur, en toutes lettres. Je garde usque, bien qu'il y ait ut
dans la vulgate.
1 Déjà publié par M. Paul Meyer {Jahrbuch, Vif, 83; Recueil d'anciens
textes, 40) et par M. Bartsch (Chrest. prov., 26).
168
SERMONS HT PRECEPTES RELIGIEUX
5. Ma. apelac. — 5. « e la leg. » Voy. Levit. xii, 3, et Cf. Gènes.
xvh, 10. — 6. Ms. tuz.S. Ms. charm.— 9. Ms. ero.— 11. Matth.
v. 17. —19-20. Zrwc. i, 31. vir$o n'est pas dans la Vulgate.— 20-21,
Ms. concélébras. — 22-28. Cf.:« Nam et circumcisio purgationem si-
gnificat delictorum. » (Saint Ambroise, dans le brév. romain, office de
la Circoncision, septième leçon.)» Circumcisio, expoliatio vitiornm. »
(S. Eucherii Formulée minores (Spicilegium Solesmense, III, 402).
G. Durand ( Rationale div. off., VI, 15 ): v Conferebat circumcisio
suo tempore remissionem peccatorum sicut et nunc baptismus . Unde
Gregorius: Quod apudnos valet aqua baptismi,hocagitapudveteres...
pro his qui de Abrahae stirpe prodierunt mysterium circumsicionis . >•
27. «zo es. » Ces mots que j'ai mis entre parenthèses sont proba-
blement une interpolation, à moins qu'il n'y ait ici une lacune, ce qui
paraît moins probable. — 31. « sos. » Ms. ses.
34. «fianzas. » Ms. fianas, avec un z au-dessus, que le copiste a
placé par erreur entre i et a, au lieu de le mettre après Vn. On peut
admettre aussi l'oubli d'un autre z ou d'un s à cette dernière place.
11 faudrait alors corriger jîzansas, avec M. Meyer. Mais Cf. fio (non
fizo) A I, 25. — 38. Ms. permuter ou quelque chose d'approchant.
41-42. Matth. xvi, 26. La Vulgate porte animœ suœ vero . — 43.
Ms. toz. — 44. Ms. argenz.
46. Ceci n'est ni dans Job, ni dans aucune autre partie des Ecri-
tures 4 . C'est un extrait d'un répons de l'office des morts, qui suit im-
médiatement une leçon (la septième) tirée de Job, chap. vu.
48. « amaz. » On pourrait aussi lire auiaz. M. Paul Meyer a
adopté cette dernière leçon dans son Recueil. Dans le Jahrbuch, il
avait préféré amaz.
50. Ms. venguz. — 51 . Ms. celamë.
X.— 1-2. I Corinth. v, 7-8 (épitre du jour de Pâques).
8. Ms. granz. — 10. Ms. gentz. Après mandée le ms. répète n. s.
— 11. « poble. » Voy. Exod. in, 18; v, 1, etc. — 13, Ibid. xu,3 seq.
— 19. Ms. mangaiaria. Le copiste a dû oublier d'exponctuer le g
et Y a qui le suit.
21. « aniel. » On peut lire aussi bien ainel. J'écris aniel, parce
4 Je vois ces mêmes paroles citées dans un sermon vaudois, où elles sont
données comme tirées de saint Jérôme. Mais je n'ai pas su les trouver dans les
œuvres de ce père : « E sant Jérôme di que si tuit li parent d'alcun home
local fo danna, donesan totas las cosas lascals son al mont, illi.non poyrian
deiliorar luy : car en enfern non a alcuna redention. » (De la temor del Sç-
gnor, dans Léger, 1. 1, p. 32.)
sermons et préceptes religieux 109
que plus haut, 1. 13, le même mot est écrit très-netlement aniel dans
le ms. — Ms. mqes avec un tilde sur le q. Peut-être vaudrait-il mieux
lire marqeset corriger marquas. Mais l'ancien français avait la forme
masculine merc, et je vois merques employé comme masculin pluriel
dans un texte en français, écrit à Limoges au XVII e siècle. Cf. Exod.
xu, 7 et 13.
22. Ici se termine le folio 21 du ms. Le suivant a été coupé; il
devait contenir la fin de ce sermon et le commencement du suivant,
peut-être encore un autre sermon complet entre les deux. C'était le
premier du deuxième cahier du recueil .
XI. — 1. Les paroles d'Isaïe par lesquelles commence ce fragment
se lisent à l'office du Mercredi Saint ; le reste fait allusion à un autre
passage du même prophète qui forme deux leçons du jeudi après le
premier dimanche de l'A vent. Mais il est possible, comme je l'ai dit
dans l'Introduction, que ce ne soit pas là un sermon de tempore.
1. Isai. lviii, 3: « torcular calcavi solus. » — Ms. sols. — 2. « ra-
zims. » Isai. v, 2: « et expectavit utfaceret uvas et fecit labruscas . »
— 3 « Las flamas. » Ces mots, que j'ai mis entre parenthèses, sont
probablement à supprimer : le copiste, après les avoir écrits, par er-
reur, pour las felunias, sé sera repris et aura oublié de les effacer.
Il doit y avoir aussi une lacune. Cf. ce passage d'un sermon d'Hil-
debert, évêque du Mans (f 1134), sur la pénitence : « per uvas, bona
opéra; per labruscas, occidua et mala. » (Serm. xxvm, col. 472 de
l'édit. Migne.)
4. « nivols. » Isai. v, 6: « et nubibus mandabo jie pluant super
eam imbrem, » ou peut-être lx, 8: « qui sunt isti qui ut nubes volant
ad cœlestia? » Cf. le passage suivant du même sermon d'Hildebert :
Nubes sunt apostoli et alii praelati qui defendentes ab sestu vitio-
rum, compluunt gratiam divinam peccatoribus. Unde Isaias: « qui
sunt isti, etc. »
9. seq. Cf.: « Quid de falsis judicibus? de illis ait Dominus per
Isaiam : « Vse qui dicitis bonum malum, ponentes amarum dulce et
dulce amarum. . . » Similes sunt Judae qui vendunt veritatem; veritas
autem est Deus. Unde ait: « Ego sum via, veritas et vita. » (Hilde-
bert, ibid.)
10. Ms. isaisas. — 12. Isai. v, 20. — 15. Joan. xiv, 6. a veritas.»
Ms. veritat,
15 seq. « Tria sunt, etc. » Cf.: « Tria sunt gênera pauperum.
Coacti, qui vellent multa habere. Alii qui omnia relinquunt. Unde ait
Petrus : « Ecce nos reliquinius omnia et secuti sumus te. » Alii qui ex
voluntate sunt pauperes, ut ait David : « Divitiae si affluant, nolite
cor apponere »; et illorum est regnum cselorum, quia sunt pauperes
spiritu. » (Hildebert, ibid., 415.)
170 SERMONS ET PRECEPTES RELIGIEUX
19. Matth. xix, 27. Ms. relinquimus. — 24. Ms. voluntaz.
XII. — 1 -3. Luc. ii, 22-23 (évangile du jour de la Purification.)
4. « ella leg. » Voy. Lêvit. xii. Pourquoi cette prescription de la
Loi? Notre sermonnaire ne le dit pas; mais saint Eloi va nous l'ap-
prendre. On lit dans la deuxième homélie de ce saint pour la fête de la
Purification (Migne, LXXXVII,598): « Siautem quseritur juxta litte-
ram cur mulieris et pueri purgatio quadraginta diebus impleatur, in
partu vero puellée 80 dierum spatio tempus prolongetur, sciendum est
quia in masculi parturitione tôt diebus purgatio peragitur quot diebus
homo in matris utero formatur : humanae vero conceptio sic perfici dici-
tur ut primis sex diebus quasi lactis habeat similitudinem; sequentibus
novem convertatur in sanguine m ; deinde duodecim diebus solidetur;
reliquos duodecim, usque ad perfecta lineamenta membrorum forme-
tur; et hinc jam reli quo tempore usque ad tempus partus magnitu
dine aug eatur. Sex autem et 9 et 12 et 12 in unum coacti faciunt 39.
Si ergo minorem numerum infra majorem concludas, videris prsecep-
tum esse tantis pene diebus hominem mundari quot formatur in utero.
Pro femina autem hic numerus geminatur: quia ( ut aiunt physici )
fluxus sanguinis pro masculo est septem dierum, pro femina quatuor-
decim: ut quanto ex sexu infirmior, tanto sit ipsa nativitate inquina-
tior ; unde quatuordecim diebus immunda fieri, et 66 ab in gressu tem-
pli prsecipitur suspendi.
» Porro 14 et 66 faciunt 80, in quo (sicut diximus) numerus supe-
rior duplicatur: a patribus vero talis ratio redditur: ideo mulier ma-
jori subjacet maledictioni, quia femina primum seipsam, deinde et vi-
rum decepta decepit. »
Guillaume Durand ( Rationale div. off., VII, 7) donne une raison
un peu différente : « Prrccepit Dominus die xl. puerum in templum
offerri ad notandum quod sicut die xl. in materiale templum ducitur,
sic in xl. a conceptione, ut ssepius, anima infunditur in corpus, tan-
quam in suum templum, prout in Historia scholastica dicitur, quam-
vis physici dicant quod in xlvi. corpus perficitur. » Ceci concerne les
enfants mâles, car les filles n'étaient présentées au temple, comme on
vient de le voir, que le quatre-vingtième jour de leur naissance. Du-
rand, au même endroit, explique également pourquoi : « Nam in xl.
diebus corpus masculi organizatur et perficitur et in quadragesimo
infunditur anima, ut sœpius ; corpus vero feminse octoginta diebus
perficitur, et in octogesimo anima inspiratur, ut ssepius. »
Après toute cette physiologie, le lecteur ne sera peut-être pas fâché
de lire ici une autre explication, non plus juxta litteram, comme
celle de S. Eloi, mais purement mystique, des paroles de la Loi. C'est
Raoul Ardent, l'éloquent prédicateur poitevin du Xle siècle, qui nous
SERMONS ET PRÉCEPTES RELIGIEUX
171
la donnera (Hom. xn , in purif. B. Mariœ Yirginis) : « Moraliter
vero, anima fidelis quse, suscepto Verbi Dei semine, fructum masculœ
et sanctae vitae intus concipit per bonam voluntatem, et exterius pa-
rère incipit per bonam operationem, non staLimse mundam, sed. po-
tius immundam reputare débet. Quia quis quantumcumque justus glo-
riabitur mundum se habere cor? Débet ergo se immundum ante Dei
oculos reputare, et praecipue dum adhuc ejus conversio nova est et
rudis, quam débet in octava, id est in fide et pro fide resurrectionis, a
veteri et vana consuetudine circumcidere, sed et etiam per quadra-
ginta dies, id est pertotum vitae praesentis cursum, se débet praete-
ritis peccatis per pœnitentiam et disciplinam purificare, et lacrymis,
partim de recordatione peccatorum, partim de desiderio patriae cae-
lestis natis, se lavare, donec, consummata praesenti vita, fructum
suum cum sacramento agni immaculati et castitate turturis, et inno-
centia columbae, templum patriae caelestis mereatur introire. Anima
vero quae feminam, id est, mollem voluntatem concepit, et operando
mollem vitam peperit, duplo quam alia majori indiget purificatione,
et per quadraginta dies, id est per totam praesentem vitam non digne
purificatur. Sed et etiam post mortem in purgatoriis locis purificatur
donec octogesimo die, id est, in resurreetione, plene purificata, in
templum aeternae beatitudinis admittatur. »
13. « Per aqiielz auzelz... »Cf. St Éloi (loc. cit). « Columba simplici-
tatem, turtur signifîcat castitatem. Harum quoque avium utraque pro
cantu habet gemitum, unde non incongrue lachrymas désignât bumi-
lium. » St Grégoire le Grand, faisant allusion au même endroit de
levangile, dit pareillement {Moralités sur Job, 1. XXXII, ch.3):« Sci-
musquia columbarumpullivel turturespro cantu gemitus babent. Quid
ergo per duos columbarum pullos vel duos turtures nisi duplex pœni-
tentise nostrse gemitus designatur?» On peut voir d'ailleurs, sur ces
deux oiseaux et leur symbolique, les bestiaires déjà cités, particulière-
ment le traité de Bestiis de Hugue de St- Victor. « Prima vero columbio
proprietas est », y est-il dit (cap. xi ), « quod pro cantu genitumpro-
fert. ..columba pro cantu utitur gemitu, quia quod libens fecit, plan-
gendo gémit. » Et plus loin (cap. xx-xxv) : « ... Sub exemplo tur-
turis teneas munditiam castitatis Notum compluribus esse reor
naturam turturis esse talem, ut si semel socium amiserit, absque so-
cio semper eat. . . . Vox turturis est dolor laesae mentis. Vox turturis
gemitum désignât cujuslibet animas penitentis. » — Comme la colombe
était la figure de la pénitence, le corbeau, à cause de son croassement,
était celle de l'endurcissement dans le péché : « Respondes forte »,
lit-on dans un sermon anonyme imprimé à la suite de ceux de Bède
(VII, 366), « cras convertam. 0 vox corvinal. . . Corvus non rediit ad
arcam, columba rediit. »
172 SERMONS ET PRÉCEPTES RELIGIEUX
18. « aizo. » On lit plutôt alzo dans le ma. — 19. Luc. n, 29-30. —
Ma., quant, — 27. Ma. sans. — 28. « E la candela. . . » P. de Cor-
biac, Tesaur, v. 38-40, 8e 8ert de la même comparaison pour expli-
quer la Trinité. Ne pas oublier que la fête de la Purification eat la
même que la Chandeleur. « Ceste feste, dit Maurice de Sully (Bou-
cherie, op. cit., 47), eat apelée la Chandelora por ceu que li cres-
tien e les creatienes portent hui cirea e chandele8 en lor mains en
sainte iglese e offrissent lea en l'onor de la mère De Fesom la
Chandelor issi que nos aiom luminaires que nos portom en noz mains,
e sachez ceu signifie l'amor de sainte Trinité. La cere virge signifie
la sainte humanité que Dex prist en la Virge Marie. La lumere de
desus signifie la gloriose deîté noatre Seignor qui eat durable. Cest
cirge merveillo8 qui enlumene tôt le monde tint hui saint Symeon
entre sea mains, autreai noa beaoignereit que nos aguiaaom De cum
a saint Symeon, e nos l'avom e tenom, si en nos ne remaint. » Ive
de Chartres, dans* un sermon sur la même fête (Migne, CLXII, 575),
explique d'une façon assez élégante la raison de cette symbolique :
« Sicut enim caro Christi de mundissimo et bono odore virtutum re-
ferta carne processit, et nec in concipiendo, nec in^egrediendo matris
integritatem violavit : sic cera quae hodie gestatur fidelium manibus,
de mundis et odoriferis floribus collecta fructua est apia, virginis
videlicet animantis, cujus, sicut legitur 1 , sexum nec masculi violant
nec fétus quassant. » La même explication est donnée dans beau-
coup d'autres sermons de cette époque. Les prédicateurs plus anciens,
comme saint Éloi (Migne, LXXXVII, 602), s'attachent de préférence
à instruire leurs auditeurs de l'origine de la cérémonie, qui serait
simplement, d'après eux, le lustre des Romains « ritum gentilium in
melius commutatum », comme dit Durand (1. VII, c. vu), auquel je
renvoie pour les détails. Voy. aussi Jean Beleth, Divinorum offi-
ciarum explicatio, chap. lxxxi. Cf. les sermons 56 et 57 d'Hildebert
(Migne, 611-623), dans lesquels presque tous les détails de notre ser-
mon se retrouvent, amplement développés le plus souvent, mais quel-
quefois identiques 2 .
32. Ms. que. — 32-33. Antienne et verset alléluiatique de l'office
de la Purification.
* Cf. Hugue de S. Victor, de Bestiis, lib. III, cap. xxxvin, et Brunetto La-
tini(l. I, part. V, chap. clv), qui ne fait guère que traduire ce dernier. Je ne
trouve rien sur cette particularité de l'histoire de l'abeille dans les autres bes-
tiales à ma portée. Le Physiologus latin ne parle pas de cet insecte.
2 Par exemple (Cf. 1. 34-35): « Expurgemus ergo templum mentis nostrœ,
ubi veaientem Domiuatorem nostrum recipiamus. » (Serm. 57.) Cf. aussi le
commencement du sermon 56: « Consuetudo erat, fratres charissimi, in veteri
ege, etc.. . »
SERMONS ET PRÉCEPTES RELIGIEUX 173
XIII *. — 1-2. Joël n, 12-13 (épitre du mercredi des Cendres). —
1. « vestro. » Ms. m., ce qui serait pour meo. — 3. « fraire. »
Ms. f. r. 6-7. Psalm. l, 19. -»9. Psalm. xxxvi, 27. —10-11.
Zachar. i, 3. — 11. Ms. tornas. — 11-12. « a vos. » Ms. adv. —
13. Ms. cars avec un tilde sur ar. — « desmar. » Le passage sui-
vant de saint Grégoire le Grand (Homélie xvi) expliquera l'emploi de
ce terme: « Quia ergo percarnis desideria Decalogi mandata contem-
simus, dignum est ut eamdem carnem quaterdecies affligamus. Quam-
vis de hoc quadragesimse tempore est adhuc aliud quod possit intel-
ligi. A prsesenti etenim die (les Cendres) usque ad paschalis solem-
nitatis gaudia sex hebdomadae veniunt : quarum videlicet dies qua-
draginta duo fîunt. Ex quibus dum sex dies dominici ab abstinentia
subtrahuntur, non plus in abstinentia quam triginta et sex die réma-
nent. Dum vero per trecentos et sexaginta quinque dies annus duci-
tur, nos autem per triginta et sex dies affligimur, quasi anni nostri
décimas Deo damus ; ut qui nobis metipsis per acceptum annum vixi-
mus auctori nostro nos in ejus decimis per abstinenciam mortifice-
mus. Unde, fratres carissimi, sicut offerre in lege jubemini décimas
rerum, ita ei offerre contendite et décimas dierum. » Un auteur grec
du même temps ou un peu antérieur, l'archimandrite Dorothée, trai-
tant ce même sujet, montre, par un calcul très-précis, que la dîme en
question est bien en effet le dixième, et le dixième mathématique des
365 jours de Tannée, soit 36 jours 1/2. (Bibliotheca maxima patrum,
V, 933) . Pour plus de détails, voyez le Rationale divinorum offi-
ciorum de Durand, lib. VI, cap. 28.
14. II. Corinth. vi, 2 (répons et antienne de l'office du premier di-
manche de Carême). — 15. « la propheta. » C'est saint Cesaire qui dit
cela et tout ce qui suit (sauf le prétendu passage d'Isidore intercalé),
dans une homélie qui a été attribuée à tort à saint Augustin (édit. des
Bénédictins, t. V, appendix, 252-253). Ce dernier avait dit :« Vis orâ-
tionem tuam volare ad Deum? fac illi duas alas, jejuniumet eleemo-
synam. » (T. IV, 370.) Il semble qu'il y ait une lacune après salut (ou
peut être après propheta). Cf. ce passage d'un sermon de Raban Maur
(f 856), qui s'inspire comme le nôtre de celui de saint Cesaire et le re-
produit en partie : « Sed forte aliquis in corde suo dicit: vellem qui-
dem jejunare sed non possum. . . . Nam et in hoc do consilium : ergo
si non potes jejunare, eleemosynam tribue ; et quanto infirmior es in
uno, tanto largiorsis in altero. Bonum est jejunare, fratres, sed melius
est etc. » (ffomiliax, in dominica n quadragesimœ, Migne CX, 23.)
17. Ms. dornar. Faute causée par almorna, qui suit? — 18. «nihil.»
Le ms . donne seulement ni., qui ne peut être que nihil, indiqué d'ail-
» Cf. A VIII.
13
174
SERMONS ET PRÉCEPTES RELIGIEUX
leurs par le prov. nienz. Mais il y a nullum bonum est dans le texte
imprimé de saint Cesaire. — 19 et 20. Ms. dejunz.
20. Notre auteur avait peut-être trouvé ces paroles rapportées dans
Isidore; mais elles sont tirées de la Bible (Eccli. m, 33), d'après la
version admise dans le Bréviaire romain (offices du mercredi et du sa-
medi delà première semaine de Carême, répons). La Vulgate donne :
«... et eleemosyna resistit peccatis. »
22-23. Saint Césaire, ibid. La citation est d'ailleurs inexacte. C'est
le contraire qu'a dit saint Césaire : « quia taie est jejunium sine elee-
mosyna qualis sine oleo lucerna 4 », ce qu'un anonyme du XIII e siècle
a ainsi traduit en provençal 2 : « Aitals es dejuns ses charitat cals es
lampeza ses oli. »
23. <l sine. Ms. si nô. — 24. « Vos dizez. . . » Cf. Raban Maur (loc.
cit.): « Sed forte hsec audiens aliquis apud se ita cogitât, dicens :
vellem eleemosynam dare, sed non habeo omnino quod tribuam. Illis
ergo qui non habuerint unde tribuant, sufficit voluntas bona, secun-
dum illud quod scriptumest: Gloria in excelsis Deo et in terra pax
hominibus bon» voluntatis. » — 29. Ms. prântâte.
XIV 3 . — 1-2. MaUh. xxi, 5 (évangile du dimanche des Rameaux).
Cf. Zachar. ix, 9.
8. « e cavalgat sobre amdos.» Cf. Hildebert, sermon xxxi (Migne,
490) :« Sedens super asinam et pullum filium subjugalis.îAj&tice hoc
totum dictum est. Non enim realiter potuit hoc impleri, quod super
utrumque sederet Asina subjugalis significat Judseos, quierant
sub jugo legis, legati multis praevaricationibus et multis peccatis.
Pullus asina}, populus gentilis. . . Missi sunt duo discipuli, qui sunt
duo gênera praedicatorum, qui directi sunt ad duas gentes: Paulus
et Barnabas missi sunt ad gentes ; Petrus et alii prœdicaverunt in Ju-
dsea. Solvit eos. Super illos solutos Dominus sedet, quia per inhabi-
tantem gratiam in cordibus illorum requiem habuit. »
*9. « El pogra cavalgar caval o mul, etc. » Cette remarque naïve
en rappelle une autre du même genre qu'on lit dans un sermon pié-
montais, contemporain ou à peu près du nôtre : « Lo nostre seignor,
si el voles, el pogra ben eser na d'una reina e en beil palas de mar-
mor. Mas el vole naiser en una grepia d'asen e de boi. » (W. Fœrster
1 11 ajoute, pour expliquer sa comparaison : « Nam sicut lucerna, quœ sine
oleo accenditur, fumigare potest, lucem habere non potest ; ita jejunium sine
eleemosyna carnem quidem cruciat, sed caritatis lumine animam non illus-
trât. »
s Dans la version provençale de l'espèce d'anthologie morale intitulée Liber
scintillarum. Voy. Bartsch, Chrest., 232,
» Cf. B II.
SERMONS ET PRECEPTES RELIGIEUX
175
Gallo-itàlische Predigten, dans les Romanische Studien, IV, 31.)
Cf. d'ailleurs, sur notre sujet même, le passage suivant d'Haymon,
évêque d'Halberstadt (f 853), hom. 63, in dominica palmarum (Mi-
gne, CXVIII,353): « Juxta litteram quidem humilitas magna Salva-
toris commendatur, qui Jérusalem tend'ens, non equo superbo neque
phalerato invehi voluit, sed potius asinam et pullum ejus, vilia sci-
licet animalia, ad sedendum quaesivit »
14. Ce détail (li efant) est pris des antiennes de l'office des Ra-
meaux: « pueri Hebraeorum tollentes ramos olivarum. . . pueri He-
brœorum vestimenta prosternabant. » Cf. les Gesta Pilati, cap. i, 3
(Tischendorf, Ev. apoc, 339-40).
16-18. Cf. Hildebert, sermon xxxui (Migne, 505): « Turba autem
plurima quse vestimenta sua in via stravit, innumerabilem multitudi-
nem martyrum significat, qui se proprio exuentes vestimento, sim-
plicioribus viam faciunt, qua ad visionem pacis (c'est l'interprétation
mystique de Jérusalem*) pervenire valeant. » — 18. Joan. xiv, 6.
20. Cf. Hildebert, sermon xxxn (Migne, 501): a Alii csedebant ra-
mos de arboribus et sternebant in via. Hi sunt qui a sanctis Patribus
sumentes exempia, aliis etiam normam bene vivendi proponunt. »
Saint Grégoire (Homélie v sur Ezëchiel), Bède (VI, 273), et en géné-
ral les sermonnaires du moyen âge, sauf quelques variantes et diffé-
rences dans le détail, donnent les mêmes explications. — Peut-être y
a-t-il une lacune après signifie* (cf. pourtant le passage correspon-
dant de B II); ce sont, en effet, les rameaux eux-mêmes, comme on
le voit par les autorités citées, et non ceux qui les jetaient, qui sym-
bolisent les prophètes ou les pères.
22. Ms. dix. — 22-23. Psalm. vin, 3.— 26-27. Luc. xiv, 11.
29. On lirait aussi bien àbalsa dans le ms. C'est une forme pos-
• sible et qui donnerait un sens acceptable (précipite). Mais cf. plus
haut, XII, 13, alzo pour aizo.
31. Ms. clemet.
XV. — 1-3. Luc. i, 26-27 (évangile du jour de l'Annonciation). —
« a Deo. » Ms. adôc.
4. « Matheus. » Il faudrait Lues. — « sanz. » Ms. sâc.
11-13. Cf. Saint Jérôme, Comment, sur StMatth. (septième leçon
de l'office de saint Joseph): « Quare non de simplici virgine, sed de
1 Cf., chez le troubadour Lanfranc Cigala (Si mos chans fos):
C'aitan vol dir per drech' alegoria
Jérusalem com vizios de palz.
Rayuouard (Choix, V, 245) et M. Mann (Werke der Troubadours, liî,
125), qui n'ont pas compris ce passage, impriment: c'om viz jos de patz.
176 SBRMONS ET PRECEPTES RELIGIEUX
desponsata concepitur? Primum ut per generationem Joseph, origo
Mariae monstraretur ; secundo, ne lapidaretur a Judseis ut adultéra ;
tertio ut in Egyptum fugiens haberet solatium. » On peut voir tous
ces motifs développés en vers provençaux par Matfre Ermengaud dans
son Bremari oVamor, v. 12139-70*. Notre sermonnaire pensait aussi
peut-être à saint Augustin, qui sur le même sujet s'exprime ainsi (de
Sancta Virginitate, cap. iv) : « Desponsata est viro justo, non vio-
lenter ablaturo, sed potius contra violentes custodituro quod illa vo-
verat »; et ailleurs (serm. ccxxv): « illa quia proposuerat virginita-
tem et erat maritus ejus, non ablator, sedcustôs pudoris: immo non
custos, quia Deus custodiebat, sed testis pudoris virginalis fuit ma-
ritus, ne de adulterio gravida putaretur. » Même idée dans saint Am-
broise (Expos, evang. sec. Luc. lib. 1): « Cur autem non antequam
desponsaretur impleta est ? Fortasse ne diceretur quod conceperat
ex adulterio .... maluit autem dominus aliquos de suo ortu quam de
matris pudore dubitare. » Moins affirmatif que ces Pères, un autre
écrivain ecclésiastique, Bruno d'Asti (Bibl. max. patrum, VI, 692)
s'exprime ainsi, dans un de ses sermons, sur ce sujet délicat: « Pri-
mum autem quaerendum est cur beata Maria desponsata fuerit? qua?
ante partum virgo, in partu virgo, post partum virgo,numquamvirum
cognitura erat.Multae ex hoc rationes reddi possunt. Si enim virum non
habuisset et gravida videretur, nulla excusatio subvenire posset,
ut quasi adultéra non lapidaretur. Quis enim ei crederet sine viro con-
cepisse? Quis ei crederet de Spiritu Sancto ejus uterum intumuisse?
Erat enim hoc inusitatum, inauditum et sine exemplo. Melius ergo
fuit ut semper virgo, ad tempus non virgo putaretur, quam ut accu-
sata secundum legem lapidaretur. Non enim violatur virginitas falsa
opinione. Occiditur autem innocens plerumque falsa accusatione.
Poterat enim Dominus et aliter matrem suam non solum ab injusta
damnatione, verum et a falsa opinione defendere, si vellet. Cur autem
haec magis voluerit, ipse scit, non ego. Sic ei placuit, placeat igituret
nobis.»
14. Luc. 1, 28. — 16. Ms. diz. Je corrige à cause de ac. — 17.
4 Le même Matfre donne plus loin (vv. 32698-703) une autre raison, un peu
inattendue, et que je ne me rappelle pas avoir vue ailleurs. C'est pour ho*
norer le mariage que Dieu voulut naître de l'épouse de Joseph :
Encaras en altra guia
Mostret be Dieus quelh plazia
Matremonials estamens,
Quar no vole venir autramens
En la Vergis precioza,
Tro fo de Josep espoza.
SERMONS ET PRÉCEPTES RELIGIEUX 177
Luc. i, 34.— 19. Luc. i, 30-31.— 21. Luc. i,38.— 28. « seu. »Ms.
sei (fin de la ligne).
XVI 1 . — 1-2. La première moitié de ce texte, jusqu'à injuste, est
le début d'un répons de l'office du lundi saint. Le reste, tiré, de Jé-
rémie(xi, 19), est un capitule des offices de la semaine de la Passion.
Seulement venite n'est pas ici à la même place que dans le Bréviaire,
qui le met devant mittamus.
6. Ms. paussessol. — 8. Ms. menoro. — 9. Matth. xxvn, 5 (évan-
gile des Rameaux). — 11. domentre . Ms. dômtre avec un autre tilde
sur Ym. — 12. Ms. delzio, peut-être pour deizio. Cf. Matth, xxvi, 68
(évangile des Rameaux).
15-16. Psalm. xxj, 17-18 (se chante le Vendredi Saint).
18. Ms. los. — ; 19. Ms. criz. — 21-22. Psalm . lxviii, 22 (se chante
le Jeudi Saint). — 22-23. Corr. e heure devj— 23. Joan. xix, 30
(évangile du Vendredi Saint). — 25. Joan. xix, 34 (id.).
27. Ms. liaaltre signifio.
XVII 2 1-2. I Corinth. v, 7(épitre du jour de Pâques). — 3.Ms.
aupostolus. — 3. « [siam]. » Cf. B IV, 3. Peut-être vaudrait-il mieux
ne rien ajouter et lire : « si con em ferm (ms. co nëferm) et arosat...»
Une faute d'impression a rendu ce qui suit inintelligible. Lisez:
«. , .apelam levam. Del peccat Adam. . .» — 8. Suppl. [e] devant nos
donet? ou corr. novel[s]f
9. Ma.qnz, avec le signe de 17 sur le q. — 10-11. Psalm. xxxi, 3.
12. « quar.» Corr. quant Ms. quarcidavo.
13. Psalm. l, 7. — 15. Psalm. xxxvm, 10. — 16. Psalm. eu, 5. Il
y a aquilœ dans la Vulgate. Sur ce prétendu rajeunissement de l'ai-
gle, on peut voir les divers bestiaires mentionnés dans les notes du
premier sermon, à propos de l'aspic, et, de plus, le Physiologus en
vers imprimé parmi les œuvres d'Hildebert (Migne, CLXXI, 1217),
mais dont l'auteur véritable est Théobald, abbé du Mont-Cassin
(1022-1035).
Il y a dans la légende de cet oiseau un singulier rapport avec la
<( fontaine de Jouvence. » Barthélémy de Glan ville {de Proprietatibus
rerum)en parle ainsi, s'appuyant sur Pline. Je cite la traduction pro-
vençale 3 : « E quan ha per vilhuna els uelhs escurziment e las alas la
greujo, per natural doctrina quer una viva font, et après monta tan
naut que plus no pot, per que tribalhan prenga escalfament, e lavetz
relaxa las alas e descen soptamen en la font viva et après muda de
pluma e ve clarament. E quan per vilhuna ha tan corp lo bec que ab
* Déjà publié par M. Paul Meyer (Recueil, 41). — * Cf. B IV,
3 Archiv fur das Studium der neueren Sprachen, t. LV, p. 294-295.
178
SERMONS ET PRÉCEPTES RELIGIEUX
dificultat sa pastura no pot pendre, es tan engenhoza que tant fier
e fregal bec ab una peyra entro quel ha apte per pendre sa vianda
et ayshi rejovenish. » Hugue de St- Victor ne parle que de ce dernier
point, qu'il interprète ainsi :« Petra est Christus, aquila quilibet jus-
tus, qui ad petram rostrum acuit, dum seipsum Christo per bonam
operationem conformem reddit. » Au contraire, le Physiologus latin,
publié par le père Cahier, ainsi que le Physiologus grec (Sipicil. So-
lesm., III, 344), ne fait mention que du premier point; mais là l'aigle
vole jusqu'au soleil et s'y brûle les ailes : « . . . Tune quserit fontem
aquae, et contra eum fontem evolat in altum usque ad aerem solis ; et
ibi incendit alas suas, simul et caliginem oculorum exurit de radio
solis. Tum demuin descendens in fontem, trina vice se mergit; et
statim renovatur tota, et in aiarum vigore et oculorum splendore,
multo melius renovatur. » Suit l'interprétation mystique : « Ergo et
tu homô, sive judaeus, sive gentilis, qui vestitum habes vetere (sic)
et caligant oculi cordis tui, quaere spiritualem fontem domini, qui
dixit (Joan. m,3):Nisi quis renatus fuerit ex aqua et spiritu
sancto, non potest intrare in regnum cœlorum. *Nisi ergo baptizatus
fueris in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti, et sustuleris cordis
tui oculos ad Dominum qui est sol j ustitise tuae ; tune renovabitur
sicut aquilae juventus tua. » Saint Jérôme, ou du moins l'auteur ano-
nyme de YEpistola ad Prœsidium de cereo paschali, imprimée parmi
les œuvres de ce père, dit déjà à peu près la même chose : « Aquila
quando senuerit, gravantur ipsius pennse et oculi, quseritque fontem,
et erigit pennas et colligit se in calorem et sic oculi ejus sanan-
tur, et in fontem se ter mergit, et ita ad juventutem redit.» (Edit. des
Bénédictins, V, 148). — Voir aussi Bochard, Hierozoicon, part. II,
liv. II, chap. i, col. 167-8 de ledit, de Londres, 1683.
21. Marc* xvi, 6. — Ms. iàc (abréviation de Jésus). — 28. Ms.
profeic.
XVIII. — 1-2. Luc. xxiv, 27 (évangile du lundi de Pâques).
6. Ms. issoro. — 7. « sanez. »Ms. scanz. — 13. Ms. sabez. — 14.
Ms. a sapia. — 15. Peut-être, au lieu de suppléer de } eût-il mieux
valu corriger nazareu, adjectif qui se trouve ailleurs et correspond
au latin nazareum. — 17. Ms. nostras. — 18. Ms. cridavam. Cor-
rigé d'après Luc. xxiv, 21 (nos autem sperabamus . . .) . Ms. ploble.
— 21. Ms. solome.— 31. Cf. Luc. xxiv, 32. — 36. Luc, xxiv, 29.
— « est. » Ms. o. — 38. Ms. benediz lo. — Ms. el loc partie. Ci-
tons ici, en passant, la remarque singulière que fait Olivier Maillard,
à propos de cette fraction du pain, dans son sermon sur la même
fête :« Christus non portabat gladium, et tamen ita perfecte scindebat
panem quod non cadebat una mica [quando manducabat panem. »
SERMONS ET PRECEPTES RELIGIEUX 179
39. Ms. tuala. — aizo, contraction de a aizo; ou faut-il suppléer la
préposition? Cf. dans C, IY, 4 et 21.
40. Ms. evanor. — 45. « no. » Corr. no[l]f
48- 56. « Era, seinor. . . » Cf. l'extrait suivant d'une homélie pour la
même fête, que je vois attribuée à la fois à saint Grégoire le Grand
(édit. des Bénédictins, I, 1538) et à Raban-Maur (Migne, CX, 144):
« Eum ad hospitium quasi peregrinum vocant. Cur autem dicimus
vocant, cum illic scriptum sit : Et coegeruht eumt Ex quo nimirum
exemplo colligitur quia peregrini ad hospitium non solum invitandi
sunt, sed etiam trahendi. Mensam ponunt, cibos offerunt, et Deum
quem in Scripturœ sacrœ expositione non cognoverant, in panis frac-
tione cognoscunt. . . Ecce Dominus non estcognitus dum loqueretur,
et dignatus est «ognosci dum pascitur. Hospitalitatem ergo, fratres
carissimi, diligite, caritatis opéra amate. »
49- 54. Ce passage (gran merces, . . . no pod) a été, on l'a vu plus
haut, interpolé au milieu d'une phrase du sermon I. 11 y a été tran-
scrit un peu plus correctement qu'ici: gran y est muni devant les
deux substantifs du z flexionnel ; per re s'y lit en toutes lettres ; en
revanche, le copiste a écrit disset au lieu de disses, et rejeté dans
sapiat le z maintenu ici. Lo y manque comme ici, ce qui doit faire
supposer que ce pronom manquait aussi dans l'original. Ces remar-
ques ont quelque utilité en ce qu'elles pourraient servir d'indication,
sur un point assez important, à celui qui voudrait tenter de restituer
le texte original. J'y reviendrai dans l'étude philologique qui suit ces
notes.
57. Luc. xi, 41 (offices du mercredi et du samedi de la première se-
maine de carême). Le ms. intercale d. d. après elemosinam. — 58.
« diz. » Ms. die. — 59. Ms. perdonatz. — 60. Eccli. m, 33. Cf. plus
haut sur XIII, 21. — 61. Ms. dalmorna.
64-67. La fin de ce sermon paraît corrompue. Le copiste a dû tout
au moins oublier quelque chose, après él ou le premier arbergar, et
après don a far ou misericordia .
65. « lo. » Ms. los. Le copiste, qui avait écrit d'abord nolopocam,
a,mis ensuite, par erreur, une s en interligne après le second o, comme
après les deux autres.
C. C
(A suivre.)
LE MYSTÈRE DE SAINT EUSTACHE
(Suite)
Respiciat eum
Mayre de Diou! que sias rosier!
1380 Tu tiras lo cul tant areyre !
E pueys après tu poas ben veyre
Que trop tiras la terro ver tu.
Hbst[at]ixjs. — You fauc so que say, si Diou m'aju,
Ni autroment non sabo far.
1385 Bubulcus. — Amie, vuelhas-te affanar,
Car vauc far lo laborage.
Pren-te de pan e de fromage,
A ton bon plaser.
Heustacius. — En tout you farey mun de ver.
Recédât.
1390 EUàs mi, paure ! que farey ?
Cosint jamays me affanarey,
Qui lo tens de toto sa vio
Ha istà prince en chavalario
E ha preys grant plaser
1395 D'eser en chaso ou en guero.
Euro me chai affanar
Per mun paure de pan guagnar.
Elas mi ! paure marri !
You soliouc esser servi !
1400 Ë mantenent me fauc servir !
Lo veray Diou de Paradis
Me aleouge mas dolors !
[59] Inperator. — An[a]vant, dux, princes e barons,
Avé-vous ouvi, entre vous,
1405 Dal prince de chavalario,
Ont eys ni en quai partio?
Si per ren la se poiré far,
LE MYSTÈRE DE SAINT EUSTACHE 181
Aquel prince volriou trobar ;
El governario sayoment.
1410 Magister domus. — El ero sage e valent.
Mas, mon segnor, el s'eys meyrà,
Ni non saben ont eys anà,
Per lo mont, en quai partio.
ïnperator. — Si nengun trobar lo poyo
1415 Grant mestre lo fariouc, say ins.
El ourio x milio florins ;
Car nostre inperi pro perdé
Cant aquel se despaysé.
Ha si nengun que ley ane de gra?
1420 Anthiochus. — Segnor, iou soy aparelhà
De annar serchar uno grant terro
Per défendre vous de guerro
E anarey, et jus et sus,
Tant you, como Agachius.
1425 Si sello troben, el venré.
[60] Ïnperator. — E pueys qu'el fort se defendré,
Non leysé per ren qu'el non vegno ;
Per grant benefici que tegno.
Prené de Tor et de l'argent
1430 E anà-vous-en joiosoment.
Trésorier, vay lour beylar
Quen trésor que vuelhan portar,
Non istar gayre.
Magister domus pro thesaurario .
Thesaurarius. — Tantost saréfach, mon dous payre.
1435 Vené say, valens compagnous ;
Anà-vous solés entre vous dous,
0 que faré ?
t
Agachius. — Baylo d'argent, e queso-te ;
Non metan lo tenps en parlar,
1440 Car la nous faut achaminar
E far de mun segnor lo cornant.
LE MYSTÈRE
Thbsaurarius. — Àr say, say, venes avant;
Volé-vous or ho volé argent,
Car vous Touré tôt de présent?
1445 E si volé argent de bilhun,
Vous n'ouré un carteyron,
E'ncare plus.
Anthiochus. — Nqus volen aver mil [e]scus t
E pueys faren bon visage,
1450 En fazent nostre personage
Entre nous dous.
[61] Tesaurarius. — Ar say, garsons,
Sus, sus, prené vostro besogno,
De tantistar eys grant vergogno.
Tradat.
1455 Conta : un, dous, trieys, quatre et sey t 1 son sine .
Agachius. — On treys eytant saren vint.
Tesaurarius. — Sieys, set, vin, ix et des.
Anthiochus . — Tem pur ment que venré après.
Tesaurarius. — - E des son vint, e vint son quaranto.
1460 Agathachius. — Regardo pur cant nos en manco.
Tesaurarius . — Ar tené ! vé n'eysi sine sens.
Anthiochus. — Trop lous nos baylàs ensens;
Mas davant que lo jort sio passa
You sabrey si nos as barratà
1465 En ta malo streno.
Thbsaurarius. — Jamays non baratiey persono,
Si non que fozo passa nono.
[62] Mas, pueys que non soy baratin,
Anna tôt drech vostre chamin,
1470 E governà-vous sayoment.
Sillette.
Vadant cantando*Beustacius videat eos.
Heustacius. — Segnor Diou omnipotent,
De bon cor me rendo à tu,
Car seous que sperant en tu
1 Pour : ceyt, celui-ci.
DE SAINT EUSTACHE
Gardas de tribulation
1475 E de toto afflicion.
Segnor, iou te volo prear,
Plaso te de me outrear
Que eysint quant vey seytos venir,
Liqual à mi solian servir,
1480 Eysint veio ta servento ;
Pueys que li enfant, en momento,
Son esta devorà.
Per la mio crudelità.
Mas, segnor, payre omnipotent,
1485 Quant venré al grant juyament,
Iou los puecho veyre aqui ;
Ny illi ni iou non sian deli ;
Eyso te supliouc eharoment.
[63] Jhesus.— Gabriel, mun angel, or m'entent 1
1490 Lays-bas en terro deysendrés
E à Hostaci notiffiarés
Per so, car ha agu bono fe
En mi : tantuet el retornaré
En son honor, en sa segnorio,
1495 En après tu li notifio 2
Qu'el trobaré sa molher
E sous enfans, senso dangier.
Après, per grant tribulation,
El venré say sus al trion
1500 Ano'y toto sa compagnio.
Gabriel. — Iou me metrey tôt drech en vio
Per far lo tiou comandament
Idem quando erit in medio corde (sic)
Heustacii, auve et m'entent.
1505 En Jhesu Xpist ayas confianso ;
En lui met toto ta speranso,
Car sap[i]as qu'el non vol falhfir]
1 Variante : Gabriel deysent tôt prestoment.
2 Variante: En après car a'gu pacienscio.
184
LE MYSTÈRES
A cel que lo vol servir.
Jhesu, per mi, te notifio
Que breoment, en ta segnorio,
1510 De certam, tu tornarés,
E ta molher tu recebrés,
E tous dous enfans atreci.
E[n]quaro te mando per mi
Que, aljort de la resuretion,
1515 Tu ourés grant deletation
[641 De trastous lous joys eternals ;
Pour non ourés dal infernals ;
Ton non saré magnifestà
Per infinita seculorum secula.
Cum magna amiratione, missa voce, respiciendo celum dicat
1520 Heustacius. — Jhesu de auto magestà,
Loutà sia vous e beneysi !
Anthiochus (oviando).
Frayre, que sias sus al chamim,
Ouriàs vist passar per eyci
Uno romiovo et ung romiou
15*25 Anoy dous enfans, que eron siou :
Di-nos lo ver, si son passa ?
Heustacius. — Mous beous frayres, per verità,
Encuey non eys passa nengun
Per aquest chamim que eys comun,
1530 Car de certan, si ho sabiouc,
Volontier vous ho diriouc,
Non faut dotar.
Agathius. — Dy, mon amie, poyrias-tu far
Que nos pogesan albergar
1535 En aquest forest que eys eyci ?
Trobo la s'i ni pan ni vim ?
Hestacius. — Vous hi trobaré pan et vim
E saré tresque ben servi,
Car mon mestre ha bon hostal
1540 E lo bon govert, que mays val.
DE SAINT fîUSTACHE 185
You vauc on vous; vené-vous-en.
[65] Anthiochus. — Met-te davant, nos te segren.
* Fay que sian servi largoment,
Quant que nos coste d'argent ;
1545 E si ho fas, myelh en valrés.
Heustacius. — Vené-vous vers lo fores.
Idem quando erit coram bubulco :
• Aquisti dui son miou amie,
Per que, mun mestre, you vos die,
Que lor beylé habundament.
1550 E, quant vous beylaren d'argent,
Non en prena gis, car, per ma fe,
Mun salari ho faré :
De mi non vous chai dotar.
Bubulcus. — Amie, tôt quant you pourey far
1555 Per ton honor, you ho farey
E tresque ben lous servirey.
Idem dicat hospitibus suis :
Segnors hostes, si volé sopar,
Anna-vous donco asetar ;
* Lo eys deja vespre.
1560 Àgathius. — Quant vous pleyré, nostre mestre.
D'aygo volen.
Bubulcus. — Eteustaci, dono-lor-en.
Silete.
•
Lavent se, etpost, sedeant; serviat Hestacius etfleat; etpost lavet
faciem suam. Anthiochus, sedendo cum Agachio, dicat, Heustacio
absenti :
[66] Antiochus {dicat). — Conpagnun, que dizé-vous
D'aquest que ero ambé nos?
1565 La me semblo aquel que queren.
Agàchius. — Sabes en que lo cognoysaren
El fo, en la batalho, feris,
Quant defendio nostre pais ;
186
LB MYSTÈRE
Aviso si el eys playà ;
1570 Si lo eys, nos Faven trobà,
Car el lo semblo plus que abelho. N
Anthiochus. — El ha sin desobre Fourelho .
Chascun regarde, quant venré,
Veyre si on lo cognoysaré.
1575 Ten ben ment, e aviso sa faso.
Hbstacius. Ventât ad eos cum facie sua mundata et non portet
capuctum.
Mos segnors, bon pro vos fasso !
You vous aduso uno foaso ;
Manga-la entre vous dous.
Respiciant eum valide, et dicat
Agachius. — Dizé-me, frayre, dont se vous ?
Idbm. — Intérim respiciat.
1580 So eys aquel que nos queren.
Antiochus. — Cognoysé nos ? — Lo sabren . —
Fozeys jamays en vostro vio
Prince de chavalario
De Trayam, Femperour roman ?
Surgant et amplexent eum.
[67] Heustacius. — Tostens aniey querent lo pam ;
1586 Non soy pas cel que demanda.
Anthiochus. — Vous lo semblà.
Hbstacius. — Cosi ho sabé ?
Anthiochus. — Per uno mostro.
1590 Hbstacius. — A dire vous la verità,
You soy aquel que demanda.
Mas vous preouc que non en parlé,
Ny jamays non me dey celle,
Car pauretà volo tenir.
Osculentur et dica\i]
1595 Antiochus.— EUàs ! you non me pueys tenir
De enbrasar et de beysar vous.
DE SAINT EUSTACHE
E vous preen que dia à nous,
Vostro molher e vostre enfant
Son mort ho van peregrinant ?
1600 Heustacius. — L'a environ de quinse ans
Que non vie ni molher ni enfans.
Quant en cel tens pasioy la mar
You non aviouc de que payar :
Retengron ma molher en gage
1605 E me fo fach ung grant otreage.
Partie m'en on lous dous enfans,
E pris l'un entre mas mans,
[68] Passen uno aygo, l'autre leysey.
Quant fu torna jux[to] lo miey,
1610 Lo lion pris l'un, l'autre lo lop.
Eysint la fu perdu tôt,
En grant dolour.
àgachius. — You vous en crey, mon dous segnor,
Mas, pueys que se en si grant pietà
1615 Tant quant poyré vous relevà;
You vous direy que sen vengu far.
Nos sen vengu pervos trobar,
, Per menar vous anbe nous,
De per Trayam l'emperour,
1620 Lo quai nous a manda eysay.
Eustacius. — Mous amis, pueys que la vous play,
Anoy vous m'en anarey 1
E de mon mestre eomgiet penrey *.
Pausà. Idem dicat magistro :
Mestre, aquisti dui gallant,
1625 Per seys pays m'anavan cerchant.
Ver eys que, al tens passà.
L'emperi ay governà.
Après grant tribulation,
Vay venir à ma meyson ;
* Variante : Anoy vous anarey eylay.
* Effacé: Si la li play ni ho a en gra.
188
LE MYSTÈRE
1630 Per que la vauc desanparar
E pas[a]rey de say la mar.
De vous comgiet me faut penre,
Car aquisti me volom rendre
Lay ung iou soy parti.
1635 Per so mestre, perdonà à mi,
E si à vous aviouc falhi.
[69] Car si jamays iou poyouc,
Laservisi vous rendriouc.
Ambe eyso à Diou vous cornant.
1640 Bubulcus. — Lo myou segnor tresque poysant
Si la vous play, perdonàfme] ;
You non sabioue, per ma fe,
Que vous fossa si grant segnor
Car mays vous agran fach de honor
1645 You e aquelli de la borgà.
Plaso vous que nos sio perdonà
A Diou vous cornant, mun segnor.
Hestacius. — A Diou sia, home de honor.
Sillete.
Vadant Roman; précédât Anthiochus et vadat ad imperatorem.
Anthiochus. — Segnour Trayam, nostre imperour,
1650 Trobà aven nostre governour,
So eys lo mestre de batalho,
San e alegre,si Diou me valho,
Lo quai saré tantost eyci.
Inperator. — A Fencontro, perl'amor de ci,
1655 De présent, volo annar,
E bono festo li faut far
E tornar-lo à som honor.
[70] Heustacius.— Segnor, imperour de valour,
Diou lo payre, per sa amor,
1660 Vous done joyo et salu.
Amplescentur se ad invicem.
Inperator. — Placidas, ben sias tu vengu !
Grant temps te avian desirà
DE SAINT BUSTACHB
Et per tôt lo mont t'ay cerchà.
Nous anaren ver lo palays ;
1666 Temps ejs de dinar huey mays,
E aqni parlaren plus à plein.
Vadant, et dicat Inperator militibus suis :
Say, eycuyers, you vous fauc cornant,
Que sio vesti como davant,
E sio fach mestre como ero,
1670 Afin que me garde de guerro
Non ni meta nengun bestent.
Milites induant eum, et induendo dicat
Primus milles. — La saré fach encontinent.
Say, Placida, despolha-vous aquelo robo
E vestiren vous uno plus noblo,
1675 Como se partag* à vous.
# Secundus milles. — Grant plaser ay de ayoar vous.
Idem, — Mon segnor, nos aven fach
So que avià comandà ;
Avisà se isto ben.
[71] Inperator. — Say, Placidas, escota ben me :
Ma volontà vous volo dire
Encontinent. Non se po fure
De donar uno batalho
Al rey de Turquio ; senzo falho,
1685 Avisà se ouren pro dé gent.
Hestacius respiciai suas gentes, et dicat
Hedstacius. — Mon segnor et mestre valent,
La nos covento grant compagnio
Per venser lo rey de Turquio.
Mas you direy que vous fazà :
1690 Manda que per toto cità
Que à vostre non se tenré,
Que mandon tant quant lour semblaré
De gent per chasque parrocho ;
Et après nos lous metren à la tocho ;
14
m LE MYSTÈRE
1695 E saré segur de gagnar.
Inperator. — Vous non pogrà melh parlar.
Say, messagier, passo avant,
E penso de far mon cornant.
Voles4u beoure ?
1700 Tronpbta. — Mon segnour, you soy deyliours,
E beourey net.
Inpbrator. - Penso d'unplir ton bar[i]let.
[72] E pueys, vay, plus tost que de pas,
Per lous fores e las citas ;
1705 E lour farés comandament,
Sus peno de cent marcbs d'argent,
Que tôt luoc trameto dous homes
Galbars, sages et prodomes,
E sian até de portar armas.
1710 Trompeta. - Segnor enperour, de gindarmes,
Chavaliers et pro de peonalho
Amenarey eyci, sans falbo,
Per lo bonor de cel que eys vengu.
Adiou tous die ; you soy mogu,
17 L5 Beoure vuelb en ma botelbo.
Inpbrator. - Passo per Aychs o per Marselbo ;
Regardo ben per toto plaso.
Seos que ren non faren, tu amaso
Apertoment.
Vadat ad plateam et dicat, pulsato cum tuba.
1720 Tronpeta. - On vous fay comandament,
Sus peno de cent marcs d'argent,
Que vous que [sé] d'aquest forest,
Dea esser diligent et prest
A mandar dous bornes de valour
1725 A nostre mestre l'emperour.
Avisa tueb per bon concelh.
Primus homo cum alus hominibus tenant concilium.
r 73 ] Primus homo. -Vulhà essertucb en eyvelh
E non vulhan pas vil tenir ;
DE SAINT EUSTACHE
191
Ma vulhan prestoment provir
1730 Dous valens homes do honor,
Que nos mandan à Tenperour.
Que dizé-vous ? Àvisà-hi.
Sbcundus homo. — Quant à mi, y ou soy eybay,
Car nengun non se vol mètre à mort
1735 Ni en batailho, sio drech ho tort ;
Mas pur d'eyso forso nos eys.
Primus homo. — Ar avisen, entre nous, qu'eys
De far per la melhor,
Ni al profiech de Temperour.
1740 Mandarés tu li un ton filh ?
Secundus [homo].— Mon amie, non ; car ley ha perilh,
E pueys mun filh me fay mestier ;
You non ay autre heretier.
Avisen que eys.de far.
Primus homo. — You disoc que, sens plus parlar,
Que Ta deja cirquo xv ans
Que se troberon dous enfans
[74] Que doas salvajuras portavan,
E à perilh de mûrir anavan ;
E quar illi son eychapà,
E per lo comum governà,
You die que illi li sian beylà.
Secundus homo. — Tu as, como sage, parla
E sias plen de bon avis.
Illi scusaren lo payis.
Ar lous sonan, sens plus atendre.
Primus homo. — La eys grant ben qu'il dean apenrre ;
Vegu que illi son poysant
E si non son pas plus enfant,
1760 Idem. — Venés avant, beous compagnons,
Vous annaré, entre vous dous,
Ver Romo, que eys grant cità,
Aqui, vous saré ensegnà
Car aquest eyraut, que aribé yer,
1745
1750
1755
LB MTSTàRB
1765 Eys de l'emperour scuyer,
B vous menaré en sa cort :
Lay youb saré fach grant honor.
Agapitus major. — Segnours et homes de valour,
You say de tôt à votre cornant,
1770 En quen luoc que sian h[ab]itant.
Conpagnun, que disé-vous?
[75] Teospitus. — Y % ou m'en yauc tôt drech ambé vous
Crey que mays ley'appenren
E sabren que eys mal e ben.
1775 Annen-hi, tôt de présent.
Sbcundus homo.— Say vené, scuyer valent,
Aquestous gallans enmenà,
E sagoment los governà,
Car son dignes de aver honors.
1780 Trompeta. — Eyci ha dons beous compagnos,
Menar lous yuelh entre tous dous.
Say, compagnons, vené-vous-en,
Car joyoso festo menaren,
You veyrey si ma bota ha vin.
1785 Agapitus. — Per monsegnor san Martin,
Nous sen à vostre cornant.
Theospitus. — Mes segnors, anen chantant
E abreougaren nostre chamim.
Yadant cantando .
Trompeta, cor am imper atore.
Segnor emperour, vé vous eyci
1790 Dous compagnons, vengus on mi.
E non son de, bello fîguro ?
[76] Inpbrator. — You non crey que en penchuro
Se poguesan far li parelh.
E vous meté tuch en eyvel.
1795 E veya[n] se avé pro gent.
Heustacius. — Lo myou segnor, en antendent,
Doto que non sias deysoda ;
DE SAINT BUSTACHE
Nous trobaren pro de gent auma.
Venes avant, vous dui garson,
1800 You vuel que sia de ma meyson *,
Nuech et yort ensens ystaren.
Theospitus. — Très gramarciis, segnour de ben,
Car vous play de far nos honor.
àgapitus. — Révèrent mestre e segnor,
1 805 Totyort vous tenren compagnio.
Inperator. — Garda-vous ben de treytorio,
E avisa vostro peounalho
Que se mantegnan en batalho.
Eyraut, met-te tôt drech en vio, .
1810 Senso atendre compagnio,
Lo rey de Turquio deyfiarés
E, de per mi, tu li dires
Que sa forso ny son barat, •
Nos non blanden pas un rat ;
1815 E lo deyflo à fuoc e à sanc.
[77] Trompeta. — Segnor emperor, vostre cornant
Tostens you fi, e farey ;
E en eyso non falhirey,
Non chai dotar.
1820 Eustacius. — Trompeto, vay criar e cornar
Que tôt home se deo aperelhar,
Euro, de présent, sens plus atendre.
Trompeta. — Ma trompeto me faut penre
E m'en vauc en la plaso criar
1825 Que tôt home se deo aperelhar.
Vadat.
De per mun segnor lo regent,
On vous fay comandament,
Sus peno de perdre la vio,
Que tôt home anne en Asio.
Idem vadat ad regem Turquie.
4 Effacé: E nuech et jort me accompagnaré .
194
LE MYSTÈRE
1830 Rey, que as auto segnorio,
L'emperour non te blant uno flo,
Mas te fauc lo deyfiament,
De per mun segnor lo regent,
E te metren à fuoc e à sanc
1835 . Tu e trasque tôt ton pays grant.
Me auves-tu?
[78] Rex Turquie. — Aportas-tu eytal salu?
Malas forchas sias tu pendu !
Vay-t'en, enon seyte plantar;
You non temo ton deyfiar.
Recédât nuncius ; idem rex dicat:
1840 Say, gindarmas, se ben armà.
Ouvé cosint sen menasà.
Àperelhà-vous prestoment,
E annà al recontrament.
Ben say que saren esbay
1845 Quant vous veyren tant furbi.
Mays val en batalho mûrir
Que trop grant damage sufrir.
Capitani, annà davant!
Capitaneus. — You soy tôt à votre cornant,
1850 E mays menarey tant de gent
Que illi ouren esbayment
Quant veyren tant de gens abundar.
Primus milles. — Mum segnor, non chaldotar;
Mas, senso parlar, far son fach.
1855 Adonc non eys ren retrach,
E eys cert de sage.
Secundus milles. — Non nous tornaré à damage,
[79] Ren que parlan entre nous.
Mas, per so, annen tuch joyous,
1860 E annen chantant.
Tercius milles. —Compagnons, tiran avant,
E ayan tuch bon corage ;
Non crey que ley prenan damage.
Dû SAINT EUSTACHE
Tous destruren aqueous pagans.
1865 Capitaneus. — Mum segnor, à Diou vous cornant.
Si l'ère, per vostre avis,
Que fosam combatu per los ennemis;
Reforsà, e nos mandà de gent.
Rbx Turquie. — Non crey que illi sian tant valent
1870 E sabé que vous faré :
Nengun non estalbiaré ;
Baté los ben, senso marci.
• Primus milles. — You vous prometo que de mi
En ren non saren estalbià.
1875 Tércius miles. — La m' eys avis, per verità,
Que à nostre plazer los aven ja.
Seoundus miles. — Partan d'eyci; pro eys parla.
[80] Cantus. — Doso dona *, à Diou vous cornant.
Greou me eys la despartio,
1880 Mas, puey sint me convant,
Menaren joyoso vio.
Heustacius.— Avant annen, car, à mey vio,
Trobaren l'ave[r]so partio,
Abe grant gent.
1885 Capitaneus. — Ve lous que son là sent.
Non vous doné esbayment,
Mas un valho des.
Tené-vous trastuch ben de près,
Afin que non rompan l'arma.
1890 Heustatius. — Chascun de nous sio avisa,
Intrà-vous en.
Secundus milles. — Mun segnor, volentier faren
Vostre comandament. —
E, compagnos, sian valent;
1895 Chascun ayo bon corage.
* On lit plutôt dorea.
196
LE MYSTÈRE
Pugeant arabe partes, et quando pugeaverint modîcum dicat
Capitanbus. — Entrepreys as de far damage
A mi e à toto ma compagnio.
Mas, per cert, te notifio
1900 Que tu e toto ta gent
Hi remanré, à mun entent.
[81] Heustacius. — Capitan, tôt de présent,
Un autre asaut nos te daren ;
Taloment que te combatren,
1905 Si play à Jhbsu, mun Creator. •
Idem. — Chavaliers, per vostre honor,
Chascun faso son dever.
Jterum pugeant modicum, et Heustacius captât capitaneum .
Heustacius. — Avant, capitam, isto preys!
You te tenoc per lous arneys ;
1910 Non poas eychapar.
Capitanbus. — Segnor, layso me annar,
Car à Temperour nous renden,
Ni jamays guerro non li faren.
Te; veys eysi mil escus
1915 De la guerro nos sen confus :
E la te donoc per guagnà.
Heustacius. — D'eyci tuch vos en tornà,
Car sias home de bon affar ;
lou vous en leysarey annar.
1920 E sabé que vos faré :
Al rey de Turquio vos diré
Que jamays non fe si grant follio
Si contro l'emperour movio,
Car sen pro forts contra si.
[82] Capitanbus.— Mum segnor, quant eys à my,
Vostre commandament volo far.
Recédant omnes.
Heustacius. - La nos faut treys jors repousar.
DB SAINT HUSTÀCHB
m
Chascum se pense de lojar ;
Fort sen lasà.
1930 Capitanbus. — Elàs ! segnor malo jornà !
Trastuch sen istà blesà,
Mi e trastoto ma conpagnio.
Primus milles. — Elàs! segnor, grant'vilanio
Aven nos autre suportà.
Secundus milles. — Jainays, segnor, per verità,
Non aguiej eytal streno.
Tercius milles. — Elias ! mun segnor, quanto peno
Ley aven preys per vous servir.
Mas si ley deviouc ben mûrir,
Si you pueys, m'en vengarey,
E, si Diou play, ley tornarey,
Per mays donar lour de peno.
Rex. — You preouc à Diou que malo ru y no
[83J Lous puecho tous far mûrir.
Jamays non poyren fuir
Que per mi non sian reguirdonà,
Car you farey tant grant armà
Contro eous, que non poyren eychapar.
Agapitus, primus filius, dicat malri, non cognoscendo.
Agàpitus. — Dono, volé-nos eyci logar.
1950, No[us] sen vengu delay lamar,
# Per visitar aquest pays.
Pro porten ducàs e floris ;
Per so très ben vos payaren.
Uxor. — Joves, you vous reculherey.
1955 Ben say que saré mai governà ;
Vos darey so que Diou m'a donà.
Atercint, si vous disiouc de num,
Me gitarià de ma meyson ;
Volentier eysint fan tal gent.
1960 Theospitus. — Gardà nostres abilhamens,
E lo beoure aperelhà.
198
LE MYSTERE
Uxor. — - Encontinent la saré fach ;
Non metrey mun tens perdu.
Vadant ad ortum, et inperator dicat, et diabolus estet juxta ipsum.
[84] Inperator. — Mûrir me faut verament.
1965 Vengu eys mun finiment.
You soy en tous lous las destrech.
Anoy mous Dious m'en vauc tôt drech.
Oy, oy, mous Dious! vulhà me ajuar
E envostro glorio colloquar,
1970 Car you me rendoc à vous,
Moriatur et magister domus eum adviset.
[Magister domus]. — Say, mon amie, que faren nos?
Mort eys nostre mestre gracious !
Elas ! quant mal nous en saré,
Car changar nous conventaré.
1975 Pensan de sebelir lo cors.
Famulus. — Pues que Tenporour eys mors,
Sebelan-lou, car eys rason.
El ha istà valent baron.
De la segnorio : non ay pour
1980 Que non ayan tuest emperour.
Diou lo mandé como Tavian.
Sepeliant ipsum et dyabolus intret cum ipso, et exeat ipsum de
subtus.
Balsabut. — Vay say, enperour Trayan ;
Euro as fach tum finiment,
Per que sarés perpetualment
1985 En peno, e en grant tristor.
Idem. — 0 dyables, sia-me à secors,
Car ay guagnà Teinperour.
Dona-li peno, car lo mour
Eys de toto Romanio l .
Les huit vers suivants sont effacés dans le ms. :
i Infernus. — Non fe jamais si grand folio
Quant à sous Dious, en son finiment,
199
DE SAINT EUSTACHB
[85] Magister domus. — Son filh Adrian, veraysoment
1991 Saré enperour. A mi 1 ey viayré
De venir non istaré gayre,
£ de penre possession.
El saré, à ma entention,
1995 Ases home de ben.
Afim que non falhan en ren,
Quant venré, ubran-li prestoment,
E besognan tuch sagnoment.
Non fazan hobrage de forso.
2000 Famulus. — Nos li ubriren la porto .
Depueys que seyt eys sebelis,
You n'ay lo cor triste e marris,
Car ero home de grant valor.
Magister domus. — Non saren gayre senso segnor
2005 [86] En tal ufisi s'aperten ben
Qu'el sio home de ben.
You say que mal nos en faré,
Car, per adventuro, el volré
Mètre d'autres uficiers.
2010 Famulus. — Eysay dedins nous sen prumiers ;
E dementier que aven lo régiment,
Fazen-nos riches de l'argent
De nostre mestre, per bon consel.
Magister domus. — Isto donquo en eyvel;
2015 E dementier you penrey
Lo trésor que you poyrey ;
Car, si plus non lo servian,
D'eyso bon tens nous darian.
Aquo te die, si Diou m'aju.
Seys donà tant charoment.
Per que, dyables, annà lo quérir.
5 Pifer. — De nostros mans non po fuir,
Car lo babtisme ha mespresà.
Balsabut. — Tostens on nous saré loyà,
Per que fassa bon portament.
4 On lit plutôt anui ou ancui.
Dialectes Modernes
NOUVELUN
Moun esperit, de-fes, tristamen torno à reire.
Oh ! que m'es en de-bon, jouvento, de te vèire !
I rai de ti bèus iue laisso-me souleia ;
Laisso-me te mira ! Tis iue, grave o risèire,
M'enauron ! . . . . Dins soun ûo noun sabe ço que Ta;
Mai de Zani me fan de-longo pantaia,
Car pantaio de-longo aquéu, pecaire, qu'amo.
Cor tèndre, cor prefouns, suavo couine tu,
Ma^pauro bello amigo èro un ange, èro uno amo.
Yaqui perqué souvènt me veses resta mut,
Tant ie retraises, Dono, e tant siéu esmougu.
Coume un soulèu d'ivèr qu'en un vèspre d'aurige
S'amosso trecoulant dins li nivo estrassa,
L'amour pur que moun amo avié tant caressa
• S'esvaliguè subran, ai -las! e, sèns lassige,
Iéu.ploure lou bonur qu'ai entre-vist passa.
Dempièi qu'au mounastié l'enfant s'es embarrado,
Aviéu ges atrouva de sorre à l'adourado. . . .
RENOUVEAU
Mon esprit, parfois, tristement revient en arrière.
Oh ! qu'il m'est bon, jouvencelle, de te voir ! — Aux rayons de tes
beaux yeux laisse-moi m 'ensoleiller ; — laisse-moi te contempler ! Tes
yeux, graves ou souriants, — me transportent ! . . . . Dans leur feu je
ne sais ce qu'il y a ; — mais de Zani ils me font longuement rêver,
car il rêve longuement celui, hélas ! qui aime. — Cœur tendre, cœur
profond, suave comme toi, — ma pauvre belle amie était un ange, était
une âme. — Voilà pourquoi souvent tu me vois rester muet, — telle-
ment tu lui ressembles, ô Done, et tellement je suis ému. — Gomme un
soleil d'hiver qui en un soir d'orage — s'éteint en se couchant dans
les nuages déchirés, — l'amour pur que mon cœur avait tant caressé
— s'évanouit soudain, hélas ! et, sans relâche, — moi je pleure le bon-
heur que j'ai entrevu passer.
Depuis qu'au monastère l'enfant s'est enfermée, — je n'avais point
NÔUVBLtm
m
Ta man, ta jouino man fresco, baio-me-la )
La man d'uno chatouno, autre tèms, m'a brûla;
De la tiéuno descènd uno douçour celesto.
Laisso-me poutouna ta poulido man! . . . ; resto,
Moun cor trop plen desboundo e,vole te parla!
Ve ! me rendes la vido e Famour e la voio ;
La doulour me fasié felibre, aro es la joio.
Luno, de rai d'argènt sameno li draiôu ;
Cantas, pichot grihet; cantas, gai roussignôu ;
Coume un rire aliuncha, passo à travès li lèio,
Vènt d'abriéu qu'as bressa Vincènt emé Mirèio !
Ah ! lou premier amour que coungreio lou cor,
Urous o malastra, toujour es lou plus fort !
Mai lou matin clarejo emé la nouvello aubo ;
Lou soulèu trelusènt mounto dôu founs di mar.
Moun amour jouine e bèu, dins sa pu blanco raubo,
Renais d'aquéu passât tant ploura, tant amar.
De la bruno Zani, vai, sies mai que lasorre ;
Reviéudes ma jouvènço e mi pantai fini :
Veici de Camp-Cabèu li roure ; sies Zani !
Amen-nous, amen-nous, mignoto, avans que more !
Teodor Aubanbl.
trouvé de sœur à l'adorée . . . — Ta main, ta jeune main fraîche, donne-
la-moi! — La main d'une jouvencelle, autrefois, m'a brûlé; — de la
tienne descend une douceur céleste. — Laisse-moi baiser ta jolie
main ; reste, — mon cœur trop plein déborde et je veux te parler!
— Vois ! tu me rends la vie et l'amour et le courage ; — la douleur
me faisait félibre, à présent c'est la joie. — Lune, de rayons d'argent
sème les sentiers ; — chantez, petits grillons ; chantez, gais rossignols ;
— comme un rire lointain, passe au travers des allées, — vent d'avril
qui a bercé Vincent et Mireille ! — Ah! le premier amour qui germe
au cœur, — heureux ou malheureux, est toujours le plus fort!
Mais le matin s 'éclaire avec la nouvelle aube; — le soleil radieux
monte du fond des mers. — Mon amour jeune et beau, dans sa plus
blanche robe, — renaît de ce passé si pleuré, si amer. — De la brune
Zani, va! tu es plus que la sœur; — tu ressuscites ma jeunesse et mes
rêves finis. — Voici de Camp-Cabel les rouvres ; tu es Zani! — Aimons-
bous, aimons-nous, mignonne, avant que je meure !
Théodore Aubajnbl,
FLAMBART E SOUN MESTRE
CONTE
Gastoû Phœbus, comte de Fouis,
Dins soun saben libre de casso
Que tout gran cassaire counouis,
Nous ha des chis de bouno rasso
Moustrat lou sen e la bountat
Dins d'istorios meravilhousos . . .
Avan, que s'èro pas countat
D'aquelos bestios amistousos ?. . . .
Buffoun, qu'aviô 'no plumo d'or,
Nous vanto atabé soun boun cor
E de la fedeltat las lauzo
Qu'ôu per soun mestre senso pauzo,
E que gardou jusqu'à la mort.
Foss' autres n'ôu mai dich encaro;
Tabé, quan vau parla tout aro
D'un chi qu'aviô per noum Flambart,
Me semblo qu'arribi un pau tart.
Un estudian des pus muzaires,
De lous que fèu cinq ans soun drech
FLAMBARD ET SON MAITRE
CONTB
Gaston Phœbus, comte de Foix, — dans son savant livre de chasse
— que tout grand chasseur connaît, — nous a, des chiens de bonne
race, — montré l'esprit et la bonté — dans des histoires merveil-
leuses. — Avant, que n'avait-on pas dit — de oes bêtes aimantes? —
Buffon, qui avait une plume d'or, — nous vante aussi leur bon cœur
— et les loue de la fidélité — qu'elles ont envers leur maître, — qui ne
se dément jamais — et qu'elles conservent jusqu'à la mort. — Bien d'au-
tres en ont encore dit davantage. — Aussi, quand je me propose de
parler tout à l'heure — d'un chien qui avait pour nom Flambard, — il
me semble que j'arrive un peu tard.
Un étudiant des plus musards, — de ceux qui font cinq ans leur
FLAJIBART E SOUN MESTRE
203
Per estre avoucats sens afaires,
S'èro entournat dins soun endrech
Dins lou temps que s'oubris la casso.
Coumo lou ceze nais becut,
Nostre avoucat (soun noum me passo)
Gassaire al mounde èro vengut.
LTèrou toutes dins sa familho,
El fara pas menti soun sang ;
N'es encaro qu'un coumensan,
Mais lou fioc sacrât lou grazilho.
Fa bel veire, en mitan d'agoust,
Ambé quano ardoû, quane goust
(Lou caut li dono pas la cagno),
Dins la piano e sus la mountagno,
Dins las brugos, lous amargals,
Casso callos e perdigals?
Al davan d'el, lou nas en l'aire,
Marcho soun chi (sabéz soun noum),
Viéu, mais sage coumo Catoun,
Del gibier saben dessoutaire.
Es des pus grans e des pus bels ;
Se vei de luen sa raubo blanco
Am de larges retals roussels
Al froun, as flancs e sus uno anco.
droit — pour être des avocats sans affaires, — était revenu dans son
pays — à l'époque où s'ouvre la chasse. — Comme le pois chiche naît
avec une sorte de bec, — notre avocat (son nom m'échappe) — chas-
seur au monde était venu. — Ils l'étaient tous dans sa famille ; — il
ne fera pas mentir son sang. — Ce n'est encore qu'un commençant,
— mais le feu sacré le dévore. — Il fait beau voir, au milieu d'août, —
avec quelle ardeur et quel goût — (la chaleur ne le rend pas pares-
seux), — dans la plaine et sur la montagne, — dans les bruyères, les
ivraies, — il chasse cailles et perdreaux î
Au-devant de lui, le nez en l'air, — marche son chien (vous savez
son nom), — vif, mais sage comme Caton, — très-habile à trouver le
gibier.
Il est des plus grands et des plus beaux. — On voit de loin sa robe
blanche avec des taches rousses — au front, aux flancs et sur une
hanche.
*04
FLAlffiART m SOUK 1IBSTRB
Gueitaz quane poulit tablèu !
Tombo en arrêts sus uno callo :
Tout soun cors trémolo ; mais lèu
Lèvo uno pato e pus noun brallo.
Se preniô pas soun vol l'aucel,
El segû restariô sus plasso;
Jusqu'à la mort boun chi de rasso
A soun arrèst resto fidel.
La callo blassado es toumbado ;
Flambart va subran la cerca.
La trobo, e, la testo enaurado,
La porto, fier, sens la maca.
Lou mestre la pren e fa festo
Al cbi qui la met dins la ma ;
N'a pas finit de Festrema
Qu'un autro tournamai n'arresto.
Jusqu'al vespre même trabal ;
Lou jouven, mai sègue mazeto,
De callos remplis sa saqueto
E torno jouious à F ouatai.
Flambart éro uno meravilho ;
Per el tabé quano amistat!
L'aviô toujour à soun coustat ;
Èro quasi de la familho ;
Voyez quel joli tableau ! — Il tombe en arrêt sur une caille : — tout •
son corps tremble ; mais bientôt — il lève une patte en l'air et ne
bouge plus. — Si l'oiseau ne prenait pas son vol, — il resterait certai-
nement à la même place ; — jusqu'à la mort, bon chien de race — à
son arrêt reste fidèle.
La caille blessée est tombée ; — Flambard va soudain la chercher.
— Il la trouve, et, la tête haute, — il la rapporte fier et sans la meur-
trir. — Le maître la prend et fait fête au chien, qui la lui met dans la
main. — 11 n'a pas fini de l'enfermer (dans son sac) — qu'il en arrête
encore une autre. — Jusqu'au soir c'est la même chose. — Le jeune
homme, quoiqu'il soit une mazette, — -de cailles remplit son sac — et
revient joyeux à la maison.
Flambard était une merveille. — Pour lui aussi quelle amitié
n'éprouvait-il pas ? — Il l'avait toujours à son côté ; — il était presque
FLAMBART E SOUN MESTRB 205
Viviôu çoumo dous coumpagnous :
I bailavo sa part de saupo,
E lou tapavo ambé sa roupo
S'èro lou temps frech ou pluèjous. .
Acô duretmai d'uno annado;
Mais venguet lou vielhun. . . Flambart
Fouguet pezuc, un paupanart,
N'aviô pus soun ardoû passado.
Lou mati cassavo pamens
Coumo avan ; mais, quan veniô Touro
Que lou troupel à Toumbro chourro,
Sa vigoù anavo en démens ;
Restavo darrès. Lou cassaire
Lou menassavo sens pietat;
Dinssa rajo l'auriô matât,
Se s'èro pas levât, pecaire !
A Poustal lou carguet laissa;
Poudiô pas pus sègre al campestre
Lou jouven "que de Faubo al vespre
Ero en orto sens s'alassa.
— Per que, se dis, garda 'n engino,
A res quan pot pas pus servi?
E sens regret à soun vezi
Fa prene Flambart que reguino.
de la famille ; — ils vivaient comme deux compagnons : — il lui don-
nait sa part de soupe, — et il le couvrait avec son manteau, — si le
temps était froid ou pluvieux.
Cela dura plus d'une année ; — mais vint la vieillesse. Flambard —
fut lourd, un peu boiteux ; — il n'avait plus son ardeur passée. — Le
matin il chassait cependant — comme avant ; mais quand venait l'heure
— où le troupeau sommeille à l'ombre, — sa vigueur allait en dimi-
nuant; — il restait derrière. Le chasseur — le menaçait sans pitié;
— dans sa rage il l'aurait tué, — s'il ne s'était pas levé, hélas! — A
la maison il fallut le laisser ; — il ne pouvait plus suivre dans les
champs — le jeune homme qui de l'aube au soir — était en course sans
se fatiguer. — A quoi bon, dit-il en lui-même, garder un engin —
quand il ne peut plus servir à rien? — Et, sans regret, à son voisin —
il fait prendre Flambard qui regimbe.
15
m
FLAMBA RT B SOUK MESTRE
Pamens quand es per las doulous
Sus lèit clavelat*un cassaire,
Al Hoc d'i vira lous talous
Soun boun chi plouro soun dezaire.
Flambart revenguet l'endema,
E del mestre que Femmandavo
Se sarret per leca la ma
Que senso pietat lou tustavo,
E restet piquetât al sol.
Pousquet jamai, lou jouine fol,
Lou faire enana. — Dins soun amo
Proujetet uno eauzo infamo.
La nèit, quan tout loun mounde ajet cugat lous cils
(Lou ciel èro negrous, de temps en temps trounavo),
Davalet dins la cour Flambart que gingoulavo
Venguet, en ranquejant, li senti lous poumpils ;
E pèi, se trigoussant ambé la testo basso,
Coumo s' à soun bourrèu vouliô demanda grasso,
Lou seguiguet. . . . Aqueste, arribat sus un pount,
Pren dins soun moucadoû uno pèiro plegado
E la penjo à soun col, oun pezo coumo un ploum;
L'aganto enfurounat (Flambart lucho de bado)
E dins l'aiguo, à l'endrech oun mostrou sous pounchous
De roucasses talhans, lou gito despietous.
Cependant, quand est parle rhumatisme — sur son lit cloué un
chasseur, — au lieu de lui tourner les talons, — son bon chien pleure
sa peine.
Flambard revint le lendemain, — et du maître qui le renvoyait —
il s'approcha pour lécher la main — qui sans pitié le frappait, — et il
resta comme un piquet fiché au sol. — line put jamais, le jeune fou,
— le faire en aller. Dans son âme, — il forma un projet infâme. ■
La nuit, quand tout le monde eut fermé les paupières (le ciel était
noir, de temps en temps il tonnait), — il descendit dans la cour. . . Flam-
bard qui geignait — vint en clochant lui sentir les mollets; — puis,
se traînant avec la tête basse, — comme si à son bourreau il voulait
demander grâce, — il le suivit. Celui-ci arrive sur un pont, — prend*
dans son mouchoir une pierre pliée, — et la suspend à son cou, où t
elle pèse comme du plomb ; — il le saisit tout en*fureur (Flambard
veut en vain résister), — et dans l'eau, à l'endroit où montrent leurs
FLAMBART E SOUN MESTRE
207
La clartat d'un iglaus sul ree s'es espandido ;
Ha vist, lou malurous^ soun obro pla coumplido.
S'entorno. . . Es-ti countent ou nou ? Diéus soul ou sap.
Camino doussomen e ten clinat soun cap.
Agarrit des mouissals, à peno se s'aparro ;
Laisso, sens i pensa, s'atuda soun cigarro ;
Se gito sus soun lèit ; mais tout escas es jour
Que se lèvo. . .tout soul passèjo dins la cour,
Quan vei veni dèus el, am la testo sannouso,
Lous dous flancs esquinsats, sabèlo pel terrouso,
Soun chi tout matrassa ... El demoro à l'escart ;
Crèi veire un revenent dins soun fidel Flambart,
Que tirasso soun cors e que, pertout oun passo,
Del sang que rajo à fiai laisso uno loungo trasso.
Es pamens arribat ; davant el ha pauzat
Lou moucadoû que ten dins sas dens enlessat ;
Lèco encaro la ma que lou mestre retiro,
E soun uel amistous lou guèito quand espiro.
Après acô, lettoû, n'as gaire à réfléchi
Per juja quai des dous val mai, l'orne ou lou chi/. G. Azaïs.
pointes de grands rochers tranchants, — il le jette, impitoyable qu'il
est. — La lueur d'un éclair sur le ruisseau s'est étendue; — il a vu,
le malheureux, son œuvre tout à fait accomplie.
11 s'en revient. .. Est-il conteni ou non? Dieu seul le sait. — 11 che-
mine doucement et tient sa tête penchée. — Assailli par les mouche-
rons, à peine s'il se défend ; — il laisse, sans y penser, s'éteindre son
cigare. — Il se jette sur son lit ; mais à peine fait-il jour — qu'il se
lève.... ; tout seul il se promène dans la cour, — quand il voit venir
vers lui, avec la tête saignante, — les deux flancs déchirés, sa belle
robe terreuse, — son chien tout meurtri. . .11 demeure à l'écart ; ; — il
croit voir un revenant dans son fidèle Flambard, — qui traîne pénible-
ment son corps et qui, partout où il passe, — du sang qui coule à fil
laisse une longue trace. — 11 est cependant arrivé; devant lui il a
posé — le mouchoir limoneux qu'il tient entre ses dents ; — il lèche
encore la main que le maître retire, — et son œil, plein de tendresse,
le regarde quand il rend le dernier soupir.
Après cela, lecteur, tu n'as guère à réfléchir — pour juger lequel vaut
le plus, de l'homme ou du chien. G. Azaïs.
1 Dialecte de Béziers.
CHRONIQUE
PROGRAMME
du Concours philologique et littéraire qui doit avoir lieu à Montpellier*
au mois de mai 1883
Philologie
Des prix seront décernes:
1° A la meilleure étude sur le patois, ou langage populaire, d'une
localité déterminée du midi de la France (collection de chansons, con-
tes, proverbes, devinettes, comparaisons populaires). Ces textes de-
vront être reproduits exactement, c'est-à-dire sans rien changer à la
langue du peuple, et tous traduits en français. On y joindra la conju-
gaison des verbes chanter, finir, mourir, prendre, avoir, être, aller, pou-
voir. Indiquer les autres localités, connues de l'auteur, où se parlerait
le même idiome populaire.
Observation. — Ce prix est exclusivement réservé aux institutrices
ou instituteurs primaires.
2° Au meilleur travail de philologie romane ayant pour base des
textes qui soient antérieurs au XVe siècle, et qui appartiennent à la
langue d'oc ou à la langue d'oil. Rentrent dans cette catégorie les pu-
blications de textes et les études d'histoire littéraire.
3° Au meilleur travail philologique ayant pour objet un idiome po-
pulaire néo-latin : Belgique, Suisse, France, Espagne, Portugal, Italie,
Roumanie, Amérique. Cette étude devra s'appuyer sur un choix de
textes (chants, contes, proverbes, légendes, etc . ). Y joindre la géo-
graphie du dialecte étudié.
Littérature
Des prix seront décernés :
4° et 5° Aux deux meilleures poésies, à quelque genre qu'elles ap-
partiennent ;
f>° Au meilleur ouvrage en prose (contes, nouvelles, romans);
7° A la meilleure composition scénique en vers ou en prose.
Avis aux concurrents. — Tous les ouvrages qui concourront pour le
second ou le troisième prix de philologie devront être écrits dans une
langue néo-latine ; tous ceux qui concourront pour l'un des quatre
prix purement littéraires (n° 8 4, 5, 6, 7) devront être écrits dans un des
dialectes, soit du midi de la France, soit de la Catalogne ou des îles
Baléares ou des provinces de Valence et d'Alicante.
Les travaux envoyés devront être inédits. Toutefois le deuxième et
le troisième prix de philologie pourront être accordés à des ouvrages
ayant paru depuis le 1 er janvier 1882 et n'ayant concouru nulle part.
Les manuscrits ne seront pas rendus.
Les ouvrages destinés au concours doivent être adressés franco à
M. A. Boucherie, secrétaire de la Société des langues romanes, avant le
1 er février 1883, dernier délai, et en triple exemplaire, s'ils sont im-
primés.
Un avis ultérieur complétera les indications qui précèdent.
Le Gérant responsable: Ernest Hamemn.
Dialectes Anciens
LE MYSTÈRE DÉ SAINT EUSTACHE
(Suite)
Teospitus. In orto .
2020 Di, compagnun, si Diou t'aju,
Soven-te de ton jovent;
Sabrias m'en avieyrà ment,
De quai pays tu sies nas,
Ni nuris, ni governàs.
2025 Parlen d'eyso que la nous Te.
Agapitus. — Iou te juro, sobre mafe,
Que non aviouc plus de sieys ans ;
Que mun payre e iou fosen xpistians
E ma mayre, e un autre filh.
2030 Or vengen en si grant perilh,
[87] Car mun payre, que ero governour,
Luoctenent de Temperour,
Partie de Romo, e anné passar
En Egitte, delay la mar.
Audiat mater.
2035 Quant venc que nos terro presen,
De ma mayre gis non vegen.
Non say que illi vay devenir.
Ben crey que en la mar vay mûrir.
Mon payre annavo criant,
2040 E mon frayre e you, plorant.
Non sabiouc ontvolian annar,
Ar, après, el devio passar
Uno très malvaso ribiero,
E non sabio pas la maniero,
2045 Cosint el nos passés tous dous,
Tome viii de la troisième série. — novembre 1882.
210
LE MYSTÈRE
Car pour avio de near nos.
Pris l'un e si lo passé,
E delay l'aygo lo pousé
Cant, sus al miey de Faygo tornant,
Lo lop pris lo pechit enfant,
E lo leon si prose my.
Ar fu mon payre ben marri.
Al leon me tolgeron li pastor
E me porteron anoy lor
Al luoc dont nos sen parti.
Theospitus. — D'eyso mun cor eys reyohi ;
Per Jhesu, payre dal xpistians,
Nous sen aquellos dous enfans !
Segont que auvo, nous sen frayre
2060 Car sel que ensi me vay retrayre,
Quant parlavan, tojors me disio
Que al lop tolgu me avio.
[88] Amplexentur se valide . Audiens mater vadat ad magistrum
militum.
Uxor, — Segnor prince de chavalario,
Lo rey de glorio on tu sio !
Segnor, plaso te de me ouvir,
Quar fus messo, sensso mentir,
En uno grant tribulation,
Quant partie de ma meyson.
En Romanio you soy na,
E soy pauro e captiva.
Quant te pleyré de t'en tornar
Que m'en vuelhas on tu menar ;
De bon cor on tu annarey.
Respiciant se alterutrum et mulier videat sign[um ] .
Heustacius. — Dono, quant you m'en tornarey,
2075 Volentier you vous enmenarey.
Non saboc quoro partiren.
Cadat ante eum uxor, et dicat
Uxor. — You vous preouc, segnor de ben,
2050
2055
2065
2070
DE SAINT EUSTACHB
Contro mi non sia indegnà ;
Mas me au pacientoment,
089 E me di ton comensament.
Per Jhesu Xpist, veray, iou crey,
Per alcuns segnals que vey,
Que tu sias Placidàs,
Que Hostaci c'eys appellàs.
2085 Al quai Hostaci, per lo cert,
Jhesu se apereys al désert;
E pueys tantost se bateé,
E molher e enfans mené.
[89] Quant fosc bateà, vay tonbar
2090 En temptation tant que passar
La nous convente en Egitte
E, laso ! you soy Teospitte
Que sus en la mar remas.
Jhesu, que eys reys dal xpistians,
2095 M* eys garent de tôt en tôt :
Jamays mun cors non fut corrot,
Car Jhesu Xprist me ha garda.
Ar vos die so que me disà
Si l'eys verità so que die.
2100 Heustacius. — Theospita, ben ay esta trist
De qui euro que vos ay trobà,
Benedicto sio li jornà !
Hostaci soy, vostre mari,
Per so que m'avé dich eysi.
Osculentur se, deinde genibus flexis dicat
2105 Heustatius. — De ma consolation ,
On grant dévotion,
Gratias rendoc à tu,
Jhesu Xpist, lo mon payre,
De nous lo governayre,
2110 Eysint quant te ha plagu
Per que, d'eyci en erant,
Saren persévérant
E ferm, senso falhir,
LE MYSTÈRE
2115
Aflm que en paradis
Nous vuelhas reculhir
Anoy nostres amis.
190]
Uxor. — De las tribulations
2125
2120
E de la temptations
Loua sio Jhesu Xpist.
Nous ouren alegranso
E tres-bono speranso ;
Lo dyable saré trist.
Mas, mon très dous mari,
A mi que soy eyci
Dizé, on son li'nfant?
Heustacius. — Theospita, you vous die
Que quant de vous partie,
Venc en un fluvi grant,
Ont, en lous passant,
2135 Theospita. — Rendé gracias à Diou,
Heustacius. — Thespita, entende ben;
Car li enfant son dévora,
Per que sinploment parlà;
You say lo ver, que ero présent .
2145 Uxor. — Mari, sapià sertanoment
llli son viou, si me fauc fort,
Car davant ier eran en Tort
[91] E narravan de lor jovent.
Frayres foron verayoment,
2150 E davant non se cognoysian.
2130
Lo lion e lo lop
Lous mangeron tous dous.
Anpueys non n'ac novelias,
Ni bonas ni bellas,
Ni de pauc ni de pro.
Car per sert saboc you
Que los enfans veyren.
Jhesu, que nos ha créa,
Per [sa] ,santo bontà
2140
Faré que nous [lous] trobaren.
DE SAINT EUSTACHE
Heustacius. — La faut ben que nos sapian.
Anen veyre si lous veyren
E lo ver lour demandaren.
Idem. — Say, joves, dizé verità
2155 De so que vos saré demanda :
Dont avé vostre corne nsament?
Agapitus. — Lo miou segnor très révèrent,
L'eys ben rason que vos ho dio :
Nos sen parti de Romanio.
2160 Filh eran d'un noble baron
Como vos e plen de rason ;
E vole annâr peregrinar
En Egitte, delay la mar.
Quant venc à deysend[r]e enterro,
2165 Anoy lo marinier ae guerro,
E nostro mayre hi leysé,
Per so que lo marinier non payé ;
Pueys de venc que, en passant
Uno aygo que ero mot grant,
2170 Lo plus petit enfant passé
E pueys areyre el torné ;
Quant fo al miey de Taygo ho près,
Vengron bestias ha mi pes
E prenon mi e le pechit.
2175 Ane pueys nostre payre non vie.
[92] Ar, se devenc que, davant ier,
You e aquest fozen al vergier ;
De jovent presen à parlar.
Aqui, frayres nos van trobar !
2180 Eysint fosen foro perilh.
Heustacius. — JnESuXpist, que eys deDiou filh,
Louvà en sio e beneyrà,
Car mous dous filhs you ay trobà
E de perilh lous ha tolgu.
Obsculentur se omnes, scilicet [pater], mater et pueri .
2185 Uxor. — Loua sio lo rey Jhesu,
Car, per sa gracio, ha défendu
214
LE MYSTÈRE
De tanto malo desfortuno.
Theospitus. — Gracias e salut sio renduo
A Jhesu Xpist, nostre segnor,
2190 Elàs ! mayre, ben soy joyous,
Car nos sen troba ensens.
Diou nos tegno en sa amor.
Heustacius. — Glorio e laus à te, segnor,
Que défendes de desonor
2195 Tôt home que en tu se fio :
Rendu m'as ma compagnio.
En tu non ha nengun barat.
Tôt atendes quant as de pat.
Promeys m'aviàs de gardar-mé,
2200 E de tenir-me en ta fé.
Gardas as mi e li miou.
A tu glorio, bel segnor Dioul
[93] Sobre tôt autre beneyra
Per ïnfinita seculorum secula. Amen.
2205 Tronpeta. — Segont que entendoc, tribulà
Avé ista, depueys lo despartiment
De l'emperour, e quanto tormentî
Mas paciencio avé agù.
Heustacius. — Loua sio Diou que vo avolgù.
Tu[n]c inperator veniat .
2210 Olà ! Olà! ubré la porto;
Autrome[n] ley intrarey per forso.
Vous ouré inperour novel,
Rie, poysant, noble^ e bel.
Que dise ? Ubraré-vos ?
2215 Magister domus. — Nos non volen contradire à vous.
Say, que dises-tu, conpagnun?
You die qu'el preno possession.
» Sies-tu content?
Famulus. — Joious soy de son intrament.
2220 You crey que grant mestre saren,
Quant, de gra, nous li ubriren.
DE SAINT BTJSTACHE
Ubre ; — e intra-vous-en.
Ihfbrator. — You vous farey tanto ben,
Mon chavalier, non ho dotar.
Grant mestre tos volo far,
Segur on mi habitaren.
Secundus miles. — Rasum eys que lor fasa ben,
Car vous an leysa entrar.
Vadant sesum.
Heustacius.— Trompeto, mun amic,vay far,
2230 En la plaso, uno crio :
Que trastoto la compagnio
Sio prestoment sus lo chamin,
E partiren aquest matin ;
E chascun preno sa despolho.
2235 Trompeta. — Per mi, non hi ouré falho.
Toto sonarey nostro gent.
Idem. In platea.
You vous fauc comandament,
Sus peno de cors e de bens,
Que tôt homme parto de présent,
2240 On sa poysanso e sa gent,
E s'en anne en Romanio.
Trompeta. Dicat inperatori.
Mun segnor, Diou vous don bono vio.
Las gens venon de Barbario ;
E devé esser ben joyous,
2245 Car la vitorio eys à nous.
Ikperator. — La faut annar encontro lor.
E far à ellos grant honor.
Say, vous autre que on mi se
Leva vos tuch, e me segué ;
2250 E vené-veus-en tuch anoy mi.
Primus milles. — Segnor, nous sen prest eyci.
[95] Tôt de certain per annar-hi,
2225
[94]
216
LE MYSTERE
Vadant.
Heustacius. — Segnor emperour que se aqui,
Diou en sia louà e grasi,
2255 Car nos aven agù vitorio ;
Louvà en sio lo rey de glorio.
Et ma molher e mous enfans
Ley ay cognegu que son ja grans.
Inperator. — Que! As trobà tous enfans?
2260 Cosint s'eys eydevengu
Que lous ley ayàs cognegu ?
Reconto-m'o trastot eyci.
Heustacius. — Celli, que aneron anbe mi,
Quant agron la guero fini,
2265 Troberon Tostal de lor mayre
E,' à la fin, se troberon frayre ;
E pueys la mayre ay trobà :
Per que lo bon Diou sio louvà !
Inperator. — No[us] deven tuch festo menar
2270 E mot grandement alegrar.
Festeà, chantà, bevé, mangà!
Benedito sio la jornà ' . . .
Bibani et comedant et, quando fecerint, dicat
[98] Inperator. — A diou Apollo farem festo,
E trastuch li faren requesto
2275 Que garde lo pays en pas,
E ayo marci das trapassàs.
Say, Placidas e toto gent,
Annen adorar devotament
Nostres Dious que an toto poysanso.
Vadant. Heustacius asosiet Inperatorem, et post modum revertatur,
et non vadant ad Deos.
2280 En tu, segnor Dio, ay speranso,
Mi e toto la compagnio.
Te lauvo, car Barbario
Aven gagna per justo guero,
Outro la mar, enf autro terro.
DE SAINT EUSTACHB
217
2285 Nous as [rendu] mestre e segnor.
A tu renden milio honors,
Afim que non sian plus rabel,
You te ufroo aquest don bel.
Per mi e per toto ma gent.
2290 E nous en tornen mantement.
Hic y dota loquatur. Est in fine libri.
Ydola. — Or me entende : Mantenent
A tous tous fauc promission,
Car me servé per dévotion,
Que mays non vous manqaré ren ;
2295 Masque vous serva tuch bon.
Apres, quant de cejt mont partiré,
Anoymi habitaré,
Non ho doté, mabello gent 1 .
Accipiat dyadamata, omnes autem inperatorcm oviando
Inpbrator. — Perque vous autre, como you,
2300 Non se annà adorar mun Diou ;
E majoraient, car as trobà
Ta molher e ta meynà ?
Parlo-me, quen corage as-tu?
Heustacius. — You serviso al rey Jhesu ;
2305 E nuech e jort li ufroc présent,
Loqual, quant ha vist mum tallent,
Molher e enfans m'a retornà
Per ma paciencio e humilità.
[97] Autre Diou non say, ni sabrey.
2310 Jhesu- solament servirey :
El solet fay miracles grans ;
En paradis loyo lous xpistians.
Tous dious honoras, tant mirables,
Non son autro chauso que dyables,
2315 Que te parlam per illusion
E te aduren à dampnation ;
1 Ces huit vers se trouvent à la fia 4u nis., 4 la page 120; ils sont répétés à
ia page 122,
218
LE MYSrÊRE
Per que, te preouc, fay-te batear.
Inperator.— 0 dious ! you soy al desperar !
Scuyers, deysentura-lous
2320 Per segnals que son treytors.
Car an nostres dious desanparà,
Davant mi breoment los amena.
Recédât ad locum suum, et tollant eys singulum
Primus m ini s ter. — Say, compagnun, sian arrapà ;
E lian-lous tous en uno estacho,
2325 De cordas ouren grant sofracho.
Despacho, vay en quérir.
Sbcundus minister. — Non farey balay de venir.
Vadat et veniat.
Te, compagnun, pren-te delay,
E bel personage tu fay.
2330 E ! Placidàs, vos se bateà,
E Hostacii se apellà.
Esbay ero de ton nun.
[98] Primus minister. — Nos li faren ben la rason,
Met-te davant ; annen-nos en ;
2335 Al palays plus à plein parlaren.
Mun segnor, vélos eyci.
Inperator. — Vous autres, que se davant mi,
Disé-me vostro entention ;
Vulhà penre conclusion
2340 De mos dious temé et onrar,
Car an poysanso de so far;
Autroment vos farey mûrir
A laydo mort, senso falhir.
Cel babtisme non eys mirable.
2345 Heustacius. — Venenoso lengo de dyable,
Nos non temen pas tous tormens,
Car non son masque aleougament,
E las armas saren salvàs.
Inperator, — Say, tirans, sjan stachas,
DE SAINT EUSTACUE 219
2350 El, sa molher et li enfant,
En luoc que lo lion dévorant
Los puecho mangar e destrure;
Ferma-los ben, non puechan fure ;
E veyren qui los defendré
2355 Ni lor bateal que lor valré,
Non hi metà nengun bestent.
Ducant eos ad locum ubi debent devorari.
Primus minister. — Venés avant, dolento gent,
Car à grant marriment murré ;
[99] Lo lion tous vous devoraré,
2360 Tantuest, en un moment.
Secundus minister. — Stachen-los vistoment,
Afim que non languisan gayre.
Primus minister. — Ben say, non tornaren retrayre
A mun segnor cosint lor vay.
2365 Idem. — Repren la cordo e tiro ben
E la me baylo, e groparey.
You crey ben que si farey.
Secundus minister. — Or se vous segont vostre stat?
Primus minister. — Sens plus bo mètre de débat,
2370 Euro lo lion nos largaren,
E de présent ; e nous veyren
Si lor Diou lous amo gayre.
Primus minister. — Quant oviré seytas novellas
You crey que li faren grant pour l .
[100] Idem primus minister. — Elàs! bel conpagnun et frayre,
2376 As vist cosint ba fach lo lion !
You crey perfetoment que lor Diou
De tôt perilb los vol gardar.
Elàs! Annen-bo reportar
4 Ici deux vers, à peu près semblables aux deux précédeots ( voy. ci-après,
v. 2380); il y a ensuite quatre ou cinq lignes en blanc.
no
LE MYSTÈRE
2380 Anostre mestre, Temperour 1 .
Primus minister. — You crey que son enchantour.
Quant lo leon aven larga,
Enver ellos s'eys inclina,
E pueys après à tornar s'en.
2385 Ar, ava[n]so ; cosint nous faren
Tant que nostro ley se mantegno ?
Inpbrator. — Torment lor se doné, que lous destregno.
Passa avant los me quérir. -
Autroment lous faut à mûrir
2390 Per un torment merevilhos.
Secundus minister. — Say, compagnun, destachen-los
E daut mun segnor los menan.
Primus minister. — E ! mes amis, en quai malan
Se intras vous, entre tous î
D'eyso m'en reporto à vous,
Car mal se ista avisa.
Secundus minister. — Davant vous lous aven menà,
Mun segnor; examinà-lous.
Inperator. — Vous autre, que se amis mious,
2400 Volé vous mous Dious adorar?
Autroment, à breou parlar,
Vous farey laydoment mûrir.
Heustacius. — Los cors, tu poas ben far mûrir,
2405 Mas las armas non teures pas.
Sabes perqué? Car sen babteàs;
E tôt home que se batearé
L'armo en paradis loyaré,
Se fay ben e cre ferm ornent.
Uxor Theospita. — Enperour, lo diable te atent
2410 Que peno e torment te daré.
Tal peno mays fin non ouré.
1 On renvoie ici aux deux vers effacés plus haut :
Quant ouvire seytas Dovellas,
You crey que ouré grant pour.
DE SAINT EUSTACHE
221
En ufert saré ton repaus,
Ont li diable van à grant saus.
Lay non ha pas ni concordio
2415 Ni pas, ny misericordio.
Ont li mort saré désira ;
Per so non lor saré perdonà.
[102] Mot eys orrible aquel luoc.
Aire non ley se ve que fuoc,
2420 E dyables, e totas orduras
Que an tant orriblas figuras.
La[s] armas son pro tormentàs,
Quant lotis veyon tous deyformàs :
Per que, emperour, fay te batear.
2425 Inperour. — Feno, tu me fas deysenar.
Avé vous ouvi son predic ?
Avant, fazo so que vous die :
Lo buou vous annà eychafar,
Tant que lous pueeho devorar.
2430 Tant Feychafaré prestoment
Que sian deli en un moment.
Tous quatre dedins los métré.
Primus minister. — Tuest saré fach en bono fe.
Dolento gent, venés avant,
2435 Car d'aquesto horo en avant,
Vos non anaré en batalho.
Secundus minister. — Compagnon, do[n]quo non te chalho»
Fazen so que eys commandà
De l'emperour que eys intrà :
2440 A mort el nos condampnario
Si so que ha dich remanio.
Ben n'ay dolor.
Primus minister. — Iili li an fach grant desonor.
[103] Quant an sous dious desanparà.
2445 Heustaci, ar avi[e]s trobà
Tous enfans e ta compagnio ....
Secundus minister. — Non lor donar malenconio.
Ayan solàs e esbatament.
222
LE MYSTERE
Proen lo fuoc e lo solpre pudent.
Heustaci. — Nos vous preen charoment
Que nous ieysé Diou prear
Davant que nos vulhà. tuar,
E en après e tous faré
De nos so que vous pleyré.
Primus minister. — Dementier lo buou s'eychalpharé .
Compagnons, preà à vostre plaser.
Calefaciant bovem.
Heustacius. — Segnor de vertu invisible,
Al quai non eys ren inpossible,
Tôt en eysint quant t'a plagu
2460 A nous te sies aparegu,
A nous, segnor, per ta marci ;
Car nostres vot eys ja fini.
Payre, si F eys per ton plaser,
« Pueys que torment nous convento aver,
2465 Que sian como li treys enfant ;
Que jus al fuoc anan chantant
E, en eysint, lo nun tiou
[104] Beneysichan, aquisti e y ou.
Payre, quant nos fini saren,
2470 Tuch aquilli que nos requeren,
E de nous ouren memorio,
En paradis lor dono glorio,
E en terro de frut habunda[n]so ;
E lor cors gardo de vioulanso,
2475 Si son en fluvi ou en mar,
E illi te volon envocar
Per nostres dious [sic) sian deyliourà ;
E si tombavan en pechà,
Per la nostro humilità
2480 Te preu, que lor sio perdonà.
Plaso-te, segnor, que li ardor
D'aquest fuoc non nos fazo pour.
Mas, si te play, que sio meyre
Como si ero proprio rosa.
2450
2455
DE SAINT BUSTACHE
223
Si te play, fay nos finir,
Nostres cors non leysar partir :
L'esprit rendren en tas mans.
Uxor. — Jhesu, corono de tous sans,
Mon sperit vous recomando,
Que Tayà toustens en comando.
E quant partiren d'aquest mont
Gardà-me d'unfert pergont,
Si Feys per vostre bon plaser.
Primus filius. — 0 Jhesu Xpit, vulhà aver
M'armo en vostro memorio !
Plaso-té que ayo vitorio
Dal poir da[l] diable malvas ;
Gardo-me de son soilas.
[105] Amb' eyso sia grasis e louvà
En totas tribulations ; nous consola
En seyt torment que nous prenen.
Secundus filius. — Rey de glorio, rey de tôt ben,
Al torment nous dono paciencio,
Que nous non naffran la conci[e]ncio.
Si te play, isto anoy nous,
En totas tribulations ;
Non nous velhàs habandonar.
Deus. — Angel, vay-t'en per consolar
Hostacii e sa compagnio ;
2510 E per mi tu li notifio
Que tôt quant el ha demanda
Per mi li eys toyort outreâ ;
E quant lor armas dal cors partiren
Say sus en paradis venren.
2515 Isto toyors anoy lor,
Afin que las tribulasious
Non lor donon expavantament.
Angélus Gabriel. — Segnor Diou, payre omnipotent,
Vostre comandament farey,
2520 E anoy ellos estarey.
Idem. Dicat. — Car vous sé fort humilia
224
LE MYSTÈRE
E avé justoment suplià,
Jhesu Xpist vous mando per mi :
[106] So que avé demanda saré compli.
Tous seous que de vous ouren memorio,
De paradis ouren la glorio,
E en terro de fruc habundanso.
On eyso ayas speranso
Tout en eysint, quant suplià,
Vous eys per Jhesu Xpist outreà.
Enquaro vous outreo plus avant.
Car avé sufert dolor grant,
Jamays per ehauso terrenai
Non vous macularé en mal ;
Per so venré en paradis,
Que de tôt joy eys ben garnis.
Prené en paciencio lo torment ;
Jhesu, lo payre vous atent.
So el fay per sa amor.
Recédant Angeli, e sancti cantent omnes simul, ut sequitur
2540 Glorio e laus à tu, segnor,
Que mostras tant grant amor.
Per tôt nos as consola :
Glorio e laus per secula.
Primus minister. Dicat.
Sias tu enquaro aparelhà?
2545 Iou regardo, à mun avis,
Que lo buou eys ja delis.
Compagnun, apilho de lay,
Car mot segurament you say
Que de fin fach saren deli.
Secundus minister. — Iili saren ben esbay,
Car terrible saré lo torment,
Davant que sio lor finiment.
Madamo, vous hi venrés.
Primus minister. — Et vous autre, venre après,
2555 E eychalpharé vos tuch los pes.
2525
2530
[107]
2551
DE SAIN! EUSTACHE
2?5
Ben crey que ley saré garda
De ben aver. Per verità,
Non ley saré senso dojor.
Ponant eos infra bovem; quo facto, dicat
Heustacius. — Verge Mario, de grant dosor,
2560 Pleno de grant poysanso,
Que à tous pechours deconfortas,
Don as alegranso !
Preo ton dous filh, nostre segnor,
En cui eys la poysanso,
2565 Que nos perdon nostres péchas,
Totas nostras offensas.
E quant venré desus dal tron
Per donar sa sentencio ;
Quant veyren venir la cros,
2570 Lous claveous e la lanso,
En que el fo crucifias,
Meys en cros e en balanso;
Li apostol e li confessor,
[108] Li martirs, sans e santas,
2575 Transtous ouren si grant pour,
Plusors vol[r]ian esse à nayse .
Non hi ouré ni joy ni plor,
Ni autro repentenso,
Masque lo ben que ouren fach.
2580 Aqui saré li fianso .
Modo incipiant ympnum.
Mundi salvator Domine,
Qui nos salvasti peregre,
In hac morte, nos protège
Et salva omni tempore. Amen\
2585 [109] Primus minister. — Partand'eyci, e anen nous en.
Compagnun, non as tu ouvi
Lo solàs que an fach aqui,
E lo plaser que prenian al fuoc ?
\ Le restant de cette page est en blanc.
17
226
LE MYSTERE
Secundus minister.— Elàs ! Quant orrible eys lo luoc î
2590 E menan tant grant alegranso !
Lor Diou eys rey de grant poysanso
A Femperour anen-nos-en,
E tôt eyso lor contaren.
Vadant, et dicat
Idem. — Segnor emperour exelent,
2595 Nous venen euro, tôt corrent,
De far lo grant exécution.
Inperator. — Ar disé, queyno entencion
Illi an agu al finiment?
Primus minister. — Non an jamays dota torment,
2600 Mas, quant se degran desperar,
An preys à automent chantar.
Como si se bagnesan ben.
Inperator. — Ministres, non doté en ren,
Car non poyren eychapar,
2605 Per lo automent chantar.
Mas en senres e en pois
Saren davant que sian .nr. jors ;
Ben ho crey iou.
[110] Heustàcius. — In manus tuas, bel segnor Diou.
2610 Renden Tesperit, aquisti e you.
Segnor, nous sen à ton convert (lis. gouvert ?),
Defent nostras armas d'unfert.
Moriantur in Domino. Angeli suscipiant animas eorum.
Angeli. — Venés on nos joyosoment,
Car Jhesu Xpist omnipotent,
2615 De vos narraré la vitorio,
Car Tavé agu en memorio.
Jamays non saré tribullà
Per lous demonis m al vas ;
Mas istaré en paradis,
2620 Lo qua[l] eys de tôt yoy garnis.
Angélus. — O segnor Diou de paradis,
DE SAINT EUSTACHE
2*7
Veys eyci Farmo de tous amis,
Losquals eyci vous presenten.
Jhesus. — En ma glorio, en qu'eys tôt ben,
2625 Saren tostens rémunéra ;
Car fermoment an batalhà
Encontro lors fors enemis.
Inperator. — Grandoment lo cor me frémis.
Avant, scuyers et autras gens,
2630 Fazé tuch mun commandament,
Sus peno de perdre la vio ;
Tuch fazé-me compagnio
Anen veyre si son mort ho viou.
[111] Magisterdomus. — Sia vous autres prest, coumo you ?
2635 E acompagnaren mun segnor ;
Autroment non sario honor
Que ley aneso tant solet.
Primus milles. — Non eys rason que ane solet ;
E veyren que an fach aquello gent.
Vadant.
> 2640 Inperator. — Ministres, ubré mantenent
Lo buou, afim que nos veyan
La fin que aquelli mey chant fam :
Ben crey que ilh saren mort.
Secûndus milles. — Rason ero que al trot
2645 Venguesan ; car eran meychans.
Primus minister. — Intrar volo lay dedins
Per mètre lous tous deforo.
Secundus minister. — Aviso si hi son enquaro.
Elàs ! que son resplendent !
2650 Non crey, per mun sagrament,
Que illi ayan ren ehangà.
Minislri aperiant bovem, et percuciant pectora, admirando Inpera-
tor ; sine verbis, quasi insensatus, pergat ad palacium .
[112] Magister domus. — Grant eys lo Diou de xpistiandà.
La non son autreys dious certans.
228 LE MYSTÉRR
Garda lous ha, car son xpistians.
2655 Jhesu solet eys veray Diou.
Creyé ho vous autre como y ou,
Car un pel non lor eys cremà.
O quant eys grando xpistiandà !
Tôt el gardo per sa amor.
2650 Primus Xpistianus. — Gracias n'ayo nostre segnor,
Car per certan el conforto,
On si adus seous de sa sorto.
Frayres que faren mantenent?
Secundus Xpistianus. — Sebelan-lous segretom *nt
2G65 Car, si li malvàs ho sabian,
À l[a] mor nos condampnarian,
Car son gens senso marci.
Primus Xpistianus. — De lor péchas saren pugni
DavantDiou, en jugament.
2670 E adonc lor repentiment
Non valré à quello quanalho .
Secundus Xpistianus. — Contro nos fantoyors batalho.
Mas, pueys que aven dolor grant,
E sen trist e annen plorant,
2675 Si la te play, sebelan-lous
Aquestous martirs glorious.
[113] E metan-los en luoc onrà
Car breoment li xpistiandà
Se creysaré, em multipliant ;
2680 E si faren orations grans
Al luoc ont los sebeliren.
Sus, e despachen-nos en.
Se[pe]liant ipsos; quibus sepultis, secus, claudus et leprosus
veniant ad sepulcrum.
Cecus. — Frayres, you vous preouc que annen
Veyre aquelos homes de ben,
2685 Car you creyoc fermoment
Que de Diou eran aquelli gent.
Anen ley tuch, senso tarsar;
DE SAINT EUSTACHE 2&
Grant miracles nos poyrian far,
Car de so far an la poysanso.
Claudus. — Oy, e d'eyso non ay dotanso*.
2690 Cecus. — Diou que ha[s]fach los elemens 3 ,
Lo[s] home as fach à ta semblanso,
Tous sous membres per ordenanso.
Tu li as fach la[s] ourelhas per ovir,
2695 E las naris per sentir ;
[114] Los vuelh per veyre li as donà :
Per que, segnor, per ta pietà,
E per la prejero d'aquestos que son mors,
Dono à nous autres confort ;
2700 A mi tu dono clarità
Que tant de tens Fay désira,
So eys lo plus noble sentiment
Que ayo creaturo vivent;
E you marri, en soy priva,
2705 Ni pueys saber per quen pechà.
Diou que eys mirabilis
Justis tuis, tu nos garis I*
Segnor, si te ven à plaser,
En tôt quant eys, tu as lo poer.
Idem. Obsculetur sepulcrum
2710 Diou m'a eyci illuminà,
Car ay recobrà clarità
Lonc tens avio que non aviouc vist.
Louvà en sio Jhesu Xpist,
E sant Hostaci parelhoment !
2715 Claudus. — Miracle ha eyci évident *.
Leprosus. — Lo paure ladre, de bon cor.
Vous supliouc charoment
Que me doné aleougament.
* Suivent plusieurs lignes en blanc.
* Ms. : alimens. — 3 Ms. : garins.
4 Ici trois ou quatre lignes en blanc
230
LE MYSTÈRE
Idem. Facto parvo intervallo.
[115] Veyé vous autre, miracle grant?
Ma chart semblo 1 chart de enfant
E davant ero si mesello !
0 Jhesu Xpist, que Tas fach bello,
Per la preyero d'aquestous sans.
You te lauvo à ju[n]ctas mans.
E vous autre que me veyés,
Regarda-me, e mans e pes,
Car verament you soy gari.
Balsabut. — 0 Infert, que soy marri!
E ben ay occasion de plorar,
Car per ren que ayo pogu far,
Per temptation ni autro sutilità,
De tôt en tôt me soy studià
Que Hostaci ni sa compagnio
Ayo pogu mètre en vio
De pervenir à nostre infert !
Infernus. — Ou, Diables, lo mal govert
Que avé tengu entre tous !
Quis aquel autre, entre vous,
Que ha tant pauroment governà?
2740 Car say dedins non avé amena,
Segont que avi[a]s fach promission.
Di-me, Sathan, ta entencion.
You t'o preouc, non m'o sellar.
[116] Sathan. — Infert, ben poyen sospirar,
2745 Car lo prince de chavalario
Aven perdu per grant folio,
Car Belsebuc e Astarot
Avian promeys que, en pechit trot,
Lo devian mètre, e sa meynà.
2750 Per que, Infert, sia avisà
De lo[s] pugnir ben asproment.
2720
2725
2730
2735
4 Ms. semplo.
DE SAINT EUSTACHE
Lucifer. — Infert 1 , vené say prestoment,
E me dise vostre'governament.
Balsabuc. — 0 Lucifer, or me entent.
2755 Cosint nos lous aven perdu,
Car creyan al rey Jhesu,
E per nenguno sutilità
Que ayan agu, non an pechà.
Car xpistians don illi saren,
2760 E perpetualment loyà saren
Sus en la glorio de paradis.
Astarot. — Segnor mestrë, you soy marris,
Per so que non sen vengu al desus
D'aqueos marris, don sen confus.
2765 Fay de nous à ton plaser,
Car sus ellos non aven poer.
Jhesu, loqual ilh servian,
Los gardo, car son xpistian,
Ni sobre ellos non aven poysanso.
Infernus. — Dyables, entende ma ordenanso ;
Baté-lous, tous dous, asproment,
Tant que illi en sian mal content;
Baté-lous, de drech e de travers,
Aquellos dyables fais, pervers
Rompé-lor toto lor persono ;
Non n'aya marci nenguno,
Car la meyson an mal governà.
Fasé en fason que sian ensegnà.
Per ellos dous tant folloment
Nos aven perdu tant de gent!
Non per aire, masque per lor défaut.
Sadoc. — Segnor mestre, prestoment vauc
Acomplir vostre voler.
Ben an agu pauc de poer,
2785 Aquilli dyable en lor besogno,
Dont vous en eys de grant vergogno.
[117]
2771
2775
2780
* Pour : Balsabuc. (Cf. v. 2816.)
233
LE MYbTÈRE
De mi ourés aquesto estreno.
Lkviatan. — Vos n'ouré sus vostro persono
Talloment que ho sentiré;
2790 Un autro veys go ver n are
Autr ornent, si vos se sage.
Bellim. — E you lor darey sus lor visage,
Per mostrar-lor lor follio.
Trop prenia de segnorio
2795 Quant prometiàs à nostre Infert
[118] Que adusera, tôt de cert,
Aquellos xpistians per temptation.
Guironet. — Eys eyso la promision
Que vous adusé say dedins ?
2800 De ceyt tortor sarés feris,
De jus, de sus, tant que vos romprey
Los membres ; ni non falhirey,
Que non faso ben mon dever.
Pifer. — Sobré vous, farey mun dever,
Tant que saré mal content.
Venés avant, dyables de vent.
Donan-lor, de haut et de bas,
Tant que non s'en trufen pas.
De mi ouré aquesto senglo.
Berrit. — Chascun de nous en eos s'entendo
Depueys que Unfert ho a conmanda
D'eser batu : an ben affanna !
Tené ! vous ouré aquest'strilho
Que non vous remanré coutilhon
Lo dyable vos en puecho portar.
Belsebuc. — 0 Infert, fay tous pousar
Aquesto meyehanto dyablalho 1 .
Illi nVan rompu toto uno espallo
Per so, de mi ayas pietà i
Astarot. — E mi an trastot gastà
2805
2810
2815
[119]
* Ce vers et les suivants sont répétés à la page 121 .
DE SAINT EUSTACHE
Mos membres, per forso de tortors,
Mas, si non ay de tu se cors,
De tôt en tôt sarey perdu.
Infernus. — Aro y dyables, sian pro batu.
2825 Per lo présent son ben punis.
Pensa d'anar per lo pays,
Los uns aval, e li autre amunt,
E ad usé say hins pergont
Las armas que pecharen.
2830 Per tostens mays dampna saren,
Senso nenguno dotanso.
CONCLUSIO
Scutifer. — Nobles segnors, que se en laplaso,
Que avé yist Tex[em]ple
D'aquestous sans, dont poyé entendre
2835 Que grant peno an soportà
En seyt mont, per lor bontà,
Car si per yoy, ni per plaser,
Non agran sufert tant de peno.
Quant son provà, Diou los enmeno.
2840 Seos que de bon cor los requeren,
Bon payament de Diou ouren,
Lay sus aut, en paradis. —
Perdona-nous, me[s] bons amis
Si hi a nengum que ayo maleyse,
2845 [120] De présent, se annen retrayre 1
Lay ont trobaré pan e vim.
Car la si a mantiou vesim,
Que lo laysan à bon marcha,
A Diou sia vous raoomandà l .
Finis.
* Variante de la page 122: Qu'el s'en vuelho retrayre
2 Ibid.: Comanda.
?34
LIS MYSTÈR1S
Au bas de cette même page on lit enfin :
» Ego vero subsignatus reaptavi || dictum librum sancti
» Heustacij,quemfeci || ludere, de anno Domini M 0 V° IIIJ t0 .
» || et de mense jugnij.
» Ber. Chancelli Cap[ella]nus || Podii Sancti Andrée »
OBSERVATION
Au cours de l'impression du Mystère de saint Eustache,
j'ai eu l'occasion d'examiner le Mystère de saint André, décou-
vert en 1878 par M. l'abbé Fazy et dont un fragment assez
considérable a été publié ci-dessus, dans Y Introduction, d'après
une copie remontant au XVP siècle 1 .
Sans vouloir entrer ici dans des détails que M. Fazy met-
tra prochainement en parfaite lumière s , qu'il me soit permis
cependant, — afin de mieux établir l'origine briançonnaise des
cinq mystères découverts jusqu'à présent dans les Hautes-
Alpes, et surtout celle du Mystère de saint Eustache, — de
faire quelques remarques sur le manuscrit qui nous a conservé
le Mystère de saint André, et de citer à l'appui une ou deux
des importantes notes qu'il renferme.
Le manuscrit du Mystère de saint André est un petit in-4°
de 70 feuillets, non foliotés, en papier. Ce papier est sembia-
* Les pages 121 et 122, grandement détériorées, sont remplies par les vers
2817-2849 (p. 118-9) et par les huit vers 2291-2298 que l'on a déjà lus plus
haut (p. 96 du ms.)
* Par suite de l'état de détérioration de cette copie, j'ai commis quelques
erreurs de lecture. Voici celles que j'ai observées dans le rapide examen qu'il
m'a été possible de faire du Mystère de saint André. Au lieu de « Rôle du
Primus minister» , lisez: « Rôle de Pericant, secundus minister», 3. sEgras,
lisez: Eyeas ; 5, qu'el, lisez : cy et; 106, Stratodes, lisez : Stracodes; 130,
Galhart-vert, lisez : Galhimert.
3 M. l'abbé Fazy fait imprimer actuellement le Mystère de saint André, en
l'accompagnant d'une introduction très soignée, de notes et d'un glossaire.
DE SAINT BUSÏACHB
225
ble à celui du manuscrit de saint Eustache : il porte en fili-
grane une grappe de raisin 4 .
Toutefois l'écriture du manuscrit de saint André est diffé-
rente de celle du manuscrit de saint Eustache. La première
est nette, bien formée et facile à lire ; la seconde, au con-
traire, est moins distincte, beaucoup plus rapide et souvent
d'une lecture difficile. Mais, — circonstance qu'il importe de
noter, — les corrections et additions assez nombreuses qu'a
subies le Mystère de saint André sont de la main qui a trans-
crit le Mystère de saint Eustache, c'est-à-dire de B. Chancel,
chapelain du Puy-Saint-André en 1504.
Le Mystère de saint André est recouvert d'un fragment de
charte, en parchemin, du milieu du XIV e siècle, au bas de la-
quelle on reconnaît le signum manuale d'un notaire briançon-
nais. Sur cette couverture on lit les mots suivants, écrits
en grosses lettres, du XVI e siècle : Liber secundus historié
sancti Andrée. Ce titre et une note qu'on trouvera plus loin
permettent de croire que nous ne possédons aujourd'hui que
la seconde partie du Mystère de saint André, lequel, très-pro-
bablement, formait une sorte de trilogie ou drame en trois
journées, dans le genre de ceux auxquel fait allusion M. des
Ambrois de Nevache*.
Une note qui existe au premier feuillet du manuscrit nous
apprend que le Mystère de saint André fut représenté, de
même que le Mystère de saint Eustache, parles soins et sous
la direction de B. Chancel, alors vicaire du Puy-Saint-An-
dré :
« Hec istoria lusa est, et fuit die xxma mensis \\ jugnij
» [1512?]. et conducta per me, sub \\ signatum vicarium loci
» sancti Andrée, ad \\ honorent et gloriam Dei, et sui sancti et
» appostoli Andrée. Signé: « B Chancelli. »
* Le Mystère de saint André, y compris les additions et corrections, se
compose de près de 4000 vers.
Voici, d'après une note existant à la fin du ms., la liste des personnages :
« Personagia. in isto libro : primo Deus, duo Anyeli, sanctus Andréas, rex
Egeas, mestre Flocar, mestre Contel, frater Egeas (sic), Estracodes, Maxi-
milla, due filie, octo de populo, très ministri, carcerarius, magister In-
ferni, diaboli. » En tout, environ 30 personnages.
2 Voyez ci-dessus, p. 9.
236 LE MYSTÈRE DE SAINT EUSTACHE
Vers la fin de ce même manuscrit, on lit une seconde note
plus intéressante encore que la première, dont récriture est
semblable à celle du texte du manuscrit, et dont l'extrême
importance n'échappera certainement à personne. Cette note
nous révèle le nom de l'auteur du Mystère de saint André :
Marcellin Richard, « chapelain émérite » ou« ancien chapelain »
d'une paroisse qui malheureusement n'est point indiquée :
« Finis hujus operis secunde ystorie sancti || Andrée, sud
» anno M° V° XI l, et die xxa\mensis J| aprilis, per me Mar-
» cellinum Richardi, capellanum \\ meritum*, qui eundem li-
» brum feci y et aptaviet in présentera formant redegù
Signé : « M. Richardi, cappellanus . »
Ainsi, d'après ces deux notes si précieuses, le Mystère de
saint André, que le chapelain Marcellin Richard finit de com-
poser le 20 avril 1512, fut certainement représenté peu après,
— très-probablement le 20 juin de la même année, — sous la
direction de B. Chancel, jadis chapelain (1504) et alors (1512)
vicaire du Puy-Saint-André. Deux mois auraient été employés
à préparer la représentation.
Je ne répéterai point ici les raisons, déjà développées ail-
leurs 2, qui me portent à croire que Marcellin Richard était
originaire de l'ancienne « communauté des Puys 3 » et qtfil
aurait été chapelain du Puy-Saint-André vers 1490-1503, cir-
constances qui expliqueraient d'une façon satisfaisante la dé-
couverte, à Puy-Saint-Pierre, des mystères de saint Pons et
de saint Pierre et saint Paul, et, à Puy-Saint-André, des mys-
tères de saint Eustache et de saint André.
Désormais, du moins, il est bien établi que Marcellin Ri-
chard est l'auteur du Mystère de saint André. Je pense qu'il a
aussi composé le Mystère de saint Eustache, tant le style de
1 Peut-êtreïfaudrait-il lire : in || meritum.
* Note sur les mystères provençaux récemment découverts dans le dé-
partement des Hautes-Alpes et en particulier sur le Mystfre de saint An-
toine de Viennois (Mémoire lu à la réunion des Sociétés savantes et des
Beaux- Arts à la Sorbonne, dans la séance du 12 avril 1882); Paris, E. Pion
et Ce, 1882, in-8o, pp. 266-7.
3 Voy., ci-dessus, p. 10. ^
FRAGMENTS D'UNE TRADUCTION PROVENÇALE 237
ce mystère, la tournure des vers, la marche de l'action, les
noms des personnages, la langue, les indications du jeu de
scène et d'autres circonstances présentent de ressemblance
et d'analogie avec tout ce qu'on trouve dans le Mystère de
saint André. Peut-être ne s'écarterait-on pas trop de la vérité
en attribuant également à Marcellin Richard le Mystère de
saint Pons et le Mystère de saint Pierre et saint Paul. Quant
au Mystère de saint Antoine, provenant des archives commu-
nales de Névache, il a, selon moi, une origine différente,
quoique briançonnaise.
Ces conclusions sur l'origine des mystères provençaux dé-
couverts dans les Hautes-Alpes, on voudra bien le remarquer,
sont conformes à celles que j'avais cru pouvoir tirer d'un
autre ordre d'idées 1 . Elles pourront peut-être aider à com-
poser un jour l'histoire du théâtre provençal, qui, au témoi-
gnage de M. Petit de Jullevillb,* est encore à faire.
P. G.
&
FRAGMENTS D'UNE TRADUCTION PROVENÇALE
DU ROMAN DE MERLIN
[Fin*)
NOTES *
P. 107, 1. 1. Voici la phrase complète, dans l'original français (B.
N. ms. 747, f. 94 r.) : « Ulfin, garde que tu itels paroles ne me dies
quar je voil bien que tu saiches que je le dirai le duc mon seingnor,
i Ibid., p. 10 et suiv.
1 Histoire du théâtre en France} les Mystères, 1880, t. I, p. 184-5.
3 Voir le n° de septembre .
* Mon ami A. Boucherie, dans un récent voyage à Paris, a comparé, à ma
prière, à l'original français de Merlin (dans le ms. B. N. 747, qui est celui
que M. Paulin Paris a surtout suivi) le texte provençal de l'Epine, déjà im-
primé pour la Revue, et il en a transcrit les passages correspondant à ceux
qui, dans le provençal, sont incomplets, obscurs ou douteux. On les trouvera
daos ces notes, avec deux ou trois autres dont je dois la copie à l'obligeance
de M. Constans. Il résulte clairement de plusieurs de ces extraits que le tra-
ducteur provençal a dû travailler sur un texte un peu différent de celui du
ms. 747.
238 TRADUCTION PROVENÇALE
et se il le savoit il te covendroit a morir, ne je ne t'en cèlerai que
ceste foiz. »
108, 1. « que mot era ben d'el. » Texte fr., d'après Paulin Paris,
loc. cit., p. 70 : « E li dus apelle un sien chevalier qui moult es toit
bien de lui. . . »
108, 32. « per vezer. » Suppl. las donas? Cf. le franç. ibid. v°:
« Si i vint li rois et tuit li autre chevalier por veoir les dames. »
108, 36. « Quant lo dux la(n) vi. » Ms. 747, ibid.: « Quant li dus
le vit. »
109, 4. Peut-être eût-il mieux valu écrire, sans guillemets ni point
d'interrogation : « e li dieis per que. » Dire a souvent le sens de de-
mander .
109, 15. Suppl. ho (pueisque hieu vos [ho] ai dig)? Cf. ms 747:
« Si sai ores bien, des que jele vos ai dit, qu'il ne peut remaindre
sanz mal faire. »
109, 20. Ms. 747: <* Tant com nus hom pot plus estre. »
109, dernière ligne: « et el s'en fon aissi anatz. » Ces derniers mots,
ici plus qu'inutiles, n'ont pas de correspondants dans l'original fran-
çais.
110, 5. Fr.: « il la puisse amender. » — « saubon. » Corr. sabon .*
110, 9. Fr. : « et que molt se merveillent que il a fait si grant ou-
trage. »
110, 14. « ferm. » Ms. 747, sans épithète: « En ce message alè-
rent. »
110, 32. Corr. qui aisso percassava. Fr.: a et distrent que se a
Dieu plaisoit, ce ne seroit ja soufert, et que bien en devroit celui mal
avoir qui tel chose porchaçoit a son home lige . »
110,36. Franç.: m'assaut. On pourrait proposer une correction
(m'asaillia, par exemple); mais le subjonctif ici n'est pas anormal.
111, 1. Il doit manquer quelque chose. Ms. 747: « Et il respon-
dent que si feront il, et il et tuit cil qu'il % porront mètre, jusqu'à la
teste perdre. »
111, 20. Ms. 747, f. 95 r.: « Lors se conseille li dux et dist qu'il
n'a que .n. chastiausqui douroi se poussent desfendre, mais ces .11.
ne prendra il tant com il vive. Si atorna et devisa que il leroit sa
femme a Tintaguel et si li lairoit ,x. chevaliers qu'il savoit bien que
li chastiaus n'avoit resgart d'assaut de nul homme . » Ce qui manque
ici dans le ms. de l'Epine occupe à peu près cinq feuillets dans le
ms. 747 (f. 95 r., col. 1;— f. 99 v., col. 2).
111, 22. Ms. 747, f. 99 v., col. 2: « li menistre de Sainte
Eglise on palais roial et pristrent conseil cornent li règnes seroit go-
vernez. »
111,28. Ibid.: a a Merlin. »
DU ROMAN DE MERLIN
1 12, 1. Tbid.: « Je ne sui pas tiels que doie a si haut afaire conseillier
en tel meniere que je i eleusse roi et gouverneur * mais se vos vos
acordiez a mon avis, je le vos diroie. »
112, 17-24. « et hieu vos soi tengutfz] . . . que el nos elieja... »
Franç. ibid. : et je vos sui pièges, que se vos le requerrez et faites
requerre au pueple communément, si com chacuns a mestier de gou-
verneor, que il, par sa pitié et par sa dignité et par s'umilité, a ceste
feste qui Noël est apelée, on li plot a naistre, [f. 100 r., col. 1] einsi
veraiement com il nasqui rois des rois et sires de toutes bones choses,
que il, a ce jor qui vient, nos elisse tel roi qui le pueple puisse gou-
verner a son plaisir et a sa volonté faire. »
112, 27. « De joi.» M. Guillaume avait la de rei (les deux lec-
tures sont d'ailleurs également possibles), et l'original français lui
donne raison : « einsi veraiement com il set que mestiers nos est,
quar il conoist mielz les genz que les genz meimes ne se conoissent,
nos face îl demostrance, a icel jor, dou roi, a son plaisir et a sa
volonté, en tel meniere que li pueples conoisse que par s'election
sera rois, sanz élection d'autre home. » Il faut lire, en conséquence,
dans le provençal: «...nosfassa el veramens demonstranssa, az
aquel jorn, de rei, a sonplazer et à sa voluntat. . .»
113,5. Suppl. las devant le premier f assort? Ms. 747: « que li
pro voire la facent. »
113, 20. Ms. 747: « Et Antor qui l'enfant gardoit Pot tant norri
qu'il estoit granz hom ou seizième an ; si l'avoit si loiaument norri qu'il
n'avoit onques alaitié de lait se de sa femme non. »
113, 28. Ms. 747: « tuit li haut home dou royaume et tuit li
haut baron et le plus de touz cels qui rien valoient dou roiaume. . . »
114, 3. Ms'. 747: « Einsi furent a celle première messe dou jor. »
114, 15-17. Ms. 747: « le bel miracle que nostre Sires fera
entre nos se lui plaist de doner vos roi et chevetaine. . . »
114, 19. Il n'y a pas lieu de corriger contrast. Il faut seulement
suppléer en devant ce mot. Cf. le fr. (ms. 747, f . 100 r. , col. 2): « nos
somes en contanz et en poine d'eslire. . . »
114, 22. «no sabem. » Peut-être vaudrait-il mieux écrire rc'o.
114, 27-32. Ms. 747: « Einsi le firent comme li prodom l'ot con-
seillé et il ala chanter la messe, et quant il l'ot chantée jusques a
l'évangile et il orent offert, si s'en issirent tiels i ot; et devant de
l'arcevesque si avoit une grant place voide, et quant il issoient dou
mostier, si fu ajorné, et lors virent devant la maistre porte. . . »
115, 1. Ms. 747: « de quel pierre il estoit. »
115, 3. Ms. 747: « une enclume de fer largement de demi pie
haut. »
115, 12. Ms. 747: « et gilerent de l'iaue benoite. »
240 TRADUCTION PROVENÇALE
115, dernière ligne. Ibid. , f. 100 v , col. 1: « . . . . a establies en
terre que nus por richesce ne por hautesce, ne por chose terriene que
Dieu li ait doné ne soufert a avoir en cest siècle, que il contre ceste
eleccion n'aille. »
Je vais maintenant énumérer les principaux traits linguistiques de
notre texte, en plaçant en tête ceux qui me paraissent caractéristiques
du dialecte provençal, que je suppose, comme je l'ai dit plus haut,
avoir été celui de l'auteur.
1. Maintien constant de Yn instable: man, ben, non, onzen, nè-
guns, fon (fuit), etc., et on, jamais o, à la troisième personne du
pluriel de tous les temps des verbes, sauf, bien entendu, les futurs et
l'indicatif présent de aver, anar, far, qui sont en an, jamais en au.
2. Emploi, constant aussi, des formes dieis (= dixit), dieisson et
dieisseron (= dixerunt). Cf. Revue, XIII, 116.
3. Emploi du pronom lo comme sujet neutre: p. 107, 1. 1; 110, 19;
112, 8. Cf. Revue, XII, 298.
4. Mercen (110, 22) pour mer ce, étant un exemple unique, Yn
pourrait être du fait du scribe. Mais cette forme se trouve aussi dans
Flamenca (v. 7839), texte qui appartient à la région orientale de la
langue d'oc. On la trouve encore dans les Coutumes d'Alais, qui nous
offrent un autre cas analogue, à savoir fen, au moins deux fois, pour
fe «s fidem. Je constate le même phénomène en Gascogne dans gran
= gradum. Si l'on remarque que, dans ces trois mots, Yn a pris la
place d'un d latin, on se sentira porté à rapprocher ce fait de la sub-
stitution de nn à nd dans l'intérieur des mots, phénomène commun en
Gascogne et qui n'est pas rare non plus en Provence (calennas, etc.).
Mais il paraît plus sûr de ne voir là qu'une simple nasalisation. Cf.
sen (per sen =per se), dans St Honorât,^. 89, forme qui se trouve aussi
quelquefois dans les documents gascons, avec mm, sin, qui y abondent .
5. Les formes treire, 15, 116; enviarei, 107, 24; etmandarei, 110,
12, sont ici exceptionnelles ; la diphthongue ai restant partout ail-
leurs sans altération, on est autorisé à les mettre sur le compte du
scribe. Or ces formes sont gasconnes. Elles ne le sont pas, il est vrai,
exclusivement ; mais, si on les rapproche des suivantes, qui le sont
aussi et plus sûrement: seram (109, 24) pour serem, et voster (108,
19; 109, 26), nosler (114, 2, 7, 16, 23; 115, 11, 23, 29), pour vostre %
nostre, on ne sera pas éloigné, je pense, d'admettre, comme assez
plausible l'hypothèse que le copiste de notre ms . était gascon.
6. <5ette hypothèse trouve encore un appui dans le fait, qui se re-
marque plusieurs fois dans notre texte, de la substitution de Ye à l'a
final atone, et réciproquement. Voy. les notes au bas des pages 107,
DU ROMAN DE MERLIN
241
108, 109, 114 et 115. J'ajouterais p.' 112, n. 1, s'il était sûr que le tra-
ducteur n'a pas voulu employer ici l'indicatif.
Les autres détails de la langue ou de la graphie de notre texte
n'ont rien d'assez particulier pour pouvoirservir à une détermination
dialectale tant soit peu précise. Il ne paraît pas inutile néanmoins d'en
relever un certain nombre :
7. L'o ouvert tonique reste inaltéré dans loc, 115,3; voilh, 109,
28 ; mais le cas ordinaire est la diphthongaison, qui se fait toujours
en ue: luec, 107, 11; vueilh, 109, 18; huei, 114, 24, 25 ; vueja, 114,
33 ; nueg, 108, 34. Cette diphthongue se réduit à u dnns pusca.
6. et latin donne g (non ch) en finale ; nueg, lag, dig, fag, dreg,
une fois ig (faig, 1 15, 27) . — On a de même, pour bj et tj, deg et
tug.
9. Une h, que l'étymologie la plupart du temps ne justifie pas,
est préposée à la voyelle initiale d'un certain nombre de mots, sur-
tout monosyllabiques: ha (ad), hac, hi,hieu, Mes, liirai, hirat, hi-
rada, ho.
10. Le son du z ou s doux est presque toujours exprimé parla réu-
nion de ces deux lettres : proszome, etc.
11. Les règles de la déclinaison sont généralement observées. J'ai
corrigé les trois ou quatre infractions à celle de Y s que j'ai remar-
quées. J'ai rétabli également, p. 108, 1. 22, et 109, 1. 17, le cas obli-
que senhor; mais j'ai cru devoir conserver, pp. 114, 1.7 et 16, et
115, 1. 27 et 29, ce même senhor, appliqué à Jésus-Christ, comme
sujet singulier, l'auteur l'ayant employé quatre fois dans ce rôle, con-
tre une seule fois senher.
Il y a un exemple, brases (109, 1) de nom intégral à pluriel sen-
sible.
12 . Conjugaison . La première personne de l'indicatif présent sin-
gulier est en e, non en i : requere, mande, eliege (112, 2), s'il ne
faut pas, dans ce dernier exemple, corriger elieja.
La deuxième personne du pluriel, dans tous les temps, est plus
souvent en s qu'en tz. De même, 108, 14, fes; 107, 10, plas*. 11 y a
lieu de croire que les formes en s sont dues au copiste.
La troisième personne du pluriel, aux formes atones, est toujours
en on (jamais en ni an), même au deuxième conditionnel : pogron,
111, 1; ajuderon, 111, 19.
Au futur, il faut noter les formes pleines defenderai, 107, 10 ;pla-
zera, 110, 6.
Au parfait, on a pour dire, à côté de la forme forte dieisson, la
forme faible dieisseron . Pour prendre on a de même prezeron, 111,
* Cf. ves, 109, 9, pour vetz (vicera).
18
242 TRADUCTION PROVENÇALE BU ROMAN DE MERLIN
23, et au singulier, prezet, 115, 8, concurremment avec^res, 108, 4
et 10 ; pour r émaner, remasseron, 114, 5. Les autres verbes de la
même catégorie ne présentent que la forme forte : vengron et venc,
agron et ac, pogron et poc, feiron et fes, saubron, viron.
13. Au point de vue de la syntaxe, il faut signaler d'abord, comme
la particularité la plus notable de notre texte, l'emploi de si. . .oc au
lieu de si. . .non, dont il nous offre trois exemples : 109, 8 : dis qu'el
non fa si per mi oc ; 113, 22 et 24: ni anc non avia tetat si del lag
de sa moilher oc, . . ni ella non Vaviaapellat anc si son filh oc. Je
ne me rappelle avoir vu de cette locution qu'un seul autre exemple .
C'est le suivant, dans une pièce de Daude de Prades (Gedichte,
clxxxi):
Res no say a cuy m'en rancur
Si a vos oc en cuy m'atur.
La substitution d'oc à non, dans ces exemples, doit sans doute s'ex-
pliquer par une réaction de l'idée sur la forme : non, détaché de si et
mis comme en vedette à la fin de la phrase, a pu donner le change à
quelques-uns et leur paraître nier ce qu'ils voulaient affirmer, ce qui
les aura induits à remplacer cette particule par son contraire .
Je termine par deux ou trois remarques de moindre importance :
Emploi du cas sujet, malgré entre qui précède, et qui peut être con-
sidéré, en pareil cas, comme un préfixe du verbe, détaché par tmèse :
« La traission que entre vos e lo reis pensavatz e percassavas »,
108, 22. Plus haut, 107, 12, on a le même tour avec le cas régime :
« Aissi son départit entre Ygerna et Ulfin. » Mais il faudrait peut-
être corriger Ulfins. Cf. Revue, IX, 200, note sur le v. 5237 de la
Croisade albigeoise.
Verbe au pluriel avec neguns, l'accord se faisant par syllepse avec
l'idée, qui est celle de pluralité: « eque neguns d'els non saubon... »,
110, 5. Ceci non plus n'est pas rare en d'autres textes.
Phrase entière servant de sujet, avec le verbe au pluriel : « si s'en
aneron tais rii ac » 114, 4. De même dans l'original français.
C. C.
Dialectes Modernes
GLOSSAIRE DES COMPARAISONS POPULAIRES
DU NARBONNAIS ET DU CARCASSEZ
(Suite)
Laba. — Laba (se) las mas coumo Pilato.
Lâchas. — Lâchât coumo un paquet de soutisos.
Lâche. — Lâche coumo uno bièlho pantoufle
Ladre. — Ladre coumo un porc ; — coumo un escorjo falcets.
Lait. — Blanc coumo de lait. — Passa à l'abaladouiro dous
coumo de lait. — Lou cal belha coumo .lou lait sul foc. —
S'empourta coumo la soupo de lait. — Beure un afrount
coumo uno escudèlo de lait.
Lançât. — Lançât coumo un recor sus un michant pagaire.
— Lança sous regrèts coumo un roussignol. — Lança 'n
pet coumo un cop de canou.
Landa.— Landa coumo un lapin qu'aperdut un floc de bourro.
— Landa enquièt coumo un paure gous que trigosso uno
padeno à la pèrnos. — Landa coumo un foulhet.
LanguI. — Langui coumo un abandounat ; — coumo un per-
dut ; — coumo uno planto pribado de soulel; — coumo un
mort.
Languissent. — Languissent coumo un jour de plèjo ; —
coumo las litanlos das sants.
Lard. — Gras coumo un lard. — Bilèn coumo un lard jaune.
— Rance coumo un bièl lard. — Acô ben à prepaus coumo
lard en pèses.
se dits:
— Lard bièl, bouno soupo.
— Toucara pas de moun lard.
— Se frega lous lards.
Larmos. — Las larmos i toumbaboun coumo de pèses ou de
ceserous;— coumo de granos de chapelet.
Las ou cansat coumo un gous.
244
COMPARAISONS POPULAIRES
Laugè. — Laugè coumo un parpalhol; — coumo uno gazèlo ;
— coumo Taucèl de Taire ; — coumo un picarèl ; — eoumo
uno palho ; — coumo un ciure ; — coumo lou fum ; —
coumo lou bent ; — coumo la brumo ; — coumo la plumo
de canari. — Laugè coumo la formo al mirai ; — coumo u n
bourrilhou de lano ; — coumo uno bolbo ; — coumo uno
arofo; — coumo lou respir d'un mainatjou ; — coumo
un rais de soulel. — Laugè coumo un paquet de recou-
mandacius.
PER TRUFARIÈ:
Laugè coumo l'aucèl dè sant Luc ou Taucèl qu'apèloun
lou biôu.
Laura. — Laura coumo uno talpo ; — coumo un rat-talpiè.
Leba. — Se leba coumo un ressort; — coumo un estic. — Se
leba de boun' ouro coumo lou soulel.
Lebriè. — Afamat coumo un lebriè. — Courre coumo un le-
briè.
Lèd. — Lèd coumo un moustre; — coumo Carmantran ; —
coumo un lard jaune ; — coumo un pesoul d'Aubergnas ;
— coumo lou bici ; — coumo lous sept pecats mourtals ; —
coumo un bièl pot de moustardo ; — coumo un tioul de
paure. — Lèdo coumo Proserpino, la reino das Infers.
se dits:
Lèd à fa ploura 'n porc ; — à faire entourna uno prou-
cessiu. — Lèd à fa pou al diable.
Lèd en bourrasso,
Poulit en plaço.
Lèit. — S'espandi coumo dins unlèit. — Aima lou lèit coumo
de pa.
se dits:
Lou lèit es uno bouno causo,
S'on i dourmits pas, on repauso.
Lesco. — Uno lesco de salsissot coumo un palet; — coumo uno
rodo de broueto ou barioto.
Lest ou lêste coumo un lapin ; — coumo un aucèl ; — eoumo
un gat-faï ; — coumo un gabre ; — coumo un esquirol ; —
COMPARAISONS POPULAIRES 245
coumo un singe; — coumo uno piuse magro. — Lèste ou
dégourdit coumo uno truito ; — coumo un fringaire que
courrits al randè-bous.
Libra ou couNFiA. — Se libra coumo à soun counfessou.
Libre. — Libre coumo un Bédouin ; — coumo Taire das camps ;
— coumo l'aucèl; — coumo lou bent. — Libre dins sas
bragos coumo un zouabo pountifical.
se dits:
L'aucèl en libertat es milhou qu'en gabio daurado.
Lifre ou gras coumo l'anquiè d'un tais.
Linjo. — Linjo coumo uno felho d'aubre; — coumo uno pèl de
cebo. — Linjo ou primo coumo un fus.
Lioun. — Ardit. . , fort. noble coumo un lioun.
Liri. — Blanc. . , dreit coumo un liri.
Las. — Lis coumo uno liardo ; — coumo un rat ; — coumo un
beire — ; coumo uno glaço ; — coumo uno pèl de casta-
gno ; — coumo un belous de sedo ; — coumo uno sabou-
neto ; — coumo de malbre. — Lis coumo un calhau de ri-
bièro. — Lisa das dets coumo l'argent; — lisa coumo uno
andialo dins las mas.
Lisqueto. — Lisqueto coumo la castagno.
Loung.— Loung coumo uno furgo ; — coumo uno canardièro ;
— coumo uno crèmo ; — coumo lou carême ; — coumo un
coumpte d'apouticaire ; — coumo d'aici à dema ou d'aioi-
abal; — coumo d'aici à Paris ; — coumo un jour sons pa ;
— coumo lou dibendres sant; — coumo la passiu das
rams; — coumo sai-pasqué. — Loung coumo uno enfialado
de cami; — coumo l'aigo que passo. — Loung coumo l'es-
calo de Jacob. — Dents loungos coumo los d'un rastèl. —
Ouros loungos coumo d'annados.
Loungarut. — Loungarut coumo un col de ganto ; — coumo
lou bounet d'un astourlogo; — coumo uno pico.
Loup. — Urla coumo un loup, — Counescut coumo un loup
blanc. — Afamat coumo un loup. — Fugi lou foc coumo
un loup. — A las costos faitos en loung coumo un loup.
se dits:
En oustal de loup, nou boutes ta car. — Quand lou loup
es mort, las fedos i manjoun las ancos.
246
COMPARAISONS POPULAIRES
Lourd ou salop coumo un porc.
Lusb, lusi ou lusent coumo uno estelo ; — coumo un beire ; —
coumo uno tèlo cirado ; — coumo un louidor ; — coumo
un escut nôu ; — coumo de malbre ; — coumo un mirai ; —
coumo uno côco ; — coumo un diamant ; — coumo d'ar-
gent; — coumo de cristal; — coumo d'ibôri. — Lusent e
nègre coumo l'alo d'un gorp.
per trufariè:
Lusent coumo un escut de pego.
se dits :
Es pas d'or tout ço que lusits,
Ni farino tout ço que blanquits.
Quand lou soulel lusits, es pas besoun de luno.
Ma. — Uno mamoufleto coumo de coutou; — couflado coumo
un grapaud ; — larjo coumo un bacèl ; — dtiro e rabou-
lhudo coumo uno raspo. — Mas puros e inoucentos coumo
los d'un mainatjou.
se dits:
Las mas fangousos fan manja lou pa blanc.
Machega. — Machega de blasfèmes coumo un Turc.
Magagnat. — Magagnat coumo lou tioul d'un poustilhou.
Magnac. — Magnac coumo un agnèlou.
Magre. — Magre coumo un pic ; — coumo un clabèl ; — coumo
uno penche ; — coumo un tenal ; — coumo un , rastèl ; —
coumo un canis ; — coumo un crist ou un crucifits ; —
coumo un Ecce-Homo.— Magre coumo un croc; — coumo
uno lantèrno ; — coumo uno tariragno ; — coumo un cha-
bal d'omnibus ; — coumo Don Quichoto ; — coumo uno
clabeto ; — coumo un cent de clabèls ; — coumo lou diben-
dres sant ; — coumo uno escarcèlo. — Magre e sec coumo
uno escaleto ; — coumo un croustet ; — coumo un canto-
cigalo. — Magre e dur coumo un paro-trou. — Magre e
palle coumo la famino.
Majestous. — Majestous coumo un pountifô ; — coumo un
papo.
Malaisit. — Malaisit coumo uno masso demargado ; — coumo
COMPARAISONS POPULAIRES
247
uno banco despecoulhado ; — coumo un ours qu'enfilo uno
agulho.
Malaut. — Malaut coumo un gous.
SE DITS :
Lou mal a d'alos quand arribo
E s'entourno coumo un carras.
Mal-bragat. — Mal-bragat coumo la crasso das pacans.
Maleable. — Maleable coumo la ciro.
Malecious. — Malecious coumo un bièl singe.
Mal-faitous. — Mal-faitofus coumo un taro-cebos.
Mal-fasent. — Mal-fasent coumo la pèsto ; — coumo la grèllo.
Malurous. — Malurous coumo las canilhos ; — coumo las pèi-
rosv; — coumo un damnât; — coumo de legno de forjo; —
coumo un rat qu'a rés qu'un trauc.
sk dits:
Lou malur arribo à tout' ouro ;
Tal rits mati qu'ai bèspre plouro.
A gens malurouses, lou pa mousits al four.
Mama. -t Mamà coumo un barbèu.
Manja. — Manja coumo undestrùssi; — coumo un rasse-
gaire ; — coumo un porto.-fais mes à la dièto : — coumo
un bouiè ; — coumo un ogre ; — coumo un Gargantua ; —
coumo un chabal descoufat ; — coumo quatre. — Manja
(pauc) coumo uno linoto ; — coumo un riatou ; — coumo
un canari. — Manja de car coumo un gorp. — Manja de
pa coumo un Limousi ; — de castagnos coamo un moun-
lagnol.— Manja de tout coustat coumo un chabal de cou-
missàri.
se dits:
Fa rés coumo un boun cop de bras
Per fa douna 'n boun cop de dent.
Manjo pauc e ten-te caud.
Cal manja per biure e noûn pas biure per manja.
Mannado e propro coumo uno Arlatenco.
Maraud. — Maraud coumo uno engranièro.
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COMPARAISCWS POPILAIRES
Marcat. — Marcat coumo unbièl galérien. — Marcat dal nas
coumo un moutou dal Bèrri.
Marcha. — Marcha d'aplô coumo un carras; — douçomen
coumo uno tartugo endourraido ; — de guingoi coumo un
desancat ou un derrentat.— Marcha bite coumo lou bent ;
— roundomen coumo qui bous foueto. — Marcha balin-
balan coumo de balôussos. — Marcha la douço coumo uno
rodo d'administraciu ou coumo lous afaires de labilo. —
Marcha laugè coumo se lous anges bous pourtaboun. —
Marcha coumpassat e amaserat coumo un grand chantre
de catedralo. — Marcha mesurât coumo un souldat en
rebuo. — Marcha de reculous coumo las escarabissos ; —
â sautets coumo las agassos. — Marcha que de nèit coumo
un loup-garou ou las ratos-penados. — Marcha sans fi-
finalo coumo lou Juif-errant.
Marfe. — Marfe coumo un rasin destacat de la bise ; — coumo
la fruto toumbado de Taubre.
Margot. — Tout ba coumo margot.
Maridat. — Maridat coumo un pijou : lafeme bal mai que lou
mascle. — Se marida coumo lous caràcous : sans echarpo
e sans esparsou.
se dits:
A quinze ans la filho rits;
A bint ans, se bol causits ;
A binto-cinq s'acoumodo ;
A trento passo de modo.
E, la pauro ! alabets pren
Lou que ben.
Marrit ou michant coumo la galo ; — coumo la pèsto ; —
coumo un Antecrist ; — coumo la pèl de Caïn ; — coumo
un Cifèr; — coumo un escôrpi ; — coumo un miol. —
Marrit coumo lou pet de la maladecciu ; — coumo uno
picado de fouissoulou ; — coumo un gous fol.
se dits:
De marrido fenno gardo-te, e de la bouno nou te fises.
Marti. — Fa coumo lou curât Marti, que canto e respound
tout al cop.
COMPARAISONS POPULAIRES
249
se dits:
Tant bal Marti coumo l'autre ase.
Mascarat.— Mascarat coumo un carbouniè ; — coumo un ra-
mounur; — coumo un estabraza; — coumo un tioul
d'oulo ; — coumo un pelhot de padeno.
Masso. — Testut coumo uno masso. — Aisit coumo uno masso
demargado. — Abé l'esprit pounchut coumo uno masso.
Masticat. — Masticat coumo uno pèl de lapin à la paret ; —
coumo uno pèl de gragnoto sus uno carbasso fendudo.
Matât. — Matât coumo un blése ; — coumo un reinard prés à
à la trapadèlo.
Matiniè. — Matiniè coumo un fourniè; — coumo un campa-
niè que souno Tangèlus ; — coumo un poul ; — coumo la
lauseto ; — coumo lou luga de l'albo ; — coumo lou jour ;
— coumo lou soulel.
se dits:
Mati en fièro, — tard en gu.erro.
Qui se lèbo mati — perd pas l'esperti.
Tout reinard que dourmits la matinado a pas lou mourre
plumous.
Mèl. — Dous coumo lou boun mèl. — Bou...,rous coumo de
mèl.
se dits:
Lou mèl es fait per qu'on lou lupe.
Mèl en bouco, fèl en cor.
M^mbrat. — Membrat coumo un brau ; — coumo un harculo
de fièro ; — coumo un chabai de camioun.
Mkmôrio. — A de memôrio coumo un lapin ; — coumo uno
piuse. — A sa memôrio bido coumo sa bourso. — Bouno
memôrio coumo un ci eanciè.
se dits:
Qui a pas bouno memôrio cal qu'aje bounos cambos.
La memôrio dal mal nous daisso loungtemps traço ;
La memôrio dal bé dins un birat d'èl passo.
Mena, — Menarquaucun coumo un barbet coumo un cri*
50
COMPARAISONS POPULAIRES
minèl. — Mena de rambal coumo un régiment. — Mena
lous afas coumo de canardous à l'aigo.
Menbstriê. — Es coumo lou menestriè, trobo pas d'oustal piri
que lou séu.
Menut. — Menut coumo un mouscalhou ; — coumo un gra de
mil; — coumo un capsou d'espillo; — coumo de grano
d'esquilhou ou de tabat; — coumo de grano-pesoulino.
se dits :
Acô 's coumo un gra de mil menut dins la gulo d'un ase.
Mescladisso. — Mescladisso de parauli coumo à la tourre de
Babèl.
Mesfisent. — Mesfisent coumo un sarro-piastros ; — coumo
un gat escaudat ; — coumo un boussut, que fa toujour se-
gui soun paquet. — Mesfisent e fi coumo un bièl jalous
qu'a poulido mouliè.
se dits:
La mesfisenço es maire de la seguretat.
Messourguiê. — Messourguiè coumo un coumpliment; —
coumo un armanat; — coumo un plaidejaire; — coumo
un aboucat ; — coumo un cassaire ; — coumo un mar-
chand d'enguent ; — coumo un arrancaire de dents ou
d'agacits ; — coumo un Gascou ; — coumo un debitaire de
bric-à-brac.
Mestiè. — Es soun premiè mestiè coumo de ferra d'aucos.
Mestreja. — Mestreja coumo un home d'afas ; — coumo uno
chambrièro à-tout-faire .
Miaula. — Miaula coumo un chot ; — coumo un gat escaumat.
Michant. — Michant coumo un diable nègre ; — coumo La
pouisou; — coumo ious milo-diables ; —coumo un ase
rouge ; — coumo la malo-pèsto ; — coumo la pèl de Caïn.
Mignotjn. — Mignoun coumo un pourquet roustit.
Mince. — Mince coumo uno liardo ; — coumo uno tenco ; —
coumo un fui de papiè.
Mino. — Fît :, no mino coumo un Jusiu ; — coumo un Tartaro ;
— coumo un Barrabas ; — coumo un cagaire.
Miolo, — Floucat coumo uno miolo-limounièro.
COMPARAISONS POPULAIRES
251
se dits:
Es coumo la miolo dal Papo,
Gardo sept ans un cop de pèd.
Miral. — Lusent. . . ,lis. . . , clar coumo un mirai.
sb dits:
Mirai deforo, fens dedins.
Mirgalhat. — Mirgalhat coumo un praten mai; — coumo un
bestit d'arlequin.
Mitan. — Es toujour al mitan coumo lou dimècres.
Miralhejant. — Miralhejant coumo d'èls de gat.
Mol. — Mol coumo uno pero-clouco ou boulido ; — coumo uno
tripo ; — coumo de bard ; — coumo de fango ; — coumo
un limauc; — coumo de boudousco ; — coumo uno cougo
d'espargoul ; — coumo uno andoulho ; — coumo d'aigo
d'Aude.
sb dits:
Es pastat amé d'aigo d'Aude.
Mouca. — Mouca la candèlo coumo lou diable mouquèt sa
maire : i derranquèt lou nas. — Moucat coumo un blése ;
— coumo un cassaire quand lou fusil fa mèuco.— Moucat
coumo un cassaire que s'entourno sans plumo ni bourro.
Moudèstb. — Moudèste coumo la biuleto.
Moufle. — Moufle coumo de coutou ; — coumo un lèit de
plumo coumo de lano cardado ; — coumo uno coussero ;
— coumo un nits d'aucèlous.
PER TRUFARIÈ :
Moufle coumo lou couissi de Jacob ; — coumo un calhau ;
— coumo uno pèiro-frejal; — coumo las michos de
sant Estèbe.
Mouleto. — Rous coumo uno mouleto. — Se bira de part
coumo une mouleto.
se dits:
La mouleto das Celestins,
Uno relho s'i ten dedins.
Fa la mouleto dins las caussos ; paraulos pucfissoun pas.
Môuliniè. — Ardit coumo la camiso d'un mouliniè, que pren
cado matis un boulur al galet. — Emblancat, enfarinat
coumo un mouliniè.
i
COMPARAISONS POPULAIRES
Mounbdo. — Agrada à toutis coumo la mounedo. — Descridat
coumo la fausso mounedo.
Mountat. — Mountat coumo sant Jordi. — Esprit mountat
coumo uno trousso de fé.
Mouri. — Mouri coumo un sant. — Mouri coumo un lum. —
Mouri sans sacroment coumo un gous; — coumo uno
baco que trespasso. —Mouri bestit coumo un aglan.
Mourre. — Mourre afilat coumo uno moustèlo; — coumo un
furet; — coumo uno faïno; — coumo un rat-bufou. —
Mourre lusent coumo uno carbasso de gus. — Mourreja
bès lou cèl coumo un ase qu'a nifiat lou pis.
Mousco. — Salle . . . , aissable . . . , tissous coumo k mousco.
se dits:
Espes coumo las mouscosper bendemios.
1 fa tant coumo las mouscos al fèr caud.
Petito mousco fa peta 'n gros ase.
Moussega. — Moussega à plen caissal coumo un mort-de-fam.
— Moussega coumo un gous fol ; — coumo un enratjat.
Moustachut.— Moustachut coumo unbièl troupiè ; : — coumo
un bouc ; — coumo un gat ; — coumo un barbèu.
Moustardo. — Babaire coumo un pot de moustardo. — S'en-
tend à-n-acô coumo un roussignol à crida de moustardo.
— Pica coumo de moustardo.
se dits:
Lou cal pas trop foutimasseja per i fa mounta la mous-
tardo al nas.
Mustqubja. — Musiqueja coumo un crabaire ; — coumo un
mandiant d'Andorro.
Mut. — Mut coumo un trapisto ; — coumo uno toumio; —
coumo un sant dins sa nicho : — coumo uno escârpo ; —
coumo uno sardo ; «—coumo un cachot; — coumo un sé-
pulcre ;— coumo la toumbo ; — coumo un image ; — coumo
un croustet de pa mousit; — coumo uno boudègo trulho ;
— coumo un sant Zacari. — Mut et triste'coumo un ce-
mentèri. A. Mir.
(A suivre.)
ÉNIGMES POPULAIRES DU LAURAGAIS
Qu'es aco, qu'es aco :
Que nais sens pèl e mouris en cantant ?
— Le pet.
Vert
Coumo de joulvert,
Agre
Coumo de vinagre
E dons
Coumo de velous ?
•— L 1 amellou (afnande verte).
Que s'en va de ribo en ribo
E porto un oustal sus Pesquino?
— L'escarragot.
Un camp pîa laurat
Ount jamai cap de biôu n'es pos passât?
— Le teulat.
Quicon de round coumo un ardit
E que se sarro coumo un boursic (petite bourse) ?
— Le trauc del choul de la gaiino.
Quicon de round coumo un curbel
Qu'aregardo toutjoun le cel 1 ?
Var.: Quicon de round coumo un curbel
E loung coumo uno tripo de budèl 2 ?
— Le pouts.
Un pam en ça, un pam en la,
Un pam que penjo ?
— Le ferroulh (verrou).
Quatre doumaiseletos que se seguissoun, sensé poude jamai
ategne, ambe un zigo-zoun al miei ?
1 Énig. pop* de Colognac. Revue des lang. rom., septembre-octobre
4879,
* Énig. pop. du Limousin, lxxii. Revue des Lang. rom., 15 octobre 1877.
254 ENIGMES POPULAIRES
Var.: Quatre doumaiseletos tampados dins uno bueto ambe
un zigo-zoun al miei?
— La nouze.
Un grand oustal sens cheminiero
E que nouiris fosso feneants?
— La gleizo.
Tendilho, manilho de fer,
Soun cinq que les menoun e n'an que dous uelhs?
— Les cisèus.
Quatre filhos que se seguissoun
E que jamai se podoun pas arrapa?
— Le velhè del mouli.
Cinq traucs e uno cugo al miei?
— L'escalfo-leit 1 .
Quicon qu'es loung coumo un budel
E que regagno las dents al cel ?
— L'arroumec (la ronce.)
Pelut deforo, pelut dedins,
D'uno batsacado s'i va dedins?
— Le debas {bas) 1 .
Uno damo negro
Penjado à la cadeno ?
— L'oulo sul 1 foc 3 .
Quicon de tout petassat, petassat,
Que jamai l'agulho i a pos passât
— Un cel dambe de nibouls *.
Round, round coumo un ped d'ègo
E que cent sestiès de blat ne levo?
— Le levam.
1 Énig. pop. du Limousin, lxxxiii.
* Enigme populaire catalane qui n'est pas au nombre de celles recueillies
par Milà y Fontanals [Rev.des lang. rom., 15 juillet 1876): « Pelut de fora,
— pelut dedins, — acheca la camba — y fica li dins ? — Mixas. »
' Énig. pop. du Lim., un.
* Énig. pop. du Lim., iv. — Énig. pop. catalSqui n'est pas dans Milà:
« Un llangol apedassat, — quepunta iïagulla n'hi a tocat? — El cel. »
ÉNIGMES POPULAIRES
255
Al bosc nais,
Al prat nais,
A la vilo pisso prim ?
— . Le sedas.
Al bosc nais,
Al prat nais,
A la vilo, yilo, jaupo ?
— Las bargos.
En mai n 1 ia
En mens pesoun *
— Les traucs.
Uno bourrasso pla petassado
Que jamai Tagulho n' i es pos passado?
— La niboul 4 .
Uno bueto blanco
Que, quand es duberto, jamai nou se tanco ?
— L'iôu 2 .
Recueillies par Auguste Fourés.
1 Énig. pop. du Limousin. Rev.des lang.rom. — Voir la notre précédente.
* Énig. cat. qui n'est pas dans Milà:« Une capsa tancada, — on Vobro y
no la tança ? El ou.
Les énigmes catalanes m'ont été dictées, avec les deux énigmes castillanes
qui suivent, par une jeune fille de Barcelone:
1 . Entre dos paredes
Ha una cosa incarnada
Que se puede presentar
Al mismo rey de Granada?
— Granada. è
2. Entre dos paredes blancas
Ha una cosa amarilla
Que se puede presentar
Al mismo rey de Sevilla ?
— Huevo.
Voici deux autres énigmes populaires catalanes qui ne se trouvent pas
dans Milà :
Qu'es aixo :
Una senyora blanca corn un soi
L'agafam y la fiquem dins ?
— La sal.
Un senyoret
S'esta labasset
Passa sobre la criadeta
Li estira la sardineta ?
— El llum.
BRESSARELA
PER MOUN PICHOT PEIROUNET
Sus Ter : V étiez, divin Messie.
RBFRIN
Dourmis, ma bela ange ta \
Que toun bres, galant nis,
Canta sa tintourleta :
a Dourmis, dourmis, dourmis! »
Te eau dourmi, pioi qu'as tetat;
Tout a-nioch as be proun plourat;
Toun papa* n'es estoumagat!
Ah ! se sabiès, quand ploures,
Couma mama 1 soufris,
Quantes laguis i'auboures !. . .
Dourmis, dourmis, dourmis I
BERCEUSE
POUR MON PETIT PIERRE
Sur l'air: Venez, divin Messie.
REFRAIN
Dors, mon bel ange 1 , — car ton berceau, galant nid, — chante sa
romance somnolente : — « Dors, dors, dors ! »
Tu dois dormir, puisque tu as tété ; — tu as assez pleuré toute la
nuit: — ton père 2 en a le cœur malade I — Ah! si tu savais, lorsque
tu pleures, — combien souffre ta mère ! — quels chagrins tu lui
causes! — Dors, dors, dors!
* Littéralement: ma belle petite ange. Il est à remarquer que les mères,
dans leurs effusions de tendresse, emploient de préférence des expressions
féminines, même lorsqu'elles parlent à de petits garçons. Ainsi elles disent
plutôt : ma reinal ma filha! que moun rei I moun fil !
* Les petits enfants qui commencent à parler se servent dit papa, marna,
BRESSÀRELLA
257
Quand ploures, te cresen malaut :
— « Saique quicomet ie fai mau
Ou ven trop d'er dedins l'oustau » ?
Se sounja la mameta,
Au tant lèu que t'ausis.
Per soustà la paureta,
Dourmis, dourmls, dourmls !
Mais atabé, quand sies countent,
Aicl tout lou moude ou ressent :
Lou rei n'es pas noste parent !
L'un grata ta barbe ta,
L'autre toun penoun lis ;
Toutes te fan riseta. . . .
Dourmls, dourmls, dourmls!
Ai proun cantat, que l'Omenet 1
T'arrape, paure Peirounet,
Lorsque tu pleures, nous te croyons malade : — « Peut-être ressent-
il quelque douleur, — ou bien entre-t-il trop d'air dans la maison»?
— se dit grand'mère — aussitôt qu'elle t'entend. — Pour consoler la
pauvrette, — dors, dors, dors !
Mais aussi, lorsque tu es content, — tout le monde le ressent ici :
— le roi n'est pas notre parent ! — L'un chatouille ton petit menton ; —
l'autre, ton pied mignon et velouté ; — tous t'envoient leurs plus doux
sourires. — Dors, dors, dors !
J'ai assez chanté ; — que le Petit Homme 1 — te saisisse, pauvre
pour désigner leurs parents. Us en perdent vite l'Usage dans les campagnes
-et les remplacent par les mots propres paire, maire. Papa, mania, appar-
tiennent à cette catégorie de substantifs formés par la répétition d'une syl-
labe qui relève exclusivement du langage enfantin. On peut en citer quelques
■autres: tata, tante ; memè, mouton, brebis; lolà, cheval; sousou, chien;
nenè, berceau (qui veut dire aussi enfant); boubou, boisson ; pou-pou et
pépé, soupe ; cou-cou, œuf, etc.
* La mythologie ne dit pas si Morphée était de haute ou de petite taille .
Nous pourrions cependant supposer que ce dieu n'était pas un géant, car tous
les paysans du bas Languedoc appellent le sommeille Petit Homme.
Le Petit Homme, raconte-t-on aux enfants, entre par la cheminée, la lu-
carne, la porte ou la fenêtre, de manière à ne pas être aperçu. Il se tient tou-
jours derrière l'enfant qu'il va saisir. Celui-ci a beau se tourner, il ne voit
jamais le Petit Homme, qui finit par fermer avec ses mains pesantes les yeux de
19
258
BRESSARELLA
Ë que t'enclave un moumenet i
r a 1 na oura que roudilhesl,
Sies pas pus pausadls ;
Es be tems que soumilhes !
Dourmls, dourmis, dourmls I •
Dourmis, ma bela angeta,
Que toun bres, galant nis,
Taisa sa tintourleta :
Dourmis, dourmis, dourmis 2 !
P. Chassart.
petit Pierre, — et tju'il t'enferme un moment. — Tu veilles depuis
une heure, — tu n'es plus reposé ; — il est temps que tu sommeilles.
— Dors, dors, dors !
Dors, mon bel ange, — car ton berceau, galant nid, — tait sa ro-
mance somnolente. — Dors, dors, dors !
P. Chassary.
l'enfant. 11 l'emporte dans le berceau*ou dans le lit et l'y garde jusqu'au mo-
ment du réveil.
1 Roudilhà se dit d'un nourrisson éveillé qui promène son regard autour
de lui.
s Languedocien (environs de Montpellier).
CHRONIQUE
— Le lé septembre 1882, le roi de Roumanie a nommé M. A. de
Quint ana grand officier de l'ordre royal de la couronne de Roumanie ;
M. Frédéric Mistral, commandeur; MM. Th. Aubanel, G. Azaïs, de
Berluc-Perussis, W.-C. Bonaparte- Wyse, C. Cavallier, Félix Gras,
C. Laforgue, J. Roumanille, Louis Roumieux, R. de Toulouse-Lau-
trec, officiers du même ordre.
C'est un hommage au f élibrige, hommage mérité, auquel nous som-
mes heureux de joindre nos félicitations.
— Le 7 novembre 1882, la Société des langues romanes a perdu l'un de
ses membres les plus sympathiques, M . Jules Gaussinel, mort à l'âge
de soixante ans. M. Gaussinel était poëte et composait de préférence
en français. Mais, chez lui, la langue nationale n'excluait pas la lan-
gue maternelle, et à côté de poëmes en plusieurs chants, tels qu'Ab-
dona, qu'anime une des inspirations les plus élevées, on peut citer
de charmantes pièces languedociennes, dont une a paru en 1878 dans
la Revue des langues romanes (V. le Messager du Midi, 10 novembre
1882).
— M. Morel-Fatio, bien connu par ses travaux sur la langue et la
littérature espagnoles, est chargé de suppléer M. Paul Meyer au Col-
lège de France pendant le premier semestre de 1882-1883.
PROGRAMME
du Concours philologique et littéraire qui doit avoir lieu à Montpellier
au mois de mai 1883
Philologie
Des prix seront décernés :
1° A la meilleure étude sur le patois, ou langage populaire, d'une
localité déterminée du midi de la France (collection de chansons, con-
tes, proverbes, devinettes, comparaisons populaires). Ces textes de-
vront être reproduits exactement, c'est-à-dire sans rien changer à la
langue du peuple, et tous traduits en français. On y joindra la conju-
gaison des verbes chanter, finir, mourir, prendre, avoir, être, aller, pou-
voir. Indiquer les autres localités, connues de l'auteur, où se parlerait
le même idiome populaire;
Observation. — Ce prix est exclusivement réservé aux institutrices
ou instituteurs primaires;
2° Au meilleur travail de philologie rotnane ayant pour base des
textes qui soient antérieurs au XV e siècle, et qui appartiennent à la
langue d'oc ou à la langue d'oil. Rentrent dans cette catégorie les pu-
blications de textes et les études d'histoire littéraire ;
3° Au meilleur travail philologique ayant pour objet un idiome po-
pulaire néo-latin : Belgique, Suisse, France, Espagne, Portugal, Italie,
Roumanie, Amérique. Cette étude devra s'appuyer sur un chois de
textes (chants, contes, proverbes,' légendes, etc.). Y joindre la géo-
graphie du dialecte étudié .
260 CHRONIQUE
Littérature
Des prix seront décernés :
4° et 5° Aux deux meilleures poésies, à quelque genre qu'elles ap-
partiennent;
b u Au meilleur ouvrage en prose (contes, nouvelles, romans) ;
7° A la meilleure composition scénique en vers ou en prose.
Avis aux concurrents. — Tous les ouvrages qui concourront pour le
second ou le troisième prix de philologie devront être écrits dans une
langue néo-latine ; tous ceux qui concourront pour l'un des quatre
Srix purement littéraires (n°*4, 5, 6, 7) devront être écrits dans un des
ialectes, soit du midi de la France, soit de la Catalogne ou des îles
Baléares ou des provinces de Valence et d'Alicante.
Les travaux envoyés devront être inédits. Toutefois le deuxième et
le troisième prix de philologie pourront être accordés à des ouvrages
ayant paru depuis le 1 er janvier 1882 et n'ayant concouru nulle part.
Les manuscrits ne seront pas rendus.
Les ouvrages destinés au concours doivent être adressés franco à
M. A. Boucherie, secrétaire de ln Société des langues romanes, avant le
1* février 1883, dernier délai, et en . triple exemplaire, s'ils sont im-
primés.
Un avis ultérieur complétera les indications qui précèdent.
Le Gérant responsable: Ernest Hamelin.
Montpellier, Imprimerie centrale du Midi. — Hamelin frères.
Dialectes Modernes
GLOSSAIRE DES COMPARAISONS POPULAIRES
DU NARBONNAIS ET DU CARCASSEZ
(Suite)
Nabeto. — Fa baralha la lengo coumo uno nabeto de teis-
seire. — Acô ba coumo uno nabeto.
Nada. — Nada coumo un pèis ; — coumo un tap de dure.
PER TRUFARIÈ :
Nada coumo un ploumb ; — coumo un roc.
se dits :
Un boun nadaire à la fi se nègo.
Naïf. — Naïf coumo un mainatjou.
Nas. — Un nas coumo un parrouquet; — coumo uno bane-
lièro de semai ; — coumo un pèd-d'oulo ; — coumo un
coucoumbre ; — coumo un mourre d'esclop. — Un nas
talhent coumo un sabre ; — fendut coumo un gous-terriè ;
— pounchut coumo uno bigorno ; — gros coumo uno pa-
tano ; — aplatit coumo uno figo de cabassou ; — rouge
coumo un bièl pebrot ; — biuletenc coumo uno blude-
rabo.
se dits :
Lou nas i distillo coumo un alambic.
Nascut. — Nascut subitomen coumo un boulet de bosc ; —
nascut à Temprebisto coumo uno brigoulo al pèd d'un
panicaud. — Nascut marrit coumo uno planto empoui-
sounado.
Nasicos. — De nasicos coumo d'atudadous.
Naut. — Naut coumo las brumos ; — coumo un sapin ; — coumo
un piboul; — coumo uno tourre. — Naut-cambat coumo
un guiraud-pescaire.
TftME VIII DE LA TROISIÈME SÉRIE. — DÉCEMBRE 1882 20
262
COMPARAISONS POPULAIRES
per trufarie:
Naut coumo uno boto de gendarmo ; — coumo un caulet-
flôri ; — coumo dous sous de fourmatge.
se dits:
Qui naut mounto, de naut dabalho.
Necessari. — Necessari coumo Taire per biure ; — coumo
Faigo; — coumo la sal al fricot ; — coumo lou binagre al
cibet d'un lebraut.
Negat. — Brasseja coumo un negat. — S'estaca à toutos las
brancos coumo un negat. — Couûat e blu coumo un negat
d'un mes.
Nègre. — Nègre coumo un jaiet ; — coumo la cheminièro ; —
coumo un bourrau ; — coumo la padeno ; — coumo un ra-
mounur ; — coumo la pego ; — coumo uno amouro ; —
coumo un gorp ; — coumo uno graulo ; — coumo un mo -
rou l ; — coumo de carbou ; — coumo lou pecat ; —coumo
un capèl ; — coumo de carbounat ; — coumo la nèit ; —
coumo un carbouniè;— coumo d'ancro de Chino;— coumo
un croco-morts; — coumo un escarbat; — coumo lou
cremal. — Nègre coumo uno talpo ; — coumo un taure de
la Camargo ; — coumo la billo d'un enquesitou. — Nègre,
escur coumo unbabau. — Nègre, espés coumo un four-
miguè.
se dits :
— Ço qu'es nègre mascaro.
— Sus Dius i'a pas cap de segnou,
Ni sul nègre cap de coulou.
N ET> — Net coumo un bèire ; — coumo un crèissilhou ; —
coumo un iôu ; — coumo un bassi de barbiè ; — coumo
l'hermino.
PER TRUFARIE :
Net coumo l'escaleto d'un galiniè.
Néu. — Blanc e fred coumo la nèu.— Se foundre coumo la
nèu al soulel.
se dits :
La nèu que lou cèl debano
1
i
COMPARAISONS POPULAIRES 263
Engraisso penjals e piano,
Noble. — Noble coumo lou rei ; — coumo un lioun.
PER TRUFARIE :
Ben de noublesso,
Drèit coumo uno èsso.
se Dn& :
Noublesso sans argent, calel sans ôli.
Noubèlos. — Es tout noubèlos coumo un perruquiè. — Fa
plasé coumo las bounos noubèlos.
se dits:
Cranomen tusto à la porto,
Qui bounos noubèlos porto.
Noue.— Es coumo Tarcho de Noué : Ta touto raço de bèstios.
—Un oustalas coumo Tarcho de Noué. — Sebrounza coumo
faguèt Noué.
Nouirit. — Nouirit coumo un prince; — coumo un pouletou.
se dits:
Pla nouiri fa dourmi
E pla dourmi rend bèstio.
Noumbrouses. — Noumbrouses coumo las estèlos dal cèl ; —
coumo lous gras de sable de la mar; — coumo lous aubres
al bosc coumo lous bers al fourmatge pudent; — coumo
las espigos d'un camp de blat.
Nouzat. — Nouzat coumo un riban.
Nouzut. — Nouzut coumo uno cordo de fouet de mouliniè ;
— coumo uno bise de gabèl.
Nud. — Nud coumo un bèr ; — coumo la ma ; — coumo un rat ;
coumo un asticot ; — coumo un i sans titoulet. — Nud
coumo un efant que nais ; — coumo un petit Sant Jan ; —
coumo lous anges ; — coumo las amours ; —coumo Adam
dins Thorto dal paradis.
t
Ou. — S'espandi coumo uno taco d'ôli. — I fa coumo Pôli al
calel.
264 COMPARAISONS POPULAIRES
SE dits :
— 'La bertat fa coumo Fôli : mounto toujours dessus.
— Nada dins l'ôli : èstre urous.
— Ta pas d'ôli sans crasso.
— L'ôli es l'amo de la padeno e lou medeci de las sar-
ralhos.
Omenas. — Unfoutrau d'omenis coumo uno destatarignadouiro.
— Replèt coumo un barri de fourtalesso.
Or. — Franc. . . beluguejant. . , rous coumo l'or.
se dits:
— Tout ço que lusits es pas d'or.
— La clau de For dourbits pertout.
Orre. — Orre coumo la fam.
Ort. — Flourit. . . arrengat et trabalhat coumo un ort.
se dits :
Dins un ort semenat de grano de proucès,
Raromen se coulitsuno flour d'amistanço.
Oulibo. — Bert amargant coumo uno oulibo. — D'oulibos
secos coumo de crotos de fedo.
Oundeja. — Oundeja coumo uno sial al bent de cèrs.
Ounglos. — D'ounglos coumo d'arpious ; — coumo d'uchèts ;
— coumo de grifos de gat.
Ounou. — A d'ounou coumo mous talous ; — coumo un pour-
tiè de bousin ou de bourdèl ; — coumo un grapaud de
cougo.
se dits:
S'as pas d'argent, ajos d'ounou, car l'ounou eslafourtuno
dal paure.
Ountous ou bergougnous coumo uno filbo de crambo qu'a ca-
gat à la camiso.
Oupignastre. — Oupignastre coumo un ase rouge ; — coumo
la fenno que manjabo lous pèses un-en-per-un, malgrat
lous cops de tricos de soun orne.
Ourdounat e réglât coumo un ceremounial de cour.
Ourgulhous. — Ourgulhous coumo s'èro immourtal ; — coumo
s'èro sourtit de la quèisso de Jupitèr.
COMPARAISONS POPULAIRES
265
SE dits :
L'ourgul ba à-n-un paure coumo uno sèlo à-n-uno baco.
Ourrible. — Ourrible coumo la grimaço d'un agounisant que
renègo.
Ouscat. — Ouscat coumo uno rassègo ; — coumo un rastèl ;
— coumo. un dentegat.
Oustal. — Un oustal coumo un*Loubre ; — coumo un castèl ;
— coumo uno barraco ; — coumo uno tanièro.
se dits:
Un oustal sans cap de femèlo,
Es coumo un souliè sans semèlo.
Pa. — Bou coumo lou pa. — Se bendre coumo de pa. — De
pa blanc coumo la tufo de la nèu; — bru coumo de terro
ou de racet ; — atapit coumo un planche ; — calhol coumo
la baco-marèlo ; — cirât coumo un milhassou ; — mousit
coumo une loufo de bosc ; — dur coumo un calhau ; —
tendre coumo uno coco.
SE dits :
— Lou pa dur,
Ten Toustal segur.
— Faire passa lou goust dal pa (tua).
— S'aben pas de pa, manjaren de fougasso.
Pabou. — Jita de crids coumo un pabou.— Se coufla, s'afais-
souna coumo un pabou. — Ourgulhous, ensoulelhat coumo
un pabou.
Pacient. — Pacient coumo Job sus soun fumariè. — Pacient
coumo un camèl ; — coumo uno tariragno ; — coumo un
manjo-fourmigosoM tiro-lengo; — coumo uno bestio em-
bastado. — Pacient coumo un sant de gèis ; — coumo un
coufessat de fresc.
PER TRUFARIÈ:
Pacient coumo un Loumbard: per forço.
se dits:
— Pacienço ! capoural, mountaras de grade.
266
COMPARAISONS POPULAIRES
— Lou pacient bal mai que lou couratjous.
— Pacienço, medecino das paures.
Paga. — Paga coumo las mouninos : amé de griinaços, mou-
nedo de singe.
Palho. — Laugè coumo uno palho.— Estre sus lapalho coumo
un fourmatjou.
Palle. — Palle coumo la Mort ; — coumo un gip ; — coumo
un desenterrat ; — coumo un trespassat; — coumo uno
loufo;— coumo la luno ; — coumo un Jésus de ciro.
Papiè. — De papiè fort coumo de pargam ; — coumo de car-
tou.
Parât. — Parât coumo un nôbi ; — coumo un auta. — Pa-
rado e bèlo coumo uno fèo.
Paribos. — Paribos coumo dos goutos de lait.
se dits:
Qui trobo uno coutibo
Deu serca sa paribo.
Parla. — Parla coumo un libre ; — coumo un mèstre d'escolo ;
— coumo un papiè; — coumo un journal ; — coumo un
ange ; — coumo un boun paire deu parla ; — coumo sant
Pol, amé la gorjo douberto ; — coumo sant Jan Bouco-
d'Or, que disio tout ço que pensabo. — Parla coumo un
aboucat ou defensou coumo un mouli. — Parla coumo
uno agasso ; — coumo unos bièlhos bargos ; — coumo un
debanêl.
PER TRUFARIÈ :
Paria francés coumo uno baco espagnolo.
se dits:
— Trop parla porto cop, e trop grata escoï.
— Lou parla clar, Dius lou mando.
— Parla poulit escorjo pas la lengo.
— Parlo, papié; taiso-te, barbo. — Oubé:
Papiès parloun e barbos calhoun.
Parti. — Parti coumo uno fusado ; — coumo un ressort;
coumo un barril de poudro; — coumo uno soupo de lait;
— cojimo un lausset ou lamp ; — coumo un esclaire ;
COMPARAISONS POPULAIRES
267
coumo un foulhet ; — coumo lou bent ou coumo un bent
de cèrs ; — coumo un boulet ; — coumo uno cheringo ; —
coumo un quatre-de-chifro; — coumo un barrai destapat;
— coumo qui bous bufo ; — coumo qui bous foueto ; —
coumo s'on abio lous cinq cents milo diables à las pèrnos ;
— coumo quand la petarrufo bous aganto ; — coumo un
carri sans mecanico à-n-uno dabalhado; — coumo uncha-
bal débridât quand met lou cap entremièch las cambos.
— Parti dal repaus coumo un bièl fusil canardiè. — Parti
bentre-à-terro e brido-abatudo coumo se lou tron de
Diusbous empourtabo.
sb dits:
Cal parti ou croumpa 'n orne.
Partisant. — Partisant das batisats coumo lous marchands
d'amellos ensucrados.
Passa. — Passa facillomen coumo uno letro à la posto. —
Passa bite coumo un jour de fèsto ; — coumo un birat
d'èl ; — coumo un fum de pipo. — Passa coumo l'aigo
joust lou pount. — Passa dous coumo de burre; — de lis
coumo uno farineto. — Acô s'es passât coumo un foc de
palho.
remèdi :
Quand auras lou sanglout, abalo un pichou gra
De sucre binagrat, e sul cop passara.
Passatgèro. — Passatgèro coumo la flour dal campèstre ; —
coumo la carrièro dal mercat.
Passido. — Passido coumo uno figo berdalo ; — coumo uno
bièlho rusco d'aure ; — coumo uno gourdimando qu'a
* acabat de pla faire.
Passo pertout. — Passo pertout coumo un esprit ; — coumo
uno brèisso ; — coumo Tor.
Pata. — Pata coumo dous marras ; — coumo quand on a Tas
fitos as artels.
Pataqueja. — I/estoumac i pataquejo coumo un tioul d'agas-
sou ; — coumo un relotge.
Patèr. — Ba sap de cor, ou sul bout dal det, coumo lou patèr.
— Fa fé coumo à soun sant patèr.
268 COMPARAISONS POPULAIRES
Paterneja. — Patèrneja eoumo un armito.
Patut. .— Patut coumo un cranc ; — coumo un ours.
Paurb. — Paure coumo Job ; — coumo un rat de glèiso. —
Paure, magre e grellat coumo un garçou talhur.
se dits:
— A paure orne, gés d'amies.
— Lou pa se jalo dins lou foifc* dal paure.
— Pauretat es pas bici, mès es rude malur.
Pauruc. — Pauruc coumo uno mandro; — coumo un lapin; —
coumo uno arno. — Pauruc coumo un escoulan joust la
frullo dal mèstre. — Pauruc coumo un castelas abandou-
nat; — coumo de bièlhos rouïnos.
se dits:
La pou fa dégourdi lous mois.
Pebre. — S'en debito coumo de pebre. — Emporto la lengo
coumo lou pebre blanc. — S'i couneis coumo trèjo en
finos espeçariès; — coumo un porc à pebre.
Pecat. — Nègre. . . .lèd coumo lou pecat. — Peca coumo lou
satge : sept cops per jour soulomen.
* se dits :
Lous pecats das michants fan souben tort as bous.
Pèco. — Estre tout d'uno pèço coumo un esclop.
Pèd. — Un pèd mignoun coumo uno fèo ; — coumo un cou-
counet; — coumo uno mandarino. — Un penas coumo
uno barco ; — coumo un tioul de semai; — coumo uno
guitarro. — Pèd-descaus coumo un gous.
se dits:
Cal pas espandi lous pèds mai que nou duro la flassado. •
Pego. — Nègre. . . .escur. . . tilhous coumo la pego.
SE DITS :
Qui toco la pego s'embesco lous dets.
Pegous ou aissable coumo uno mousco d'ase; — coumo las
mouscos al mes d'agoust.
Pèiregado. — Pus fred qu'uno pèiregado. — Picatat e raiat
coumo uno pèiregado.
1
COMPARAISONS POPULAIRES 269
Pèis. — Nada coumo un pèis. — Urous e à Taise coumo un pèis-
sou dins l'aigo.
PER TRUFARIÈ :
S'amusa coumo un pèis dins uno guitarro.
se dits:
Cal pas ensigna lous pèisses à nada.
Pel. — Abé pas mai de pel al cap que la bolo de couire d'uno
rampo d'escaliè. — Pel nègre coumo l'alo d'un gorp ; —
blanc coumo de fialado ; — espandit e frisât coumo uno
endebio.
Pêl. — Pèl lusento coumo uno moungeto; — coumo uno cas-
tagno. — Pèl rudo coumo uno raspo.
se dits:
Bal mai touca 'no bouno pèl qu'uno michanto car.
Pèl-muda. — Pèl-muda coumo la cigalo ; — coumo la coulo-
bro ; — coumo lous plataniès.
se dits :
Cal cambia de pèl ou de naturèl. ■
Pelut. — Pelut coumo un ours ; — coumo uno arno ; — coumo
uno bèstio.
Penchenat. — Penchenat coumo unbouissou. — Se penchena
coumo un Alemand, amé lous quatre dets e lou pouce ;
— coumo lous gousses, à cops de dents.
Penequeja. — Penequeja coumo un pouli picat de las mous-
cos.
Pénible. — Pénible coumo un trabal de galèro ; — coumo de
serbi 'n fat.
Penja. — Penja coumo un lustre ; — coumo uno mèco-de-
piot ; —coumo uno tatiragno ; — coumo un nits ; de debas-
saire.
se dits:
— Acô i penjo al nas coumo uno gibènio al tioul d'un
souldat (i mancara pas).
— Acô i penjo al tioul coumo de mouri.
Perpumat. — Perfumat coumo lou roumani ; — coumo la fri-
goulo ; — coumo lou printemps.
i
270
COMPARAISONS POPULAIRES
Pernat, — Pernat coumo un bim ; — coumo uno amarino ; —
coumo un irange.
Persecutairb. — Perseeutaire coumo un couletou ; — coumo
un garnisàri ; — coumo un uchè ; — coumo un gabelou ;
— coumo un enquesitou.
Pertout. — Se trouba pertout coumo lou Gloria Patri ; —
coumo lou boun Dius.
Pesant. — Pesant coumo un souc ; — coumo de fèr ; — coumo
un ploumb ; — coumo la m. . . . quand es maduro.
se dits:
Fa pas de pus michanto pourtaduro
Que la m. . . quand es maduro.
PER TRUFARIÈ:
Pesant coumo un cenil ; — coumo las perpelhos d'un agas-
sou.
Pesoul. — Lèd coumo un pesoul d'Àubergnas. — Se carra
coumo un pesoul sus un croustas. — Un pesoul coumo un
gra 4'ordi. — Babard coumo un pesoul rebengut. — Peta
coumo un pesoul joust l'ounglo.
se dits :
Nou i'a talo mourdiduro
Que d'un pesoul rebengut.
Pet. — Glourious coumo un pet, que respecto pas digus. —
Insoulent ou ardit coumo un pet de mounge. — Lou prèsi
coumo un pet.
se dits:
— En parlant d'un marrit coula de drolle : Es lou pet dal
diable ou de la maladecciu.
— L'on pot pas tira 'n pet d'un ase mort.
— Se fa pas un pet à la coumbo
Que nou restountigue al cèl.
Peta. — Peta coumo uno castagno ; — coumo un esclaufidou ;
— coumo un esclop ; — coumo un grapaud ; — coumo un
pesoul ; — coumo un bièl mousquet ; — coumo un trou ;
— coumo un fabol. — Peta coumo un palet. — Peta coumo
COMPARAISONS POPULAIRES
271
un cop de bacèl; — coumo un cop de timbalo;— coumoun
cop de mino. — Peta coumo un porc.
se dits :
— Cal pas peta countro lou trou.
— Cal pas boulé peta pus naut que soun tiouL
— Bal mai peta 'n coumpagno que creba soul.
— Pèto, porc, que dema te bendi.
— Se dis d'un bourdisquet : Peto sec coumo lou diable.
Pétard. — Prene foc coumo un pétard. — Parti coumo un pé-
tard.
Petardeja. — Petardeja coumo un foc d'artifici.
Petassat. — Petassat coumo un joc de damos. — Petassat de
touto coulou coumo un arlequin.
Petit. — Petit coumo un nanet ; — coumo un nap ; — coumo
un gra de mil. — Se fa petit coumo uno fourmigo. — Se
fa petit à se refaudi dins uno clèsco d'iôu.
se dits:
— Lou petit fa souben tene lou grand en ligno.
— Te boutes pas al reng das grosses chabals,
Se podes pas ategne à la grepio.
Petouneja. — Petouneja coumo de porc ladre à la padeno.
Pezuc ou patut coumo un ours; — coumo un alefant.
Pica ou tusta coumo sus un enclumi ; — coumo sus un souc ;
— coumo sus de fardo lourdo.
Pica ou pouncha coumo Tourtigo ; — coumo Tauriolo ; — coumo
un bouissou ; — coumo un airis.
Picard. — Abé la tèsto caudo coumo un Picard.
Picatat. — Picatat coumo d'iôus de perdits. — Picatat gris-
de-fèr coumo d'iôus de pincardo.
Pico-talent. — Es coumo lou mouli de Pico-talent:
Quand i'a de blad, manco de bent.
Pièdjat. — Pièdjat coumo uno ancoulo ; — coumo un countro-
fort.
Pierrot. — Countent. . . ardit coumo un pierrot. — Enfarinat
e d'èls rouges coumo un pierrot.
Piètadous. — Piètadous coumo Nostro-Damo de las Sept Es-
pasos; — coumo lou Crist sus lacroux. — Piètadous ou
272
COMPARAISONS POPULAIRES
caritable coumo lou qu'a soufert per lou que soufrits ; —
coumo uno filho de Sant-Bincent.
PER TRUFA.RIÈ :
Piètadous coumo un bourrèu; — coumo un garnisàri ; —
coumo un bouché; — coumo un descarnaire ; — coumo
un toundeire de fedos; — coumo un sannaire de porcs ;
— coumo un escorjo-rossos ; — coumo un enterro-
morts; — coumo un assoumaire ou aturraire de
gousses.
se dits:
Medeci piètadous fa la plago berinouso.
Pif ou nas coumo uno troumpo d'alefant; — coumo uno bane-
lièro de cournudo. — Un pif coumo uno patano quand
grilho e tout debousigat.
Puou. — Blanc coumo un pijou ; — bestit plumât coumo
un pijou. — Emplumassat as garrous coumo un pijou pa-
tut. — Tourna à Toustal coumo lou pijou de la fablo.
Pilato.— Se laba las mas coumo Pilato. — Se parlo d'el coumo
de Pilato al Crèdo ou dins la Passiu das Rams.
Pimpat ou pimparrat coumo un nôbi ; — coumo un bouissou
de sas courounos blancos.
Pinta. — Pinta coumo un Alemand ; — coumo un Anglés ; —
coumo un Templiè ; — coumo un amoulaire ; — coumo un
carme; — coumo uno espoungo; — coumo un trauc de
talpo. — Pinta de cognac coumo unbièl bregadiè.
se dits:
— La cebo fa pinta sec e mantèn la set.
— L'aubricot es ibrougno, e la nougo fa trouba lou bi
bou.
— Qui pinto trop perd la rasou
E se prèso coumo un tessou.
Pipa ou fuma coumo un Turc ; — coumo un zouabo ; — coumo
uno carbounièro; — coumo uno locomotibo de cami de
fèr.
Piula. — Piula coumo un piot ; — coumo un foro-nits ; —
coumo un pouletou qu'a perdut sa maire.
COMPARAISONS POPULAIRES 273
Piuse.— Espinga coumo uno piuse. — Lèste coumo unopiuse.
— Biure de sang coumo la piuse. — Abé de memôrio
coumo uno piuse. — Abé de piuses coumo un gous.
se dits :
Fasèts rés de-coucho, sounco de prene de piuses.
Pla. — Estre pla coumo un rat dins la palho; — coumo un
gat sus un cambajou.
Plan. — Ana plan ou douçomen coumo l'aigo d'un canal; —
coumo qui ba trapa la maire al nits.
se dits:
Qui bol ana lèng que camine plan.
Plana. — Plana coumo l'ado; — coumo uno gruo de papiè;
— coumo un falquet sus uno bièlho tourre.
Planiè ou plan coumo la ma coumo uno ièro; — coumo uno
tampo de bufet ; — coumo uno clabelado; — coumo l'aigo.
se dits:
En parlant d'un ardimand : i'assemblo que tout Tes planiè.
Plant. — Lou daissèt en plant coumo l'ase de picos ; — coumo
un foutrai qu'es e sara tant que biura.
Plantât . — Plantât coumo un piboul ; — coumo un garric ;
— coumo un mai; — coumo un aubre de la libertat ; —
coumo un pillôri ; - coumo uno borno ; — coumo un buto-
rodo; — coumo un terme; — coumo un let; — coumo
un quilh de palama ; — coumo un pal ; — coumo un pi-
quet ; — coumo un paissèl ; — coumo un candeliè ; —
coumo un candélabre ; — coumo un clabèl ; — coumo un
pâlot ; — coumo l'ase de picos ; — coumo un punt d'in-
tourrougaciu.
Plasé. — Tene plasé coumo un rougnous qu'on estrilho ; —
coumo de beure quand on a set e de manja quand on a
pla talent. — Tené plasé coumo de c quand on n'a
pla besoun.
PER TRUFARIÈ :
Tene plasé coumo se bous grataboun T'esquino am' un
desc ou uno cardo ou un coufessiounal.
274
COMPARAISONS POPULAIRES
se dits:
— Un plasé ne bal un autre.
— Cadun pren soun plasé ja ount lou trobo.
Plat. — Plat coumo uno gragnoto ; — coumo uno bèlo ; —
coumo uno bano de fougasso ;— coumo un berret de Bas-
cou ; — coumo uno quitanço de talho. — Lou bentre plat
e prim coumo un cimet deju.
Plé. — Plé coumo un iôu ; — coumo uno amello bessouno ;
— coumo uno uitro ou lustro ; — coumo un grougnoti ; —
coumo un ouire ou embaisso ; — coumo uno milgrano.
Pleg. — Prene soun pleg coumo lou camelot.
fbr trufarik:
Beni à pleg coumo un parel d'esclops ou d'escarpins en
quèr de broueto.
Plegadis ou bimatiè coumo un jounc de mar ; —coumo uno
amarino ; — coumo de caouchouc ; — coumo un singe ; —
coumo un dansaire de cordo.
se dits:
— Lou bouès que plègo bal mai que lou que craco.
— Bal mai plega que roumpre.
Plegat. — Plegat coumo un fui de papiè. — Orne plegat
coumo uno arcado, joust sas bèit crouses.
se dits :
Per tant que remenen la cilhos,
Un jour caldra plega cauquilhos.
Ploura. — Ploura coumo uno Mataleno ; — coumo un gri-
foul; — coumo un persounatge de fount ; — coumo uno
baco sans budèl; — coumo un budèl ; — coumo uno amo
damnado ; — coumo un mainatge ;— • coumo un sause ; —
coumo un delôbi. — Ploura coumo s'on abio chapat de
cebos folhos. — De plours coumo de perlos ; — coumo
de gras de rasin. — Lous plours i rajaboun sus las gautos
coumo de granos de chapelet.
se dits:
Ço que nrèstres boloun e bailets plouroun soun de larmos
perdudos.
COMPARAISONS POPULAIRES 275
Plôure ou toumba de plêjo coumo de courdils ; — coumo
am' uno palo ; — coumo qui Fujo àferradats ou à cops de
semais ; — coumo de cambos d'ègo ou de miol. — Faire
coumo à Paris : daissa plôure. *— Lous cops de pungs
plobion coumo lous iôus per Pascos.
sa dits:
— Plôu toujour sus bagnats.
— A toujour plogut
OuntDius aboulgut.
— Brabos gens, entendèts-bous e farets plôure.
— Quand plôu sul curât
Degoutejo sul bicari.
Porc. — Graugna coumo un porc. — Lourd ou salop coumo
un porc. — Ben aise coumo un porc que pisso dins de
bren. — S'entend à-n-acô coumo un porc à rata. — Se
fourra pertout coumo lou porc de sant Antôni. — Estre
coumo lou tioul d'un porc, que se barro sans agulhetos.
se dits:
— Porc aimo mai bren que rosos.
— Cal pas faire coumo lous porcs,
Que fan de bé que quand soun morts.
Pourcatiè. — Abé d'argent coumo un pourcatiè. — Cintat de
rouge coumo un pourcatiè.
se dits:
Un pourcatiè porto mai de proufit à la bilo qu'un chica-
nur.
Porre. — Bert coumo un porre. — S'arranca coumo un porre.
— Es coumo lous porrets : lou cap blanc e la cougo
berdo.
se dits:
— Fa porrets e porrets.
— Es pas tu qu'auras lou blanc dal porre.
Poste. — Plagnè coumo uno poste. — Ero blanc coumo lou
jour que sara sus la poste. — Coumpta aqul dessus coumo
sus uno poste pouiridb.
Pot. — Abé lou pot de dejoust coumo uno aigo-signadiè. —
276 COMPARAISONS POPULAIRES
Dous pots coumo de broundèls de pa-signat. — Fa de
pots d'uu pam de loung coumo s'i abion manjat soun
dinna. — Un parel de pots coumo d'aquelos guinos bes-
sounos.
Pou. — Bestit coumo uno pou. — Marcha- à trestasous ou
dintra coumo uno pôu. — Àbé pou de Faigo-signado coumo
Cifèr. — Abé pôu de Taigo tebeso coumo un gat escaudat.
se dits:
— La pôu gardo la bigno.
— A pas jamai pôu, mes tramblo toujour.
Pouderous. — Pouderous coumo Dius ; — coumo lou sort ; —
coumo lou pourtiè dal Paradis ; — coumo un premiè me-
nistre.
Pougnent. — Pougnent coumo Tacié ; — coumo un cop de
lanceto.
Poul. — Rouge coumo uno cresto de poul. — Airissat. . . ma-
tiniè coumo un poul. — Sultaneja coumo un poul. — Fier
coumo un poul sus soun pàti. — Endinnat coumo de bar-
boulos de poul. — Bergougnous coumo un poul desplu-
massat tout biu. — Estre coumo un poul en pasto.
Poulit. — Poulit coumo un anèl ; — coumo un sôu ; — coumo
un iôu ; — coumo un coucourelet; — coumo uno flour ; —
coumo un enfant Jésus ; — coumo un petit sant Jan ; —
coumo ias amours. — Poulit e aliscat coumo .uno ciga-
le to.
se dits:
— Poulit deforo, fens dedins.
— Ta pas rés de pus poulit que ço qu'agrado.
— Digats un soul cop à-n-uno.fenno qu'es poulido, lou
Diable i ba repetara dèts cops per jour.
Poulsouma. — Poulsouna coumo un desalenat ; — coumo
un chabal poussif.
Poulsous. — Poulsous coumo un mouliniè ; — coumo un cami
d'estiu ; — coumo uno boutelho dal cantou ; — coumo un
estibadiè que biro Famoulat ou que bento Fairol.
Poultroun. — Poultroun coumo un rat ; — coumo uno lèbre ;
— coumo un souldat de la Bièrjo Mario, que prègo per la
pax.
COMPARAISONS POPULAIRES
277
Poumpi. — Poumpi pel sol coumo un descat de fardo. —
Poumpi das rens coumo un lutaire bencit.— Poumpi dal
cap à daissa de bourro.
Poumpils. — De poumpils coumo uno agasso ; — coumo de fla-
butos; — coumo de fuses. — • Poumpilhat coumo un ar-
culo ; —coumo un barriè de prèsso.
Pounchut ou afilat coumo uno agulho ; — coumo uno alzeno;
— coumo un clabèl ; — coumo un quilhou ; — coumo un
capèl d'astroulogo ; — coumo lou cluquiè de Limous.
PKR TRUPARIÈ:
À l'esprit pounchut coumo uno masso ; — coumo un tioul
de tino.
Potjnctuèl. — Pounctuèl coumo un creanciè coumo un re-
lotge ; — coumo lou soulel.
Poupudo. — Poupudo coumo uno auco embucado.
Pourpourat. — Pourpourat coumo un flascou ; — coumo un
piot flambât al lard.
Pourta. — Se pourta couma un pèis dins l'aigo ; coumo lou
Pount-Nôu ; — coumo un duc ; — coumo un quatorze
d'as ; — coumo bous e iéu. — Se pourta coumo Ton pot :
sus sas dos cambos, coumo l'autre.
Pourtat. — Pourtat coumo un lustre ; — coumo un cors-sant
à la proucessiu; — coumo un Sant-Sacroment; — coumo
un trioumfatou.
Poussa. — Poussa coumo la michanto èrbo ; — coumo un sa-
huc; — coumo las brigoulos; — coumo un malbis; —
coumo la cibado-folho ; — coumo Fèrbo-dal-diable. —
Poussa à bisto d'èl coumo lous espargouls. — Poussa de
crids coumo l'aclo.
Poutouneja. — Se poutouneja coumo dé pa.
Poutourlut. — Poutourlut coumo un Cafre ; — coumo un
Moroul-Sarrazi.
Poutous. — De poutous coumo qui crido lou gatet ; — caudets
coumo lous das amouro uses ; — espandits coumo de fèlhos
de la Parasso. — De poutous rounflaires coumo lous d'uno
nouirisso.
se dits:
Poutounejo la ma
21
COMPARAISONS POPULAIRES
Que podes pas coupa.
Prebënent. — Prebenent coumo la fourmigo, que fa sa prou-
besiu.
Prêcha. — Prêcha coumo un abesque ; — coumo Ratapoun
quilhat sus un cantèl de fourmatge.
Precious. — Precious coumo Tounou ou la reputaciu ; — coumo
la prunèlo de Tèl ; — coumo uno boutelho de boun bi
bièl.
Prega. — Prega coumo uno bièlho deboto. — Prega quaucun
coumo un cors-sant ; — coumo la Maire de Jésus.
se dits :
— Prega matis e bèspre, acô 's fort bou ;
Mès prega 'n trabalhant , ba pla milhou.
— Prega te podi, escôuto se bos.
Prene. — Prene coumo d'agram ; — coumo de poux retq..—
Prene de tabat coumo un ase de bren : s'un tabatou
n'abio pas, prisario pulèu de pebre. — Prene foc coumo
d'esco ou d'amadou coumo un luquet; — coumo d'erbo
brausido; — coumo d'argelats ; — coumo d'estoupos; —
coumo de poudro ; — coumo uno cartoucbo ; — coumo
uno fusado. — Prène de touto ma coumo lous singes; —
coumo lous ornes d'afas.
Prepaus. — Beni à prepaus coumo lou pèis en carême.
PER TRUFARIÈ:
A prepaus coumo un escaufo-lèit al mes d'agoust.
Prés. — Prés coumo un rat dins uno ratièro ; — coumo uno
callo al fialat ; — coumo uno perdits al cedou. — Prés
coumo de calhat \ — coumo un fourmatge.
Presat. — Presat coumo uno relico ; — coumo un trésor; ~
coumo la prunèlo de Tél. — Presat coumo bal.
PER TRUFARIÈ:
Presat coumo uno escoupigno ; — coumo un parel de sa-
batos engarrounidos ; — coumo un biètase boulit ; —
coumo pas rés.
se dits:
Lou sabent se prèso pas gés,
COMPARAISONS POPULAIRES 279
E Fignourent, mai que nou és.
Pressât. — Pressât coumo un labomen ou serbicial ; — coumo
uno cheringo ; — coumo un perruquiè qu'a que très pra-
ticos; — coumo lou coucut al mes de mai.
Presta. — Presta coumo lous escorjo-falcets : cinquanto per
eent d'abanço, quand on es das amies. — Presta Faurelho
coumo qui escouto Ferbo naisse.
PER TRUPARIÈ :
Presta ou s'alargi coumo un parel d'esclops.
se dits:
Presta gasto, louga entretèn.
Prim. — Prim coumo un fiai ; — coumo un assignat ; — coumo
: un pel; — coumo uno fûro. — Unobouès primo coumo un
grilhet; — coumo un cigalou.
se dits:
Maridats-me, ma maire, que tant prim flali.
Prisou. — Languissent coumo uno prisou ; — -fugit coumo la
prisou.
PER TRUFARÙ:
Gracious coumo uno porto de prisou.
se dits:
La prisou es coumo la nèit : porto counsel.
Propre. — Propre coumo uno perlo ; — coumo un iôu ; —
coumo un rasin ; — coumo un eacut nôu. — Propre coumo
un fiulèl ; — coumo un anèl de fiançalhos.
per trufariè :
Propre coumo unbastou de galinièro ; — coumo un tessou
dins un fangas ; — coumo uno escudèio de gat ; —
coumo Faigo chapoutado d'uno bando de tirous.
se dits:
— Per las gens qu'an bouno maisso,
Propre ou nou, tout lous engraisso.
— Aimen la propretat,
Car nouirits la santat.
Proupitous. — Proufitous coumo un Aubergnas ; — coumo un
amoulaire ou gagno-petit.
280 COMPARAISONS POPULAIRES
SB dits :
— Prouûtous coumo la becasso :
Manjats la car mai la merdasso.
— Bal mai proufit que glôrio.
— Escourja 'n pesoul per proufita la pèl.
Proumft. — Proumpt coumo Tesclaire ; — coumo un boulet;
— coumo uno flècho; — coumo un lausset; — coumo la
foudro. — Proumpt coumo un chabal à Tesperou ; — coumo
lou pétard que lou luquet alumo. — Proumpt e lâche
coumo Fièrabras.
Prudent. — Prudent coumo un satge ; — coumo un Jusiou ;
— coumo un rèinard.
Pudent. — Pudent coumo un bouc ; — coumo un rat empoui-
sounat ; — coumo uno carraugnado ; — coumo un coumu;
— coumo de pèis gastat ; — coume un pàti ; — coumo Tassou
d'un porc ; — coumo de mèrdo dal diable; — coumo uno
cougo de gat brenous ; — coumo d'ôlide cade. — Pudent
coumo un nits de put-put; — coumo cinq cents racius de
fourmatge; — coumo d'aigo de merlusso ou de fabols, que
fa creba lous figuès.
se dits:
— *Bentre afamat a pas de nas.
— En mai Ton remeno la m. . . , en mai pudits.
Pungs. — Un parel de pungs coumo de mais de faure. — En-
signa la pountuaciu coumo lous bièlbis mèstres d'escolo:
lous dous pungs sarrats joust lou nas de Fescoulan. —
Lous cops de pungs rajaboun, dins la batèsto, coumo la
grello ; — coumo lous iôus per Pascos.
Punt. — Beni à punt coumo la pèiro à l'anél. — Es coumo
sant Marti, que per un punt perdèt soun ase.
se dits:
Dins aquesto bido, Ta que punts e ouros.
p UR# — p ur coumo la bertut ; — coumo uno couloumbo ; —
coumo un ange ; — coumo Tagnèl pascal. — Pur coumo
de bi sans aigo ou coumo Dius Fa fait. A. Mir.
(A suivre.)
POÉSIES LANGUEDOCIENNES DE GUIRALDENC
.(Suite et fin)
A LA MOUNT-PELIEIRENCA
Soun friandetas, soun propretas,
Las filhetas de Mount-peliè (*).
Filha de Mount-peliè,
A tus moun aumenage ( 2 ),
Mais me farà soufrage ( 3 )
S'à tus n'es pas parié,
Se ma voues pot pas dire
Couma t'aime, couma t'amire,
Couma de tus soui enclausit,
Entre que t'ai vist o[u] ausit.
Las plumas das pavous('),
Plenas de pampalhetas ;
Tout l'or qu'à sas aletas
Portoun lous parpalhous ;
La rosa tant aimada
Per sa fiolha embaumada,
Embé sa frescou dau matl,
De te veire podoun patl ( 5 ).
De que soun las bèutats
De las autras countradas ?
Jasiola, Arlesa, fadas,
Van be à tous coustats ;
Mais sies pus poulideta,
Mais sies pus friandeta
Embé ton cors au molle fach,
Toun bèu cors pus blanc que lou lach.
Antau espeliguet
Dau dieu d'amour la maire,
Quand la mar, per la traire
Au sou, l'escoupiguet.
282
POÉSIES LANGUEDOCIENNES
Amai, dins sa prestença,
Ieu n'ai pas la cresença '
Que la dieussa(') agandissiè
À toun ped, ni mai quau que siè.
Atabé s'au Peirou(*),
Ou dessus l'Esplanada ( 8 ),
Te passeges parada,
Ta vista fai furou.
Lou castel ( 9 ), las aleias,
Dau cop d'iol las mervelhas,
Aubres, pradets, me tocoun pau ;
Es tus toujour, tus que ie eau.
E quand, au bord dau Les (*°)
Mirgalhat de flouretas.
T'en vas, emb d'amiguetas,
Baroullà quauquas fes,
Dau rieu tu sies la fada,
Lesta, escarrabilhada,
Que ven, per passà un moument,
Jougà dins l'aiga e dins lou vent.
Creada per l'amour,
Per l'amour acoutida,
Tant urousa es ta vida,
Quel'envege( u ) à moun tour.
Oi, ta belapersouna
Emporta la courouna
D'inmourtela amai de lauriè,
Car fas l'ounou de Mount-peliè.
OBSERVATIONS
1. Je n'ai pu découvrir si ces deux vers étaient de Guiraldenc.
Peut-être les a-t-il empruntés à quelque refrain populaire des environs
de Montpellier.
2. Aummage (hommage), mot de la langue féodale du moyen âge,
qui s'est conservé peut-être, mais qu'il ne me souvient pas d'avoir en-
tendu prononcer.
DE GUIRALDENC
28.)
8. Faire soufrage (faire faute). Soufrage n'est employé que dans ce
sens.
4. On dit aussi paoun, paouns.
5. Pati, signifie ici souffrir de jalousie. On ne l'emploie à Mont-
pellier qu'avec le sens de souffrir de la faim, tandis que la langue
de3 félibres l'applique aussi bien à une souffrance morale qu'à une
souffrance physique.
6. Le mot dieussa (déesse) n'est pas usité à Montpellier ; mais on
le trouve dans le cinquième chant de Y Odyssée de Favre, à qui Guiral-
denc l'a probablement emprunté.
Mercure s'adresse à Calypso, qui, malgré Tordre de Jupiter, vou-
drait retenir Ulysse dans son île :
Contra quau vous anàs fachà ?
Seriè ben à vous à luchà,
Pichota dieussa de la terra,
Embé lou mestre dau tounerra !
(Œuvres complètes de Favre, t. II, p. 167; Montpellier, Coulet,
libraire éditeur.)
7. Le Peyrou, promenade de Montpellier, située sur l'ancienne
éminence pierreuse de ce nom.
8. L'Esplanade, promenade de Montpellier.
9. Le Château-d'Eau, partie du Peyrou.
10. Le Lez est une petite rivière qui coule aux environs de Mont-
pellier.
11. Ms. Yenveja, distraction évidente de l'auteur. Au troisième
vers de la troisième strophe, se lit une distraction inverse: Arlese
pour Arlesa.
LOUS NOUVELS TROUBADOUS (*)
SERENADA
À nous ausi vous couvidan, filhetas;
Voulen pas mai qu'un cop d'iol amistous,
Qu'un picament de vostras mans blanquetas,
As cants d'amour das nouvels troubadous.
Au tems das viels, quand river, frechouluda,
Dins soun castel rescoundiè la bèutat,
Percampejà sa longa languituda,
Lou troubadou per ela era oscoutat.
284
POÉSIES LANGUEDOCIENNES
Au tems das viels, s'una jouve( a ) poulida
D'un troubadou se fasiè agradà,
El ie dounava e sous cants e sa vida,
E era urous d'antau la poussedà.
Das troubadous Tarna encara respira ;
À soun amour nostra amour es parié ;
A vautras, ioi, counsacran nostra lira
E nostres cors,"filhas de Mount-peliè.
Ou avès tout per estre voulountadas :
Un col pus blânc qu'una tafa de nèu,
Un iol de serp, lou gaubi de las fadas,
Un paraull tant dous couma lou mèu.
Ob ! que nous plai vostre er, vostra prestença,
Quand au Peirou vous vesen passejà,
Quand fringàs tant, quand, dins nostra cresença,
A nostra amour( 3 ) voulès risoulejà( 4 ).
Ou sabès be, ô bèutats ! que ses bêlas ;
N'avén pas sauve ara d'où mai noumà,
Mais vous pregan d'estre pas tant cruelas,
E quand aiman, de vous quità aimà.
Avès ausit nostre cant, ô filhetas !
E nostre[s] cor[s]( 6 ) van à nostras cansous.
Picàs de mans, de vostras mans blanquetas,
As cants d'amour das nouvels troubadous.
OBSERVATIONS
1 . On dit couramment troubadour, troubadours, quoique la sup-
pression de IV soit plus conforme aux habitudes dialectales du mont-
pelliérain (coulou, doulou, pallou, audou, etc.). Une exception est à
faire en faveur de quelques substantifs monosyllabiques, tels que jour
(jour), tour (tour), g our (gouffre, mare d'eau), etc. Flou (fleur) échappe
à cette règle.
La plupart des termes que les poètes actuels ont empruntés au pro-
vençal littéraire desfélibres conservent un r final qui est la constata-
tion môme de leur origine : escabour, tenebrour, amarour.
DE GU1RALDENC 285
Il est curieux de constater qu'un mot aussi essentiellement méri-
dional que celui de troubadour n'avait pas, aux XVII e et XVIII» siè-
cles, droit de cité philologique à Montpellier. Nous le devons probable-
ment aux poésies de Martin, de Tandon, de Guiraud et de Bertrand,
qui, sous le premier Empire et la Restauration, chantèrent souvent
le troubadour prétentieux des romances de l'époque.
2. Mot usité seulement en dehors de Montpellier. Il désigne la per-
sonne que l'on aime, lors même que son âge aurait dépassé les limites
de la jeunesse. (Renseignement donné par M. Langlade, de Lansar-
gues.)
j Le terme en question appartient à cette catégorie, très-peu nom-
breuse, de substantifs féminins qui, contrairement aux habitudes gé-
nérales de la langue d'oc, se terminent par un e : maire (mère), sorre
(sœur), tourre (tour), lebre (lièvre), nose (noix), etc.
3. Ce mot est généralement féminin (las amours, tas amours, sas
amours , mas amours), k moins qu'il ne désigne le dieu mythologique
ou les amours qui lui font cortège. Il est cependant toujours mas-
culin, lorsqu'il est précédé de l'article un et suivi d'un adjectif ou d'un
verbe: un amour crentous^artajat, laiat, que s* es pas jamais vist
soun parié.
4. On dirait plutôt risouliejà.
5. Nouvelle distraction, de l'auteur, qui écrit noste cor et qui fait
suivre ces deux mots de van (vont).
LOU POUTOUf 1 )
Tus, oi, tus encara,
Tus toujour me seras cara ( 2 ),
0 j ou venta ! e moun cor, ara,
Quand t'ou dis,
Noun te mentis.
T'aime, ieu, mai que ma vida,
O poulida!
Mai que Fespandida,
Ve, dau paradis.
A sourel-couch ( 3 ), un rai [des]sus lou rieu clareja;
Lou vespre es embrandat de soun lum.
POÉSIES LANGUEDOCIENNES
Maisdinsieu, pecaire! tout soumbreja,
E de rai, de rai, n'i'a pas un!
0 douça mia ! .
D'aquel escabour,
Tus, lou lum brilha
Sus moun coumbour ( 4 ).
De ta sourelhada,
Moun cor vôu senti Tescandilhada ( 5 ),
Moun cor deglesit, malautounet;
Pietat per sa pena,
Un soul moumenet.
Vôu guerl, rena( 6 )
E te demanda un poutounet.
Mai, mai, t'aime mai, ô ma poulida !
Mai que ma vida ;
Moun cor t'ou dis net.
Dona, oh ! dona ; es gaire,
E pamens moun cor, pecaire !
Se d'aquel ben vos ( 7 ) lou coumplaire,
De soun mau
Aura repau.
Dona lèu ta caranchouna( 8 },
Ta poutouna ;
Dona, ô galantouna !
Pioi qu'acô m'ou eau.
Sus moun front, toun alé, toun alé fresca ou cauda,
Toun iol tendre e bon clin sus moun iol,
Ma testa rescounduda en ta fauda
, E ta man penjada à moun col.
O ma tourtoura!
Quoura ensacharàs
De m'aima, quoura
M'embrassaràs ?
Lou pensa m'en greva,
Ges de gau d'aquel lagui me leva,
DE GUIRALDENC
Amai ieu t'ause doubrl moun cor ;
Ben mai que ma vida
T'aime, t'aime fort :
Ma tant poulida,
Una poutouna e pioi la mort.
Lèu, lèu, dona-me lèu ta poutouna,
Ta caranchouna,
De ta bouca d'or !
Dieu! moun Dieu ! que dise?
De la mort eau que me fise,
Se jamai m'emparadise
En douçou
De toun poutou,
No, rendràs pas maucourada
Ma pensada ;
No, car moun aimada,
1 Fariei pas moun prou.
Loga que Se soulets, soulets sen, ô ma bela,
Moun sen acoutat contra toun sen
Au leva dau sourel, de l'estela
Res dau gau, dau gau noun me ten.
Lèu, cauta-à-cauta,
Veni, veni lèu
M'oufrl ta gauta
E toun front bèu !
Sentiràs moun ama
Dins un soul espetde fioc, de flama,
En te poutounejent, coumbourl ;
Tus te veiràs mema
Dau fioc devourl,
E, se te crema,
Ara emé ieu voudras mourl.
No, no, rendràs pas, no, ma pensada
Tant maucourada :
Seriè 9 trop soufri !
288
POÉSIES LANGUEDOCIENNES
OBSERVATIONS
1. De cette pièce, on pourrait dire avecl'Oronte de Molière {le Mi-
santhrope):
Ce sont de petits vers pour de jeunes amants.
Mais Guiraldenc ne peut en supporter l'entière responsabilité. Il en
a emprunté la première idée au Bacio, paroles françaises et italiennes
de D. Tagliafico, musique de Louis Arditi (Paris, Flaxland, in-4°).
Cette poésie, d'ailleurs assez médiocre, eut sa période de vogue de
1865 à 1870.
2. Car a (chère) est un adjectif à peu près périmé. Il se maintient
dans le pays lodévois, qui, ainsi que je l'ai dit à la note 1 du Souvent
d'una joumada de mai, fournit de considérables appoints de popu-
lation à la ville de Montpellier.
3. Sourel-couch (soleil couchant), terme que je n'ai jamais entendu
prononcer. Le vocabulaire rouergat le conserve encore.
4. Coumbour (combustion, amour extrême), de même quescabour
(crépuscule, déclin du jour, dans les Cévennes), a été emprunté aux
poésies des félibres.
Le verbe coumbouri se lit à la dernière strophe du Poutou.
5. Escandilhada (échappée de soleil, rayon de lumière) a été em-
prunté aux félibres.
6. Renà, qui a ici le sens de murmurer doucement, se plaindre,
est plutôt employé avec l'acception de disputer, grogner, bou-
gonner, Cercà rena est l'exact synonyme languedocien du français :
chercher querelle.
7. Le manuscrit donne vous, mais nous n'en sommes plus à compter
les distractions de G.
8. Caranchouna (joue, partie du visage), de cara (visage), a été,
comme escabour, coumbour, coumbouri et escandilhada, trouvé par
l'auteur dans les poésies des félibres .
9. Ms. seriei, que rien ne justifie.
DE GUIRALDENC
LOU ROUSSIGNOU
Quand lou printems ven sus las pradas
Espandl soun mantel de flous,
Pieuteges, tus, tas bresilhadas,
Dous roussignôu, as aucelous^).
Enclausisses toun amigueta,
Entramens que bastls soun nis,
Que soun amour te fai lingueta,
Que tous pichots soun aganits.
Lous ( 2 ) counsoles e lous encantes
Embé toun bèu gargatet d'or,
E la musica que ie cantes
E toun pieutà tant dous au cor.
Entre que l'auba as camps pouncheja,
Rescoundut dins un vert bouissou,
D'aqul qu'un lugar belugueja( 3 ),
Amoles pas dins ta cansou.
Aisadament ta bouca sauta
D'un er à l'autre, rei dau bos,
E quoura flaca e quoura nauta,
Menés ta voues couma la vos.
Embé tant de gau. cascalheges,
Embé tant d'amour pos sieulà,
Embé tant de plours raspalheges
Que ras tus degus vôu quialà.
Mai que lou cant d'una jouventa,
Bèu couma un cant d'ànjou pamens,
Mai qu'un orgue à la gleisa senta,
Plases toujour à quau t'entend.
E tus, au mitan dau fiolhage,
T'avises pas se toun pieu-pieu
Agrada à l'orne, o[u] fai soufrage,
Quand lou dones pas mai qu'à Dieu.
290
POESIES LANGUEDOCIENNES
T'enchau pan que Tome t'ausigue
Âmai toun nis t'ague, [el], ausit ( 4 );
Amai lou bos soul ressoundigue
Dau cantica que Tas brounzit.
Aqui tas amours e ta joia,
E, per fa toun bresilhament,
Te eau Foumbreta de la fiolha,
Ta nisada, lou firmament.
Oh ! canta-ie ; quand la magagna
Tara( 8 ) moun frount pensamentous,
Per fugl lou mau que me gagna,
Devès tus vau per escoutous.
E toujour te trobe fidela ( 6 )
A la mema branca, au printems ;
Toujour ta musica m'apela,
Sans tus ou creire, e me reten.
Au ped de l'aubre ounte te vese
Bresilhà toun urous amour,
Demorariei sans langui, crese,
Tibant Taurelha, tout lou jour.
Mais d'ounte ven qu'à ta roues clara
M'abeure tant, dous roussignôu?
De fes ma pensada es amara, .
Moun iol ploura, moun cor se dôu ( 7 ).
E tus fas ma pensada douça, '
Moun cor countent, moun iol secat, '
Quand, per t'ausl, ai près rescoussa( 8 ), i
E de toun cant soui enmascat ! ,
I
OBSERVATIONS |
1 . Le diminutif aucelou (oiseau, petit oiseau) appartient à la langue
littéraire de Montpellier et il y est, comme usage, bien antérieur à
Guiraldenc.
Aucel n'est guère connu que dans la langue des proverbes et de
certaines expressions proverbiàles, comme aucel de camp (oiseau de
i
DE GUIRALDENC 201
champ, vagabond, coureur), aucel de rapina (oiseau de proie, vo-
leur, larron) .
Le peuple emploie dans tous les autres cas le diminutif passerou.
Passer est absolument inusité; mais, chose curieuse, il existe à
Cette, dont l'idiome est, d'ailleurs, foncièrement montpelliérain .
2. Ms.: E lous counsoles e lous encantes, qui donne au vers un
pied de trop.
3. Ms. belugueja. Est-ce une exigence de la rime, une distraction
de l'auteur ou un nouveau témoignage de cette forme finale en a que
prenaient jadis certains temps des verbes? (Voyez la note 21 du Sou-
vent d'una journada de mai. )
4. El est intercalé pour compléter le vers.
5. Tara, gâte et, ici, assombrit. Tara moun front pensamentous
(assombrit mon front soucieux).
6. On dit plus correctement fidel et fidelle. G. s'est servi de la
forme gallicisée.
7. Moun cor se dou (mon cœur souffre). Le verbe dbure n'est
guère employé à Montpellier. Il sert quelquefois à donner la carac-
téristique du lodévois et, à plus forte raison, du rouergat. Le pre-
mier et le second disent : Lou cap me dbu, là où le montpelliérain se
servira toujours de la phrase suivante : La testa me fai mau.
8. On dit aussi escoursa.
PIÈCES ÉLAGUÉES
) I
A Madoumaisela Anna C..., lou jour de sa festa
Pièce de douze vers alexandrins. Les lettres initiales des quatre
premiers forment le prénom d'Anna, celles des huit autres donne-
raient le nom de Chabanon ; mais c'est là peut-être une interpréta-
tion hypothétique.
A l'exception des deux vers qui suivent, ce compliment poétique
n'a rien de saillant :
Couma acô pode pas de moun sicat res faire.
Elàs ! noun sabe pas à quante sant me traire.
Poudre pas res faire de soun sicat et saupre pas pus à quante
sant se traire sont deux formules populaires encore très-connues.
Elàs pour ai las doit être un gallicisme de distraction.
Sant, que Guiraldenc emploie, quoiqu'il ait écrit senta plus haut
29* POESIES LANGUEDOCIENNES
(voyez lou Roussigndu), n'est usité que dans Toussant (Toussaint,
la fête de tous les saints), Dijàu-Sant (Jeudi-Saint), et les jurements
santardi, santa-dina, santa-pa, santa-peta, etc.
Enfin la forme noun sabe pus se ressent un peu des lectures pro-
vençales de G. Le peuple aurait dit : sabe pas pus.
Le vocabulaire de cette pièce renferme le verbe bouscà (chercher),
qui est à peu près périmé :
N'ai pas agut lou tems de bouscà, de causi.
A Madoumaisela Anna C. . . est la première poésie languedocienne
du manuscrit de G.
II
l'âge de vint ans
Pièce de cinquante-six vers de dix pieds, divisés en quatrains, dont
la première et la troisième rime sont féminines, la deuxième et la
quatrième masculines.
Le sentiment en est assez médiocre et l'allure presque entièrement
banale. Guiraldenc ne se relève que dans la seconde moitié de sa poé-
sie et surtout dans les vers suivants :
La nioch, lou jour, tranquille noun demore,
Tant d'aquel fioc tout moun cor es cremat.
Soui trop countent per creire au tour tant orre
De voudre aima e d'estre pas aimât.
Cette poésie contient la forme sai, que Ton emploie assez souvent,
mais jamais dans le sens affirmatif :
Dempioi noun sai, per l'avedre, bouscave.
(Depuis je ne sais combien, pour l'avoir, je cherchais.)
A la troisième strophe laguis est accentué sur sa dernière syllabe
et rime avec seguis (suit). C'est un cas unique et que la prononcia-
tion populaire ne justifie pas, du moins à ma connaissance.
Les substantifs vielhige et foulige de la cinquième strophe ont
peut-être été empruntés par G. au proverbe montpelliérain:
Vielhige,
Foulige.
Ils sont, dans tous les cas, peu employés.
Je remarque à la sixième les substantifs : mauvouliè (mauvais vou-
loir) et maneflariè (faux rapport, méchanceté).
L'Age de vint ans est la troisième poésie languedocienne de G.
Elle suit immédiatement, dans son manuscrit, le Souvent d'una jour*
nada de mai. A. R.-F .
VARIÉTÉS
A M. Henri Gaidoz, directeur de la Revue celtique.
\^ Cher Monsieur,
Le dernier numéro de la Revue celtique (vol. V, no 2) contient une
Prose de S. Columba (p. 205-212), qu'a éditée M. Ch. Cuissard,
d'après le ms. 146 (X e siècle) de la bibliothèque d'Orléans, avec des
références à une édition antérieure du docteur Todd (Book of hymns
ofthe ancientlrish Church, II, p. 201-251; Dublin, 1855).
Cette prose a été publiée par moi, en 1875, dans la Revue des lan-
gues romanes (t. VII, p. 12-24), sous le titre de Hymne contre les
Antitrinitaires, et d'après le ms. de Montpellier. M. Cuissard l'igno-
rait, de même que de mon eôté j'ignorais que M. Todd et, avant lui,
Colgan eussent déjà fait la même publication ; sans cela il lui eût été
facile de comparer ces différents textes et d'en relever toutes les va-
riantes.
Informé par moi de ces diverses particularités et du désir que
j'avais de faire ce collationnement, vous avez bien voulu me prêter
spontanément votre exemplaire de l'ouvrage de M. Todd. C'est un
véritable service que vous m'avez rendu, car il ne m'aurait pas été
facile de me procurer un ouvrage devenu rare dans le pays même où
il a paru et probablement inconnu de la plupart de nos bibliothèques
publiques.
Un mot d'abord des manuscrits.
U y en a quatre, que nous désignerons par les lettres A, B, C, M.
Le ms. A est celui de M. Todd; il date du IX-X e siècle et appar-
tient à la bibliothèque de Trinity-College (Dublin).
Le ms. B (bibliothèque d'Orléans) a été utilisé par M. Cuisjsard.
Il est du IX-X* siècle,
Le ms. C est celui qui a servi de base à l'édition de Colgan.
Lems. M est le ms. de Montpellier. Comme le ms. B, il date du
1X-X» siècle.
Le premier, le ms. A, est incomplet; il y manque neuf strophes (de
0 à X inclusivement). Mais il rachète cet inconvénient par des gloses
et des commentaires abondants, écrits tantôt en latin, tantôt en ir-
landais, et qui nous donnent des renseignements très-curieux sur
l'auteur, sur la date de la pièce, sur la manière dont elle a été com-
posée.
Le ms . B . et celui de Montpellier ont conservé en son entier le
22
«94
VARIÉTÉS
texte primitif, mais ils sont dépourvus de gloses et de commentaires.
Ils se ressemblent beaucoup et doivent être les copies contempo-
raines d'un original commun.
Le ms. C, représenté aujourd'hui par l'édition de Colgan, ne m'est
eonnu que par les citations qu'en a faites M. Todd.
J'ai comparé ces différents textes. Les variantes que j'y ai relevées
sont consignées dans la liste qui suit, et qui à pour base le texte du
ms. de Montpellier, tel que je l'ai publié dans la Revue des langues
romanes.
Je rappelle que A indique le ms. de Dublin, B celui d'Orléans,
C celui qui a servi à Colgan. Le chiffre qui précède chaque variante
renvoie au numéro du vers correspondant.
1. prositor vetustus. A. prosator vetustus. B.
2. et crepidine. A. B.
4. spiritus sançtus. B.
5. dietatis. A.
6. tris. A.
8. Bonos. A. B.
9. Principatuum . . .potestatum virtutium. A. En glose: Virtutium,
causa rithmi. On trouve en effet virtutium dans un autre hymne de
S. Columba, ap. Todd, 11, 256.— Principatuum.. . .et virtutum. B.
12. previgilia. A.
13. fatimine. A. B*j
15. praefulgoris . A.
18. auctoris. A. B. La syntaxe exige le datif, « de la même chute
que l'auteur de, etc. » Mais, devant l'unanimité des mss., il faut bien
laisser le génitif.
20. deterrimus. A.
22. feracioribus. A.
25. refuga. A.
27. Mare et aquas condidit. A. B. La bonne leçon est évidemment
celle du ms. de Montpellier.
30. et animalia. A.
31. protoplaustum. B.
33. praemirabili. A.
39 . zabulus .... satilitibus . A .
55. quique. A. plaudes (paludes). B.
57. présenta. A. B.
60. cocitique carubdibus. A. B.
61. scillis. scropibus. A. scillis... crupibus.B.
62. crebrat.A.B.
65. tellipertractus. A.B.
VARIÉTÉS 295
68. dialibus.A.
69.. abyssi. A.
70. Suffulta Deiiduma. A. suffultu Dei idama. B.
76. solphorius. A. flammis acdacibus. B.
79. sitis famisque. A. B.
Lacune dans A du v. 79 au v. 127.
81. genus praecario. B.
84. per quem victor. C.
86. prochemio. B.
89. cujus et situm florido . C.
92. condictum. C.
93. supra modum. C.
97. Praeter israelitici. Moysen judicem populi . B. C. C'est évidem-
ment la bonne leçon .
110. admirabilia. C.
1 12. frigora. . .liquescentia. C. frigola. . .lucescentia. B.
113. compagnies. B.
114. œtherialibus .... obeuntibus . C .
115. in mansionibus. C.
116. climatico. C.
117. splendiensimo . B.
121. proplasmatibus . C. problematibus . B.
122. altissimo. C.
123. praefulgebit. B.
129 . tropodis. A . tripudiis. B .
135. deo a pâtre. B.
137 . pro meritis . . . perpetuis . A . B .
B. s'arrête, comme le ms. de Montpellier, au vers 141.
A. donne de plus :
V. 141. Exceptis contemptoribus Mundi presentis istius.
Il y ajoute une stance complémentaire:
Deum patrem ingenitum Celi ac terrae dominum
Ab eodemque filium Secula ante (primo) genitum
Deumque spiritum sanctum Yerum unum altissimum
Invoco ut auxilium Mihi oportunissimum
Minimo prestet omnium Sibi deservientium
Quem angelorum milibus Gonsociabit Dominus .
Ce sont des tétramètres iambiques et non, comme le veut M . Todd,
des tétramètres trochaïques .
Cet hymne a des allures étranges. Les mythes propres au paga-
nisme le plus ancien s'y mêlent d'une manière tout à fait inattendue
290
VARIATES
aux nouveautés du christianisme. La langue en est à la fois barbare
et prétentieuse, et la versification non-seulement toujours contraire
à la prosodie classique, fondée sur la quantité, mais parfois contraire
môme à la prosodie populaire et aux lois de l'accentuation qui en
étaient la base. Malgré ces incohérences, il obtint une grande vogue
dans l'Église d'Irlande, et la preuve en est dans les légendes aux-
quelles il donna lieu et qui avaient cours dès le IX e siècle.
Les voici résumées d'après les commentaires alternativement latins
et irlandais que nous ont conservés les mss . qui ont servi à Colgan
et à M . Todd, et que ce dernier a scrupuleusement traduits en an-
glais.
L'hymne Altus prosator a été composé dans l'île de Hy par saint
Columba (576 et 606 après J.-C.),qui, selon les uns, resta sept ans à
le faire, et, selon d'autres, l'improvisa en quelques heures. D'après la
seconde de ces deux traditions, le saint, averti par un songe que le
pape saint Grégoire lui envoyait des messagers avec des reliques très-
précieuses, et que ces messagers devaient arriver le jour même, en
prévint son unique compagnon, saint Boithin, et s'occupa avec lui de
préparer une suffisante hospitalité aux nouveaux arrivants. Vérifica-
tion faite, ils ne trouvèrent qu'une mesure de blé. C'était bien peu pour
recevoir de tels hôtes et venus de si loin. Saint Columba, réduit à
ces maigres ressources, voulut au moins en tirer le meilleur parti pos-
sible. Sans perdre une minute, il court au moulin le plus proche et,
pendant le peu de temps qu'il mit à porter son blé, à le faire moudre
et à le rapporter, il improvisa cet hymne abécédaire. Pour payer de
retour le pape saint Grégoire, il lui envoya quelques-uns de ses disci-
ples, chargés de lui offrir la primeur de cette composition poétique.-
Saint Grégoire la leur fit réciter, et, voyant (ce qu'il était seul à voir)
que, dès les premiers mots, une troupe d'anges était descendue du
ciel pour entendre les vers de saint Columba, il se leva et resta de-
bout. Mais, remarquant qu'à trois reprises, lorsqu'on chantait cer-
taines strophes, les anges disparaissaient, il se rassit à chaque fois.
Il eut des soupçons et demanda aux envoyés si trois strophes, qu'il
leur désigna, étaient bien telles que les avait composées le saint.
Ceux-ci se troublèrent. Pressés de question, ils finirent par avouer
qu'ils les avaient changées et y avaient substitué d'autres strophes de
leur composition. Les strophes rejetées par ces mandataires peu fi-
dèles sont celles qui commencent par Hic sublatus e medio, Orbem
infra ut legimus, Vagatur ex climactere.
On conçoit qu'un hymne composé et propagé dans de telles circon-
stances, qui avait pour lui l'approbation du pape et celle des anges, ait
joui d'une grande popularité, et qu'on lui ait attribué des propriétés
VARIÉTÉS
»7
particulières . On disait qu'un ange se tenait aux côtés de celui qui le
chantait; que le Diable ne pouvait trouver la trace de quiconque le
chantait une fois par jour. Quand on l'avait chanté, on ne pouvait plus
être vu de ses ennemis pendant tout le reste de la journée ; de plus,
il n'y avait jamais de disputes dans la maison où on le chantait sou-
vent ; il préservait de tous les genres de mort, sauf de la mort natu-
relle (littéralement de la mort sur l'oreiller); enfin il éloignait la fa-
mine et la maladie des endroits où l'on avait l'habitude de le chanter,
sans parler de beaucoup d'autres propriétés aussi précieuses .
M . Todd a complété son excellent travail par une traduction de
l'hymne Altus prosator . Je l'ai comparée avec celle que j'ai publiée
dans la Revue des langues romanes, et j'ai vu, autant que mon peu
de connaissance de l'anglais me permet de l'affirmer, que nous avions
presque partout interprété notre texte de la même manière.
Je vous dois, cher monsieur Gaidoz, ces menues joies d'érudit; deux
et trois fois heureux d'apprendre du nouveau et d'en faire part aux
autres, et, par surcroît, de se trouver d'accord avec un confrère en
érudition : agréable rencontre qu'on apprécie d'autant mieux qu'elle est
plus rare. Je vous en remercie de nouveau, et je prie le lecteur de
vouloir bien joindre ses remerciements aux miens.
A. Boucherie.
A DOLOR ET A GLAIVE
Dans la traduction en sonnets italiens du Roman de la Rose, qu'a
éditée notre collaborateur M. Ferdinand Castets (Publications spéciales
de la Société pour F étude des langues romanes, n° ix), il est fait mention
de Siger de Brabant, mort à Orvieto « a ghiado e a gran dolore. »
Mastro Sighier non andô guari lieto.
A yhiado il fe' morire a gran dolore,
Nella corte di Roma, ad Orbivieto.
(Sonnet xeu.)
Ce passage n'a pas été interprété de la même manière par l'éditeur
dans ses notes et par M. G. Paris dans la communication qu'il a lue
devant les cinq Académies réunies en séance annuelle. Le premier a ,
compris que Sigier était « mort de misère à Orvieto », p. 151; le se-
cond, que Faux-Semblant « lavait fait mourir parle glaive », p. 584
(ap. Revue politique et littéraire, 5 novembre 1881).
Le premier, M. Castets a pour lui le témoignage indirect, mais suf-
298 VARIETES
fisamment probant^ de Dante, qui, dans le Paradis, chap. x, v. 136,
nous représente Siger de Brabant « en proie à de douloureuses pen-
sées et trouvant que la mort est bien lente à venir » :
che 'n pensieri
Gravi, a morire gli parve esser tardo.
Disposition d'esprit qui se comprend chez un homme condamné à
un châtiment d'une durée indéfinie, à la prison perpétuelle, par exem-
ple, mais non chez un condamné à mort destiné à périr promptement
sous le glaive.
Aussi le lecteur est-il tout d'abord assez embarrassé pour prendre
parti, car l'étymologie semble donner raison à M. G. Paris. Heureu-
sement le vieux français nous permet de résoudre la difficulté . Dans
la langue du XIII e siècle, en effet, le mot <r glaive », soit seul, soit
employé, comme ici, avec « douleur », avait justement le sens, par-
ticulier de « détresse, tourment », qu'a deviné M. Castets. On peut en
juger par ces deux exemples, que j'emprunte à la chanson de geste
d'Amis et Amiles et à celle de Jourdain de Blaye :
Se il nos prennent, noz serons mort a glaive,
Et noz metront en buies et en chartre.
Tuit i morrons a dolor et a glaives.
(Jourdain, v. 1189.)
Il est évident qu'on ne commencera pas d'abord par leur couper le
cou, pour les mettre ensuite « dans les fers et en prison. »
Mais car proiez Lubias la gaillarde,
Por amor De le pere esperitable,
De son avoir un hospital me face
Fors de la ville a la porte de Blaivies,
Et si m'otroit le relief de sa table,
Que je n'i muire a dolor et a glaive,
Moult fera grant aumosne.
(Amis et Amiles, v. 2178.)
Amis était devenu lépreux. Sa femme Lubias « la gaillarde », se
conduisant comme autrefois Assuérus à l'égard de l'altière Vasthi,
Le chassa de son trône ainsi que de son lit,
mais ne songeait pas à lui faire trancher la tête. Et l'infortuné, plus
chagrin de sa maladie qu'étonné des procédés de sa femme, implo-
rait sa pitié, non pour qu'on ne le fît pas périr de mort violente, mais
pour qu'on l'empêchât de mourir « de douleur et de misère. »
Glaive figure comme presque équivalent de martyre, dans la Chron.
des ducs de Normandie, t. II, v. 19871 :
VARIÉTÉS
299
Si fait glaive pi teu martire
Ne fu mais sur deus reis oiz.
Voy. Du Cange, t. VII, qui renvoie à Raynouard, lequel cite glai et
ses composés avec les sens de « frayeur, douleur, tourment, »
M. Castets, de son côté, était arrivé également à établir son opinion
sur le témoignage des textes. Il a bien voulu me communiquer la
note ci-jointe, où se trouve consigné le résultat de ses recherches.
[La locution morire a ghiado est traduite dans les grands diction-
naires par mourir de mort violente. Cependant il y a le souvenir d une
autre acception dans l'article suivant du Vocabolario d* Alberto AcJia-
risio Dacento (Venetia, mdl): « Ghiado, morire a ghiado vale morire
a stento. Boc. G. 8, n. 9 : che voi siate morto a ghiado. Non è voce
leggiadra nè hora da usare . »
Bans l'exemple suivant, tiré de la dernière laisse de Gaufrey, le
sens peut sembler douteux ; il s'agit de Ganelon :
Dont vint la traison en Franche la vaillant
De quoi mourut a glesve xxm combatant
Ou camp de Rainchevax dont Kalles fu dolent.
(Ms. de Montpellier.)
Le passage le plus concluant que j'aie rencontré en faveur du sens
a glaive = avec de grandes souffrances est un vers du Roman de la
Vie des Pères Hermites. Dans le conte intitulé : « de l'Ermite qui
demanda a Dieu se nus estoit de sa mente », l'ermite, précipité par la
dame dans une cuve pleine d'eau froide, s'écrie :
Dame, je muir à glaive ci î
Celle lors par la main ie prist,
Hors le mist et couchier le fist.
Bien le couvri, bien le aisa,
Après delez li se coucha ;
Si li dist : Frère, vos ferez
Vostre volenté quant vodrez.
Por ce le dist que bien savoit
Qne dou fere talant n'avoit
Qu'il trembloit de froit tôt adent.
Les métaphores douleur aiguë, douleur poignante, me semblent de
même famille que l'expression mourir à glaive et à douleur, dont l'ita-
lien « morire a ghiado a gran dolore » n'est que le développement.
J'ajouterai que les mots a gran dolore n'auraient guère d'intérêt ici s'il
s'agissait de la décapitation, supplice moins long et moins doulou-
reux que bien d'autres que le moyen âge pratiquait. — Ferd. Castets.]
300
VARlÉtES
On voit que ces observations très-précises concordent pleinement
avec celles qui précèdent.
Reste à trouver l'origine de la locution «mourir à glaive. »
En attendant que de mieux informés que moi y arrivent, je crois
pouvoir conjecturer qu'il y a là une allusion plus ou moins directe
au symbole chrétien, si connu, des sept glaives qui percèrent le cœur
de la Vierge à la vue de son fils expirant sur la croix.
A. Boucherie.
boèce (vers 75 et 81. — V. 184)
1© Vers 75 et 81. — Raynouard, et après lui M. P. Meyer (Recueil
(T anciens textes, Impartie), impriment ainsi ces deux vers:
v. 75 Domne pater, e tem fiav eu tant
v. 81 Domne pater, tu quim sols goernar.
Domne pater est une mauvaise leçon . L'accent étant sur l'a de
pater, le premier hémistiche se trouverait trop court d'une syllabe 1 .
De plus, la forme écourtée domne, domnus, n'était admise que pour
les simples mortels ; mais, quand il s'agissait de Dieu, dominus con-
servait ses trois syllabes. D'où les formes damnedeu, dambredeu, dam-
ledeu, au lieu de dondeu, dandeu, qu'aurait produits en roman la com-
binaison domnus-Deus.
Comme, d'un autre côté, le ms. donne due, sous forme abrégée, et
que ce groupe se résout normalement en domine quand il figure dans
un texte latin, rien n'empêche d'adopter la restitution que je propose
et de lire :
Domine pater, e tem fiav eu tant.
Domine pater, tu quim sols goernar.
2° V . 184. — Le vers 184 de ce même fragment de Boèce :
Ella smetessma ten las claus de Paradis
offre une particularité qui n'a pas encore été expliquée, que je sache :
1 On peut objecter qu'on a un exemple certain de ce désaccord entre le
rhythme du vers roman et l'accent du mot latin dans les vers 29, 35, 43, où
Mallios (Mallius), Mallio, a l'accent rhythmique sur la finaïe,tandis que l'ac-
cent premier est sur l'antépénultième. Mais il s'agit ici d'un proparoxytoa
dont la finale pouvait recevoir l'accent rhythmique. Cf. G. Paris, Lettre à
M. Léon Gautier,
VARIETES
301
je veux parler de l'article las, qui donne une syllabe de trop au vers
et qui, bien que n'étant nullement nécessaire au sens, a été cepen-
dant écrit par le copiste en interligne, c'est-à-dire après réflexion, et
non par suite d'un entraînement de lecture. Las, cela va sans dire, a
été rejeté par les éditeurs . Mais pourquoi le copiste s'est-il cru obligé
de l'écrire ainsi après coup et comme pour réparer un oubli ?
Je crois que cette apparente anomalie peut s'expliquer d'une
manière très-simple. On sait, en effet, que les copistes ou leurs cor-
recteurs mettaient souvent dans les interlignes des textes qu'ils
transcrivaient ou révisaient les observations lexicographiques qu'ils
croyaient nécessaires au lecteur.
Une de leurs plus constantes préoccupations était, par exemple,
d'indiquer le genre des noms dont la terminaison n'était par elle-
même ni masculine, ni féminine, ni neutre : je parle des textes la-
tins . C'est ainsi qu'au-dessus de mots tels que pinus (le pin), malum
(pomme), malum (pommier), accusatif singulier, ils plaçaient Ma (pi-
nus), illud (malum), illam (malum), Ille jouait en ce cas le rôle
même que voulait lui assigner l'empereur Auguste, le rôle d'article.
On comprend maintenant que cette habitude ait pu s'étendre à la
transcription des textes romans, surtout quand deux noms semblables
ne pouvaient être distingués l'un de Tautre que par la désignation de
leur genre ; ce qui est précisément le cas ici . Claus, correspondant
en même temps à claves et à clavos, avait la double signification de
clefs et de clous. Mais dans le premier cas il était féminin, et dans le
second masculin. Aussi le copiste a-t-il pris la précaution très-simple,
pour éviter toute méprise au lecteur, d'indiquer au moyen de l'article
le genre de ce mot, ce qui était indiquer du même coup sa vraie signi-
fication.
L'article las n'est donc qu'uue glose, que nous traiterons comme
telle en la laissant, non pas en interligne, habitude qui n'est plus celle
de notre moderne typographie, et encore moins dans le corps du vers,
mais en note, comme l'a fait M. P. Meyer.
A. B.
OSTER == ÉCARTER, ÉLOIGNER
A l'appui de l'étymologie de osier = obstare, j'ai déjà cité (Revue
des langues romanes, t. XVII, p. 118) un exemple de ce mot em-
ployé avec le sens particulier de écarter, faire obstacle, et non de en-
lever, qu'il a aujourd'hui. En voici un second, encore plus ancien et
tout aussi sûr.
802
VARIÉTÉS
Rainouart vient de tuer les quatorze fils de Borel . H s'empare de
leurs fléaux de cuivre :
Les fléaus prent, ses en voloit porter.
L'un en a pris, sel fist amont briller ;
Dist Renoaars : « Or puet l'en bien prover
Ce3te arme est faite por les moches oster. »
Puis les commence par Tester à geter
Que il nés puet veoir ne esgarder.
(Aliscans, v. 6041.)
C'est-à-dire « cette arme n'est bonne qu'à écarter, à éloigner les mou-
ches. » Nous retrouvons donc encore ici la signification originelle
de ob8tare employé comme verbe actif.
A. B.
COUTEE
A la suite de la définition qu'il donne de ce mot, « Espèce de fort
couteau en fer, à lame courte, à tranchant mousse, à dos épais, adapté,
en avant du soc, à la flèche de la charrue, et servant à fendre la terre *,
M. Littré ne cite à l'historique qu'un exemple daté du XV* siècle.
J'en rencontre un plus ancien, — il est du XIV e siècle (1312), —
que je relève sans une fausse correction de l'éditeur, M. le docteur
Hermann Breymann, dans la Dîme de pénitence de Jehan de Journi,
v.2070:
Orisons est la droite corde,
Par coi li nom à Dieu s'acorde;
Car ele perche d'outre en outre
Le ciel, com la terre le coutre.
Lems. porte lecoutre, et M. Breymann corrige V écoute.
A. B.
DICTON AUXEBBOIS DU XIII e SIÈCLE
L'intéressante communication de M. Clédat (Revue des langues ro-
manes, août 1882) a donné lieu à de nouveaux rapprochements que
nous nous empressons de mettre sous les yeux de nos lecteurs. M. le
docteur Reinhold Kohler nous écrit de Weimar, à la date du 17 sep-
tembre, pour nous signaler un passage analogue qui se trouve dans le
VARIÉTÉS
303
Nouveau Recueil, II, 290, de Jubinal. Le voici en entier. On verra qu'il
vaut en effet la peine d'être cité :
« De vino. Savez-vous comment homme deit le vyn prisir, quant
homme le trove freit et de boysoun ? xx lettres y ad, bien les sai ; or
les escotez et jeo les vous nomerai : iij. B, iij, n. iij. s, et viii. F. Les
iij . b dient q'il est bons, beus et bevale. Les iij . c dient q'il est court,
clers et crespé. Les iij. N, q'il est net, neays et naturels. Les iij. s
dient q'il est«e&, sayn etsade. Les viij. F, q'il est freit, f r esche, fryant,
fremissaunt, furmentel, feire, fine, fraunceys, etc. »
Jubinal cite, après celui-là, un autre passage extrait d'un ms. «ap-
partenant au même dépôt (Musée britannique), mais faisant partie de
la bibliothèque dite du Roi, ms. 12, D, XI. » Comme M. Reinhold
Kohler a bien voulu compléter sa première indication par une copie
de ce même passage empruntée aux Reliquix de Th. Wright, et que
cette copie est plus étendue et plus exacte que celle de Jubinal, nous
la reproduisons plutôt que celle de ce dernier :
From the last leaf of MS. Reg. 12 D. XI, written early in the
f ourteenth century ,
f Cio vin crut en croupe de montaygne en ag. . . e du souleyl à deus
; doiz de peez dieu. Unqe la vigne où il cruist n'i fut semée ne bêchée
ne crotée de marie, n'i ont porté si ly rusinole nen ly porta en son
beke, ou lessa choier en volant. En ceo vin ai extendu .xx. lettres,
ces sount treis .b.b.b., treis .c.c.c, treis .s., treis .n.; huit .ff. Les
: treis .b. signifient que il est bon, bel et blanc. Les treis .c. signifient
que il est court, cresp, et cler. Les treis .s. signifient que il est sein, sad
et saverouse. Les treis .n. signifient qu'il est net, nais et natureus.
Les vit.ff. signifient que il est fin 9 fres, froit, fort, frick, flurant, frei-
gnant, et furmente fort, come muson à blaunk moyn, raumpaunt corne
esquirel, decendaunt cum foudre, poignant come aloijnede cordwaner,
il saut, il trop, il nait, il règne, il set. . .ir lange de leccher si come
mue sus peron de ceo quart ne bevera pur moy noun n .... ne beverez
atten bon campagnon.
(Reliquix antique, edited by Th. Wright rod J. 0. Hallivell.
Vol. 1. London, 1841, p. 273.)
L'épithète de furmentel = frumentalis, qui a la couleur du froment,
convient en effet au vin blanc et ne pourrait s'appliquer au vin rouge
de bonne qualité, à moins de le supposer extrêmement vieux ; on dit
alors qu'il est couleur paille, ce qui correspond à furmentel. Mais,
dans ce cas, l'épithète de fort ne lui conviendrait plus. Ce même mot,
furmentel, est écrit furmente dans la seconde citation, et les deux édi-
teurs, MM. Jubinal et Th. Wright, l'associent à l'adjectif fort, qui le
suit. C'est une erreur, puisque fort a déjà paru à son rang sur la liste
304
BIBLIOGRAPHIE
des huit /. Il faut donc terminer la phrase à furmenté et lire Fort
corne mu8on à blaunk moyn. Du reste, je ne sais pas ce que signifie
muêon et ne comprends guère les deux lignes de la fin .
Ajoutons que les trouvères n'étaient pas seuls à jouer avec l'allité-
ration quand ils voulaient graver dans la mémoire du lecteur une suc-
cession d'épithètes. J'en trouve un exemple dans une pièce encore
inédite du troubadour Pons Fabre, d'Uzès, où l'allitération porte juste-
ment sur la même lettre :
Quan pes qui suy fuy so quem f raton.
Mas trop m' an dich fais fach flac frach.
Per quieu volgra cor franc e ferm.
Fi e fizel fermant e fort.
Bibl. nat., f . fr., ms. 856, fo 382 r°, 1" col.
A. Boucherie.
BIBLIOGRAPHIE
Recueil de Motets français des Xlle et XIII* siècles, publiés (Vaprès
les manuscrits, avec introduction, notes, variantes et glossaire, par
Gaston Raynaud, suivis d'une étude sur la musique au siècle de saint
Louis, par Henri Lavoix fils, 1. 1. Paris, Vieweg, 1881; in-8% xxxvi, 334 p.
Ce volume est le premier d'une collection intitulée Bibliothèque
française du moyen âge. Il ne contient que le texte des motets, sanB
la notation musicale. L'éditeur, M. G. Raynaud, s'est servi principa-
lement du Chansonnier de Montpellier (no 96), utilisé déjà par M. de
Coussemaker dans son étude sur Y Art harmonique aux XII* et XIII e
siècles. Mais la publication de son prédécesseur, ne reproduisant qu'une
partie des textes du ms. 96, était plutôt faite pour provoquer que
pour empêcher une nouvelle et plus complète édition. M.G.R. a joint
au texte de Montpellier les variantes qu'il a pu relever dans d'autres
manuscrits. Enfin il ne s'est pas borné, comme M. Jacobsthal, dans
la Zeitschrift, à une reproduction diplomatique, et il a pris soin de dis-
poser les vers d'après leur valeur rhythmique, et non de les transcrire
comme de simples lignes de prose.
Son édition a été déjà examinée par M. Mussafia {Literatwrblatt fur
germ. u. roman. Philol., 1882, no 5). Venant après un juge aussi com-
pétent et aussi attentif, je n'ai que peu de chose à dire .
En ce qui concerne la partie de l'introduction où il est question du
rhythme et où M. G. R. 'a consigné plus d'une observation juste et
neuve, j'aurais quelques réserves à faire. P. xxi, il me semble que
BIBLIOGRAPHIE
SOo
quelques-uns des ennéasyllabes, auxquels M, G.R. assigne des coupes
différentes, peuvent se scander de la même manière :
Je suis bru | -ne, j'avrai | brun ami.
C'est la rien | del mont que | plus désir.
Sur le même type que le vers
Qui por nos | en la crois | mort souffri.
P. xxn, le décasyllabe:
En une sente pensant m'en alai
n'a pas été heureusement choisi. Il faut lire, en se reportant à la pièce
même, n<>xviii, 5:
Par ,i. matin les .1. bois chevauchant
M'en entrai ;
En une sente pensant
If en alai.
Ce qui fait deux vers, l'un de sept, l'autre de trois syllabes, et non un
décasyllabe avec une césure insolite au cinquième pied, césure dont
cependant on rencontre trois autres exemples, mais qui me paraît
néanmoins suspecte (lxxii, 30 ; cxlv, 9 ; clxx, 11).
P. xxn. Je mettrais la césure à la septième, et non à la quatrième
syllabe, dans les hendécasyllabes suivants :
Or m'otroit Dieus que je sen-te sa douçour.
(xi, 47, 48).
De même (xx, 32):
À vous, douce amie be-le, me rent pris
ainsi que dans les vers 10, 11, 12, de la pièce xxxvii.
Voici maintenant quelques observations relatives au texte des
motets. P. 21, v. 15 et 16, je lirais lais, qui vaut mieux que las pour
la rime et même pour le sens. H manque une syllabe au vers qui suit.
On pourrait supposer car.
P. 22, v. 7:
Lors font lor joie, ne font el que chifler.
Lisez :
Lor font lor joi, ne font el que chifler.
Correction qui a l'avantage de régulariser la césure, car une césure
épique à cette époque, dans un décasyllabe et au milieu d'une pièce
lyrique, serait par trop exceptionnelle. Voir plus loin la note de la
p. 130.
Ibid., v. 15 :
Qu'il s'en retraient si feront que sené.
306 BIBLIOGRAPHIE
Lisez en retranchant qu'il :
S'en retraient si feront que sené.
de manière à substituer la césure lyrique à celle de l'épopée.
P. 49, v. 16. Lisez verai au lieu de vrai, pour faire de ce vers un
décasyllabe qui concorde avec le suivant.
P. 52, v. 30, je lirais:
Ne s'en doit repentir fins cuers de bien amer.
Ce qui donne un alexandrin régulier au lieu du dodécasyllabe sans
césure :
Fins cuers ne s'en doit repentir de bien amer.
P. 57. La pièce xxxvn est tout entière composée de décasyllabes
coupés à la septième. Le vers :
Fins amans ne départira
doit se lire :
Fins amans ne partira
de manière à rester heptasyllabique.
P. 60, 61. Au lieu de huit vers de cinq syllabes, il faut quatre déca-
syllabes divisés en hémistiches pentasyllabiques. Avec la division
adoptée par l'éditeur, les vers trois et quatre n'ont pas de rime. De
plus, il faut retrancher une syllabe au dernier vers:
Mon cuer et (mon) pensé.
P. 80,v.26:
Que d'autre s'amor joir
lisez :
Qu'autre de s'amor joir.
P. 97, v. 10. Lisez:
Trop bon gré [en] mon cuer en sai.
P. 101, v. 31. Lisez :
Biau [très] dous amis, m'avés vo foi portée
car le vers doit avoir onze syllabes.
P. 118, v. 2, 3. Ces deux vers,
Quand je pens a li;
Fins cuers amorous,
ne doivent faire qu'un, puisque le premier ne rime à rien .
P. 1 19, v. 5. Au lieu de:
Plains d'un lai
Ving chevauchant,
qui n'offre aucun sens, je lirais :
Près d'un lai,
lai = lacum.
BIBLIOGRAPHIE
307
P. 130, v. 15, et p. 181, v. 10. Lisez joi et non joie. La forme mas-
culine, quoique moins employée que la féminine, pouvait cependant la
suppléer. Dans le premier cas, la rime se trouve assurée avec moi ,
voi, otroi; dans le second, le vers retrouve sa juste mesure.
P. 155, v. 7:
Quant tu me fais a
Celi mes amours doner
Qui ne m'aime mie a gas.
Lisez :
Quant tu mi fait as, etc..
Littéralement : « Quand tu as fait moi donner [à] celle-ci, etc . . . »
P. 172, v. 10:
Si ferés corne loiale,
Et seront li mal meri
Que j'ai por vos, damoisele.
Lisez « loiele », forme qu'on trouve dans d'autres textes et qui ré-
tablit la rime .
P. 183, clxix. v. 8 :
Ne n'en sui mès aparlée.
Faute d'impression. Lisez « à parlée », c'est-à-dire « je n'en parle
pas. )> Cf., malgré la différence de sens, la locution absolument sem-
blable « à celée » = en cachette.
P. 184, clxx, v.ll.
Par tel devise que loial ami.
La césure lyrique étant étrangère au décasyllabe formé de deux
hémistiches égaux, il faut lire :
Par devise tel — que loial ami.
P. 187, v. 11. Vers trop long d'une syllabe, que je ne comprends
guère et que je ne sais comment corriger.
Cette édition a été faite avec soin et intelligence. Il n'est pas éton-
nant qu'il y ait eneore quelques points sujets à contestation, puisque
M. G. R. n'avait le plus souvent sous les yeux que la leçon d'un seul
ms. Or on sait combien la comparaison des variantes facilite la tâche
des restaurateurs de textes. Joignez à cela que la variété même des
rhythmes employés rendait la plupart des corrections incertaines.
. A. B.
CHRONIQUE
Communications faites dans les séances de la Société. — 8 no-
vembre 1882. — Trois poésies de M. A. Fourès : la Batouso, Soulelh
coule, les Parpalhols. Version dauphinoise de VEscriveta, par M. Gui-
chard (d'Avignon). Un monosyllabe roman égaré au milieu de gloses
germaniques du IXe-Xe siècle, par M. Boucherie.
22 novembre 1882. — M. Chabaneau rend compte du voyage qu'il
vient de faire aux bibliothèques d'Aix et de Carpentras. La Destinado,
poésie en dialecte gascon de M. Piat, gérant du consulat de France à
Bassorah (Asie mineure). Poésie catalane de M. Antoni Careta y Vidai
(Catalunya renaixent). Conte populaire recueilli dans la commune de
Rozier (Lozère), par M . Ranc, instituteur.
6 décembre 1882. — Lettres patentes accordées en 1491 par la reine
Catherine de Navarre, comtesse de Foix, à Arnaud de Casteras. Texte
gascon communiqué par M. le baron de Bardies-Montfa. La Dou-
maiselo, rondeau languedocien, par M. le pasteur Fesquet. A Vabbè
Joseph Roux, poète limousin, vers languedociens (dialecte de Béziers),
par M. F. Donnadieu.
*
♦ •
Fondation à la Faculté des lettres de Parle d'une chaire de philo-
logie romane (v. français).
Nous sommes heureux d'applaudir à cette intelligente mesure, C'est
Nous savons aussi que cette chaire sera on ne peut mieux occupée.
Toutes nos félicitations au jeune savant à qui elle est destinée ou ap-
partient déjà. Que M. Arsène Darmesteter veuille bien les transmettre
à qui de droit.
du Concours philologique et littéraire qui doit avoir lieu à Montpellier
au mois de mai 1883
Seront décernés :
1° Un prix de 300 fr. à la meilleure étude sur le patois, ou langage
populaire, d'une localité déterminée du midi de la France (collection
de chansons, contes, proverbes, devinettes, comparaisons populaires).
Ces textes devront être reproduits exactement, c'est-à-dire sans rien
changer à la langue du peuple, et tous traduits en français. On y join-
dra la conjugaison des verbes chanter, finir, mourir, prendre, avoir,
être, aller, pouvoir . Indiquer les autres localités, connues de l'auteur,
où se parlerait le même idiome populaire;
Observation. — Ce prix est exclusivement réservé aux institutrices
ou instituteurs primaires.
2° Un prix de 500 fr. au meilleur travail de philologie romane
ayant pour base des textes qui soient antérieurs au XVe siècle, et
qui appartiennent à la langue d'oc ou à la langue d'oil. Rentrent dans
cette catégorie les publications de textes et les études d'histoire litté-
raire ;
*
PROGRAMME
Philologie
CHROMQUE
309
3° Un prix consistant en un objet d'art de la valeur de 200 fr.,
au meilleur travail philologique ayant pour objet un idiome po-
pulaire néo-latin : Belgique, Suisse, France, Espagne, Portugal, Italie,
[Roumanie, Amérique. Cette étude devra s'appuyer sur un choix de
textes (chants, contes, proverbes, légendes, etc.). Y joindre la géo-
graphie du dialecte étudié .
Littérature
Des prix seront décernés :
4° et 5° Aux deux meilleures poésies, à quelque genre qu'elles ap-
partiennent ;
6° Au meilleur ouvrage en prose (contes, nouvelles, romans) ;
7° A la meilleure composition scénique en vers ou en prose.
Ces prix consisteront en 4 médailles d'or, chacune de la valeur de
100 fr. , 2 médailles de vermeil, 5 médailles d'argent.
Avis aux concurrents, — Tous les ouvrages qui concourront pour le
second ou le troisième prix de philologie devront être écrits dans une
langue néo-latine ; tous ceux qui concourront pour l'un des quatre
prix purement littéraires (n 08 4, 5, 6, 7) devront être écrits dans un des
dialectes, soit du midi de la France, soit de la Catalogne ou des îles
Baléares ou des provinces de Valence et d'Alicante.
Les travaux envoyés devront être inédits. Toutefois le deuxième et
le troisième prix de philologie pourront être accordés à des ouvrages
ayant paru depuis le 1 er janvier 1882 et n'ayant concouru nulle part.
Les manuscrits ne seront pas rendus. Ils devront porter une épigra-
phe qui sera répétée sur l'enveloppe du billet cacheté contenant le
nom et l'indication du domicile de l'auteur.
Les ouvrages destinés au concours doivent être adressés franco à
M. A. Boucherie, secrétaire de la Société des langues romanes, avant le
1" février 1883, dernier délai, et en triple exemplaire, s'ils sont im-
primés.
On nous prie d'insérer la note suivante, qui se recommande d'elle-
même à l'attention de nos lecteurs :
Jeux Floraux de Provence.
FÊTES INTERNATIONALES LATINES
DE FORCALQUIER ET DE GAP.
2 vol. grand in-8<>, édition de luxe, àZfr. 50 le vol.
Les souscriptions sont reçues che? M. J.-G. Richaud, rue de Pro-
vence, à Gap.
DOHS FAITS A LA SOCIETE :
Par M. B. Alecsandri :
Operele principelui Demetriu Cantemiru. Typarite de Societatea aca-
demica romana. Tomu I. Descriptio Moldavise, eu chart' a geographica
a Moldavie! si unu fac-similé. Bucuresci, 1872; in-8 # , x-154 pages.
Legeade sau basmele Romaniloru adunate din gura poporului de
P. Ispirescu. Btacuresci, 1882 ; in-12, 406 pages .
23
310
CHRONIQUE
Par M. Àmoretti :
Leis Regatos miniaturos su la rado de Cannos, par Pierre-Pascal
Adam (feuille volante).
Poésie et chansonnette provençales sur le quartier de la Croisette
de Cannes, par Pierre-Pascal Adam, mercier. Cannes, 1881; in-8°,
9 pages.
« *
Livres reçus par la Revue:
Report on the pbilology of the romance languages (1875 to 1882),
by Dr. E. Stengel. 26 pages. — Tableau sommaire, mais suffisamment
complet, des études romanes depuis six ans .
Der Prosaroman von Joseph von Arimathia mit einer Einleitung
ueber die handschriftliche Ueberlieferung herausgegeben von Georg
Weidner. Oppeln, 1881, in-8o, lxv-148 pages.
A San Franceseo d'Assisi. Ode (Cava dei Tirreni, 1882). Antonino
Giordano.— 14 strophes de quatre vers en italien.
Almôdis, tragedia en très actes y en vers, original de Francesch
Ubach y Vinyeta, mestre en Gay Saber. Tercera edicio. Barcelona,
1882 ;in-8°, 80 pages.
L'Iôu de Pascas. Armanac rouman per l'annada m dccc lxxxij.
Mountpelié, 112 pages. — Nous recommandons ce charmant recueil à
l'intelligente sympathie de tous nos lecteurs.
Discours dôu sendi En A. Michel à la destribucioun di prés is es-
coulan dôu Var lauréat di councours de traducioun. Ais, 1882, î2p.
Un pessuc de rimas. Poésies languedociennes de Louis Vergne.
Montpellier, 1882 ; in-8», 8 pages.
Die Sprache des Alezander Fragments des Alberich von Besançon,
von Hermann Flechtner. Breslau, 1881; in-8°, 78 pages.
Due Studi rignardanti opère minori del Boccaccio. Il Cantare di
Fiorio e Biaucifiore ed il Filocolo, la Lucia dell* amorosa Visione ( Par
Vincenzo Crescini, prof esseur à l'Université de Gênes). Padova, 1882;
in-8°, 62 pages.
Novele din popor <ie Joan Slavici. Bucuresci, 1882 ; in-12, 456 p.
Un poëte limousin (M. l'abbé Joseph Roux). Tulle, 1882 ; in-8o.
(Traduction d'un article de M. Suchier paru dans la Gazette d'Augs-
bourg.)
Molieres 's Tartuffe. Geschichte und Kritik von Wilhelm Mangold.
Oppeln, 1881; in-8<>, xi-239 pages.
Iîe vue lyonnaise. — Numéro du 15 novembre 1882. In-4°.
Grundriss der Laut-und Flexions. — Analyse der neufranzoesischen
Schriftsprache von D r Félix Lindner. Oppeln, 1881; in-8°, m-109p.
Nouvelles Recherches sur les Confessions et la Correspondance de
Jean- Jacques Rousseau, par Eugène Ritter. Oppeln et Leipzig, 1880;
in-8<>, 40 pages. (Extrait du t. II de la Zeitschrift fur neufranzoe-
sische Sprache und Literatur.)
/> Gérant re*ponsable : Ernest Hamklin
TABLE DES MATIÈRES
DU HUniÊMB VOLUME DE LA 'TROISIÈME SÉÀIE
(#ui« de la collection)
DIALECTES ANCIENS
DIALECTES MODERNES
Notes de philologie rouergafte (Durand, de Gros). 20
Glossairedes Comparaisons populaires du Carcassez (A. Mir). 29,116,261
Poésies (A. Fourès). 36, 136
Guiraud Saquet (M. Barthès). 71
Anton, ujan, enaeinan (A. Chastanbt). 76
Poésies languedociennes de Guiraldenc (A. Roqub-Ferribb.) • 80, 281
Etude de mœurs provençales (Jean Brunbt) . 125
La Fenestriero (Barbàn). 144
Nouvelun (T. Aubanel) . 200
Flambart et soun mestre (G . Azaïs) . 202
Enigmes populaires du Lauraguais (A.Fourès). 253
BrmareUa (A. Chassary). 256
CORRESPONDANCE
Lettre au rédacteur (Jéan-Pierre Breu). 94
VARIÉTÉS
De la Comparaison : Es poulido coumo un sdu (A. Roque-Fer-
rier). 44
Sur le Roman de Joufroi (C. Chabàneau). * 49
Le Nom provençal de l'aubépine (A. Roque-Ferrier). ' 97
Sur un Dicton auxerrois du XlIIe siècle (L. Cledat. — A. Bou-
cherie). 99, 302
Elocher = ex-luxare (E. Rigâ£)T' 145
A M . Henri Gaidoz (A . Boucherie) . 293
A dolor et a glaive id. 297
Sur Boëce, v. 75, 81, 184 (A. Boucherie). 300
Oster. id. 301
312
TABLE DES MATIERES
BIBLIOGRAPHIE
Franzoesische Studien, herausgg. Von G. Korting und E . Kos-
chwitz. III. Band,l. und 2. Heft (A. Bouchebib). 50, 154
Vint Sonnet prouvençau et francés tira de lou Libre de ma
vido, par E. Jouveau (A. Roque-Ffbbieb). 146
Recueil de motets français publiés par G. Raynaud et H. La-
voix fils (A. Bouchkbik) . 304
Chronique. 51, 102, 156, 208, 259, 307
Montpellier, Imprimerie centrale du Midi. —
Hamelin frères.